‹ La pitié sous la terreurChapitre 39 sur 54 · I.ljCif.K · texte numérisé non relu

I.ljCif.K

feis la loi sans pitié n'inspire que l'elîroi. ouquier , poui" acquitter son tribut dé Vïctimes, iaineux , travestissant tous les actes en crimes , *un arrêt convenu fait un assassinat.

CORNftUE.

|Haqufr ]^ jury , cVsl atlaqu<^r rKlaf.

LOCri.K.

uel jury!... mais qu'importe? écoute ma prière, 3Conde mon recours au cœur de Robespierre, rends et lis cette lettre , et juge de mon sort'; ^tte lettre... serait-ce un testament de mort?

r.ORNKLlK lisant :

c r.ainille Dosiuoiilîns à sn Lueile.

t Duodi , germinal , cinq heures du matin.

« Le sommeil bienfaisant a suspendu mes maux. On est libre and on dort ; jo t'ai vue en songe et je rao suis réveillé, et

j'ai fondu en Jaimes, ou plutôt j'ai sanglotté en criant dan mon tombeau : Lucile ! Lucile ! ô ma chère Lucile ! où es-tu ?

Je vois à cet endroit la trace d'une larme , Il l'aime I

LUCILE

Continue à lire , cède au charme.

CORNfiLIE.

«... Tu n'imagines pas ce que c'est que d'être au secret sans savoir pour quelle raison , sans avoir été interrogé , san; recevoir un journal ! C'est vivre et être mort tout ensemble c'est n'exister que pour sentir qu'on est dans un cercueil ! E c'est Robespierre qui a signé l'ordre de mon emprisonnement ! )

{A part.) Il a signé?... Camille est un conspirateur.

«... J'avais rêvé une république que tout le monde eu, adorée. Je n'ai pu croire que des hommes fussent si féroces el si injustes. Je ne dissimule point que je meurs victime de moi amitié pour Danton »

C'est un aveu : Danton était l'ami de cœur.

«... Malgré mon supplice, je crois qu'il y a un Dieu. Moi sang effacera mes fautes, les fiiiblesses de l'humanité; et ce qa<

ACTK IV. — SCÈNE I. 485

ai Cil d(^ bon , mes vertus , mon amour do la liberté , l)leu le écompcnscra. Je lo reverrai un jour, Lucile ! Sensible comme l|l l'étais, la mort, qui me délivre de tant de crimes, est-elle un I grand malheur? Adieu, ma vie, mon dme, ma divinité sur t terre ! Adieu, Lucile ! ma Lucile ! ma chère Lucile ! Adieu , brace, Annette, Adèle ! Adieu , mon père ! Je sens fuir devant boi le rivage de la vie. Je vois encore Lucile ! Je la vois , ma ien-aimée ! ma Lucile ! Mes mains liées t'embrassent , et ma ôte séparée repose encore sur toi mes yeux mourants. »

Gornélie s'arrête pensive après ceUe lecture , et sort de sa rêverie en disant avec

fermeté :)

Jn si grand désespoir est l'aveu d'un coupable Jus l'accusation tient , que la preuve accable , Qui n'a rien à répondre.

LUCILE

Ah ! tu ne sais donc pas (Que ces jurés vendus ne sont qu'un vil ranius 'D'hommes vils :

CORNÉLIE

J'en connais de purs , à l'âme tendre , Esprits droits : devant eux, Marat sut se défendre Avec calme : Marat fut absous , et Danton

486 \^ rjTiÉ sous la teiireur.

Hier , au tribunal , semblait de Charenton Sorti pour éclater dans toute sa démence : C'était de la fureur et non de l'éloquence ; C'était l'immense orgueil mettant sa vanité Dans le mépris des lois et de la liberté.

La liberté'? les loisV... on n'en a tenu compte. Ces odieux débats ont été clos ( ô honte î ) En fermant tout à coup la bouche aux accusés.

CORNÉLIE

Eux , Lucile , à quel point n'étaient-ils pas osés '? De leurs bancs quelques-uns, turbulents indociles , A leurs juges lançaient d'insolents projectiles.

LUCILE

Provoqués... irrités... Mais, grâce pour celui Que Robespierre seul peut sauver aujourd'hui. Robespierre à ma voix serait-il insen^ble ? Non , non ! fais qu'à l'instant je lui parle.

CORNÉLIE

Impossible !

li Bhi le maître , ici sub <Jii,'çijVes sont sacrés.

A«rrR IV. — »cKWR I. W1'

LUCILK.

ne sais pas le prix des moments différés ! lU nom de mon <^poux , que l'échafaud menace ; iu nom de mon en^pflft, de mon petit Horace, lue souvent Robespierre a pris sur ses genoux , 'u'il aimait à couvrir de baisers , sauve-nous î

te uo puis.

LLCILt.

Hâtons-nous à ces instants suprêmes.

CORNÉLIE

respecte sou ordre.

LUCILK.

Et l'on dit que tu l'aimies !

Songe donc à sa gioii*e, à la postérité ; Uîandonner (lamille est une lâcheté.

CORNÉLIE

\obespierre est mon Dieu , mou amour , mon idole

L'avenir à son nom réserve une auréole Qu'en dépit des pervers rien ne pourra flétrir.

LUCILE

C'est mon arrêt ! Je suis résolue à mourir. L'amant a bien choisi son amante barbare ! Adieu!... tremble du sort que l'hymen te prépare; Ou plutôt ne crains pas : à son dernier succès Touche la tyrannie expirant dans l'excès , Et j'emporte l'espoir de prochaines vengeances. Vous moissonnerez tous vos horribles semences : Dans Paris indigné va retentir ma voix ; Paris se lèvera pour défendre les lois. Adieu !

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