La maison de M. le Duc de Richelieu, occupée par luy
Ce document, on vient de le constater, est intéressant à plusieurs points de vue. Il nous indique qu'à la fin du xvii^ siècle, exactement en 16S4, de
très grands personnages et d'illustres familles habitent encore la place Royale, soit à titre de propriétaires, soit à titre de locataires. Il nous indique également que, selon l'information de Sauvai, les propriétés devenues trop étroites, se sont augmentées en largeur par l'adjonction de parties de pavillons, en sorte qu'au lieu de trente-six ou trente-sept immeubles, il n'y en a plus que vingtsept. Nous ajouterons qu'il est d'autant plus précieux que sa liste d'immeubles ne présente, il n'en faut pas douter, aucune solution de continuité, commençant par le premier pavillon situé au coin droit de la rue des Francs-Bourgeois pour se terminer par l'hôtel de Richelieu qui est le dernier joignant la dite rue, vis-à-vis du précédent pavillon.
Voici également, dans le même ordre d'idée, une autre pièce, imprimée cette fois, qui va nous donner avec plus de précision encore, pour le milieu du xvm® siècle, les mêmes indications, à une date fixe, des noms des propriétaires et locataires, et qui nous renseignera sur le partage des immeubles à cette époque.
Nous voulons parler du plan que Blondel exécuta en 1752 pour l'annexer à son Architecture Française * .
' L'Architecture Française, par Blondel, 1752, t. II, p. 144.
Ce n'est, sans doute, comme le précédent document, qu'une impression fugitive dans la longue existence de ce coin de Paris, mais cette constatation d'ensemble de tous les habitants ou possesseurs et de la division de leurs propriétés, à une époque déterminée de l'ancien régime, n'en est pas moins fort curieuse à examiner.
Pour indiquer plus clairement les immeubles mentionnés dans le document en question et qui, à cette époque, ne portaient pas de numéro, nous les désignerons par ceux qu'ils portentde nos jours, ce qu'il nous a été impossible de faire pour la pièce précédente de 1684, la désignation des maisons n'étant pas, comme dans celle ci, reportée sur un plan. En ce qui concerne la numérotation actuelle, elle fut assez compliquée entre les années 1805 et 1894 ; on trouvera plus loin les différentes phases par lesquelles elle passa.
Dans le plan dont il s'agit, le pavillon du Roi, qui porte aujourd'hui le n° 1, était attribué à M. Rome, conseiller au Grand Conseil. Il formait, comme aujourd hui, un seul immeuble.
La propriété voisine en allant vers l'Ouest était attribuée à M. Chopin, maître des Requêtes ; elle se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi. Elle n'a pas actuellement de numéro, son entrée étant située rue ûeBirague. A celte époque une porte cochère existait donnant
sur la place, porte qui fut supprimée vers 1840 '.
Le n° 3 actuel était attribué à M. d'Estrades et se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi.
Le n" 5 actuel était attribué à M. de Rotrou, conseiller au Grand Conseil, et se composait, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n" 7 n'étant que l'entrée du Petit-Sully, nous n'en parlerons pas.
Le n" 9 actuel était attribué au président de Nicolaï et se composait, comme aujourd'hui, de huit arcades, soit deux pavillons entiers.
Le n° 11 actuel était attribué à M. de Creil, intendant de Metz. Il avait cinq arcades en 1752, soit un pavillon un quart. Ce quart de pavillon a été acquis depuis et annexé à la propriété voisine portant le n» 13.
Le n° 13 actuel était attribué à M. le comte de Chabot. Il avait sept arcades en 1752, soit un pavillon trois quarts. Il en compte aujourd'hui huit, soit deux pavillons entiers, par suite de l'acquisition d'un quart de pavillon au n° 11,
Le n" 15 actuel était attribué à M. d'Ormessondu
* La maison natale de M"'' de Sévigné, par M. F. de Mallevoue, Bullelin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, 1882, p. 40.
Charret et se composail, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit uu pavillon entier.
Le n° 17 actuel était attribué à M. le comte de Chabannes et se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi.
Le n"* 19 actuel était attribué au président d'Etiaux et se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi.
En 1752, l'hôtel de Richelieu se composait de 11 arcades, soit deux pavillons entiers, un demipavillon, à l'Est, et un quart de pavillon, à l'Ouest. Aujourd'hui, cet hôtel est divisé en deux propriétés, la première portant le n"^ 21 avec huit arcades, soit un quart de pavillon, un pavillon entier et trois quarts de pavillon ; la seconde portant le n° 23 avec trois arcades, soit un quart de pavillon et un demi-pavillon.
Le n° 25 actuel était attribué à M. l'Escalopier et se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi.
Ici se terminent les numéros impairs. Si nous continuons à faire le tour de la place, en allant vers l'Est, nous trouvons immédiatement après len'^ 25 le n" 28.
Le n° 28 actuel était attribué à M. Moreau, procureur du roi, et se composait, comme aujourd'hui, de neuf arcades, savoir trois arcades formant le pavillon de la Reine et les six arcades suivantes formant un pavillon et demi.
Le h' 26 actuel était attribué à M. d'Orniesson père et se composait, comme aujourd'hui, de six arcades, soit un pavillon et demi.
Le n" 24 actuel était attribué à M. d'Ormesson, avocat général. Il se composait en 1752 de quatre arcades, tandis qu'aujourd'hui il en a cinq, plus une boutique. Cette boutique et cette arcade ont été établies à la suite de la démolition du pavillon qui barrait la rue dti Pas-de-la-Mule .
Ce dernier pavillon est indiqué dans le plan de Blondel comme se composant de trois arcades, Il ne comporte pas de nom de propriétaire ou de locataire. Peut-être, en raison de ses petites dimensions, n'étàit-il habité qiie par des gens de peu d'importance, indignes d'être nomitiés par le célèbre architecte?
Le n° 22 actuel était attribué au prince de Taliilôn et se composait, comme aujourd'hui, de qiiatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n" 20 actuel était attribué à M*"^ la marquise de Menoux et se composait, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n° 18 actuel était attribué à M. le marquis de Tessé. Il se composait de cinq artades en 1752, soit un pavillon et un quart de pavillon. Ce quart a été acquis depuis et incorporé à l'hôtel voisiii, portant le n° 16.
Le no 16 actuel était attribué à M'"^ du Chatelét.
Il se composait, en 1752, de trois arcades, soit trois quarts de pavillon ; l'acquisition d'un quart de pavillon au n" 18 en a fait aujourd'hui un pavillon entier.
Le n** 14 actuel était attribué à M. Thomé, Conseiller au Parlement. Il se composait, en 1752, de sept arcades, soit un pavillon et trois quarts de pavillon. Il n'en compte plus aujourd'hui que six, soit un pavillon et demi, par suite de la cession au n" 12 d'un quart de pavillon.
Le n° 12 actuel était attribué à M. l'Evêque de Verdun. Il se composait de cinq arcades en 1752, soit un pavillon un quart qui est devenu aujourd'hui un pavillon et demi, avec six arcades, par suite de l'acquisition indiquée ci-dessus.
Le no 10 actuel était attribué àM.deGagny, caissier des amortissements, et se composait, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n° 8 actuel était attribué à M™® la comtesse d'Armalay et se composait, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n° 6 actuel était attribué à M™^ la princesse de Guéménée et ne se composait, en 1752, que de trois arcades, soit les trois quarts d'un pavillon. Il en compte quatre aujourd'hui, soit un pavillon entier, grâce à l'acquisition d'un quart faite sur le n» 4.
Le no 4 acliiel était attribué à M. de Mainville. Il se composait, en 1752, de cinq arcades, soit un pavillon et un quart; par suite de la cession de ce quart au n" 6, il est redevenu un pavillon entier de quatre arcades.
Le n° 2 actuel était attribué à M. le marquis de Beausang et se composait, comme aujourd'hui, de quatre arcades, soit un pavillon entier.
Le n^ 2 bis actuel, enfin, qui est le dernier, n'a pas d'indication d'occupant ou de propriétaire dans le document que nous relevons ; il se composait, ainsi que maintenant, de quatre arcades, soit un pavillon entier. Son entrée n'est pas aujourd'hui sur la place des Vosges, mais dans la rue de Birague.
Le pavillon normal se composant de quatre arcades au rez-de-chaussée, et de quatre fenêtres par étage, il faut entendre, par cette expression de un quart de pavillon, une tranche de toute la hauteur de la maison, comprenant une arcade, une fenêtre du premier étage, celle du dessus et la mansarde. Le demi-pavillon a deux arcades, et ainsi de suite.
Il résulte donc de la nomenclature ci-dessus que, en 1752, les 37 pavillons — celui de la rue du Pasde-la-Mule existant certainement — étaient répartis en vingt-huit propriétés distinctes.
On voudra bien nous excuser de cette fasti-
dieuse et monotone énuméralion ; elle était indispensable, cependant, pour bien faire comprendre la situation cadastrale de la place Royale pendant le régne de Louis XV.
Si l'on compare les limites des immeubles de 1752 avec celles d'aujourd'bui, on remarque qu'en somme les modifications ne sont pas très considérables, puisqu'elles ne portent que sur dix propriétés.
Il est certain, néanmoins, que ces limites durent varier à toutes les époques, suivant les besoins et la fortune des propriétaires ou locataires; tel, par exemple, le logis du prince de Rohan Guéménée qui, sous Louis XIV, comportait deux pavillons, alors qu'un siècle après, bien que resté dans la même famille, il ne se compose plus que des trois quarts d'un. Rien n'était plus simple, en effet, dans des maisons construites au même alignement et de même hauteur d'étage, qtie d'incorporer à son hôtel une partie de l'hôtel voisin.
Comme parallèle à cette division des propriétés en 1752, il nous paraît intéressant de donner la répartition actuelle de ces mêmes propriétés. Ce sera pour ainsi dire la preiwe de l'interprétation que nous venons de faire du plan de Blondel.
Voici donc de quelle façon se divisent, aujourd'hui, les immeubles composant ces trente-six pavillons, étant entendu que chaque numéro représente une seule propriété :
Le n° 1 de la place appartient au pavillon du Roi et forme un seul immeuble.
Le premier pavillon à l'ouest, ainsi que la moitié du second, sont une même propriété qui n'a pas de numéro sur la place, étant les dépendances de la maison sise rue de Birague n' 11 bis.
En 1821, cet immeuble possédait une porte cochère sous les arcades ; celle-ci fut supprimée vers 1840, ne laissant à l'immeuble que l'entrée de la riie de Birague ^ .
Le n° 3 se compose de la seconde moitié du deuxième pavillon et du troisième entier.
Le n° 5 est formé du quatrième pavillon entier.
Le n° 7 n'est que l'entrée du petit hôtel de Sully, qui se trouve dans le coin sud-ouest, mais dont le bâtiment n'a pas de façade sur la place des Vosges.
Si nous suivons l'ordre du numérotage, nous passons au côté ouest, c'est-à-dire parallèle à la rue de Turenne :
Le no 9 se compose des deux premiers pavillons de cette rangée.
Le n 11 se compose du troisième pavillon.
Le n° 13 se compose des quatrième et cinquième pavillons.
Le n" 15 se compose du sixième pavillon.
1 La Maison Natale de M""-' de Sévigné, par F. de Mallevone Bullclin de la Société de l'Histoire de Paris ei de l'Ile de France, 1882, p. 40. lac. cit.
Le no 17 se compose du septième pavillon et de la moitié du huitième.
Le n 19 se compose de la seconde moitié du huitième pavillon et du neuvième entier.
Traversant la rue des Francs-Bourgeois, anciennement de l'Echarpe, nous arrivons au côté perpendiculaire à la rue de Béarn, c'est-à-dire à celui qui contient le pavillon de la Reine :
Le n» 21, à l'ouest de cette rangée, se compose : 1° d'un quart de pavillon comprenant une étroite façade avec une seule arcade, une fenêtre à chaque étage et une fraclion de toit pointu ; 2" du premier pavillon entier ; 3" des trois quarts du second. Voici donc une propriété qui comprend un quart de pavillon, un pavillonentieret trois quartsde pavillon.
Le n" 23 se compose du dernier quart du deuxième pavillon et de la première moitié du troisième.
Le n" 25, qui est le dernier des numéros impairs de la place, se compose de la seconde moitié du troisième pavillon et de tout le quatrième.
Voici pour les numéros impairs qui, on a pu le remarquer, vont du pavillon du Roi inclusivement, suivent la rangée en allant vers l'ouest, continuent le côté ouest jusqu'à la rue des Francs- Bourgeois et prennent le côté nord jusqu'au pavillon de la Reine exclusivement.
Continuant le dénombrement des propriétés,
nous reviendrons au pavillon du Roi en allant vers l'est. Le premier pavillon qui se trouve à sa gauche n'a pas de numéro officiel, sauf une boutique à laquelle le locataire a donné le n° 2 bis ; il n'a pas non plus d'entrée sur la place et fait partie de la maison située rue de Birague, n" 16.
Le n°2 se compose du deuxième pavillon entier.
Le n°4 se compose du troisième pavillon entier.
Le n° 6 se compose du quatrième et dernier pavillon de cette rangée.
Nous suivons le côté parallèle à la rue des Tournelles :
Le n° 8 se compose du premier pavillon entier situé au sud.
Le n° 10 se compose du deuxième pavillon.
Le 12 se compose du troisième pavillon entier et de la moitié du quatrième.
Le n° 14 se compose de la seconde moitié du quatrième pavillon et du cinquième entier.
Le n° 16 se compose du sixième pavillon entier.
Le n" 18 se compose du septième pavillon entier.
Le n° 20 se compose du huitième pavillon entier.
Le n° 22 se compose du neuvième et dernier pavillon au nord de cette rangée.
Nous sommes à la rue du Pas-de-la-Mule et nous reprenons le côté du pavillon de la Reine, suivant ainsi le numérotage pair :
Le n° 24 se compose du premier pavillon, à partir
de l'est, qui ne comprend qu'une seule arcade avec trois fenêtres ; il doit être de construction relativement moderne, puisque à la place de sa façade venait s'appuyer le pavillon démoli qui avait été édifié au-dessus de la chaussée de la rue du Pas-de-la-Mule. Son édification doit remonter à l'époque où un arrêté d'alignement vint enlever la maison obstruant ladite rue. Ce numéro 24 comprend également le deuxième pavillon à gauche.
Le n° 26 se compose du troisième pavillon et de la moitié du quatrième.
Le n° 28, enfin, qui est le dernier des numéros pairs, se compose de la moitié du quatrième pavillon, du cinquième enlier et du pavillon de la Reine. C'est le plus important immeuble de la place.
Les numéros pairs, il a été facile de s'en rendre ■ compte, partent du pavillon du Roi exclusivement, suivent la rangée vers l'est, remontent du sud au nord le côté parallèle à la rue des Tournelles et prennent le côté nord jusqu'au pavillon de la Reine inclusivement.
En faisant le pointage des immeubles de l'état actuel dont on vient de lire le détail , on trouvera que les trente-six pavillons, malgré quelques divisions survenues depuis 1752, restent partagés entre 28 propriétaires.
La difi"érence est grande, nous le répétons, entre le commencement du xvii<= siècle, où, de par les
lettres-patentes de I6O0, le signataire ne voulait pas « que les dicts pavillons estans sur la face de la dicte place Royalle puissent estre divisés et séparés entre co-héritiers ny aultres... », et les temps actuels, où un seul propriétaire possède jusqu'à deux pavillons et demi.
Il est d'ailleurs très facile de se rendre compte de visu de la séparation actuelle de tous ces immeubles, leurs possesseurs ayant fait poser sur les toits de longs filets en zinc indiquant la mitoyenneté des maisons.
Vers la fin de l'année 1902, cette constatation sauta plus particulièrement aux yeux par les tons de différentes couleurs dont les propriétaires firent badigeonner leurs immeubles en vertu de la prescription administrative enjoignant le nettoiement décennal des façades. Chacun d'eux, en effet, voulant pour sa maison une teinte autre que celle de la maison voisine, a dû se mettre l'esprit à la torture pour trouver des tons inédits de brique et de pierre-L'infortunée place des Vosges présente donc, depuis ce moment, l'aspect d'une palette où se voient tous les rouges et tous les jaunes connus et inconnus. Il eût peut-être été plus simple, en raison du caractère historique des immeubles, de les exempter de la prescription dont il s'agit et de conserver à cette voie la belle patine de rouge éteint
qui faisait son charme et qu'elle ne retrouvera pas maintenant de si tôt.
Nous avons donné plus haut, à la date précise de l'année 1684, c'est-à-dire en plein règne de Louis XIV, l'ensemble complet et au même moment, des grands seigneurs, propriétaires et locataires, habitant la place Royale. Nous avons donné également une nomenclature semblable pour le règne de Louis XV, prise exactement en l'an 1752. Il nous paraît intéressant de compléter ces deux indications par une troisième comportant la situation sociale des riverains à la veille de la Révolulion. Nous en avons, à cet effet, relevé la liste intégrale dans VAlmanach de Paris pour l'année 1789 S lequel pousse laprécision jusqu'à donner, en regard de chaque nom, le numéro du logis, numéro qui appartient au système de numérotage tenté avant la Révolution, ainsi que nous l'indiquons plus loin. On pourra voir, par les noms et qualités des personnages habitant les pavillons en 1789, que la Noblesse et la Magistrature y étaient encore largement représentées. On pourra ainsi se faire une idée de l'état d'esprit qui devait régner dans ce milieu aristocratique à ce moment même où, à
' Almauach de Paris, contenant la demeure, les noms et
qualités des Personnes de condition, et des principaux artistes, marchands, fabricants pour l'année 1789. Chez Lesclapart, libraire, rue du Roule, n« 11, à la Sainte Famille.
deux pas de là, le peuple de Paris prenait la Bastille :
M. Andrieuxde Chetainville, Conseiller à la Monnaie, et Mti^, au no 18.
Mii° d'Anserville, rue et place n» 2.
M. Bacon, Substitut du Procureur Général, au no 3.
M. Barenlin, Garde des Sceaux, et Mm", au no 10.
M. Baroche, au no 30.
M'u" la Marquise de Beausang, au no 12.
M. Berlhelot de Verzigny, et Mme. au no 13.
M. Bitault de Vallier, et M"ie^ au n» 8.
M. de Boisboutron, Conseiller à la Cour des Aides, et Mni% au no 31.
M""c la Comtesse de Boisgelin de la Vieuville, au n- 22.
M. le Comte de Boissy, au n" 9.
M. Bourderelle, Commissaire (sans n°).
M. Boutton de Reuilly, Secrétaire du Roi, et Mm% au no 14.
M. de Bromer, et Mme, au n" 6.
Mm" Brousse, au no 18.
M. de Courbois, Grand Maître des Eaux et Forest, et Mmo, au n'' 13.
M. Demary, au n» 20.
M. Dennemont, Substitut, et M""', au no 3.
Mme Duparc, au no 18.
M. Durand, Secrétaire du Roi, et M'hc^ au no 25.
M. Dureau de la Malle, et M^c, au no 24.
M. Duval de la Faudignère, Dentiste, et M'nc^ (sans numéro).
M"ie la Comtesse de Fayette, au no 20.
M. le Marquis de Fiers de la Mette Ango, Maréchal de Camp, et la Marquise, au no 18.
M, le Marquis de Gondrecourt, et la Marquise, au n» 2.
M. de Gourgues, au n" 25.
M. de Guny, Conseiller à la Cour des Monnaies, au n" 19.
M. de Lacroix, Maître des Comptes, et Mme, au no 24.
M le Comte de la Ferté-Meuse, et la Comtesse, au no 13.
M'uo la Comtesse de Laon, au no 8.
M^° la Comtesse de Lapallu, au n" 30.
Mmo la Marquise et la Comtesse de La Vieuville, au no 22.
M. Laurent de Lionne (des Lions), Directeur Général du Canal de Picardie, au no 16.
M. Le Camus du Martroy, Conseiller à la Cour des Aides, et M^e, au no 2.
M. Le Chanteur, Auditeur des Comptes, et Mme, au no 31.
M. Le Chanteur, Conseiller au Parlement, et Mme, au no 31.
M. Le Couteulx de Verton, Auditeur des Comptes, et Mn»% au n° 15.
M'ne de Lélès, au m 15.
Mra° Le Métayer, au no 14.
M. Le Roy du Roullé, ancien Conseiller au Parlement, et M'''% au no 21 .
M. de Lescalopier, Conseiller d'Etat, au no 8.
M. le Chevalier de Lescalopier, et M'"e, au n" 8.
M. de Lescalopier, Conseiller au Parlement , et M'""^, au no 8.
M. de Machault, et M""% au no 3.
M">e Maignon, au no 24.
M. de Maissemy, Maître des Requêtes, et M"»», au no 19.
M. Marchant, et M™*, au no 12.
M. Molet, au n" 32.
M. de Monthiers, Auditeur des Comptes, et M^e, au nos.
M'i'e la Comtesse de Montléard, au n» 32.
M. de Nlcolaï, Président de la Chambre des Comptes, et Mme, au n° 28.
M. le Marquis de Nicolaï, au n" 28.
M. de Nogaret, Secrétaire du Roi, au no 8.
M. d'Ostome, et M-^e, au no 6.
M. Patte, au m 8.
Mme la Présidente de Pinon de Quincy, et MUe, au no 17.
Mme Prévost, au no 30.
M. Prévost de Ghantmêlé, Secrétaire du Roi, et Mme, au no 30.
Mme la Présidente de Rotrou, au n° 26.
M. de Rotrou, Auditeur des Comptes, et Mmo, au no 26.
Mme de Saint-Priest, au no 2.
M. de Saint-Priest, Maître des Requêtes, et Mme, au no 2.
Mil» de Saint-Priest, au no 2.
M"e la Marquise de Thiboutot, au n» 32.
M. le Comte de Turicque, et la Comtesse, au n° 32.
Mme Vanin, au n^' 5.
M. Vanin de Courville, Conseiller au Cliâtelet, au Qo 5.
M. de Vérigny, Maître des Requêtes, et M'"e, au no 2.
M. de Villedeuil, Ministre d'Etat, et Mme, au no 16. M. le Comte de Voisenon, et la Comtesse, au no 29. M. le Comte de Voisenon, au n" 29.
M. le Marquis de Vrigny, et la Marquise, au n" 3 *.
Il nous faut aborder maintenant les différentes phases des numérotages successifs des maisons de la place.
Le premier système quasi officiel que nous y rencontrons est celui que l'on a quelquefois appelé la numérotation royale et qui fut en vigueur à Paris à la fin du xviii^ siècle, avant le numérotage révolutionnaire. M. Ch. Merruau, qui a étudié de près la question des numéros des maisons de Paris-, n'a pas, il est vrai, relevé en ce qui le concerne, trace de l'action administrative, mais il pense, néanmoins, qu'il fut entrepris par des particuliers avec l'encouragement de l'édilité parisienne. Nous pouvons dire, dans tous les cas, qu'il eut force de loi et fut admis dans la rédaction des actes officiels. Nous l'avons trouvé, notamment, employé dans les pièces du procès de Favras, lequel est indiqué comme habitant place Royale, 21, qui est bien le
1 On verra plus loin, à propos des nunaérotages, l'identification que nous avons faite de tous ces logis anciens avec les logis actuels, sauf pourtant de ceux indiqués sous les n"^ 2, 3,5 et 6. Nous en concluons, néanmoins, qu'il s'agit des deux premiers immeubles de la rangée nord, à partir de la rue des Francs-Bourgeois. Pour les autres habitations signalées ici, la concordance est parfaite, du n»8 à la fin.
2 Rapport sur la Nomenclature des rues et numérotage des Maisons de Paris. Fait à M. le Sénateur, Préfet de la Seine, au nom d'une Commission spéciale, parM. Cti. Merruau [1861].
numéro donné par VAlmanach de Paris de 1789 à la maison de M. Le Roy du RouUé, ami et hôte de l'infortuné marquis. Nous l'avons encore rencontré dans des dossiers du Fonds du Domaine, aux Archives de la Seine, en constatant que son emploi avait été quelquefois continué, même après l'adoption du numérotage révolutionnaire. C'est ainsi que la maison de la place des Vosges, actuellement numérotée 15, est indiquée dans une pièce du 9 vendémiaire an II, sous la rubrique de place de r Indivisibilité n°31, qui est le numéro royal de la maison. Il en est de même du pavillon qui porte aujourd'hui le n° 1 et que deux documents de frimaire an II signalent comme situés, d'une part, place de l'Indivisibilité, 2i, et, d'autre part, place du Parc d'artillerie, 2A, ce qui est un numéro établi avant la Révolution.
C'est sans doute de ce numérotage dont veut parler Mercier, dans son Tableau de Paris de 1783, quand il dit : « On avoit commencé à numéroter les maisons des rues; on a interrompu, je ne sais pourquoi, cette utile opération, quel en seroit l'inconvénient? Il seroit plus commode et plus facile d'aller tout de suite chez M. un tel n° 87, que de trouver M . un tel au Cordon bleu ou à la Barbe d'argent, la quinzième porte cochère à droite ou à gauche après telle rue ; mais les portes cochères, dit-on, n'ont pas voulu permettre que les inscrip-
teurs les numérotassent. En effet, comment soumettre l'hôtel de M. le Conseiller, de M. le Fermier Général, de Monseigneur l'Evêque, à un vil numéro et à quoi scrviroit son marbre orgueilleux? Tous ressemblent à César ; aucun ne veut être le second dans Rome ; puis, une noble porte cochère se trouveroit inscrite après une boutique roturière. Cela imprinieroit un air d'égalité qu'il faut bien garder d'établir. »
Quoi qu'il en soit de la mauvaise volonté des aristocratiques portes cochères, si spirituellement raillées par Mercier, il faut croire que le bon sens l'emporta sur leur entêtement puisque, en 1789, nous avons un ouvrage, VAlmanach de Paris, qui numérote une grande quantité dimmeubles parisiens, dont la totalité de la place Royale K
Nous trouvons même dans ce document la preuve qu'un système de numérotation avait été entrepris pour les maisons de Paris, système dont l'éditeur du dit Almanach n'a pas manqué de se servir pour donner satisfaction à ses lecteurs :
« Les numéros appliqués sur les maisons dans plusieurs rues, ont été employés avec soin par l'Editeur, pour indiquer d'une manière plus précise, la demeure des personnes qui ont eu la bonté de lui envoyer ceux de leur demeure.... C'est à M™* Les-
1 L'Almanaeh de Paris, loc. cit. chez Lesclapart, année 1789.
clapart, libraire, rue du Roule, n° 11, qu'on est prié de faire parvenir les adresses avec le numéro de la maison, les changements de domicile... »
L'inspecteur de police Krenfelt de Storeks semble être l'instigateur de ce numérotage entrepris à la fin du xvHi'' siècle. Voici, en effet, ce qu'il dit dans son très curieux rapport du 7 avril 1791 :
« En 1779, je fis poser le premier numéro, rue Gramont à la petite porte de la Police, maintenant le Bureau des Nourrices; alors il n'était pas possible de faire comprendre aux habitants de Paris, l'importance du service que je leur rendais, ainsi qu'aux étrangers ; c'est avec beaucoup de peine qu'ils s'en sont pénétrés, et sans être inquiété, j'ai continué de le faire faire à mes dépens jusqu'en 1789. ))^.
Grâce à l'ouvrage dont il vient d'être question, grâce à de nombreuses pièces du Fonds du Domaine, des Lettres de ratification, du Sommier foncier, conservés aux Archives de la Seine, grâce à des ouvrages spéciaux comme les Anciens hôtels de Paris, de M. le comte d'Aucourt ^^, il nous a été possible, pour la place des Vosges, de faire concorder le numérotage actuellement en vigueur
* Inventaire sommaire de la collection Lazare-Montassier, conservée aux Archives de la Seine, 1899, par Lucien Lazard, p. 119.
2 Edition de 1890, à Paris, chez Champion, in-12.
avec le numérotage royal. Ce dernier, comprenant une suite de numéros de 1 à 33, commençait à la rue des Francs-Bourgeois, suivait le côté nord, descendait le côté est, prenait le côté sud et remontait le côté ouest pour se terminer à son point de départ, c'est-à-dire à ladite rue des Francs-Bourgeois. Nous devons dire, pourtant, que, par suite d'une anomalie, les sept premiers numéros de ce système sont concentrés sur les deux premiers immeubles de la rangée nord, portant aujourd'hui les chiffres 21 et 23. Celte situation étrange de sept numéros pour deux immeubles, concorde bien avec ce que disait M. Lucien Lazard à propos du numérotage royal, à savoir que la maison ne fut pas toujours l'unité numérique et que souvent un chiffre spécial était donné à chaque magasin d'une maison et aussi à chacun de ses corps de bâtiments. C'est à ce titre qu'il indique un exemple de huit maisons de la rue Saint-Honoré pour lesquelles il ny avait pas moins de vingt et un numéros, de 429 à 449 •. En ce qui concerne les deux immeubles dont il s'agit, disons qu'ils comportent, en effet, onze arcades, plusieurs boutiques et des bâtiments sur cours. Ainsi qu'on le verra dans le tableau inséré plus loin, leur situation est celle-ci : numéros actuels, 21 et 23; Révolutionnaires, 299 et
* Répertoire alphabétique du Fonds du Domaine, par Lucien Lazare. 1904. Préface, p. IV.
298 ; royaux, 1 à 7. A part ce cas particulier, la concordance de tous les autres numéros est exacte, comme le prouve le tableau dont nous venons de parler.
Avant d'arriver à la période révolutionnaire, nous signalerons, en passant, rénuraération des maisons employée par les guides de Watin. Ce procédé nest pas à proprement parler un numérotage, mais simplement un dénombrement de quelques portes, éiabli sans ordre et qui , pour la place Royale, semble vaguement commencer à la rue de l'Echarpe et suivre les côtés Nord, Est, Sud et Ouest. La chose, d'ailleurs, ne mérite guère d'être signalée, l'édition de 1787, par exemple, encore qu'elle emploie à peu près exactement quelques numéros du système dont il vient d'être question, ne mentionnant que huit hôtels sur un ensemble de trente-sept pavillons *.
La première numérotation ayant une attache à peu près administrative que nous trouvons ensuite est celle qui fut adoptée au commencement de la Révolution, dans le double but de prélever l'impôt et de dénombrer les citoyens. On l'appela indistinctement le numérotage révolutionnaire ou le numérotage de sections, parce qu'il fut établi par chacune de ces dernières. Sans vouloir examiner
* Le Provincial à Paris, chez le sieur Watin fils. 1787, quartier du Temple, p. 88.
ici le côté si compliqué de ce système, qui serpentait à travers le quartier, suivant les îlots de maisons, escaladant les rues comme à l'aveuglette, nous dirons que, pour la place ci-devant Royale, il commençait au pavillon qui forme le coin de la rue des Francs-Bourgeois et qui porte aujourd'hui len^lQ*. Le premier numéro révolutionnaire donné à cette propriété était le 274. C'est dire que les précédents venaient de loin dans la section. Tous les numéros se suivaient sans interruption et sans division, comme aujourd'hui, en pairs et impairs ; ils longeaient la rangée ouest, puis la rangée sud, ensuite la rangée est et reprenaient la rangée nord pour se terminer par le n°299, au dernier pavillon accolé à la rue des Francs-Bourgeois, numéroté aujourd'hui 21.
La concordance que l'on trouvera plus loin est extraite du Sommier foncier de V Enregistrement, Registre n° 55, document inaccessible au public et aux travailleurs. La communication en est faite seulement au service des Archives de la Seine, auquel on est obligé de la demander 2.
1 L'inspecteur de police Krenfelt de Storecks, dans son rapport cité plus haut, a raconté tous les inconvénients de ce numérotage et indiqué que la rue Saint-Honoré, par exemple, appartenant à six sections, était numérotée de six façons différentes.
* C'est M. Lucien Lazare, archiviste de ce service, qui s'occupe de ce soin avec une perspicacité et une sûreté dont il
Il nous faut ajouter une indication de M. Ch. Merruau disant que le 16 ventôse an V (6 mars 1797), la municipalité du 8"'" arrondissement, qui était justement celle de la place Royale, proposa l'adoption d'un nouveau mode de numérotage dont les chiffres se seraient succédé arithmétiquement de maison en maison ^ .
En 1805, aux termes du décret impérial du 3 février, la place Royale fut numérotée comme les autres voies de la capitale et assimilée aux rues perpendiculaires à la Seine ; ses numéros étaient donc noirs et commençaient à la rue de Birague actuelle, les pairs à droite et les impairs à gauche. Comme aujourd'hui , le dernier numéro pair était le 28 qui comprenait le pavillon de la Reine inclus, vis-à-vis la rue de Béarn actuelle ; le dernier numéro impair était le 25, accolé audit pavillon.
Du côté des numéros impairs, le n" 1 était celui que portait, comme encore aujourd'hui, le pavillon du Roi. En sorte que chaque numérotage, pair et impair, avec son pavillon royal : celui du Roi au commencement des numéros impairs, celui de la Reine à la fin des numéros pairs.
Cette numérotation dura de 1805 à 1862.
faut lui être reconnaissant. En ce qui me concerne, pour cette communication comme pour d'autres, je lui adresse ici mes sincères remerciements. — L. L.
* Rapport sur la Nomenclature des rues et le numét^otage des maisons, par M. Gh. Merruau, loc. cit. p. 21.
En cette dernière année et en vertu de l'arrêté préfectoral du 22 janvier, le côté nord de la place, c'est-à-dire le côlé du pavillon de la Reine, perdit le numérotage de la place qu'il possédait depuis 1805 et prit le numérotage de la rue des Vosges qui allait du boulevard Beaumarchais à la rue de Tureune. Alors, le n° 24 de la place devint le n° 8 de la rue, le n° 26 devint le n' 10, le n° 28 devint le n« 12, le n" 25 devint le n° 14, le n" 23 devint le n° 16, et le n^ 21 devint le n° 18.
Cet état de choses persista jusqu'en 1893.
Le 26 décembre de cette même année, intervint en effet un arrêté préfectoral qui annexa à la place des Vosges la partie de la rue des Vosges qui la bordait, c'est-à-dire le côté Nord ou du pavillon de la Reine.
On rendit alors à ce côté, par un arrêté du3 janvier 1894, le numérotage qu'il possédait précédemment.
Le n'' 8 de la rue redevint le n° 24 de la place, le n° 10 redevint le n° 26, le n" 12 redevint le n° 28, le n'' 14 redevint le n" 25, le n° 16 redevint le n» 23 et le n" 18 redevint le n° 21.
C'était, on le voit, le retour au numérotage de l'empire. C'est encore celui d'aujourd'hui.
Nous devons dire que cette perturbation dans la numérotation de la place ne sévit que pour le côté compris entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue du Pas-de-la-Mule ; les trois autres côtés con-
servèrent toujours le numérotage qui leur fut donné en 1805.
En ce qui concerne les hôtels en bordure sur le côté en question, il nous parait utile de signaler que les différents historiens qui les ont identifiés, ou qui en ont simplement parlé, ne semblent pas s'être préoccupés du numérotage de l'époque de transition, c'est-à-dire de 1862 à 1894; ils n'ont pas manqué, chaque fois qu'ils les ont cités, de se servir des anciens numéros.
En somme et pour nous résumer, voici comment peuvent se déterminer les trois systèmes de numérotation employés à Paris et par conséquent à la place des Vosges :
1° Le numérotage, dit Royal, qui précéda le numérotage révolutionnaire et exista jusqu'en 1789, comportait une série de numéros à la suite, pairs et impairs, commençant à la rue des Francs-Bourgeois à gauche, et suivant le côté nord, de 1 à 11 ; le côté est, de 12 à 19 ; le côté sud, de 20 à 27 ; et le côté ouest, de 28 à 33.
2° Le numérotage de sections, dit Révolutionnaire, dont le point de départ de la longue série venait d'autres rues du quartier, commençait à la rue des Francs-Bourgeois, à droite, suivait le côté ouest, du n" 274 à 279 ; le côté sud, de 280 à 285 ; le côté est, de 286 à 293; et le côté nord, de 294 à 299.
3" Le numérotage actuel — qui est celui de
YEmpire — plus compliqué que les deux précédents, et qui se divise en deux parties ou deux séries de numéros, les pairs et les impairs. Les numéros pairs commencent au milieu de la rangée sud, à droite du pavillon du Roi, de 2 à 6; suivent la rangée est, de 8 à 22 ; et prennent la moitié de la rangée nord, de 24 à 28 jusques et y compris le pavillon de la Reine. Les numéros impairs commencent, au milieu de la rangée sud, à partir et y compris le pavillon du Roi, de 1 à 5 ; suivent la rangée ouest, de 7 à 19 et prennent la moitié de la rangée nord, de 21 à 25, jusques et non compris le pavillon de la Reine.
Le tableau de concordance ci-contre fera mieux comprendre encore les trois systèmes et facilitera les recherches que l'on pourra être appelé à faire à ce sujet.
Numérotage
Numéi-otage
Numérotage
actuel
révolutionnaire
roj'al
2 et 2 bis
(Petit-Sully)
id.
1 L'immeuble portant le n° 2 bis actuel a son entrée dans la rue de Birague et non sur la place des Vosges.
^ Le i>avillon situé au-dessus de la rue du Pas-de-la-Mule aurait pris place, comme numéi'otage, entre le n" 22 et le n° 24 actuels. Nous n'avons pas trouvé trace qu'il en ait jamais reçu un.
3 Entre le pavillon du Roi, n" 1, et le n" 3, se ti-ouve un immeuble de six arcades dont l'entrée est dans la rue de Birague et non sur la place. Autrefois il possédait une porte sur cette dernière, qui a été supprimée vers 1840.
•* Le numéro 7 actuel est l'entrée du petit hôtel Sully et n'a pas de façade sur la place.
5 La concordance entre les n^^ actuels 21 et 23 et les numéros révolutionnaires 299 et 298 a pu facilement être faite. En ce
Les nombreuses dénomiDations que porta la place Royale, devaient commencer à la Révolution et après deux siècles d'un vocable unique et jamais discuté.
En 1792, le 19 août, la Commune de Paris lui donne le nom de place des Fédérés :
« Séance du 19 août 1792. Hiiguenin, président. Il est arrêté que la section dite ci-devant de la Place-Royale sera nommée à l'avenir section des Fédérés, et que la place et rue ci-devant Royale seront nommées place et rue des Fédérés *. »
Et encore :
« Séance du 19 août 1792. — Sur la demande de la section de la Place Royale, il est arrêté que cette place s'appellera dans la suite Place des Fédérés'-. »
Un détail en passant : C'est dans cette même séance du 19 août 1792 que la Commune décréta la mise en état d'arrestation et l'incarcération à l'hôtel de la Force de « M"''* de Navarre, Bazire, fem-
qui concerne le numérotage royal il faut .supposer, ce qui est probablement la vérité, que ces deux propriétés, comportant ensemble onze arcades, plusieurs boutiques et des bâtiments sur cours, reçurent des numéros allant de 1 à 7, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut. Dans tous les cas, la concordance est exacte à partir de la pi-opriété suivante, n» 25 actuel, jusqu'à la fin.
1 Registre de la Commune, t. IX, p. 280, et papiers Lazare, Archives de la Seine.
2 Procès-Verbaux de la Commune de Paris, publiés par Maurice Tourneux en 1894, p. 42.
mes de chambre de Madame Royale ; Thibault, première femme de la Reine ; Saint-Rrice, femme de chambre du prince Royal ; Tourzel, gouvernante des enfants du Roi ; demoiselle Pauline Tourzel, Marie-Thérèse-Louise de Savoie Bourbon- Lamballe ; M. Lorimierde Chamilly, premier valet de chambre du Roi et du prince Royal. »
Le 4 juillet 1793, la Convention Nationale, à la suite d'une pétition de la section des Fédérés, change cette dénomination en celle de Place de r Indivisibilité :
« Convention Nationale. Séance du jeudi 4 juillet 1793 — Les citoyens de la section de la place des Fédérés, au nombre de 866, ont entendu pendant deux jours la lecture de la déclaration des droits et de l'acte constitutionnel et les ont sanctionnés par appel nominal et à l'unanimité.
« Un citoyen de cette section demande à ce qu'elle soit autorisée à changer son nom de la Place des Fédérés en celui de l'Indivisibilité ; -- on applaudit. Cette proposition est décrétée i. »
Si nous comprenons bien le sens de ce vote, ce qui était décrété, c'était le changement du nom de la section et non celui de la place, les sectionnaires ayant plus vraisemblablement songé au titre de leur organisme qu'à celui d'une simple voie publique. Il n'empêche, pourtant, que cette décision
* Le Moniteur du 6 juillet 1793.
fut interprétée dans le sens le plus large puisque, à dater de ce moment, la place des Fédérés devint celle de V Indivisibilité.
Il faut ajouter qu'il existait encore, pendant la Révolution, une troisième dénomination qui était celle de place du Parc d'artillerie. Elle dut être donnée par le peuple, sans aucune ratification officielle, du moins ne l'avons-nous pas trouvée, vers 1792 et à peu près en même temps que le nom de place des Fédérés, sans doute en raison des canons et du matériel d'artillerie qui y étaient en permanence. Dans tous les cas, ce troisième vocable est antérieur à celui de l'Indivisibilité. Nous en trouvons la preuve dans une réquisition du Directeur des Domaines, datée du 13 brumaire an II (3 novembre 1793), à propos de l'hôtel de l'émigré Battillac :
« Maison cy-devant place du Parc de l'artillerie et présentement appelée place de l'Indivisibilité n" 282 1. »
Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que ces dénominations s'appliquaient rigoureusement aux époques que nous venons d'indiquer. Il n'en est absolument rien et nous avons vu une quantité d'actes et pièces authentiques , officielles ou privées qui, de 1792 au commencement du premier
1 Archives de la Seine. Fonds du Domaine, carton 120, dossier 296.
Empire, et quelles qu'en étaient les dates, portant indistinctement et quelque fois simultanément les noms de place des Fédérés, place du Parc d artillerie, place de V Indivisibilité. Et cela, sans nul souci de la priorité de tel ou tel vocable.
Nous avons enfin trouvé dans un rapport de Police, daté du 21 mars 1792, une quatrième dénomination, tirée des ateliers d'armes qui y étaient installés. Le policier s'exprimait ainsi :
« Dans un groupe, sous les arcades de la place de la fabrication des armes, des ouvriers s'entretenaient d'un nouveau journal fait par un sapeur et destiné à remplacer la feuille du père Duchesne : Il est bien étonnant, disoient-ils, qu'on n'arrête pas ce journal qui peut corrompre l'esprit public par les jurements et autres vilains mots dont il est rempli . — Ne perdons pas de vue, disoit un sansculottes d'un certain âge, que pour être véritablement républicain, il faut être honnête et vertueux. — 'Vous avez bien raison , s'est-on écrié de toute part 1. »
En l'an VIII, le IG ventôse (7 mars 1800), le premier Consul prit un arrêté dans lequel il était dit que le département qui, à la fin de Germinal, aurait payé la plus forte part de ses contributions,
^ Tableaux delà Révolution française, d'après les papiers inédits du Département et de la police secrète de Paris , par Adolphe Schmidt, 1870, t. II, p. 176.
aurait bien mérité de la Patrie et verrait son nom donné à l'une des principales places de Paris. Ce fut le département des Vosges qui arriva bon premier et gagna d'être le parrain de la place Royale qui prit le nom de place des Vosges. La proclamation en l'honneur de ce département se fit le l*^*" vendémiaire an IX (23 septembre 1800), à la fête anniversaire de la fondation de la République, qui eut lieu au Champ-de-Mars et aux Invalides — Temple de Mars — devant le premier Consul, désireux de saluer le corps de Turenne que l'on venait d'y ramener K
Ce fut Lucien Bonaparte, Ministre de l'Intérieur, qui notifia au citoyen Frochot, Préfet de la Seine, par sa lettre du 28 fructidor an VIII (13 septembre 1800) l'ordre de faire opérer ce changement de dénomination :
« Je vous invile, en conséquence, à donner le nom de Place des Vosges à la place connue cidevant sous le nom de Place Royale, la seule dont le nom puisse être changé.
Vous voudrez bien donner de la publicité à cette décision et veiller à ce que l'inscription soit placée pour le l*"" vendémiaire.
Je vous salue. Lucien Bonaparte 2. »
1 Boulay de la Meiu'the. Notice sur la place des Vosyes, juillet 1848, iu-S", p. 16. (Ouvrage indiqué dans le Répertoire général de M. Maurice Toui'neux.)
^ Archives de la Seine. Papiers Lazare, Place des Vosges.
On remarquera le dédain professé par le Ministre de l'Intérieur pour les dénominations données par la commune, par la Convention nationale, par le peuple. Il semblait ignorer les vocables dont nous venons de donner la nomenclature et de raconter l'histoire. Pour lui, la place des Vosges succédait à la. place Royale, rien de plus.
Signe des temps !
La Restauration, ensuite, prenant naturellement la contrepartie des acles de la Révolution, par un arrêté préfectoral du 27 avril 1814, lui rendit son nom de place Royale qu'elle conserva jusqu'aux journées de Février. A ce moment, on la dénomme place de la République par simple opposition et probablement sans décision administrative. En 1848, le Maire de Paris désigné par le Gouvernement provisoire, M. Armand Marrast, préconisant le retour des principes de la Révolution, lui rend son ancienne étiquette de place des Vosges, par un arrêté du 14 mars de cette année. Cette décision fut prise à la suite de la démarche faite par une députation de Vosgiens chez Dupont, de l'Eure, président du Gouvernement provisoire, et à la tête de laquelle marchait Boulay de la Meurthe '. Ce fut quelques jours avant
1 Boulay de la Meurthe. Notice sur la place des Vosges, loc. cit. p. 22.
la promulgation de cet arrêté, e 2 mars, qu'on planta, dans le coin sud-est, un arbre de la Liberté que Victor Hugo vint saluer, entouré d'une foule sympathique.
L'Empire, en 1852, la dénomme de nouveau place Royale K Cette appellation subsiste jusqu'au 16 septembre 1870, date à laquelle, en vertu d'un arrêté du Maire de Paris, dont voici la teneur, elle reprend, enfin, le nom de place des Vosges :
« Le Maire de Paris,
Sur le rapport du Secrétaire Général de la Mairie de Paris ;
Considérant qu'en l'an VIII de la République, le nom de place des Vosges a été donné à la place Royale en souvenir de l'acte patriotique du département des Vosges qui, le premier entre tous les départements, fournit à la France la double dette du contingent militaire et du payement de l'impôt ;
Considérant qu'un décret du 14 mars 1848 a rendu à la place Royale le nom de place des Vosges ;
Considérant, dès lors, qu'il importe de restituer dès aujourd'hui à \a place des Vosges le nom qu'elle a porté sous les deux Républiques, et qui signifie patriotisme et dévouement.
Arrête :
Article premier. — La place Royale reprendra le nom de place des Vosges.
1 Dictionnaire des Rues de Paris , par les frères Lazare, p. 691.
Article deux. — Le Secrétaire Général de la Mairie de Paris est chargé de l'exécution du présent arrêté qui sera inséré au Journal officiel.
Le Maire de Paris,
Etienne Arago'.
1 Journal officiel de la République, du 17 septembre 1870.