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LA PLACE DES SELS D'OR EN PHTISIOTHERAPIE

Les considérations précédentes vont nous permettre de déterminer la véritable place qu'on doit accorder aux sels d’or dans le traitement de la tuberculose pulmonaire.

Ce traitement dispose actuellement de trois ordres de moyens : la collapsothérapie, la cure hygiénodiététique sanatoriale et les médicaments.

Mais, si l’on veut éviter de graves et désastreuses erreurs, il convient d'établir une hiérarchie de ces différentes méthodes. Un exemple, pris parmi beaucoup d’autres, qui nous a été communiqué par notre Maitre le docteur Mignot, démontrera cette nécessité.

Il y a quelques années le docteur Mignot était appelé en consultation dans la banlieue parisienne auprès d’un homme de 23 ans atteint d’une tuberculose évolutive grave du poumon gauche à type de phtisie galopante. Il apprit en interrogeant le malade et son entourage que le début apparent de la maladie remontait à un an environ et avait été marqué par une hémoptisie survenue inopinément au cours d’une bonne santé apparente. Un médecin, consulté, avait, après un examen radiographique et une bacilloscopie positive, porté le diagnostic d'infiltration tuberculeuse

du sommet gauche que confirmait le film radiographique pris à cette époque.

Ayant nettement averti le malade et sa famille de la nature du mal dont il était atteint, celui-ci ne Jui demanda le traitement qu’il convenait de suivre. Le médecin lui répondit : « Trois traitements sont possibles : le pneumothorax, la cure sanatoriale dans un établissement de cure en montagne ou les injections

de sels d’or. Choisissez. »

Naturellement, le malade opta pour cette dernière solution qui lui permettait de ne pas quitter son foyer et même une partie de ses occupations. Un traitement par la sanochrysine fut immédiatement commencé. Il n’empêcha pas la tuberculose d'évoluer d’abord sournoisement et ne put s’opposer à la poussée aiguë évolutive qui devait, au bout d’un an, emporter le malade.

Ici apparaît le danger, peut-être le plus grave de la médication aurique, dont elle n’est pas directement responsable et que l’on peut appeler avec U. Guinard « le danger indirect de la Chrysothérapie ».

Ce danger réside dans l’usage immodéré et systématique que, sur la foi de parrainages illustres, de trop nombreux médecins font de l’aurothérapie. Il est curieux de constater que cette thérapeutique qui a d’abord appartenu au nombre limité des phtisiologues ait conquis la faveur des médecins praticiens au moment où les spécialistes l’abandonaïent ou en restreignaient l’emploi. Il y a actuellement dans le monde

médical une tendance très fâcheuse à appliquer la

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Chrysothérapie presque automatiquement dans toutes les formes de la tuberculose pulmonaire et même à titre préventif chez des sujets dont les poumons sont parfaitement sains et qui sont simplement des tousseurs ou atteints d’une affection chronique bénigne des voies respiratoires supérieures.

Le plus terrible reproche que la plupart des maîtres de la phtisiologie adressent actuellement à l'or c’est d’avoir trop souvent empêché ou fait différer la création d’un pneumothorax artificiel, qui est la seule thérapeutique qui ait fait ses preuves.

« À ce point de vue, a écrit A. Dufourt, la Chrysothérapie a été et demeure néfaste. Aucune thérapeutique n’aura rendu incurables autant de tuberculeux. Et le mal ne fait que s’accroître parce qu’il se généralise. >» Et plus loin il ajoute : « Si l’état de chose actuel devait se perpétuer, si les tuberculeux pulmonaires devaient continuer à être systématiquement soumis à l’or, quelle que soit la période de leur évolution et la nature de leurs lésions, il serait à souhaiter que la Chrysothérapie, malgré les services incontestables qu’elle a pu rendre, n’ait jamais vu le jour. »

À. Dufourt n’a fait qu'exprimer en termes sévères l'opinion du plus grand nombre des phtisiologues qui estiment qu’il faut freiner et qui s'élèvent contre ceux qui persistent à employer l’or « à tort et à travers, à tout propos et hors de propos, quand ils ne savent que faire pour faire patienter le malade, pour donner satisfaction à la famille ou pour des raisons

moins glorieuses encore » (Giroud). C’est à ce dernier

et

motif certainement que faisait allusion un ironique médecin américain au Congrès de La Haye quand il

lança ces simples mots : « Or dans la veine, or dans la poche. »

Est-ce à dire qu’en raison de ces critiques l’or doit être rayé du traitement de la tuberculose pulmonaire ? Nous ne le pensons pas et ses plus sévères cen-

seurs ne le demandent pas.

* La Chrysothérapie est certainement la tentative la

plus intéressante et la plus féconde qui ait été faite dans la chimiothérapie antituberculeuse. Elle ne peut être encore considérée comme résolue et réclame de nouvelles études. Telle qu’elle est elle mérite d’être conservée en phtisiothérapie, à condition d’y être mise à sa place.

La collapsothérapie, le pneumothorax artificiel en particulier et la cure sanatoriale doivent rester, dans l’état actuel de nos connaissances, la base fondamentale de la thérapeutique antituberculeuse. La Chrysothérapie ne saurait en aucun cas constituer à elle seule le traitement de la tuberculose pulmonaire.

Visant un objectif limité, employée comme médication adjuvante dans des cas choisis avec discernement et bien suivis, elle constitue un précieux appoint qui n’est pas négligeable.

Ce sont des notions fondamentales qui doivent être présentes à l’esprit des médecins et inspirer leur décision dans le traitement de la tuberculose pulmonaire.

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