PRÉFACE. XI
tous ses discours commençaient par la fureur et finissaient par la modération. A cette bruyante attitude , il fit peu à peu succéder le silence et l'abstention. Il s'éloigna de la tribune et des Comités , et alla s'ensevelir à la campagne , laissant ses rivaux s'user dans les luttes du pouvoir.
« Mais il avait dans l'âme assez de générosité pour prendre en dégoût cette résignation passive, et assez de courage pour risquer sa vie dans une grande entreprise. C'est alors qu'avec ses amis Camille Desmoulins, Philippeaux , Fabre d'Églantine , Lacroix , Westermann , Héraut de Sécbelles , il forma cette conspiration de la clémence qui , aux yeux de la postérité , effacera bien des erreurs et atténuera bien des crimes.
« Tous les pouvoirs étaient à la discrétion des deux Comités de Salut public et de Sûreté générale, par suite de l'abdication volontaire de la Convention , et les Comités étaient gouvernés souverainement par trois liommes : Robespierre, Saint-Just etBillaud-Varennes. Quant aux autres, ou ils leur étaient personnellement dévoués , comme Coutbon, ou ils étaient compromis avec eux, comme Collotd'Herbois , ou il se donneraient au succès, comme Barrère. Il faut toutefois faire ici une réserve en faveur de ces hommes patriotiques qui s'absorbaient tout entiers dans les soins multipliés de leur administration, en détournant leurs regards du spectacle des malheurs de leur pays , organisaient la victoire , battaient monnaie avec un papier qui n'avait déjà plus d'autre valeur que la foi de ce peuple en lui-môme , comme Carnot , Cambon, les deux Prieur.
« Robespierre et Saint-Just sont les deux hommes qui caractérisent le mieux cette heure de fanatisme et de lutte à outrance qui fut la dernière crise de la Révolution ; et , bien que comme politiques et comme penseurs ils s'élèvent peu au-dessus du médiocre , ils ont eu sur leur temps plus d'influence qu'aucun de leurs rivaux. Chose plus invraisemblable encore , cette influence si peu justifiée leur a