‹ La pitié sons la terreurChapitre 59 sur 83 · ACTE III. —SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III. —SCÈNE III

ROBESPIERRE

Est-ce qu'il aurait peur? Non, il se croit puissant ;

Il l'est , fût-il coupable; et, s'il est innocent,

Il doit du tribunal attendre la justice.

De nos probes jurés puis-je entraver l'office ,

Moi, le juste? Camille est assez défendu

Par tout ce qu'il a fait jadis!

LUCILK.

Il est perdu , S'il est abandonné par ceux-là que naguère Dans sa feuille il vantait , comme, toi , Robespierre.

ROBESPIERRE

Il m'a loué peut-être? Eli! que m'importe à moi

S'il faiblit, du pays s'il attaque la loi,

Si des conspirateurs il a pris la défense ,

S'il fait dans les prisons descendre l'espérance ,

Si des nécessités il blâme la rigueur

Et des décrets récents inspire enfin l'horreur?

La Terreur en nos jours est sainte et légitime :

Son but est glorieux, l'entraver est un crime.

LUCILE

Voilà donc ce que peut attendre l'amitié

De ce froid égoïste , ignorant la pitié ,

De cet homme sans cœur, novateur sans entrailles,

Qui fait , sans nul remords , appel aux funérailles ,

Les déchaîne à travers nos bourgs et nos cités ,

Et soumet à son joug toutes les volontés.

C'est le glaive , poussé par un instinct féroce ;

C'est l'absurde cruel, surmonté de l'atroce;

C'est la guerre aux vivants... Camille, c'est la mort!

La mort aussi pour moi ! ton sort sera mon sort !

ROBESPIERRE

Lucile , quel délire

LU CIL E

Ah ! je saurai le suivre :

Si des juges vendus l'immolent, dois-je vivre ? La mort trace la voie où s'élance l'amour , Et , mon époux tombé , je briguerai mon tour ; Et tu t'applaudiras de la chute ; mais tremble , Tremble !... de nos vengeurs la cohorte s'assemble ,

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