X PRÉFACE
de politique active , très-secondaires si on les rapproche de ceux qui les séparaient de Robespierre et de Saint-Just. C'est par lui et par ses amis que prévalurent dans la Constitution de 93 les seules dispositions libérales qu'on y puisse mentionner. Son esprit n'avait rien d'étroit ni d'absolu. Dans ses professions de foi publiques il avait fait la part du feu , et avait affiché certaines maximes , comme il avait coiffé le bonnet rouge. Ses opinions réelles étaient modérées. Il était indulgent , non comme ceux qui ont beaucoup à se faire pardonner, mais comme ceux qui comprennent beaucoup. Son esprit clairvoyant et maître de lui-même, uni à des passions désordonnées , réalisait pleinement l'idéal de ce peintre : calme sur un cheval fougueux.
« Il voulait la dictature terrible , mais courte ; et un régime régulier une fois établi , c'est la liberté la plus large, les lois les plus humaines, les institutions les plus favorables à l'art , à la science , à l'industrie , qu'il y eût appuyées. Il ne séparait pas la démocratie de la liberté. S'il eût pu songer à faire rétrograder jusqu'à l'antiquité la France du XVIII0 siècle, il l'eût ramenée à Athènes et non à Sparte. Du reste , comme Mirabeau son maître qui lui était fort supérieur par le génie, par les connaissances et par le caractère , mais dont il possédait au plus haut degré le caractère et les instincts, il se serait très-bien accommodé d'une monarchie républicaine , pourvu que tous les grands intérêts de la Révolution y eussent trouvé leur sauvegarde. Il en rêva même une, un moment , pour d'Orléans.
« Les Girondins une fois perdus sans espoir , il se vit seul en présence du gouffre qui les avait dévorés. Avec eux étaient tombés ses plus indispensables auxiliaires. Il se sentit isolé , menacé , suspect. Il cacha son découragement et sa douleur sous des rugissements et déchaîna toutes les tempêtes, voulant conserver à tout prix sa popularité. Mais