‹ La pitié sous la terreurChapitre 53 sur 54 · I0TB · texte numérisé non relu

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< Danton, placé dun;) un cuchot ù côté de Wcslennann, ne cessait de parler, moins pour ^'trc entendu de Westermann que de nous. Ce terrible Danton fut véritablement escamoté par Robespierre. Il en était un peu honteux; il disait, en regardant ti travers ses barreaux, beaucoup de choses que peut-<Hrc il ne pensait pas; toutes ses phrases étaient entremêlées de jurons et d'expressions ordurières. Eu voici quelques-unes (juc j'ai retenues :

« C'est à pareil jour que j'ai fait instituer le tribunal révo-

, « lutionnaire, mais j'en deuiaude pardon à Dieu et aux hommes:

« ce n'était pas pour qu'il fût le Iléau de l'humanité. C'était pour

« prévenir le renouvellement des massacres du 2 septembre, s

Étrange langage dans la bouche de Danton 1

• Je laisse tout dans un gâchis épouvantable : il n'y en a pas « un qui s'entende en gouvernement Au milieu de tant de fureurs, " je ne suis pas fâché d'avoir attaché mon nom à quelques décrets « qui feront voir que je ne les partageais pas. »

« Si je laissais mes c à Robespierre et mes jambes à

V Couthon, ça pourrait aller encore quelque temps au Comité de « salut public

« Ce sont des frères Caïn. Brissot m'aurait fait guillotiner « comme Robespierre.

c J'avais un espion qui ne me quittait pas (1).

« Je savais que je devais être arrêté.

« Ce qui prouve que le sieur de Robespierre est un Néron, c'est a qu'il n'avait jamais parlé à Camille Desmoulins avec tant d'amitié

• que la veille de son arrestation.

« Dans les révolutions, l'autorité reste aux plus scélérats. « Il vaut mieux être un pauvre pêcheur que de gouverner des 0 hommes.

« Les f. bêtes! ils crieront: Vive la République! en me

• voyant passer 1 s

(1) Dautou ét;.:t averti de tous côtés... » Eh bien! n'importe, dit-il, j'aime mietix itre guillotine' que guillotineur !» — On lui disait de se cacher , de fuir. Danton haussa les épaules. « Est-ce qu'on emporte mi patrie k la semelle de ses souliers? »

UlCHVLXT, Rév. fr., t. VI, p. 13-1 , 3e éd.

Page 501, vers 2 :

Rien ne vaut , etc.

Tous les historiens ne s'accordent pas sur l'immoralité de Danton. M. Villiaumé dit, page 95 de son Hist. nu la Rév., A« éd. : « Danton vivait modestement. D'une nature expansive et aimante , il n'avait pas , à la vérité , rompu toutes ses relations avec les gens du monde, et ne fuyait pas les plaisirs; mais il s'y livrait rarement, et ses goûts sont toujours restés simples Dan» ces

derniers temps, une personne étant allée recueillir des renseignements sur Danton, à Arcis-sur-Aube , en revint tout émue. Comme elle en parlait à Royer-Collard , en lui disant : Il paraît que Danton avait un beau caractère. — Dites magnanime, monsieur, répondit le président de la Chambre des députés, qui l'avait beaucoup connu , et qui n'était pas suspect de républicanisme. »

Ici nous ajouterons une note que M. Dauban a mise à la page 331 de Paris en 1794 et 1795 : « Les qualités, et jusqu'aux défauts de Danton , la cause de la clémence pour laquelle i] est mort, ont séduit presque tous les historiens qui ont écrit sur la Révolution.... Mirabeau avait voulu sauver la monarchie, on le sait à n'en pas douter aujourd'hui. Qui saura jamais ce qu'a voulu Danton? Les documents manuscrits qui le concernent sont d'une extrême rareté : on ne peut dire tous ceux qui ont eu intérêt à les faire disparaître : orléanistes, royalistes, montagnards et dantonistes. Danton aurait eu le désir d'épargner la vie du Roi, de faire évader la famille royale, et il avait été lié à d'Orléans. A quel but tendait-il , cet homme qui connaissait si bien l'inconstance des masses, et qui assistait à ce qu'il a appelé un gâchis épouvantable. Il y a là une obscurité ([u'on aura Inen de la peine à dissiper, et le dernier mot de la pensée politique de Danton restera un des mystères de la Révolution. Quoi qu'il en soit, les royalistes ont pensé que Mirabeau a emporté la monarchie dans la tombe, l'opinion des républicains est que Danton a entraîné la république dans sa chute. Danton avait sur ses adversaires une incontestable supériorité : il était pratique; et le sens pratique, l'intelligence de ce qui est possible , de ce qui cpnvient à une situation, est le génie ïwêuae du gouvernant. »

Pogc 50/i, vers 14-17 :

Je savoure en espoir ta prochaine impuissance. Dans la Convention qui t'aura délaissé , Je te vois , t'indignant contre nn accueil glacé , Lire un arrêt de mort sur de pûles visages.

La Gazbttk nationalk ou Lr MoNixeiii UMVEnSBL, 179â, n"* 311 el 312 , donne le compte-rendu de la séuucc du 9 tlicnnidor.

Un dernier mol pour terminer celte œuvre, plus que littéraire, destinée à mettre en garde contre les apologistes de la Terreur, contre CCS jeunes hommes, inexpérimentés, qui disent et écrivent qu' 0 il faut rentrer dans les traditions de Robespierre. » — La Terreur a été le régne de la violence et du despotisme. La Terreur a exilé la Pitié, proscrit la justice, interdit les consolations. En inspirant outre mesure une crainte pusillanime de la mort, en troublant la raison par toutes les appréhensions de l'égoïsme, en supprimant les devoirs de la parenté comme en brisant les liens de Tamitié, en semant la défiance entre les citoyens, en les poussant à d'ignobles lâchetés, à d'atroces délations, en éteignant le sens moral par l'effroi de la guillotine , la Terreur a été l'une des plus abominables époques de l'histoire. « Alors, dit Rœderer, l'arbitraire avait atteint les dernières limites oCi il pût porter ses excès. » Nous appelons les études les plus minutieuses sur les détails qui ne sont pas assez connus, sur les mobiles si différemment appréciés par l'esprit de parti , sur les prétextes mensongers auxquels on attribue trop exclusivement le salut de la patrie et la gloire de nos armes. Qu'on remonte aux causes , qu'on les suive dans leurs résultats, qu'on interroge la conscience du genre humain, juge inexorable des tyrans, on vouera toujours à l'exécration des siècles le légime de la Terreur, « J'insiste , dirai-je avec M. Cuvillier-FK iry, rendant compte du VII* volume de V Histoire de la licvoluti i française par M. Louis Blanc et jugeant les massacres de st ptembre , — j'insiste un peu trop peut-être sur ces vérités d'oi-dre éternel. M. Louis Blanc me reproche ma passion. Je

suis, je l'avoue, lout rempli de passion contre ces crimes de la force el de la (erreur. La société punit tous les jours les crimes de la faiblesse. L'homme qui lutte avec ses vices, avec ses besoins, dans l'isolement de sa perversité et de sa convoitise, contre la puissance invincible des lois sociales, cet homme est faible en même temps que criminel, et criminel peut-être parce qu'il est faible. La société le châtie, elle a raison. La société ne peut pas punir les crimes de la force, mais le genre humain les déteste, l'histoire les flétrit. C'est parce que M. Louis Blanc a essayé de les relever de ces flétrissures en les associant avec un art déplorable aux plus nobles sentiments du cœur humain, c'est pour cela que j'ai protesté et que je proteste, au nom de la vraie révolution contre la fausse révolution, au nom de 89 contre 93, au nom des constituants contre les proscripteurs , au nom des libérateurs contre les assassins. »

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