‹ La pitié sons la terreurChapitre 70 sur 83 · ACTE IV. — • SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV. — • SCÈNE II

Et j'entrevis à peine une ombre de bonheur

Quand l'homme s'éteignit dans le législateur.

Sans cesse alors formant quelque projet utile ,

Et tout à la patrie , il oubliait Lucile ;

Ou , pour se reposer , m'appelant au jardin ,

Il lisait les amours d'Estelle et Némorin.

Quels doux soirs j'ai passés, écoutant sa lecture !

Quelles réflexions ! comme il sent la nature !

Grand et simple , avec moi c'est un enfant soumis.

Pourquoi faut-il, hélas ! qu'il ait tant d'ennemis ?

Je sais que sa vertu les blesse , les irrite ;

Dociles , escortant l'astre dans son orbite ,

Que ne s'éclairent-ils au feu de ses rayons ? . .

Mais non : chacun s'égare en ses opinions ,

Et , jaloux de ses plans , ne veut pas reconnaître ,

Le droit pour souverain , Robespierre pour maître.

Quel autre cependant , en nos temps pervertis , Peut d'une main plus ferme enchaîner les partis , Et , portant des coups sûrs , hardiment légitimes , Braver pour la vertu l'apparence des crimes? — A leurs yeux défiants échappe ta grandeur , Sublime citoyen ! jamais ta profondeur Par ces jaloux esprits ne sera soupçonnée.

Eh bien ! fauche l'ivraie , achève ta journée , Moissonneur : aux prisons tous les traîtres ! il faut Continuer sans peur l'œuvre de l'échafaud , Et qu'aux abois , sans chefs , la France se rassure En te voyant enfin prendre la dictature.

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