NOTER
pierre celles de la réaclion Uicmiidoriennc, plus sanglante, suivant eux I que la Terreur.
• Où donc est la yérité?
« Les royalistes, malgré leurs exagérations, n'ont pas bit connaître le mal tout entier : leurs légendes n'étaient que partielles et locales.
• Quant aux républicains, leurs restrictions et leurs justifications n'ont aucune valeur. Il y eut sans doute des coupables parmi les victimes, et Ton i)eut, aux Vendéens, reprocher des fusillades et des cruautés; mais ces faits ne sauraient, les uns que justifier les condamnations en nombre presque imperceptible , les autres que faire comprendre certaines représailles des Bleus dans l'Ouest. Toujours restera, sans la moindre explication possible, une masse effroyable de sacrifices humains, souillant ù jamais la Montagne, le Comité de salut public, les représentants en mission et Robespierre!...
t Je dis avec les faits : non-seulement le 9 thermidor fut une délivrance, mais à In Terreur la réaclion thermidorienne ne saurait être comparée sans la plus coupable légèreté. Sur les victimes de la justice révolutionnaire, avant et après la chute de Robespierre, laissons parler les chiffres , ils ont une irrésistible éloquence.
a Jusqu'au 9 thermidor, c'est-à-dire, pour les villes éloignées de Paris, jusqu'au 1& ou au 15, environ 150 tribunaux , jugeant révolutionuairenient, envoyèrent à la guillotine ou à la fusillade au-delà de dix-sept mille personnes, la plupart sans formalités et siJns preuves. Après cette époque, jusqu'au 12 prairial an III, 28 de ces mêmes tribunaux, observant les formes, recueillant les preuves, ne prononcèrent que trois cent trente condamnations à mort (outre les 105 Robespierristes de la Convention, du tribunal et de la comnune de Paris, mis hors la loi le 9 et le 10 thermidor].
• Telle eM la vérité »
Page 627, \ers 8-iO.
Des plébéiens obscurs saisis dans leur^ maisons , Des gens de tous états encombrant les prisons , Des vieillards, desenfanls, de pauvres jeunes filles, etc.
u On condamna et l'on exécuta un grand nombre de femmes , de jeunes filles , de vieillards tombés en enfance , contre lesquels les prétextes mêmes manquaient. Et ces condamnations n'atteignirent pas seulement « les nobles , les prêtres et les riches qui « étaient réputés les ennemis de la révolution ; elles frappèrent en « bien plus grand nombre, dit M. Berriat-Saint-Prix , les ouvriers, u les domestiques et les journaliers » ; et il le prouve en transcrivant des listes de condamnation. Le représentant Maignet le dit dans une de ses lettres : le véritable but que l'on voulait atteindre, c'était d'<!poMt;an(er. Ce que l'on cherchait, ce n'était point des coupables, mais des victimes. » E. Bertrand, Annuaire de la Soc. Phil., t. XXX , 1869.
Page &32, vers 8, 0:
Camille sous leurs coups tombeia !.. Leur vengeance A beau jeu : n'a-t-il pas rappelé la clémence ?
Lucile écrivait à Fréron , qui était dans le Midi : « Vous ne pouvez avoir une idée de tout ce qui se fait ici ; vous ignorez tout... Aussi je ne m'étonne pas que vous reprochiez à Camille son Comité de clémence. Ce n'est pas de Toulon qu'il faut le juger. Vous êtes bien heureux là où vous êtes : tout a été au gré de vos désirs ; mais nous , calomniés , persécutés par des ignorants , des intrigants, et même des patriotes ! Robespierre , votre boussole , a dénoncé Camille; il a fait lire ses numéros 3 et &, a demandé qu'ils fussent brûlés, lui qui les avait lus monuscrits 1 Y concevezvous quelque chose? »
Page A39 , vers 5 et 6 :
La Terreur à l'ordre du jour Me fait chanter la Guillotine.
La guillotine eut ses enlhousiasles chez d'autres que chez les rimeurs de 1793 et l79/i. Le 3 brumaire an II , le Comité d'Angers écrivait au représentant Richard, à Saumur.
NOTI-S. .'i2îl
« LVxrmpIc est un niolif si piiiMnnt sur lo peuple, qup Ir Comité vous (lemnndc de lui envoyer lu sacram sanciam (iuillolinam et les ininiHircs ri^publicoins de son culte... Il nVst pas d'heure dons In journée qu'il ne nous arrive des récipiendaires que nous désirons initier dans ses mystères. Juftez de I<1 joie que nous éprouvons en songeant que les aufe/s de cette divinili ne sont pas près d'être nhandonnés. Pour que le scrrice n'éprouve aucun retard, trouvez bon que nous en prévenions Saint-Félix, hiérophante du sacré collège. »
Page àhi :
La vie et la mort d'Hébert, dit le Père Duchesne, etc.
Le Père Duchesne est le titre d'un journal que publia de 1790 à 1794 Jacqups-Rcné Hébert, né à Alençon le 1 5 novembre 1757, mort sur l'échafaud le 24 mai-s 1794. M. Ch. Brunet qui a consacré un voluuicù le f.iirc connaître lui et son œuvre, s'exprime ainsi : «On se représente généralement Hébert comme un homme fortement constitué, et aux vêlements en désordre. Il était, au contraire, petit, d'une figure assez jolie, et d'une propreté parfaite. Il av;iit la parole facile, cl s'exprimait avec correction. — J'arrive à son journal.
« Le nom du Père Duchesne était connu de longue date. On trouve dans une réimpression publiée par Caron, et qui est intitulée : le Plat de Carnaval, la relation d'une aventure arrivée au Père Duchesne, potier de terre et marchand de fourneaux, rue Mazarine, qui jure ou est toujours prêt à jurer à chaque phrase. En 1789, plusieurs pamphlets furent publiés sous le nom du Père Duchesne. C'était un type, comme, de notre temps, l'a été celui de Mayeux Quoi qu'il en soit, la publication d'Hébert commença, en 1790, par des feuilles non numérotées, ayant en tête une vignette représentant le Père Duchesne, une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, avec deux croix de Malte à la fin, et portant au-dessous de la vignette celte épigraphe: Je suis te réritahte Père Duchesne, foutre! »
Plus tard 11 y a eu quelques changements dans les vignettes. Le
n* 287 que nous avons sous les yeux, représente le Père Duchesnc, tenant à la bouclic une pipe d'où sort une abondante fumée ; sa main gauche touche à sa ceinture d'où monte la crosse d'un pistolet; sa main droite tient une hache levée. Près de lui, à sa droite, un fusil et sa baïonnette, un verre et une bouteille; à sa gauche, un prêtre à genoux, qui, les mains jointes, demande une grâce que ne font pas pressentir ces deux mots écrits au-dessous : Memrnto mori. a la fin de la feuille, au-dessous de la signature Héheri, sont deux fourneaux dont l'un est renversé. Voici le titre de ce n" 287 : « La grande ronde du Père Duchesne dans les prisons pour passer en revue tous les aristocrates, tous les royalistes, tous les Brissotins qui sifflent la linote. Sa grande colère de voir que l'on se fout du peuple en allongeant la courroie au sujet du jugement de Brissot, de la veuve Capet, du prêtre Fauchet, de Vergniaud, de Gensonné, du borgne Manuel et de tous les autres scélérats qui vouloient dépecer la république et en vendre les lambeaux au roi Georges Dandin, au Mandrin de Prusse et au Cartouche de Vienne. »
On n'imagine pas tout le mal qu'a fait ce journal infdme où les actes les plus atroces, où les plus odieux assassinats étaient prêches trois fois par semaine dans le plus ignoble langage. L'audace du crime inventait chaque jour des locutions nouvelles qui passaient dans la langue de la populace et l'habituaient à la barbarie. « Hébert, dit M. Ch. Brunet, désignait ainsi le supplice : jouer à la main chaudie (les patients avaient les mains attachées derrière le dos), mettre la tête à la fenêtre, faire la bascule, essayer la cravate à Capet, éternuer dans le sac, cracher dans le sac, demander l'heure au vasistas, raccourcir. Il appelait l'instrument du supplice la sainte guillotine, le rasoir national; enfin la charrette dans laquelle on conduisait les patients était nommée par lui le vis-à-vis de maître Samson , ou le carrosse à trente-six portières. »
Page 442 , vers 11 et 12:
Avait volé des contremarques Au théâtre qui remployait.
M. Miclielel (lit à ce sujel ; • Employé des Variétés, et chassé
])oiii' un vol, vcndiMir île ronlrctnarqnos h la porte des théâtre», il vendit aussi des Journaux, «pécialeuioiU le l'ère Duchesne ( il y avait déjà deux journaux de ce litre ). Hébert vola le titre et la manière, se lit l'entrepreneur d'un nouveau /*«Vf Duchesne, plus
jureur, plus cynique La vache à lait d'Hébert étnit Bouchotte,
le ministre de la guerre. ■
« 11 vint ù Paris vers 1780, dit M. Charles Brunet, sans doute pour y chercher fortune; mais il n'y trouva que les déceptions ordinaires. Après y avoir vécu pendant un certain temps, sans qu'on sache au moyen de quelles ressources; il obtint en 1786 un emploi de contrôleur de contremarques au théâtre des Variétés. Il quitta cette place ù la fin de 1788 , renvoyé pour cause d'infidélité En janvier 1790, Hébert, manquant de tout, même
de logement , vint trouver un médecin de ses amis , nommé Boissct, lui exposa ses besoins et en reçut des secours. Peu de temps après, Hébert disparut pendant deux ou trois jours, emportant matelas, chemises et autres eQets au même homme qui l'avait recueilli dans son indigence. »
Page A&3, vers 5 :
Bouchotte payait ses pamphlets.
On lit dans Le Père Duchesne d'Hébert, par M. Charles Brunet , p. A2 : « A la séance du club des Jacobins du 16 nivôse an II , Camille Desmoulins, répondant à Hébert , dit : a Je tiens à la maiu « l'extrait des registres de la trésorerie nationale, qui porte que, « le 2 juin , il a été payé à Hébert, par Bouchotte, une somme « de 123,000 livres pour son journal; que, le 4 octobre, il lui B a été payé une somme de 60,000 livres pour six cent mille « exemplaires du Pève Duchesne, tandis que ces exemplaires ne « devaient coûter que 17,000 livres. •
Page &43, vers 12, 13:
Il simulait le loup sauvage
Et n'était qu'un mouton galeux.
Un auteur vivant qui est loin d'avoir toutes les qualités de
l'historien, M. Michelet a fréquemment les touches hardies ou délicates de l'artiste supérieur dans son Histoire de la Révolution française. En analysant le n" V du Vieux Cordelicr, il peint de ninin de maître le Père Dnc'.esne en rappelant le passage qui le concerne ; qu'on en juge :
« Le mieux traité est Hébert. Le puissant artiste , avec l'adresse et le soin d'un naturaliste habile, qui d'une pince a saisi un hideux insecte, le montre au jour sous tous ses aspects. Camille a détruit celui-ci sans en altérer les formes, et l'a parfaitement conservé. Il ne serait pas facile d'en trouver un autre. Hébert bien décrit, bien piqué, classé au musée des monstres, pose là pour tout l'avenir. » Rrv., t. VI, p. 27, 2« éd., 1869.
Page hhli, vers 5 :
Rallume tes foui'neaux éteints.
Hébert mourut Irtchement. « Quand le cortège parut, dit M. Louis Blanc (t. X, p. 328 ), des applaudissements retentirent, mêlés au cri de Vive la Hvpublique ! Livide et se soutenant à peine, Hébert s'avança vers la guillotine , au milieu des huées. On lui criait , par allusion à l'estampille de son journal : « Eh bien 1 Père Dnchesne, oii sont tes fourneaux ?»
Page 447 , vers 18 :
A Hondtschoote, le soir, tombé sous la mitraille, etc.
Hondtschoote, lieu où se donna la bataille gagnée par Houchard sur les Autrichiens, le 8 septembre 1793. Le vainqueur qui avait rendu à la Franco un important service, en rompant la longue chaîne de nos revers a o Nord, n'en fut pas moins condamné à mort , deux mois après, par le tribunal révolutionnaire.
Page 451, vers 11-13 :
Parfois le délateur dresse , excite , encourage L'enfant, jeune limier qu'il exerce au soupçon ; Car il faut df^s suspects, le fer veut sa moisson.
c Lorsqu'on dcniandail à nobcspicrrc quel était le but des interminables tragédies dont le spectacle épouvantait TEurope, il répondait nvro une pédanlesquo gravité : Je régénère la nalinn. Voici quelle était celte régénération :
« La morale publique, déjà si corrompue, s'altérait de jour en jour. La délation, la calomnie, l'assassinat étaient érigés en vertus. Les senlimcnts de la nature s'éteignaient dans les cœurs. La perfidie, l'inhumanité prenaient la place des afTcctions les plus tendres. La reconnaissance, le respect filial devenaient des crimes punissables. Le valet dénonçait son maître, l'ami trahissait son ami. Je connais un homme qui a arrêté de sa main son propre frère, et qui en a été loué.
« Un enfant de dix ans ayant été réprimandé par sa mère, courut la dénoncer au comité révolutionnaire de sa section , il l'accusa d'être attachée et GdMe au culte catholique. La dénonciation fut reçue, l'enfant récompensé, et la mère traduite au tribunal révolutionnaire qui la condamna à mort. »
0 Enfin , et ce dernier liait épouvantera la postérité , des femmes , des mères de famille faisaient sucer aux enfants qu'elles allaitaient le poison de la férocité avec le lait de leurs mamelles. Elles suspendaient au' cou de ces innocentes créatures des hochets qui étaient une représentation de la guillotine. Ces hochets, au moyen d'un ressort que fuisail jouer le doigt de l'enfant, imitaient la chute de la tête qu'abat le terrible couteau. » Choix d'anecdotes anciennes et modernes. Paris , Poncelin , an XI , tome IV , p. 123-125.
Page 452, vers 6 :
Écrit aux dignes chefs de ce gouvernement.
Les quatre vers qui suivent reproduisent assez fidèlement l'une des lettres atroces écrites par les représentants en mission. On la trouve dans une note des Esquisses dramatiques du gouvernement révolutionnaire de France aux années 1793, 1794 et 1795, par Ducancel, Paris, 1830, in-8».
Page i5/i :
Épîtres , etC:
Nous avons donné un titre qui, bibliographiquement, n'est pas exact. Le véritable est celui-ci : Épîtres et évangiles du républicain, in-18 de iv et 86 pages. Ce recueil commence par les trois décades de vendémiaire et se termine par les trois de fructidor. Chaque décade a son épître et son évangile. L'évangile que nous avons rimé, en l'abrégeant et en élaguant ce qu'il y a de plus hardi dans l'original, est le premier de la première décade.
Page 459 , vers 6 :
Contre les Immoraux encore une Campagne.
Le rigorisme de Saint-Just, l'incorruptibilité àe Robespierre, leur rêve incroyable de Sparte à Paris, firent donner par leurs partisans la qualification d'Immoraux à tous ceux qui, comme les Dantonistes, se déclaraient contre la dureté de leurs principes et l'absurdité de leurs réformes.
Page 462, vers 12 :
Tiens, ici j'ai noté toutes ses défaillances.
Ce pflpier n'est autre i|ue le manuscrit tombé entre les mains de M. Sencier et publié par lui, sous ce litre ; Projet, rédigé par Robespierre f du "Rapport fait à là Convention nationale par Saint- Just, cofitre Fabre d'Eglantitie, Vtinton, Philippeaux , Lacroix et Camille Desmoulins. Paris, chez France, 18A1, in-S* (4). Dafts son Avertissement, M. Sencier dit, entre autres choses: « On verra les singuliers rapprochements qui se trouvent entre le Rapport de Saint-Just contre Fabre d'Églantine, Danton, Camille Desmoulins, etc. , et les idées de Robespierre qui ont îiervi de base à ce Rapport, et que ce dernier lui a suggérées. Ce document précieux donne la preuve la. plus convaincante que ce n'était pas Robespien-e qui recevait ses inspirations de Saint-Just, comme l'ont cru plusieurs historiens, et notamment M. Thiers (t. III, p. 827, 1" édil.),
(4) C'està tort que Louis Blanc attribupfcf^e pn'bHCatiffn h Louig Dnbok.
ROTML m
mais bien Rohospicrro qui imposait les siennes ù Siiint-JusL.... Le projet de Rapport que nous présentons romine une piiVc justificative de rhisloirc, sera d'autant mieux apprécié qu'on aura Tait sortir des ténèbres plus (réclaircissomenls sur ces dcrnien temps.... Un billot de la main de Hobespierrc que nous avons fait lithographier, prouve qu'il convoqua lui-même le vice-président do tribunal révolutionnaire pour s'entendre avec lui sur la condamnation des accusés. *
Page 463, vers 21 et 22 :
Il faut briser l'obstacle aussitôt qu'il se dresse. Accuser fièrement et frapper sans faiblesse.
I La pitié qu'on fait paraître pour les détenus, a dit Saint- Jusl, à la tribune, est un signe éclatant de trahison dans une république qui ne peut être assise que sur l'insensibilité. »
Page A 68, vers 2 :
Ne suis-je pas toujours l'ami de la famille?
Une preuve des relations intimes de Robespierre avec la famille de Lurilc Desmoulins, c'est que lors de l'arrestation de Lucile, M"'* Duplpssis, sa mère, écrivit ù Robespierre : « Ce n'est donc pas assez d'avoir assassiné ton meilleur ami, tu veux encore le sanjf de sa femme 1 Ton monstre de Fouquier-Tinville vient d'ordonner de la mener à l'écliafaud ; deux heui-es encore et elle n'existera plus! Robespierre, si tu n'es pas un tigre à face humaine , si le sang de Camille ne t'a pas enivré au point de perdre tout à (ait la raison ; si lu te rappelles encore nos soirées d'intimité ; si tu le rappelles les caresses que tu prodiguais au petit Horace, que ta te plaisais à tenir sur les genoux; si tu te rappelles que tu devais être mon gendre, épargne une victime innocente; mais si ta fureur est celle du lion, viens nous prendre aussi, moi, Adèle (son autre flile) et Horace ; viens nous déchirer de tes mains encore fumantes du sang de Camille. Viens, viens, et qii'un senl tombeau nous rétinisse ! s
Page &75, vers 1,2:
Les égorgeurs !... toujours, toujours tu crois entendre Ces trois lugubres mots : massacres de septembre f
Un de nos confrères de l'Académie de Caen, M. le premier avocat général Boivin-Champeaux, a donné en 1868 un excellent volume intitulé : Notices historiques sur la Révolution dans le déparlement de l'Eure. Beaucoup de faits inconnus, ou depuis longtemps oubliés, y sont exposés dans le cadre des événements généraux, après de longues et consciencieuses études. L'honnête et laborieux historien est arrivé aux mêmes résultats que nous, et a su intercaler dans ses récits les preuves des jugements qu'il a portés. Après avoir rappelé en termes énei^iqucs les massacres de septembre, il en cherche les auteurs, et voici comment il s'exprime (p. 324-325) :
« Quand l'histoire accuse les membres du Comité de surveillance d'avoir été les fauteurs et les complices de ces horribles exécutions , qui n'ont d'exemple dans nos annales que les massacres de la St-Barlhélemy, elle ne le fait qu'avec des pièces émanées d'euxmêmes. Le 3 septembre, pendant que Maillard et ses bourreaux travaillaient dans les prisons, une lettre était adressée aux municipalités des départements pour les engager à imiter la commune de Paris. Elle était ainsi conçue: « Frères et amis, un affreux « complot , tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de Il l'empire français, ayant réduit la Commune de Paris à la cruelle « nécessité de se ressaisir de la puissance du peuple pour sauver la « nation, elle n'a rien négligé pour bien mériter de la patrie... « Elle se hâte d'informer ses frères des départements qu'une « partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été « mise à mort par le peuple, actes de justice qui lui ont paru « indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres B cachés dans ses murs au moment où il allait marcher à l'ennemi. » Et sans doute la nation entière, après la longue suite de tra- « bisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme , s'empressera « d'employer ce moyen si nécessaire de salut public , et tous les « Français s'écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l'en-
NOTBS. 539
• nriiii , nous ne laisMrons pn» dcrl•i^rc non» (1m brigands pour « égorg;n- noK femmes et nos rnRints.
• Ccltf ciiTulnirc d'nssassins el (!«• provocateurs à l'assassinat était souscrite des noms des membres du Comité de surveillance de la Commune, au milieu desquels ligurail, en outre, celui de Marat, avec cette accolade : l'Ami du peuple. Elle .fut répandue (hins Paris et expédiée dans les départements sous le contre-seing du miiiislre de la justice lui-même, de Danton, à qui l'Assemblée législative avait remis un des attributs de la souveraineté nationale, le droit de promulguer les décrets. »
La circulaire dont U est question dans ce dernier alinéa, portet-elle vérilablemenl le coulvc-seing de Danton ? M. Alfred Bougeard, qui a donné en 1861 un volume apologétique sur Danton, affirme qu'il a dans les mains la pièce oflicieile imprimée, et qu'elle ne porte « aucun contre-seing du pouvoir exécutif en général, de celui de Danton en particulier. » C'est possible. Nous admettons même, malgré les assertions contraires et très-vraisemblables, que la circulaire n'a pas été expédiée sous le couvert du ministre de la justice ; mais c'est le 2 septembre , au moment où les massacres allaient commencer, que Danton s'écriait à la tribune : « Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est une chaire sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. » Tout nous démontre que Danton savait que les massacres devaient avoir lieu; que s'il ne les a pas ordonnés, il les a laissé commettre ; qu'ils entraient dans son plan de politique à outrance; que Marat, le sanguinaire Marat est le grand coupable dans cette épouvantable boucherie , et nous disons avec M. Edgard Quinet ( La Révolution , L I" , p. 381 , 1" édit. ) : « Au moment où le signal va être donné par le canon d'alarme et par le tocsin de Bonne-Nouvelle, Danton se réfugie au Champ-de-Mars, parmi les volontaires qui courent aux armées. Il se cache sous les drapeaux. Il fuit les meurtres auxquels il prête sou nom et son autorité. Présent et absent, il a beau fuir; il ne se dérobera pas à l'avenir. •
On sait combien ce crime exécrable pesa sur le reste de sa vie et la rendit stérile pour le bien qu'il eût voulu faire. Les impolitiques Girondins s'obstinèrent à le repousser. Dans les circonstances les
plus graves, il maudit son impuissance, et se laissa insouciamnienl aller à cette existence molle et sensuelle qui brisa chez lui les principaux ressorts. Semblable au lion populaire d'Auguste Barbier, quand il voulut se relever de toute sa taille, quand il voulut,
Comme Tantique athlète\ Sur son col musculeut dresser toute sa tête, Et les barbes au vent, le front échevelé, Rugir en souverain , — il était muselé.
Page 475, vers 16 :
Touts'enchaîne : aujourd'hui compte les écliafauds, etc.
« Les arrestations s'opéraient par milliers Le à floréal , Maignet écrivait d'Avignon à Couthon : « S'il fallait exécuter dans ces contrées votre décret qui ordonne la translation à Paris de tous les conspirateurs , il faudrait une armée pour les conduire... car dans les deux départements je porte à 12 ou 15,000 ceux qui ont été arrêtés. » Et après le 9 thermidor, Rovère disait à la Convention : « A Avignon, il y a dans une église 2,000 personnes incarcérées; savez- vous pourquoi? parce que leur fortune s'élève à plus de 15,000 livres. •
« A Angers, en un peu plus d'une année, le Comité fit enfermer au (îhâteau 1,547 personnes , indépenclamment de 982 autres écrouées au même lieu par la Commission Félix, et non compris les Vendéens qui remplissaient les autres prisons.
« A Nantes, les prisons ne suffisant plus, on en créa de nouvelles, et l'on transforma en maisons d'arrêt un hôpital , l'entrepôt de la Douane et jusqu'à des navires marchands. Quant aux prisonniers, ils furent décimés par les souffrances, les privations et le typhus : la maladie venait en aide à l'échafaud. » La justice révo~ lutionnaire. Annuaire de la Société Philotechnique, XXX* vol.,
Page 481 , vers 2 :
Éléoiiore , ou plutôt Cornélie,
Éléonore Duplay, dite Cornélie, ou Cornelia, comme l'appelle M. Michelet, avait 24 ans. « C'était, dit M. Ernest Haniel (Hist,
>/(' /<()/)('.N/>. , I. III, |). '2Vh), niic Kraiidi! cl Iwlit; juuiic lillc, w\ fruits un peu acccnUii>s, et dont IMnio \iiile, ln.'inpé(' aux Hourcu» de la Révolution, pouvait aller de pair avec celle do Kohespicrrc.... Aucune femme n'était plus digne de devenir la compagne du glorieux démocrate. Ils vivaient sous le même toit ainsi (|iic (lcii\ (iaiicés, lui, trouvant dans ce chaste amour comme un icpos cl \»\ adoucissement après tant de luttes quotidiennes; elle, lière de celui dont elle devait porter le nom un jour, prèle à partager avec lui la palme ou le martyre. » Le mot le plus vrai de ce portrait, d'une ressemblance contestable, c'est que Cornélie pouvait aller de p<Ur avec son amanL
Page À88, \çn 8 :
Quel jury !.... mais qu'importe?
« Les juges des tribunaux et commissions révolutionnaires et les jurés étaient choisis parmi les jacobins les plus violents, parmi des ouvriers sans instruction.
« Le représentant Maignet, voulant constituer un tribunal révolutionnaire pour Vaucluse, écrivait à Payan de lui envoyer « douze francs républicains i panni lesquels il fit un choix.
<■ A Bordeaux, sur les sept juges de la commission militaire, il y eut un comédien, un doreur, un boulanger, un mégissier, un tonnelier; tous étaient de si mauvais renom, qu'on les avait surnommés les sept péchés capitaux.
« A Lyon, dans la commission Parein, il y avait un ouvrier en soie; dans la commission d'Orange, un menuisier d'Orange. On peut juger du degré de leur instruction par l'orthographe de Grandmaison, qui présida l'une des commissions de Lyon. Il écrivait : « En verdu du présent jugements Le consierge des prisons et Requi de mettre en Libertée Le citoyen jean Rqui^ aquilté... » E. Bertrakd. Annuaire de la Soc. Pliil,, 1869.
Page 4BS, vers 11 :
Getlp lettre... serait-ce un testament de mort?
Voir cette lettre tout entière dans V Histoire des Oifpndins,
p. 201-205, t. XIV des OEuvres complètes de Lamartine.
Page i92 , vers 8 ;
Sa voix allait se perdre au quai de la Ferraille.
« Danton parla très-longtemps ; il parlait avec une véhémence extraordinaire, et poussait de tels éclats de voix qu'ils parvenaient jusqu'au quai de la Ferraille. »
Louis Blanc, Hist. de la Hévol, fr,, X, 408.
Page 499, vers 10 :
Procureur général , allume ta lanterne.
Camille Desmoulins s'était donné lui-même « par forfanterie » , dit E. Halin, p. Ii5 de sa Bibliographie historique et critique de la presse périodique française , le titre lugubre de « Procureur général de la lanterne. »
Page 499, vers 19 :
Combien, pour t'éclairer, j'écrivis de journaux!
Dès 1789, C. Desmoulins se jeta dans le journalisme. 11 publia les Révolutions de France et de Brabanl, qui eurent sept volumes in-8°, composés de 86 numéros d'au moins 3 feuilles chacun. Cette collection forme une première partie qui s'arrête en juillet 1791. Elle fut reprise en 1792, et cette deuxième partie se compose de 55 numéros in-8". L'auteur a travaillé à d'autres feuilles politiques. Rien n'allait mieux à son talent et à son tempérament que la polémique ardente et le sarcasme du pamphlet.
Page 500 , vers 7 :
Quand ces frères Caïn luttent d'assassinats, etc.
On a vu en tête de ces notes le récit de l'académicien Tissot. L'historien efface, pour la dignité de son récit, des traits qui se trouvent ailleurs plus vrais, plus crus, plus caractéristiques. Voici des détails que Riouffe a consignés dans la 1" édition de ses Mémoires d'un détenu pour servir à l'histoire de la tyrannie de Robespierre :