CHAPITRE III
LES BAS-RELlEFS INTÉRIEURS ET EXTÉRIEURS. — LA FRISE DU GRAND ENTABLEMENT. — LES INSCRIPTIONS.
Entre l'imposte du grand arc et l'entablement sont placés deux bas-reliefs sur chacune des grandes faces et un autre sur chacune des faces latérales.
Le bas-relief de droite sur la face du côté des Tuileries, exécuté par Lemaire (1), réprésente les funérailles du général Marceau, tué à Hochsteinball, près Altenkirchen, le 19 septembre 1796. Atteint d'une balle par un chasseur tyrolien, le jeune général ne peut être emporté du champ de bataille. L'archiduc Charles le fit entourer de soins, mais il expira bien- Ci) Lemaire (Hector),né à Moulin-Lille (Nord) en 1846. Lauréat du concours Wicar, à Lille, il séjourna quatre ans à Rome. Il en revint avec un talent élevé et une pointe de mélancolie. On a de lui Le Matin et la Roche quj pleure (Musée du Luxembourg) ; L'Amour maternel ; Rêve d'amour; Monument de Duguesclm et l'allégorie colossale, l'Immortalité, dont le plâtre figura aux funérailles de V. Hugo. 11 est devenu professeur de sculpture à l'Ecole nationale des Arts décoratifs.
tôt. L'armée autrichienne s'unit à l'armée française pour lui rendre les derniers devoirs ; il fut enseveli au bruit de leur double artillerie.
Le bas-relief de gauche sur la même face, par Seurre aîné (1) représente la bataille d'Aboukir (24 juillet 1799). Un aide de camp amène au général Bonaparte, Mustapha Pacha, de Roumélie, généralissime des forces ottomanes, fait prisonnier par Murât.
Le bas-relief de droite sur la face du pont de Neuilly, par Feuchère (1807-1852) représente le passage du pont d'Aréole (5 novembre 1796). Bonaparte s'apereevant des inutiles efforts de ses troupes pour repousser les Autrichiens, saisit un drapeau, se jette en avant du pont malgré la mitraille, et arrive suivi de ses soldats à la gueule des canons ennemis. Muiron, colonel, aide de camp de Bonaparte, se place devant lui pour le protéger et tombe blessé mortellement.
Le bas-relief à gauche de la même face, par Chaponnière (2), représente la prise d'Alexandrie (2 juillet 1798). Kléber et ses braves ont atteint le sommet des remparts d'Alexandrie ; Kléber blessé à la tête y porte sa main droite ; de l'autre, montrant l'ennemi, il appelle les Français à le suivre ; un soldat se prépare à enfoncer sa baïonnette dans la poitrine du turc qui a blessé le général ; un jeune Egyptien s'élance sur le
(1) Seurre (Gabriel-Bernard), dit Seurre l'aîné. Né et mort à Paris, 1795-1867. Prix de Rome en 1818. On lui doit la statue ne Moiière placée à la fontaine qui porte ce nom, à Paris. Il fut nommé membre de l'Institut en 1852.
(2) Ce jeune artiste, qui donnait les plus belles espérances, est mort après avoir terminé ce travail.
grenadier, tandis qu'un musulman veut retenir le fusil, il tombe percé lui-même d'un autre coup de baïonnette ; derrière Kléber est le portedrapeau ; on distingue un soldat qui déchire sa cartouche, un autre qui pose le pied sur le rempart, puis un autre qui fait signe à ses camarades d'accourir.
Le bas-relief de la face latérale de droite, par Geether, représente la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805). La bataille est engagée, Napoléon arrête la garde, l'infanterie française se précipite à la baïonnette sur les Russes et les Autrichiens; le général Friant s'est emparé d'un fusil et donne l'exemple en renversant tout devant lui ; l'ennemi refoulé sur l'étang de Sokolnitz, se défend avec opiniâtreté, l'artillerie de la garde, dont on voit à droite une batterie, multiplie ses ravages ; la glace s'entr'ouvre, et la cavalerie et l'infanterie russe disparaissent ; quelques soldats cherchent à se sauver en s'accrochant l'un à l'autre.
Le bas-relief de la face latérale de gauche, par Marochetti (1), représente la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792). Dumouriez, général en chef, suivi de son état-major, des maréchaux de camp Ferrand, Stennebosse, Rosières, Bloisières, etc., ranime l'ardeur de ses troupes arrêtées un instant par la forte position des
1. Marochetti (Charles, baron), né àTurin en 1805 et mort à T ondres en 1857. On a de lui : la statue équestre d'Emmanuel Philibert (1833-Turin) ; sainte Madeleine en extase (église de la Madeleine, Paris) ; La Tour d'Auvergne, Wellington, le duc d'Orléans, Richard Cœur-de-Lion ; la statue équestre de la reine Victoria à Glascow, etc,
Autrichiens ; à gauche, le colonel Thouvenot
s'élance pour attaquer le flanc droit de l'ennemi. Le général Drouot a la jambe cassée d'un coup de feu et reçoit les secours d'un officier d'ambulance. Le duc de Chartres commande le centre et enlève le deuxième étage des redoutes ennemies. Vers la droite un officier supérieur autrichien est fait prisonnier. Le 1er bataillon de Paris reçoit victorieusement un corps de cavalerie venant soutenir la gauche de l'ennemi qui opéra sa retraite en grand désordre. Les trois villages indiqués sont Jemmapes, Cuesmes occupés par Clairfayt et Berthaimont occupé par Beaulieu (1).
Les Renommées placées dans les quatre tympans des deux grands arcs ont été exécutées par Pradier (2).
Dans la frise du grand entablement règne au pourtour du mouvement un bas-relief représentant sur la face de Paris et la moitié des faces latérales le Départ des armées ; au milieu, les représentants du peuple, devant l'autel de la Patrie, distribuent les drapeaux aux chefs des différents corps des armées du Nord et du Midi ; à droite et à gauche, les troupes se mettent en marche. Sur la face de Neuilly et l'autre moitié des faces latérales est représenté le Retour des
(Y) « Moniteur'» du 10 novembre 1792.
(2) Prarlier (James), né à Genève en 1792, mort à Bougival en 1852. Grand prix de Rome en 1813. On lui doit principalement les 12 victoires du tonneau de Napoléon Ier aux Inva lides, la Poésie légère, Phryné, etc.
Armées ; la France régénérée accompagnée par la Prospérité et l'Abondance, distribue des couronnes aux chefs des armées ; à droite et à gauche les troupes ramènent avec elles les monuments, fruits de leurs conquêtes.
La composition et l'exécution de cette frise a été divisée en quatre parties et confiée à six artistes : Brun, milieu de la face du côté de Paris, Jacquot (1), partie à gauche ; Laitié, partie à droite ; le milieu de la face du côté de Neuilly par Caillouette (2) ; Seurre, partie à droite ; Rude, partie à gauche.
Sur les boucliers placés à la hauteur de l'attique figurent trente noms de victoires, choisies parmi celles qui ont le plus influé sur les destinées de la France. ,
Ce sont :
Valmy, 20 septembre 1792 Jemmapes 6 novembre 1792 Fleurus, 26 juin 1794 Montenotte, 10 avril 3796 Lodi, 11 mai 1796 Castiglione, 3 juillet 1796 Arcole, 5 novembre 1796 Rivoli, 13 janvier 1797 Pyramides, 20 juillet 1798 Aboukir, 24 juillet 1799 Alkmaer, 6 octobre 1799 Zurich, 25 septembre 1799
Héliopolis, 29 mars 1800 Marengo, 14 juin 1800 Hohenlinden, 3 décembre 1800 Ulro, 3 décembre 1805 Austerlitz, 2 décembre 1805 Jéna, 14 octobre 1806 Friedland, 14 juin 1807 S-omo-Sierra, 30 novemb. 1808 Essling, 22 mai 1809 Wagram, 6 juillet 1809 La Moskova,7 septembre 1812 Lutzen, 2 mai 1813
(1) Jacquot (Georges), né à Nancy en 1794, mort à Paris en 1874 Elève de Rancey, Bosio, Gros et de l'Ecole des Beaux-Arts. Il obtint le prix de Home en 1820. On cite de lui : l'Amour jouant avec un cygne ; la statue colossale de Louis-Philippe ; le dernier soupir du Christ et des cariatides au Louvre.
(2) Caillouette (Louis-Denis), sculpteur français, né et mort à Paris (1790 1868), fut élève de Cartellier. Ses œuvres les plus remarquables sont : Psyché abandonnée ; l'Architecture, basrelief en marbre fait pour le grand escalier du Louvre; Marie de Médicis, statue en marbre au jardin du Luxembourg.
Bautzen, 20 mai 1813 Dresde, 26 et 27 août 1813 Hanau, 30 octobre 1813
Montmirail, 11 février 1814 Montereau, 18 février 1814 Ligny, 16 juin 1815
Les tympans des petits arcs des faces latérales représentent l'infanterie et la cavalerie. A gauche est le grenadier enveloppé dans un drapeau surmonté de l'aigle impérial ; d'une main il tient son arme au repos, de l'autre il élève une branche de chêne.
A droite est le chasseur tenant son arme serrée contre lui, menaçant quiconque tenterait de la lui ravir ainsi que le chêne de victoire qu'il a noblement conquis. Ces œuvres furent exécutées par M. Bra.
La grosse cavalerie est représentée par un carabinier défendant son guidon ; la cavalerie légère par un lancier saisissant ses armes, les deux bas-relief furent exécutés par M. Valois (1).
Les tympans des petits arcs sous la grande voûte représentent l'artillerie et la marine. La figure de gauche représente la grosse artillerie ; elle tient d'une main un drapeau et de l'autre une couronne civique.
Celle de droite représente l'artillerie légère ; elle tient d'une main un plan et un compas et de l'autre la bride de son cheval. Exécutées par M. de Bay.
A gauche est le matelot, à droite est le soldat de marine ; les attributs et armes qui entourent
(1) Valois (Achille-Joseph-Etienne) , né et mort à Paris (1785-1862). Elève de Louis David et de Chaudet, il devint, en 1816, sculpteur de la duchesse d'Angoulême,
ces figures ont rapport à chacune d'elles. Exécutées par M. Seurre jeune (1).
Ces motifs furent critiqués.
Le problème n'étant pas facile on le résolut cependant.
<( On leur donna à tous le costume de la nature : on les mit tout nus. Quand les soldats furent ainsi transformés en baigneurs pour le plus grand triomphe de l'art académique, on continua le travail suivant les données du programme. On mit un fusil par-ci, un boulet de canon par là, un sabre d'un côté, une tête de cheval dans un coin et à force de finesses de ce genre, cela devint complètement inintelligible, et l'artiste, forcé d'avouer son impuissance à l'égard de l'allégorie, imita naïvement l'enfant qui écrit au-dessus de son dessin : ceci est un bonhomme ou une bonne femme. Un médaillon fut placé au-dessus de chaque sujet avec les mots : Infanterie, cavalerie, artillerie, marine. Ces médaillons viendraient à être changés de place un jour, que cela serait absolument indifférent. Voilà pourtant ce que c'est que d'être trop spirituel en architecture. » (2).
Aux trente victoires principales qui figurent dans la décoration extérieure, on ajouta
(1) Seurre (Charles-M^rie EmiJe), dit Senrre jeune, frère de Gabriel Seurre, né et mort à Paris (1798-1858). Prix de Rome en 1824. Il fit la statue de Napole'on I*r, qui, de 1833 à 1863, surmonta la colonne Vendôme.
(2) « Tableau de Paris », par Edmond Texier, illustré de 1500 dessins. Paris, Paulin et Lechevalier, rue Richelieu, 60, bureaux de l 'Illustration. — ■ mdcccui.
à l'intérieur les noms de bataille et combats les plus célèbres dans nos faits militaires. Cette nomenclature a été divisée en quatre parties comrespondant aux divers théâtres de la guerre du Nord, de l'Est, du Sud et de l'Ouest.