‹ la place Vendôme et la Roquette; documents historiques sur le commencement et la fin de La communeChapitre 9 sur 10 · LA ROQUETTE. — INSURRECTION. — DELIVRANCE. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

LA ROQUETTE. — INSURRECTION. — DELIVRANCE. — CONCLUSION

La fin de la journée du vendredi avait été des [.«lus lugubres. Dans la cour intérieure de la prison s'étaient produits les mêmes phénomènes que le jeudi soir. A la vue de l'agent mystérieux qui tenait une liste à la main, chacun se disait : « .Mon nom esi probablement inscrit sur celle liste; que Dieu ait pitié de moi ! » J'avais de nouveau entendu sortir de la bouche d'un officier insurgé «••'Ile fatale interrogation : « Les hommes de guerre sont-ils à leur poste?») Des cellules du bâtiment en face du nuire, des mains amies nous axaient indiqué par signes que le nombre des nouveaux fusillés s'élevail au chiffre de douze, quinze, seize!... C'était à peine le quart des otages qui avaient été immolés aux haines de la Commune. Malheureusement, chacun ne pouvait garantir que les faits dont il était le fcé-

llxh LA PLACE VENDOME

moin; notre horizon ne s'étendait qu'aux quatre coins de notre cellule, tout au plus à une partie de l'étage qu'on habitait; chacun ne pouvait donner des renseignements que sur quelquesunes des péripéties et des victimes de ces sanglantes exécutions.

Le samedi matin, un des employés de la bibliothèque, qui nous témoignait une sollicitude au-dessus de tout éloge, me donnait, les larmes aux yeux, des détails plus précis sur l'étendue du désastre. A cinq heures, un émissaire de la Commune était entré dans le premier étage du bâtiment de l'ouest et s'était écrié : « Citoyens, attention à l'appel ; ici, il nous en faut quinze ! » Parmi ces victimes figuraient le P. Olivaint, le P. Caubert et le P. de Bengy, jésuites ; les quatre principaux pères de la compagnie de Picpus; l'abbé Sabattier, second vicaire de Notre-Dame de Lorette ; M. l'abbé Seigneret, un jeune élève du séminaire de Saint-Sulpice ; M. l'abbé Planchât, un véritable missionnaire qui déployait tous les dévouements de l'apostolat, non dans la Chine ou le Japon, mais parmi les classes ouvrières du faubourg Saint-Antoine. On appela encore cinquante-quatre gendarmes, soldats, officiers de paix, gardes de Paris, dont la plupart étaient enfermés dans le premier étage de notre bâtiment de l'est.

ET LA HOQUETTE. 1 j5

On les conduisit à Belleville, précédés de tambours et de clairons, dans une des cours de la rue Haxo. Pendant ce long- trajet, une foule furieuse, dans laquelle les femmes se faisaient remarquer par une exaltation voisine de l'ivresse, vomissait contre ces prêtres et soldats, victimes de leur fidélité à Dieu et à la patrie, des menaces et des imprécations fanatiques. Après les avoir assassinés à coups de chassepot et de revolver, on les mutila à coups de pied et de crosse de fusil; on les jeta ensuite péle-mùlc dans une cave, d'où ils furent retirés trois jours après dans un état de putréfaction avancée1.

1 II n'est, pas inutile d' insister sur les pertes cruelles que les haines religieuses de la Commune ont infligées au clergé de Paris. Elle a mis à morl Mgr Darboy, le premier pasteur du diocèse; Mgr Surat, le premier vicaire général;M. Deguerry, le doyen des curés et le plus connu d'entre eux; le père Olivaint, supérieur jle la maison des jésuites; le père du Coudrai, supérieur de leur grand établissement d'instruction de La rue des Postes; le père Captier, dominicain, supt'1rieur d'Arcueil et l'un des hommesles plus compétents dans les matières de l'enseignement. La Commune avait en outre arrêté trois vicaires généraux, M. Jourdan, M. Bayle et M. Lcard, directeur du séminaire Saint-Sulpice, qui ont providentiellement échappé .ù la mort dont ils étaient m comme tous les autres ota jes.

\ ci la liste des quarante ecclésiastiques enfermés à la Roquette comme otages de la Commune :

Ont été fusillés les 24, 2G et 27 mai :

Mgr i>\Him\ . archevêque de Paris.

Mgr Si hat, vicaire général de Paris.

Les plus incrédules voyaient approcher l'heure dernière ; je me préparai donc une fois de plus à mourir. Les insurgés volaient ou brûlaient les objets restés dans les cellules; je remis ma

M. Deguerry, curé de la Madeleine.

M. Ai.lard, missionnaire.

M. Bécourt, curé de Bonne-Nouvelle.

Les RR. PP. jésuites Clerc, du Coudrai, Olivaixt, Cau-

BERT, DE BeNGY.

Les RR. PP. de Picpus Tuffier, Rouchouze, Radigue,

Tardieu.

M. Saratier, second vicaire de Notre-Dame de Lorette. M. Seigxeret, séminariste.

M. Bouillon, des Missions étrangères.

M. Planchât, aumônier à Charonne.

Ont échappé à la mort :

M. Bayle, vicaire général.

M. Petit, secrétaire général.

M. Moléon, curé de Saint-Séverin.

M. Lartigue, curé de Saint-Leu.

M. Bacuès, prêtre de Saint-Sulpice.

Le père Bazin, jésuite.

MM. Perny et Guerrin, des Missions étrangères. Les pères de Picpus Sainta, Frézal et Laurent. M. Juge, aumônier des Sœurs aveugles.

M. Amodhu, vicaire à Notre-Dame des Victoires. M. Carré, vicaire à Belleville.

M. Del.mas, vicaire à Saint-Ambroise.

M. Depontaillier, second vicaire de Belleville. .M. (ii ébels, vicaire à Sainl-Eloi.

M. Guillon, prêtre de Saint-Eùstâche.

M. Lamazou, vicaire a la Madeleine.

M. de Mausv, vicaire à Saint- Vincent de Paul. .M. Besqi but, prêtre de Privas.

MM. Gard d Déchelette, élèves du séminaire Saint- Sulpice.

montre, mes papiers et mes dernières dispositions testamentaires à l'employé de la bibliothèque, avec l'indication des personnes auxquelles il devait les transmettre. Je désirais vivement que mon corps put recevoir une sépulture convenable, et ne sachant quel moyen prendre pour qu'on pût le reconnaître, je communiquai mes inquiétudes à M. l'abbé Amodru mon voisin, à travers la fenêtre qui éclairai! nos cellules. Il avait prévu et résolu la difficulté; je profitai des dispositions pratiques qu'il venait de prendre lui-même : j'écrivis mon nom en caractères très- lisibles sur plusieurs petits carrés de papier que je mis dans mes souliers et dans les différentes poches de mes vêtements. C'était l.t veille de la Pentecôte. N'ayant plus la force de me mettre à genoux, je m'assis sur mon lit, et tantôt le bréviaire, tantôt V Imitation de Jêsus-^Chrisl à la main, je demandais à Dieu l'esprit de forer et de sacrifice. En lisant le psaume trentième, je fus frappé de ces paroles : n Seigneur, je ne serai pas confondu parce que je vous ai invoqué!... Vous me protégerez contre la Fureur des impies!... Soyez béni, Seigneur, parce que vous ave/ lait un prodige de

miséricorde pour un- sauver dans la cité' où l'on ne voit que forteresses et combats. » Mais je nu* défiais au— il. 'il de ces espérances qui

glissaient trop facilement dans mon âme; je voulais rester en face des tristes réalités de la mort.

Le crépitement de plus en plus bruyant de la fusillade nous annonçait le rapprochement de la lutte. Les barricades du Château-d'Eau avaient été vaillamment prises par les troupes de Versailles; la Commune, qui siégeait à la mairie du Prince Eugène, était obligée de battre en retraite; ses tronçons épars étaient venus, par un suprême effort, se rejoindre au greffe de la Roquette et continuer l'infernale besogne du banditisme cosmopolite. Entre l'armée libératrice et nous se trouvaient encore ces hommes de sang et de boue dont les dernières convulsions étaient autant d'arrêts de mort et "d'incendie. On m'a rapporté que Ferré bondissait comme une panthère à qui l'on va enlever sa proie ; il criait d'une voix rauque : « Qu'on se dépèche! qu'on les fusille, ces chouans! qu'on les égorge, ces bandits !' qu'on n'en laisse pas un debout ! Citoyens et citoyennes des faubourgs, venez venger vos fils, vos pères lâchement assassinés! » Les misérables n'avaient pas de temps à perdre : d'un coté, les troupes de Versailles pénétraient dans le boulevard du Prince Eugène ; de l'autre, elles entouraient le Pèrc-Lachaise; mais, par une intolérable fatalité, le principe de notre

saint devenait en même temps le principe de notre ruine.

A trois heures quelques minutes, les lourds verrous de nos cellules s'agitent avec une rapidité inaccoutumée. J'étais à genoux, récitant d'une voix éteinte l'office de la veille de la Pentecôte. Mon voisin ouvre vivement la porte de ma cellule : « Courage, me dit-il; c'est maintenant notre tour; on nous fait tous descendre pour nous fusiller! — Courage, lui répondis-jc .•i mon tour, et que la volonté de Dieu soit faite! » Je m'étais déjà revêtu de mes habits ecclésiastiques, je m'avance an milieu du corridor où étaient mêlés, confondus, prêtres, soldats, gardes nationaux. Les prêtres et les gardes nationaux .avaient une attitude calme et résignée; les soldats ne pouvaient croire au sort qui les attendait : « Qu'est-ce ([ne nous leur avons fait à ces malheureux? Nous nous sommes battus contre les Prussiens! Nous avons rempli notre devoir! Pourquoi veulent-ils nous fusiller? Non, cela n'est pas possible! » Les uns poussaient des cris décolère, les autres restaient silencieux et immobiles comme s'ils avaient été le jouet d'un rêve. Les prêtres se incitent à genoux pour se fortifier par mie dernière absolution ; l'un d'eux

engage les soldats à nous imiter et leur adresse quelques paroles d'encouragement.

Une voix vibrante comme l'airain domine tout à coup ce bruit confus : « Mes amis, ces ignobles scélérats ont déjà tué trop de monde; ne vous laissez pas assassiner, venez à moi, résistons, combattons; plutôt que de vous livrer, je veux mourir avec vous! » C'était Ja voix du gardien Pinet. Ce généreux enfant de la Lorraine, ahuri par tant de forfaits, ne pouvait plus étouffer son indignation ; chargé d'ouvrir lentement nos cellules et de nous livrer deux par deux aux insurgés qui nous attendaient en bas, il avait fermé sur lui la porte du troisième étage, ouvert rapidement nos cellules pour nous conseiller et organiser promptement la résistance, prêt à sacrifier sa vie, qui ne courait aucun danger, pour nous aider à sauver la nôtre. Je ne pouvais d'abord croire à tant d'héroïsme. M. l'abbé Amodru avait pris à son tour la parole et joignait ses protestations à celles de Pinet : « Ne nous laissons pas fusiller, mes amis, défendons-nous; ayez confiance en Dieu, il est pour nous et avec nous, il nous sauvera! »

Les esprits étaient hésitants et partagés. « Se défendre, objectait l'un, est une folie; nous n'y gagnerons qu'une mort plus cruelle : au lieu d'être simplement fusillés, nous allons être égorgés par la populace ou consumés par les flammes. — Faisons monter les gardes natio-

naux, s'écriait un naïf (je ne croyais pas une telle naïveté possible à la Roquette), nous leur prouverons que nous sommes d'honnêtes gens et non des voleurs et des assassins. — Ce n'est pas à notre vie qu'on en veut, s'écriait un soldat dont l'impartiale vérité me l'ait un devoir de reproduire les paroles et qui avait aussi peu de discernement que de sens moral ; c'est aux curés seuls qu'on en veut; n'allons pas exposer notre vie en cherchant à défendre la leur! »

Je n'avais pas encore dit une parole; je suivais avec une anxiété facile à comprendre les phases de cette étrange situation; quelques confrères me demandaient ce qu'il y avait à craindre ou à espérer. « Les sergents de ville qui sont au-dessous de vous, s'écriait le gardien Pinet, que les hésitations rendaient plus énergique el plus éloquent, sont disposés à se défendre; ne vous laissez pas fusiller par ce tas de bandits. ») J'étais convaincu que la résistance, dont je jugeais le succès humainement impossible, était néanmoins le parti le pins digne. Depuis I,. is mars, je ne cessais de protester contre le silence et l'abdication des honnêtes gens en face des malfaiteurs; peur me montrer jusqu'au boni fidèle à mon programme, je sortis ,l(. II|M11 inaction apparente. M. Walbert, ancien officier «le paix, el M. l'abbé Curé, vicaire de

Belleville, émettent l'idée qu'il faut percer le plancher pour se mettre en communication avec les sergents de ville enfermés au second étage, et aussitôt ils s'arment de planches et de tringles de fer que nous arrachons de nos lits pour enfoncer le sol. Je me joins à eux. Moi qui, le matin, n'avais plus la force de me tenir debout et qui n'avais pas reçu une bouchée de pain, je brisais les planches et tordais les tringles, avec une irrésistible facilité ! En cinq minutes une large ouverture est pratiquée entre le troisième et le deuxième étage. Les sergents de ville sont prêts à vendre chèrement leur vie. Le sous-officier Teyssier se hisse à travers cette ouverture pour prendre, avec Pinet, le commandement de l'insurrection. La cour intérieure de la prison est envahie par une multitude abjecte qui vient assister à notre dernier supplice. Il est plus facile de deviner que de traduire la physionomie et les menaces de cette cohue. Nous plaçons des matelas contre les fenêtres pour nous mettre à l'abri des coups de feu. Du milieu de la foule, un jeune homme nous sommait de descendre et nous couchait en joue avec un cynisme qui frappa mon attention. « Voyez ce misérable, me dit le gardien Pinet; c'est un des deux condamnés à mort par la cour d'assises de la Seine! »

« Le feu est à la barricade ! s'écrient quelques soldats; nous sommes asphyxiés! Au secours! »

Deux énormes barricades avaient été construites contre les deux portes de L'étage avec nos lits et les dalles enlevées au plancher. Je cours à la barricade en feu et me sens enveloppé d'un nuage de fumée. « Rassurez-vous, me dit un soldat dont j'admirai la rare habileté et présence d'esprit, c'est moi qui ai construit la barricade, j'ai eu soin de ne placer en avant que des matelas; qu'on me porte de l'eau! u En un quart d'heure le feu était éteint. J'entendais les insurgés qui tantôt nous menaçaient de mettre le feu à notre bâtiment, de le faire sauter avec des matières explosibles ou de diriger sut- lui la batterie du Père-Lachaise, tantôt criaient d'une voix perfide : « Vive la ligne! pendez-vous, el l'on vous donnera la liberté! » Le massacre de ceux qui se fièrent à ces promesses atteste combien elles étaient sincères.

Il se produisait en ce moment dans la prison un fait aussi incroyable qu'heureux. Pendant que nous organisions une résistance désespérée et que des soldats, plus hardis que prudents, s'écriaient : « Descendons au greffe, allons faire un mauvais parti à la Commune! •< la Commune cflravéc de notre violente résistance et des

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rapides progrès de l'armée française dans le boulevard du Prince Eugène, quittait avec précipitation la Roquette et prenait la direction de Belleville. La populace, étonnée de ce rapide déménagement, crut à un grave danger et s'enfuit à la suite des bandits. Les détenus avaient été rendus à la liberté et criaient naturellement : « Vive la république ! vive la Commune ! »

Profitant de ce désordre, les otages laïques du bâtiment de l'ouest qui devaient être fusillés avec nous sortirent de la Roquette; presque tous, grâce à leur habileté, purent ou franchir les barricades ou se cacher jusqu'au lendemain dans le dernier repaire de l'insurrection. Quelques ecclésiastiques les imitèrent; d'autres, notamment Mgr Surat, qui avait pris un habit laïque, semblaient hésiter. Les gardiens, guidés par un sentiment plus louable que prudent, les engageaient à fuir. Ce parti me semblait désastreux; les alentours de la prison étaient au pouvoir des insurgés, dont l'irritation ne connaissait plus de bornes. Je crus devoir avertir le premier vicaire général de Paris et à travers les barreaux lui adresser ces paroles : « Prenez garde! partir, c'est la mort certaine; rester, c'est la mort incertaine! » J'ai su plus tard qu'elles n'avaient pas été entendues. Au sortir de la prison, il fut mis à mort dans des conditions

effroyables1, avec M. Bécourt, curé de Bonne- Nouvelle, M. Ho'uillon, missionnaire des Missions étrangères , et un prisonnier laïque. Quelques ecclésiastiques réussirent à se cacherdans le faubourg Saint- Antoine ; les autres rentrèrent dans la prison. J'avais, dans le diocèse de Paris, trois supérieurs hiérarchiques : Mgr Darboy, mon archevêque; Mgr Surat, mon archidiacre; M. Deguerry, mon curé. Je devais les laisser tous trois à la Roquette, victimes d'un forfait sans nom1'!

1 D'après une version très-accréditée dans le faubourg Saintr Antoine, ce serait une jeune Elle de seize ans qui aurait tiré à boul portanl I'1 premier coup de revolver sur Mgr Surat, en proféranl d'horribles blasphèmes. Ce qui est hors de doute, c'es! que le corps 'lu vénérable archidiacre l'ut L'objet de si

- fureurs qu'il fallu! un long et minutieux examen pour le reconnaître.

- Le danger '''tait si grand pour l- [ui tentèrenl 'le

sortir de la Roquette le samedi soir, que le plus habile d'entre eux, M. I:.... commissaire 'le police, n'arriva chez lui qu'après avoir failli plusieurs fois perdre la vie.

Au sortir de la prison, il es1 suivi par quelques Insurgés qui veulent le fusiller. H échappe à leurs poursuites en faisanl un brusque détour; mais bientôt il se trouve pris entre deux barricades. On l'interroge, nu profère des menaces; il donne le change en si' taisant passer pour un détenu «le la Roquette que la Commune vient de mettre en Liberté. J'avais bien deviné à sa mine, s'écrie avec orgueil uni' citoyenne, que c'était un vrai patriote! « I.ii chance de passer pour un coquin était la meilleure ou la seule bonne. H lui reste une dernière barricade a franchir sur le boulevard du Prince Eugène; il doi! à la rapidité de Ba course d'éviter une grêle de balles

- contre lui. Apre- s'être l'ait reconnaître de l'armée de

lie LA PLACE VENDOME

Malgré le départ des insurgés qui devaient nous mettre à mort, nous restions exposés à tous les dangers, à toutes les surprises, tant que les portes de la prison ne seraient point fermées. C'est alors que j'interpellai en termes presque violents les deux gardiens qui, effrayés des terribles éventualités qu'un retour des insurgés pouvait produire, nous pressaient vivement de descendre. « Nous ne sortirons pas, leurrépondi.^-je; les troupes de Versailles seront ici dans quelques heures; si, par votre faute, il nous arrivait malheur, c'est sur vous qu'en retombera la responsabilité. Fermez toutes les portes de la prison et ne les ouvrez qu'aux Versaillais. »

Ils me reprochèrent amèrement une opiniâtreté qu'ils croyaient devoir nous être fatale; mais ils se montrèrent fidèles à ma consigne.

A onze heures du soir, la fusillade, qui retentissait non loin de nous, cessa. Au dehors, des démagogues en délire proféraient contre nous d'impuissantes menaces. Nous faisions une garde sévère et commencions à ouvrir sérieusement nos cœurs à l'espérance. A deux heures trois quarts, la fusillade recommença du côté de la barrière du Trône. Les heures paraissaient plus longues que des siècles. Une formi-

Versaflles, il reçoit, un sauf-conduit et rentre dans son domicile, épuisé d'émotions et de fatigues.

dable barricade occupait, en face de la prison, la rue de la Roquette. Attaquée du coté de la Bastille, elle aurait, à cause de la pente rapide du terrain, opposé une formidable résistance; mais, grâce à l'admirable plan tournant et concentrique de l'armée française, les insurgés, foudroyés des hauteurs occupées par nos troupes, quittèrent la barricade en désordre1, et un bataillon de l'infanterie de marine s'emparait de la Roquette à cinq heures quelques minutes1. Notre résistance, qui n'était d'abord qu'une folie, finissait par un vrai miracle. C'était la grande fête de la Pentecôte. Après quatre jours de la plus cruelle agonie qui se puisse imaginer, nous étions, contre toute prévision, toute attente, rendus à la vie el h la liberté.

Pendant que quelques prisonniers crient : Viverarmée! vive la France! la plupart, troublés par de longues insomnies et des tortures morales qu'aucune langue Humaine ne peut traduire, s'obstinent à ne voir dans nos libérateurs que des insurgés déguisés en marins. Alors com-

1 28 mai... La brigade Langourian, traversait la place du Trône, suil l'avenue de Philippe-Auguste, enveloppe la prison de la Roqaette à. cinq heures du matin, el délivre les

ai d>re de c snl soixante-neuf. \,r> insurgés en

avaienl malheureuse ni fusillé soixante-quatre l'avantveille. Ho ' lu Ma -M ■'■■■■' mr les opérations de l'armée de V\ i tailles.)

mença entre les prisonniers et les marins une pittoresque négociation où les premiers, plus incrédules que saint Thomas, ne voyaient partout que des pièges, et où les seconds, d'une patience à toute épreuve, se soumettaient à des exigences qui menaçaient de devenir puériles. On leur avait demandé des armes, des drapeaux, les livres et les papiers du bataillon. Les marins livraient tout aux prisonniers ; et les prisonniers, toujours ahuris et aveuglés, n'étaient jamais rassurés sur l'identité des marins.

Quelques-uns de mes compagnons et moi, qui n'avions jamais cru à un déguisement si parfait, nous étions désolés de la prolongation d'une méprise peu flatteuse pour nos courageux libérateurs. Nous engageons nos compagnons de captivité à nous laisser sortir et à juger, par la manière dont nous serons reçus, de la détermination qu'ils auront à prendre eux-mêmes.

A la vue des marins qui se jettent sur nous, non pour nous massacrer, mais pour nous serrer la main et se réjouir de notre délivrance, nos compagnons reprennent confiance et viennent recueillir leur part de ces cordiales sympathies.

Ma surprise est grande lorsque j'entends un aide de camp du général Vinoy demander avec empressement des nouvelles de Mgr Darboy et de M. Deguerry. « Où sont-ils? Comment se por-

tent-ils? » Il y avait quatre jours qu'ils avaient été massacrés par la Commune. On ignorait encore à Versailles et à Paris l'affreuse réalité. Connaissant la profonde affection du brave général Yinoy pour Mgr l'archevêque de Paris, son aide de camp me prie de lui donner quelques détails circonstanciés qui sont aussitôt expédiés au général et à Versailles.

On se battait encore avec acharnement autour de la Roquette. Nous sommes obligés d'attendre près d'une heure au greffe, oit nous retrouvons,dans un désordre hideux, des cartouches, des cigares, des poignards, des fusils, des listes de proscription, des proclamations et des arrêts de la Commune expirante qui n'avaient pu voir lejour.

Accompagnés d'une escorte qui portait devant nous le drapeau de la France, nous reprenouen corps, par les hauteur- du faubourg Saint- Antoine, par le jardin des plantes et les quais de la rive gauche, la route qui doit nous conduire dans nos demeures. A chaque pas nous avons à lutter contre les plus poignantes émotions. Ici, les boulevards sont jonchés d'hommes et de chevaux tués; à côté de monceaux de cartouches et de chassepots brisés apparaissent des mares de sang. Là, 1rs arbres s. ml brisés, les maisons trouées par tes obus; les rares habitants que nous rencontrons semblent ahuris et désespé i

Plus loin, nous poussons un cri d'horreur à la vue de l'hôtel de ville, du palais de justice, de l'entrée de la rue du Bac, des Tuileries, des palais du conseil d'État et de la Légion d'honneur en flammes ou en cendres.

A la hauteur de la rue des Saints-Pères, un monsieur et une dame dont je connaissais la figure, mais dont je ne me rappelais plus les noms, m'arrêtent pour me demander si je suis un père jésuite et si je reviens de la Roquette. Ils veulent avoir des nouvelles du P. Cauhert. Je leur apprends qu'il a été fusillé le vendredi avec le P. Olivaint. A ces mots, le monsieur lève les yeux au ciel, pendant que la dame l'ait un effort sur elle-même pour maîtriser son émotion. « Vous voyez devant vous, me dit-il, la sœur du P. Caubert! » C'étaient M. Lauras, un des administrateurs du chemin de fer d'Orléans, et M"lc Lauras née Caubert.

J'accompagne au palais Bourbon les soldats qui avaient partagé ma captivité, et, après avoir échangé avec eux une fraternelle poignée de main, je me dirige du côté de la Madeleine. La place de la Concorde était saccagée, une partie de la rue Royale consumée par le pétrole. Je retrouve debout, mais trouées par la fusillade, l'église de la Madeleine et ma demeure de la rue de la Ville-l'Evêque. Personne ne connaît et,

chose plus étrang-e encore, presque personne ne veut admettre l'horrible mort de Mgr Darboy et de M. Deg-uerry1. Mes deux confrères présents à la Madeleine expriment les mêmes doutes, la

1 Voici le rapport des médecins chargés d'exaniiner le corps de M. Deguerry lorsqu'il tut transporté du cimetière du Père-Laehaise aux caveaux de la Madeleine :

« Les médecins soussignés, appelés à constatera l'église de la Madeleine le décès de son vénérable curé, déclarent qu'il a été produit par deux coups de feu, dont l'un a frappé la région zygomatique droite, pénétré dans le crâne et déterminé une fracture comminutïve du vertex, avec épanchemenl sanguin considérable dans le cuir chevelu, sans plaie extérieure dans cette région. La balle a été trouvée enchâssée dans les fragments osseux, d'où elle a été extraite; c'était une balle ronde, qui a été conservée.

« L'autre blessure, qui existe dans la région claviculaire droite, a déterminé la fracture de la clavicule, partie moyenne, et <]*■> deux premières côtes, a traversé le poumon e venue sortir à la partie postérieure de la poitrine, au niveau de la partie externe de la fusse sous-épineuse. G'esl à cette plaie qu'est due la quantité assez considérable de sang qui tachait les vêtements et qui s'est répandu dans le dos jusqu'au pli du bras gauche. — On observe à la partie antérieure de l'avantdiras gauche une ecchymose circonscrite, avec un sillon superficiel qui u'est pour rien dans les taches de sang observées dans la chemise. — 11 y a du ballonnement du ventre sans coloration anormale des parois abdominales, et dans aucune autre partie du corps nous ne constatons la moindre trace de putréfaction.

■ Le cadavre était revêtu de son costume ecclésiastique,

qui devait être entr'ouvert au moment de l'exécution, puisque

la partie postérieure seule présente l'ouverture faite par la balle.

Nous concluons de cette aulopsio que la mort a été

instantanée.

« Paris, le 29 mai 1871, à dix heures et demie du matin i Ont signé: D* dbBeauvajs, D'Moissenet, D1 EIa.yna.ud. >■

même incrédulité. Lorsque, à l'office des vêpres, je me prépare à monter en chaire pour recommander les victimes aux prières des fidèles, ils me conseillent de différer cette démarche, dans l'espoir que la fatale nouvelle ne se confirmera pas.

Je l'avais apprise à plus de cent personnes, avec prière de la communiquer, à leur tour, aux autres paroissiens de la Madeleine ; et voilà qu'au moment où, en termes émus, mais sobres et mesurés, je demande aux fidèles réunis au pied des autels des prières pour le pasteur du diocèse et le curé de la paroisse indignement fusillés, le mercredi 24 mai, à la prison de la Roquette, un cri de douleur et d'horreur s'échappe de toutes les poitrines; hommes et femmes se lèvent en désordre comme pour protester; les fidèles les plus respectueux, les plus graves semblent un moment perdre la tête, et parmi les paroles qui se croisent en face de la chaire, j'entends dominer celles-ci : «Non, non, ce crime n'est pas possible1 ! »

M'extrais les détails suivants d'une étude pleine d'intérêl et d'élévation, publiée sur M. Deuruerry par M. le baron Imberl de 8aint-Amand, sous-directeur adjoint au ministère des affaires étrangères :

« Dès que le corps de l'abbé Deguerrj fui retiré, au Père- Lachaise, de la fosse où il gisait pêle-mêle avec les autres victimes, on le déposa dans u ihapelle ardente à la Made-

Ce mouvement instinctif d'incrédulité, en face d'un témoin oculaire, était la plus élo-

beine. Le 7 juin, on le transporta à Notre-Dame, où oui lien I" même jour un service solennel en mémoire de l'archevêque et des otages. Le cercueil du curé Fui placé à côté de Mgr Darboy. Après la cérémonie, on lereportaà l'église de la Madeleine, qui célébra le surlendemain les obsèques de son cher pasteur.

« Je m' me - tuviens pas d'avoir été jamais témoin de funérailles aussi belles et aussi touchantes. La solennité avait an caractère à la fois religieux et militaire qui convenait bien à l'ancien aumônier de la garde, au prêtre qui était mort, comme un soldat, sur le champ de bataille du devoir. Un détachement de chasseurs à pied étail rangé en haie sur les marches de l'église. On remarquai! dans l'assistance un grand nombre d'officiers en uniforme, entre autres le général Douai et li" général de Ladmirault, ces braves qui, en apprenant les détails du massacre des saintes victimes, auraient pu s'écrier, comme Clovis lorsque sainl Rémi lui racontail les tortures de la passion du Christ : i Que n'étais-je là avec mes Francs ! L'église était toute tendue de noir. Cette parole de l'Ecriture se réalisait : i N'avons-nous pas vu périr sous nos veux tout ce i qui devait être le soutien de notre vie ? L'allégresse el la joie ■ ne sont-elles point bannies de la maison de notre Dieu? 1 On avait recouverl de voiles de crêpe noir semés d'étoiles d'argenl le confessionnal du curé, la chaire où il avail si souvent édifié les âmes, la place où il avait l'habitude «le s'as- Beoir au chœur el dans le banc d'œuvre. Le clergé de la paroisse, avant des cierges à la main, alla chercher le corps du martyr dans la salle liasse où étail la chapelle ardente, et entra dans l'église, après en avoir fait extérieurement le tour. A ce moment il y eul des larmes dans tous les yeux. Devanl

ce cercueil, personn s pouvait rester" insensible. On a\ait

beau se rappeler les versets fortifiants de la Bible: Les âmes des justes sonl dans la main de Dieu, et les angoisses

le la morl ne les toucheront pas. Us ont paru mourir aux i yeux des insensés; cependant ils sont en paix, i On ne \oidail pas être consi

quente flétrissure des abominables attentats dont la Roquette venait d'être le théâtre. Ce mouvement était si naturel, que moi-même je disais, le jour suivant, à un ami haut placé dans le monde religieux, qui m'engageait à rédiger pour l'édification publique un récit de cette sanglante tragédie : « C'est ce que je m'empresse de faire en ce moment, car je crains de ne plus croire, dans quelques jours, aux horribles choses que j'ai vues et entendues. »

Mes conclusions morales seront simples et rapides. Je croirais faire injure au lecteur en insistant sur les grands enseignements qui s'attachent à des catastrophes aussi douloureuses et aussi écrasantes.

Premier enseignement. Jamais la Providence n'avait frappé des coups aussi foudroyants pour châtier et pour éclairer un peuple. 11 importe donc d'ouvrir les yeux sur le mal grave, exceptionnel, qui atteint la société, et de chercher à lui appliquer un remède efficace et durable. Nous soull'rons tous du mal, nous devons tous nous préoccuper des moyens de le guérir.

Quelques jours après ma sortie de la Roquette, je voulus parcourir de nouveau les lieux de notre captivité, afin de retracer avec précision 1rs événements qui s'y étaient accomplis pen-

dant les derniers jours de la Commune. J'y rencontrai un des juges d'instruction les plus intelligents et les plus religieux du tribunal de la Seine. Je visitai avec lui les endroits les plus marquants, les étages où s'était organisée la résistance aux bourreaux de la Commune, la cellule de Mgr Darboy, le coin du chemin de ronde où s'était consommé l'assassinat des six principaux otages. Le gardien nous conduisit à la cellule de Troppmann. « Je croyais, jusqu'à ces derniers temps, dis-jc- au magistrat de la Seine, que les criminels de l'espèce de Troppmann étaient des individualités très-rares, qu'il fallait cinquante, soixante ans, pour en voir éclore un semblable dans les bas-fonds sociaux. Après les faits dont j'ai été témoin à la Roquette, je suis convaincu qu'aux jours de révolution c'est par milliers qu'on les compte à Paris. »' Le juge d'instruction répondit que tous les magistrats qui étudient les mystères de ces bas-fonds ont la même conviction. Il serait donc simplement insensé de ne pas se préoccuper du remède qu'il convient d'opposer à un tel désordre.

Second enseignement. Dans l'horrible catastrophe qui vient de mettre h nu tant de plaies matérielles ou morales, chacun a une part plus on moins grande de responsabilité et de culpabilité; chacun doit donc Faire son mal cul/ià et

chercher à devenir meilleur. Les ouvriers turbulents, les démagogues, l'Internationale1, les

1 On ne peut pas reprocher à l'Internationale d'avoir dissimulé son programme. Au mois de juin 1869, au grand meefcing de Charing-Gross, le citoyen Vésinier, qui était alors le penseur, l'orateur et l'écrivain de L'Internationale, et qui devait l'être plus tard de la Commune, prononçait un discours où il définissait avec une rare clarté le but politique et social que les travailleurs du momie entier devaient poursuivre :

« Il nous' faut vaincre ou mourir, s'écriait-il. Pour cela, il nous faut hardiment nier Dieu, la famille, la patrie.

« Il faut soustraire nos enfants au joug abrutissant des prêtres, des rois et de la nationalité. (Applaudissements.)

« Nier Dieu, c'est affirmer l'homme unique et véritable souverain de ses destinées. C'est tuer le prêtre et la religion. La négation de la divinité, c'est l'homme s'afilrmant dans sa force et sa liberté. (Bruyants applaudissements.)

« Nier la famille, c'est affirmer l'indépendance de l'homme dès le berceau, c'est arracher la femme à l'esclavage où l'ont jetée les prêtres et une civilisation pourrie. (Applaudissements frénétiques.)

« Quant à la patrie, nous la répudions parce que nous n'acceptons pas que l'on puisse faire égorger des hommes au nom de la nationalité. Tous les travailleurs, tous les prolétaires sont frères; l'ennemi, c'est la société telle qu'elle est organisée. (Applaudissements.)

« La société esl mauvaise; donc il faut la changer.

« Travailleurs de ions les pays, à l'œuvre!

« Guerre impitoyable au capital, à la propriété et à tous les gouvernements qui les protègent. Le droit au travail pour tous, la propriété à tous, voilà notre but.

« Pour y parvenir nous n'épargnerons rien; nous combattrons, nous mourrons s'il le faut à l'ombre du drapeau rouge, étendard du socialisme et de la Commune. » (Hourras enthousiastes.)

Ces menaces et ces programmes de guerre sociale étaient devenus très-fréquents dans les dernières années de l'empire el pendant le siège de Paris par les Prussiens. Ils ne

sociétés secrètes, les. déclassés, les gouvernements sans moralité, sont certainement les grands coupables ; mais ils ne sont pas les seuls coupables. Les hommes de lettres qui répandent dans leurs publications malsaines le poison du scepticisme et de l'immoralité; les artistes qui manquent aux lois du respect et de la convenance; les journaux de la bourgeoisie riche et influente qui défendent les principes de la conservation matérielle, en même temps que, par leurs attaques contre le saint-siége, le clergé, l'Église, ils sapent les principes essentiels de l'ordre moral; les politiques qui prônent brutalement, dans l'intérêt de leurs calculs et de leurs convoitises, la primauté de la force sur le droit, doivent désavouer el corriger leurs errements. Les hommes religieux et le clergé lui-même redoubleront de sollicitude et d'énergie [tour étendre et fortifier leur action, pour prendre dans les quartiers populaires une position plus active et plus militante. Le salut n'es! qu'à ce prix '.

pouvaienl recevoir une exécution plus littérale. Si les honnêtes gens, qui auraient dû se tenir pour avertis, onl paru

médiocrement s'en pré super, à qui la faute? Gouvernants

el gouvernés feronl bien de B'en prendre d'abord à euxmêmes.

i Le u. P. Perraud, de l'Oratoire, dit excellemment, à la lin do la belle oraison funèbre de Mgr Darboy, pronom Notre-Dame le 18 juillet, en présence de Mgr le nonce âpos-

Troisième enseignement. Le règne de la Commune a dévoilé dans la société un nombre effrayant de scélérats capables de tous les excès. Ils ont foulé aux pieds des principes tellement élémentaires de l'ordre naturel et social, que le régime de la Terreur aurait craint de ne pas en tenir compte. Les exécutions de la Roquette, sans instruction, sans discussion, sans jugement préalable, sont mille fois plus monstrueuses que les exécutions du tribunal révolutionnaire. En 1793, on avait, avec les Danton, les Robespierre, une copie plus ou moins imposante des Catilina de l'antique Rome; en 1871, nous avons eu, avec les Raoul

tolique et de NN. SS. les archevêques et évoques de Sens, de Beauvais, d'Orléans, de Troyes, de Sura, de Parium, de Ohàlons et d'Angers :

« Oui, il faut se décider entre le Christ et la révolution ; entre l'Evangile, seul fondement de la justice sociale, et les utopies menteuses qui n'ont amoncelé que des ruines.

« Oui, il est temps de choisir entre ceux qui meurent et ceux qui tuent; ceux qui tuent au nom de la liberté, de la fraternité universelle, de la civilisation, du progrès, et ceux (jui meurent victimes comme le Christ, et, comme le Christ, aimant, bénissant, pardonnant jusqu'au dernier soupir.

« La mort des martyrs, disait saint Jean Chrysostome, c'est la condamnation et l'ignominie du démon, c'est en même temps la confirmation du christianisme, le fondement de la confiance de l'Eglise, l'école de la sagesse, le principe et la source de tous les biens.

" I hii, il en rst et il en sera ainsi.

« Ces scènes, qu'on a si justement appelées « un mystère

Rigault et les Ferré, les Catilina de l'égout. On ne raisonne pas avec les bètes féroces, on les muselé. 11 faut donc armer la société d'une répression légale proportionnée aux daim ers qui la menacent.

.Mais comme l'ordre matériel a pour fondement et pour appui l'ordre moral, il faut populariser et pratiquer les grands principes du respect de Dieu, du respect des autres et de soimême. On a voulu établir la société en dehors des croyances religieuses, faire des lois, créer des institutions, discipliner le peuple en dehors de la doctrine de l'Évangile; c'était asseoir l'édifice social sur le sable mouvant. Comment un

effroyable d'iniquité . . sont toul simplement La logique «lu mal poussée jusqu'à ses extrêmes conséquences. Les voilà dans toute leur horreur, ces doctrines perverses <l";it nous n'avions pas peur tanl qu'elles s'enveloppaienl de formules discrètes et n'étaienl qu'une attaque mesurée el polie contre Dieu, contre son Christ, contre l'Eglise, contre les principes fondamentaux de la morale <'t du devoir. L'espril du mal s'esl dévoilé là dans toute sa hideuse laideur. (x>uc ce soit pour son éternelle ignominie <-t sa définitive condamnation!

\!,iis la mort des martyrs, c'esl aussi la confirmation du christianisme <•[ le fondement il'1 la confiance de l'Eglise.

Le christianisme ! Il s'esl montré là tel qu'il s'était l'ail voir aux premiers siècles de son histoire. Le monde a vieilli; lui n'a pas changé! C'est toujours la même foi, la même pationce, la même sérénité, le môme tranquille el humble courage! A travers les siècles, tous nos martyrs se donnent la main ; il- continuent la même tradition. Puisse aujourd'hui, comme au temps de Tertullien, leur sang féconder la terre >•! préparer une abondante moisson de vertus chrétiennes

économiste, un politique même incroyant, ne comprennent-ils point que, tant que les g'randes villes, surtout à Paris, l'homme du peuple ne trouvera point dans la foi, les pratiques religieuses et les immortels dédommagements de la vie future, un principe de moralité, de force et de consolation en présence de l'inégalité des fortunes et des positions sociales, des jouissances et de l'oisiveté des heureux du siècle, des épreuves et des souffrances imprévues qui l'atteignent trop souvent lui-même, il ne saurait y avoir pour la société ni sécurité ni repos?

Jésus-Christ et son Évangile sont toujours le sel de la terre et la lumière du monde. Soustraire la société à cette divine et tutélaire influence, c'est la condamner au malaise, au crime, à la honte.

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