‹ La pitié sons la terreurChapitre 78 sur 83 · ACTE IV. — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV. — SCÈNE VI

SAIlNT-JUST.

Nous voulons tout savoir, tout!

TAPEDUR.

Fabre d'Églantine Abattu , pâle , faible , avait piteuse mine. Philippeaux était calme, et Westermann hautain ; On raillait sans merci Chabot , le capucin ; Tranquillement Lacroix causait avec Séchelle , Et tous deux ont monté bravement à l'échelle. Mais les plus scélérats, Desmoulins et Danton , Semblaient deux échappés des murs de Charenlon. Camille est indigné qu'en ces mots on le berne : « Procureur général , allume ta lanterne ! » Il répond furieux : « Loin d'ici , vil troupeau « Dont les ciseaux tondeurs ont écorché la peau ; « Toi qui lèches le sang répandu par tes maîtres ; " Toi qui , trompé par eux , regardes comme traîtres « Nous qui l'avons aimé, nous tes vrais défenseurs... « On nous tue et tu ris !.. Qui donc aux oppresseurs « T'arracha?.. Dans tes bras tu serrais ton Camille « Appelant ton audace aux murs de la Bastille. « Combien, pour t'éelairer, j'écrivis de journaux ! « Tu n'as pas voulu croire à mes conseils loyaux

« Quand j'ai dit : Plus de sang ! — Cette ardeur fanatique « A tuer , à son tour tûra la République. « — Ah ! tu ris aux éclats encor , tas de bandits !.. » Et de rage en lambeaux il mettait ses habits.

Danton fiévreux , Danton , en paroles moins sage ,

Les yeux en feu , disait dans un long rabâchage :

« Quand ces frères Caïn luttent d'assassinats ,

« Toujours l'autorité reste aux plus scélérats.

« Je quitte sans regret le gâchis où nous sommes :

« Pas un d'eux ne s'entend à gouverner les hommes.

« Peut-être ils marcheraient encor , si moi , Danton ,

« Je laissais en partant mes jambes à Couthon ;

« A Maximilien mes sources d'énergie ,

« A ce Max , corps débile , inhabile à l'orgie ,

« Et par tempérament fécond en lâchetés.

« Il épure en espoir déjà les Comités ;

« Mais, honteux d'obéir à des nains de sa taille,

« Bientôt ils briseront ce roi de la canaille ,

« De ces brutes criant , hurlant avec transport

« En voyant tête-à-tête un géant et la mort.

« Chante , peuple idiot : « Vivent les Républiques ! »

« La tienne expire , prends vite de ses reliques !

« Garde-les , cache-les , et reconnais un jour

« Quels barbares en haine ont changé ton amour.

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