ACTE II. — SCÈNE II
Si le peuple, à sa mort , devait le prendre en haine, Pourquoi donc si longtemps l'avait-il applaudi? D'un décadi changer à l'autre décadi , C'est preste !.. Un jour de fête, acclamer Louis-Seize , Et plus tard, affolé, chanter la Marseillaise Quand au lieu du supplice on menait ce martyr !
ÏAPfiDUR.
Tu veux, l'estropié, te faire raccourcir En traitant le tyran de martyr? je présume Qu'un sale amour des rois te couvre encor d'écume , Et que tu vends ta langue et tes yeux, qu'avec art Tu surveilles les gens ; je te crois un mouchard.
aiglebois.
Que mon frère avec moi le prit sur cette note , Il s'en repentirait ; mais toi , vil sans-culotte , Dans tout fleuve troublé lançant tes hameçons , Ne voyant qu'un commerce en tes folles chansons ; Toi qui , depuis quatre ans, proclames par les rues L'éloge passager de ceux qu'on porte aux nues, Ouïe blâme indirect, la diffamation De ceux qu'aveuglément brise l'opinion; Toi qui grossis ta voix pour annoncer des crimes ,
Qui flattes les bourreaux par le nom des victimes , Qui débites sans choix des pamphlets personnels , Diatribes contre ou pour les Conventionnels ; Toi, cupide chanteur, dont la basse industrie Mesure sur tes gains les maux de la patrie , Je te méprise.
Zest!
TAPEDUR.
AlfiLEBOIS.
Je te méprise.
TAPEDUR.
Ingrat, Je voulais l'avertir... Fierrot , qu'es-tu?
AIGLKBOIS.
Soldat.
TAPEDUR.
C'est pour ça qu'à ta gauche un bras manque à sa place'? Pour son absence , ami , permets que je t'embrasse. Moi j'aime le soldat ! Sur Jemmape et Fleurus