ACTE III. — SCÈNE VII
Je soulève le poids du remords qui t'accable ; Il est lourd, écrasant pour toi, l'homme hautain, Au fond aristocrate et faux républicain. Laisse-nous donc planer aux régions sereines Que ne connaissent pas les âmes incertaines. D'une cause perdue on peut être avocat; Fais-toi payer : sans toi nous sauverons l'État.
DANTON
Par vous il est perdu! L'éclipsé de vos phares Fait la nuit : le vaisseau sur des côtes barbares Se brise , et de ses flancs , par l'orage outragés , S'abîment dans les flots les pauvres naufragés.
ROBESPIERRE
Ces phrases de rhéteur colorent ta rancune ; Réserve leur éclat aux effets de tribune.
DANTON
Ah ! tu railles Danton , Danton calomnié ; Danton tardivement conquis à la pitié ; Danton qui, retrouvant sa primitive audace, Te pénètre , t'impose et te regarde en face , Et te dit hardiment ce qu'aucun ne t'a dit :
Énergumène étroit et peureux , sec esprit , Copiste de Rousseau que tu n'as pu comprendre , Tu ne sais rien qu'agir en dessous et qu'attendre. En toi sens dépravé , perfide intention , Entêtement du prêtre en sa religion, Fanatisme fermant le cœur à tout murmure. Ah! parfois le bourreau s'émeut, jamais l'augure. — Augure de qui croit à ton apostolat, Tue , et ne laisse pas dormir l'assassinat ; Tue avec calme ou rage , et porte l'épouvante Au comble... je prévois la fin de la tourmente , Ta chute ! elle absoudra le ciel ; tu tomberas , Monstre !
ROBESPIERRE
Ce n'est pas toi du moins qui le verras !