‹ La Place de l'Étoile et l'Arc de Triomphe; la construction de l'Arc de Triomphe et ses ornements; les événements historiques--appendices et tablesChapitre 7 sur 23 · ABEL BLOUET · texte numérisé non relu

ABEL BLOUET

[Cliché paru dans le Bulletin de la S. H. A. P.

auxquelles il n'a été rien changé depuis, et qui ont entretenu le culte de la mémoire napoléonnienne au point de rendre facile le renversement du trône de Juillet lui-même et le retour au pouvoir d'un Bonaparte (1).

Les sommes qui ont été consacrées à l'érection du monument peuvent se diviser ainsi :

Sous l'Empire-. . . 3.200 713 56 Sous la Restauration. 3.000.778 68 Sous Louis-Philippe . 3.449.623 38

Total . . . 9.651.115 62

L'arc de triomphe fut aussi élevé entièrement avec des bas-reliefs et des inscriptions qui relatent les faits mémorables de l'époque napoléonienne ce qui fit dire à Victor Hugo :

O vaste entassement ciselé par l'histoire ! Morceau de pierre assis sur un monceau de gloire ! Edifice inouï !

Ainsi l'arc de Triomphe comporte quatre massifs. Dans la partie inférieure des deux grandes faces, est un groupe de sculpture de grande proportion : 11 m» 70 cent. (36 pieds) de haut et les figures ont 5 m. 85 cent. (18 pieds de pro* portion).

Celui de droite, sur la face qui regarde l'avenue des Champs-Elysées est le fameux basrelief dû au ciseau de Rude (2)

(1) Voir chap. III. L'inauguration du monument.

(2) Rude (François), né à Dijon en 1784, mort à Paris en 1855. Vint à Paris en 1807, recommandé à Gaulle, charge

Le départ {1792).

Le génie de la guerre pousse le cri d'alarme et de son glaive étendu montre la lice ou l'ennemi doit être rencontré et vaincu.

La figure du milieu est un chef qui agite un casque pour attirer les guerriers. Un jeune homme se jette contre lui, fier de la confiance que lui témoigne son chef en lui posant le bras sur l'épaule et en l'entraînant ; à droite, un homme sur le retour de l'âge a déjà tiré son épée, se débarrasse de son manteau et se met en marche. Derrière lui, un vieillard trop âgé pour prendre une part active aux combats, donne des conseils aux chefs qui semblent ne plus l'entendre. A gauche, un guerrier assis tend son arc ; derrière lui est un guerrier couvert d'une cotte de maille, en marche comme les autres, mais qui a suspendu son mouvement pour sonner de la trompette ; derrière vers le centre, on aperçoit la tête d'un jeune cavalier domptant un cheval. Au-dessus de ce groupe s'étend le drapeau national.

Certains, M. Maxime Legrand son compatriote entre autres, ont prétendu que Rude avait été chargé d'exécuter les quatre bas-reliefs qui décorent l'Arc de Triomphe, et que les dessins existaient encore. Des dessins existent en effet.

d'une partie du bas-relief de revêtement de la colonne de la Grande-Armée, il l'aida à ce travail. Il fut admis parmi les élèves de Cartelier. Grand prix de Rome en 1812. Ses œuvres excessivement nombreuses ne peuvent être toutes citées ici. Rappelons Napoléon s'éveillant à l'immortalité (1847). Le maréchal Ney, Le général Bertrand, Prométhée aimant les arts, etc.

Après avoir été exposés au musée du Luxembourg ils sont conservés maintenant au Musée du Louvre. On prétendait que Rude, grand caractère, loyal et simple, avait refusé la commande des quatre bas-reliefs pour n'en accepter que deux, ceux qui regardent Paris.

C'était faux. La commande du bas-relief seule existe. Il faut donc abandonner cette légende. S'il existe différents dessins ce ne sont que des projets car M. Thiers qui avait la direction des travaux les avait demandé à Rude comme aux autres artistes.

Il avait été demandé aussi à Rude la grande frise qui entoure le monument. Des sujets n'ayant rapport ni à la Grande-Armée ni à Napoléon avaient été imposés aux artistes. Nous étions sous la Restauration. Mais le gouvernement de Louis-Philippe fit remporter ou détruire ces modèles et d'autres sujets furent donnés. Ce sont ceux qui existent actuellement et dont nous parlons plus loin.

A la monarchie de juillet, quoique Rude ait bataillé pour elle, c'est Etex qui reçoit la commande des deux bas-reliefs clu côté de Neuilly et M. Thiers donna à Cortot, membre de l'InstituE, la décoration du second pilier qui regarde Paris.

Parmi les projets de Rude on remarque une Retraite de Russie. Le sujet effraya M. Thiers. Le voici d'après M. G. Michel (1). « Les guer-

(1) Statuaire, grand prix du Salon. (Article publié dans le « Bulletin de la Société historique d'Auteuil et de Passy », XLII, p. 204.)

riers vaincus sont encore superbes et imposants ; ils s'écroulent terrassés, on le voit, par les éléments plus que par leurs adversaires. Le spectre de Thiver symbolisé par un vieillard chauve, à la barbe de givre, plane sur les débris de la Grande-Armée ; les aigles tant de fois victorieuses sont brisées ; l'ardent coursier qui dans le Chant du Dépari, hennissait, frémissant au bruit des armes, et qui sous tant de cieux a porté son maître triomphant, s'abat roulant sous sa monture, couvert de blessures, et qui soutenu par un de ses compagnons d'infortune, va poursuivre avec lui, se prêtant un mutuel appui, la longue route d'agonie. A gauche, des guerriers rassemblant leurs forces, essaient de protéger la retraite ; mais à droite d'autres ennemis arrivent : les loups aux yeux ardents, montrent leurs dents aiguës. C'est sinistre et grandiose, c'est humain et c'est épique, cela étreint et éveille de profondes pensées. C'est la fin de l'épopée, mais ce sont toujours des héros ! »

Ce Chant du Départ qui seul fut exécuté et qui représente les Volontaires de 1792 quand la Patrie est en danger est appelé également La Marseillaise de Rude, sens populaire qui ne s'est pas trompé.

Le Triomphe {1810).

Le groupe qui est à gauche sur la même face

fut exécuté par Cortot (1)

(1) Cortot (Jean-Pierre), né et mort à Paris, 1787-1843. Prix de Rome en 1809. Elu membre de l'Académie en remplacement de Dupaty en 1825, termina les ouvrages de ce sculpteur.

L'Empereur est couronné par la Victoire, la Renommée publie les hauts faits, l'Histoire les suit. Les villes vaincues viennent se soumettre et des trophées d'armes enlevés à l'ennemi sont suspendus à un palmier ; plus loin un prisonnier est dans les fers.

La Résistance {1814).

Ce groupe est sur la face droite qui regarde Neuiily. Il est dû au ciseau d'Etex (1)

Un jeune guerrier défend son pays envahi par 1 étranger, d'un côté, son père blessé embrasse ses genoux, sa mère veut l'arrêter, elle tient un enfant tué dans ses bras. Derrière, un cavalier blessé mortellement tombe de cheval ; au-dessus le Génie de l'Avenir plane sur ce groupe et encourage le jeune homme à résister et à combattre.

La Paix {1815).

Sur la même face que le précédent, mais du côté gauche, ce groupe est également d'Etex.

Un guerrier remet l'épée au fourreau ; à gauche une femme tient sur ses genoux son en-

On a de lui le Soldat de Marathon, la statue du maréchal Lannes, le fronton de la Chambre des députés, etc.

(1) Etex (Antoine), sculpteur, peintre, architecte, graveur et littérateur, né à Paris en 1808, mort à Chavineen 18*8. Etudia la sculpture sous Dupaty et Pradier, la peinture à l'Ecole d'Ingres, l'architecture sous Duban. Nous ne pouvons citer ici toutes les œuvres qu'on lui doit. Citons en sculpture : Caïn et sa race maudite de Dieu ; en peinture: Jeux d'enfants et Roméo et Juliette ; en architecture : Le Monument de la révolution Février ; en littérature : La Grèce tragique ; Dante illustré ; étude sur la vie et les ouvrages d'Ary Scheffer, etc.

fant qu'elle caresse ; un autre enfant s'appuie sur elle en lisant. A droite est une figure d'homme occupé à un soc de charrue entouré de blé ; derrière un sodat laboureur qui, rentré dans ses foyers, dompte un taureau qu'il veut remettre à la charrue. Au-dessus, Minerve, couronnée de lauriers tenant d'une main sa lance, veille à l'ordre ; de l'autre elle protège l'ouvrier.

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