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chacun de ses soldats; une petite forge suivait l'armée. Aux haltes, on forgeait de petites haches, des pointes de flèches ou des anneaux , avec lesquels on se faisait des amis des Indiens, qui admiraient fort ces forgerons si habiles.
Après trois mois de marche, la petite armée de don Alvar arriva, sans qu'un seul homme manquât à l'appel, au confluent de l'Iguasu et du Parana. Le pays était fertile eu gibier. Les tribus indiennes , que l'adelantado avait le don de se gagner, avaient apporté de grands approvisionnements de maïs et de yucas. Nunès fit donc là une halte et envoya quelques Indiens pour savoir à quelle distance se trouvait l'établissement des Espagnols dont Cabrera lui avait parlé; car, en voyant cette grande rivière couler du nord au sud , il avait cru se trouver sur les bords du fleuve où Ayolas avait construit le fort de l'Asuncion.
Les Indiens Puris envoyés dans toutes les directions poursuivirent leurs recherches pendant deux mois. Ceux qui avaient remonté le fleuve revinrent les premiers, mais sans aucune nouvelle; d'autres, qui l'avaient descendu, étaient arrivés à la Candelaria, où ils avaient appris des Guaranis que les Espagnols , après avoir abandonné ces parages, s'étaient réunis tous sur les bords du Paraguay, autre rivière qui, comme le Paraua, coulait du nord au sud. Cette bonne nouvelle remplit de joie les compagnons de Nunès, qui désespéraient de retrouver des compatriotes sur ce continent qui leur apparaissait comme une forêt sans fin.
Avant de se remettre en route , l'adelantado , profitant des bonnes dispositions des indigènes, bâtit un petit fort, qu'il appela Santa-Maria, et où il laissa quinze hommes et presque tous les Indiens Puris, qui paraissaient si heureux de servir les nouveaux venus. Reprenant ensuite sa marche, il traversa le Paraguay et arriva à l'Asuncion, sans avoir perdu un seul homme dans une marche de deux cent soixante lieues, à travers un pays inconnu, offrant des difficultés telles que nous doute-
rions de l'entreprise, si elle n'était attestée par des documents authentiques.
Irala avait été prévenu du départ de l'adclantado de Santa- Maria. Les Espagnols notables de la nouvelle ville allèrent à sa rencontre, et la meilleure harmonie s'établit dès le premier jour entre l'élu du peuple et l'élu du roi. Quand la petite armée approcha de la nouvelle ville , son étonnement fut grand de voir des maisons commodes, une église, une place, absolument comme dans un bourg de l'Andalousie. Après leur longue marche à travers les bois de l'Iguasu , le petit village leur semblait beau comme une capitale européenne. De leur côté, les colons de l'Asuncion saluèrent avec grande joie l'arrivée de ce précieux renfort. Les trois bâtiments qui avaient pris la route de la Plata ne tardèrent pas à arriver, et ne furent pas moins bien accueillis.
Don Alvar fut reconnu par toute la colonie comme chef suprême des établissements espagnols dans les rivières du sudest de l'Amérique méridionale. Son premier acte fut une expédition contre les Indiens Guaycuruset Payaguaces, qui vivaient sur la rive gauche du Paraguay , et qui ne voulaient pas communiquer avec les Espagnols. Les colons, qui avaient désormais l'expérience de la guerre indienne , battirent facilement leurs ennemis et les chassèrent jusqu'au Vermejo, mais sans avoir pu leur arracher aucune concession.
Au nord de la ville vivait une autre tribu, de la race guaranie et désignée sous le nom de Linguas. C'étaient les plus beaux des Indiens de cette partie du pays. Sans être en guerre ouverte avec les colons, ils s'en méfiaient et se refusaient à leur donner des femmes. L'adelantado , quoique peu partisan des habitudes de polygamie fomentées par Ayolas et Irala , déclara les Linguas rebelles et marcha sur leurs carbets. Les Indiens firent une résistance plus sérieuse qu'on ne s'y attendait; ils repoussèrent une première attaque avec succès ; mais les Espagnols, maîtres de la rivière par leurs grandes caravelles, réus-
sirent ensuite à les surprendre et vengèrent aisément un premier échec. Les Linguas demandèrent la paix, qui leur fut accordée aussitôt qu'ils se furent engagés à donner aux nouveaux venus des femmes qui les serviraient et les soigneraient comme Tétaient les soldats d'Irala.
Cette paix fut signée en janvier 1543. La prospérité de la colonie était aussi grande que possible. Les vivres étaient abondants; chaque Espagnol avait trois ou quatre femmes et autant d'Indiens pour le servir. L'unique sujet de discorde provenait de la divergence des instructions données au nouvel adelantado et de celles apportées par Mendoza, et auxquelles seules voulaient se conformer les premiers arrivés. Il s'était formé deux partis : celui des anciens, qui avait pour chef Irala ; celui des nouveaux , qui excitaient Nunès à renvoyer le capitaine basque en Espagne.
Plus sage que ses partisans , don Alvar ne voulut pas se priver d'un capitaine aussi vaillant qu'Irala; mais pour faire cesser toute discussion, il l'envoya, avec les plus turbulents des anciens, dans le haut Paraguay. Il devait remonter le fleuve et pénétrer dans les rivières qui viennent s'y jeter de l'ouest, afin d'explorer les routes par où l'on pourrait se mettre en communication avec les Espagnols du Pérou. Il lui était en outre recommandé de prendre des tribus indiennes toutes les informations qu'elles seraient en état de fournir, et de faire quelques prisonniers, qui, plus tard, pourraient servir de guides pour arriver à cette merveilleuse cité de Cusco, qu'on ne pouvait oublier.
Irala partit donc. Il remonta à deux cents lieues au nord de PAsuncion, jusqu'aux plaines où le Paraguay se répand en lacs immenses. Là il fut assailli par des nuées de moustiques , qui dans ces parages deviennent un obstacle sérieux , et qui l'empêchèrent de pousser plus loin. Il n'osa môme pas débarquer dans ce dédale de marais. La baisse des eaux, qui, à l'époque où il se trouvait dans ce qui forme aujourd'hui la province brésiiienne de Matto-Grosso, commençait, lui fit craindre de ne plus
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trouver un canal assez profond pour ses caravelles. Use décida donc à rebrousser chemin, sans avoir rien découvert ni fait aueun prisonnier, et il rentra à l'Asuncion, après un voyage de quatre mois, qui avait été aussi pénible qu'inutile.
L'adelantado écouta avec intérêt le triste récit que lui fit Irala, et, loin de se montrer abattu par l'insuccès de son lieutenant , il parut enchanté des informations qu'il lui apportait. Croyant être plus heureux, et surtout espérant se montrer plus habile que le chef du parti des anciens, il se décida à entreprendre le voyage qu'Irala regardait comme impossible. 11 délégua en conséquence à celui-ci le commandement de la colonie, et il partit avec cinq caravelles et trois cents hommes pour le haut de la rivière. Il la remonta jusqu'à l'endroit où les Portugais ont bâti, depuis, la petite ville de Coïmbra, et de là, vers le milieu de novembre 15-43, il continua sa marche par terre , se faisant suivre par quelques Indiens qui portaient des vivres pour vingt jours.
Les incessantes difficultés que présentaient les bois et les marais à travers lesquels il fallait cheminer, les nuées de moustiques qui s'attaquaient aux soldats, et dont les mille piqûres donnaient la fièvre, et produisaient, par suite, une insurmontable fatigue, ébranlèrent l'adelantado lui-même, qui fut forcé de retourner à ses caravelles, sans avoir même atteint le pays des Chiriguanos, où était arrivé le malheureux Ayolas. Attaqué par une inflammation aux yeux , il ne pouvait plus s'orienter avec cette espèce d'instinct qui l'avait si bien servi sur les bords de l'Iguasu, et son retour fut plus désastreux qu'une défaite.
Cette entreprise téméraire devait être fatale de mille manières au malheureux Nunès , car, après cet échec, les nouveaux comme les anciens furent unanimes dans leurs plaintes contre lui. Le nouvel adelantado , d'ailleurs , se montrait plus sévère que ses prédécesseurs. Il ne voulait pas que les soldats eussent plus
d'une femme, et il n'avait pas hésité à en destituer plusieurs de leurs encomiendas, en punition de la manière dont ils traitaient leurs Indiens.
Parmi ceux qui croyaient avoir à se plaindre des mesures de Padelantado étaient un certain Cabrera et le licenciado (avocat) Yanegas.Ces mesures étaient en opposition, selon eux avec les règlements établis par les premiers conquérants , que le nouveau gouverneur n'avait pas le pouvoir d'annuler, puisqu'ils émanaient de l'autorité royale. Un long acte d'accusation formulé par Vanegas reçut la signature ou les croix de tous les anciens, et aussi de beaucoup de ceux qui étaient venus avec Nunès , et qui croyaient pouvoir vivre plus à leur guise sous un gouverneur de leur choix.
La maladie de l'adelantado , qui l'empêchait de sortir de sa chambre, aidait singulièrement les conspirateurs. Les plus pacifiques étaient intimidés par les meneurs, et personne n'osait avertir le gouverneur. Un dimanche, au sortir de la messe, les mécontents entourèrent la maison de don Alvar , l'enlevèrent aux cris de Liberté et Vive le roi! et, sans lui donner le temps de s'adresser à la foule, l'embarquèrent sur un bâtiment qui fit force de voiles pour s'éloigner au plus vite de la ville. Vanegas et Cabrera s'embarquèrent avec lui pour aller soutenir à Séville l'accusation portée contre le pauvre vieillard aveugle.
C'était donc sous la garde d'un avocat que don Alvar Nunès, qui se défiait avec tant de raison des avocats , arriva à Séville , au commencement de 1544. Sa cause traîna en longueur; prisonnier sur parole, il resta en Andalousie jusqu'en 1551; mais , n'ayant pu parvenir à démontrer la fausseté des griefs articulés contre lui par ses deux ennemis , il finit par être exilé en Afrique. L'historien de Cabéza de Vaca assure, pour consoler ses lecteurs, que, si les hommes furent injustes envers Nunès , Dieu se chargea de le venger : peu de jours après qu'ils eurent obtenu Tordre d'exil, Cabrera mourut subitement et Vanegas devint fou.
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L'exil de don Alvar dura trois ans* Des soldats revenus de l'Asuncion ayant fait connaître la vérité, il fut rappelé et il rentra dans tous les privilèges dont on l'avait si injustement dépouillé. L'inaction lui pesait depuis longtemps : aussi, à peine libre, s'apprêtait- il , malgré ses soixante-treize ans, à retourner à la Plata, pour s'y venger de ses ennemis et reprendre son commandement, quand il fut arrêté par la mort.
Nous ne pourrions , dans un travail comme celui-ci , et sans outre-passer les limites que nous nous sommes fixées, entrer dans tous les détails dont abondent, sur ces héros de la conquête , les ouvrages du seizième siècle, et nous le regrettons, parce qu'ils ne laissent pas d'être curieux et instructifs. Si , en effet , la lecture de ces vieux chroniqueurs est souvent monotone et fastidieuse , elle est très-propre à redresser les fausses idées que l'on se forme généralement au sujet de ces aventuriers. On est assez disposé à juger tous les Espagnols qui concoururent à la conquête du nouveau monde d'après les cruautés de quelques-uns. C'est là une très-injuste prévention , qui se dissipe à la lecture des historiens de cette époque , et Ton est tout heureux , en les lisant, de trouver les hommes moins mauvais qu'on n'avait lieu de le croire.
A côté d'hommes cupides et cruels, comme Mendoza, on voit souvent des hommes justes, désintéressés, comme le bon Alvar Nunès, aimant cette vie aventureuse d'explorateurs du nouveau monde , non pour ses profits , non pour la satisfaction de ces appétits égoïstes et sans scrupule qui trouvent que tous les moyens sont bons pour amasser de l'or, mais pour la propagation d'une religion qu'ils croyaient être le but et la ûn des aspirations humaines , ou pour cette vie elle-même , dont les privations étaient rachetées par les ineffables jouissances que procurent aux nobles cœurs, aux âmes d'élite, les sublimes spectacles de la nature vierge.
Le respect de la parole engagée , une confiance inébranlable
dans la justice divine, un courage, une persévérance à toute épreuve, telles sont les qualités qu'on trouve chez tous ces rudes aventuriers. C'est là un spectacle consolant, qui nous prouve qu'il y a dans l'homme comme une essence surhumaine, et que l'humanité , encore enveloppée dans les ténèbres , a lieu d'espérer des destinées que nous ne pouvons aujourd'hui qu'entrevoir, mais qui lui promettent des horizons plus vastes et plus lumineux. S'il faut un autre milieu à l'intelligence humaine pour se développer, les âmes trempées comme celle de don Alvar Nunès donnent l'assurance que ce milieu se trouvera, puisque ni les idées sémitiques développées par le catholicisme, ni la barbarie Scandinave , qui se confondaient dans l'homme par l'éducation du seizième siècle, n'avaient pu détruire le bon germe qui existe dans le cœur humain , et dont l'inébranlable aventurier que nous avons essayé de faire connaître est un irrécusable témoignage.
Nouvel interrègne, lrala, élu une seconde fois par ses compagnons, est confirmé par la couronne dans le poste d'adelantado.
Pendant que Vanegas et Cabrera poursuivaient de leur haine l'homme qu'on peut regarder comme le type du pionnier espagnol au seizième siècle , les restes des différentes expéditions envoyées au Rio de la Plata vivaient perdus dans les forêts de l'Amérique, plutôt en sauvages qu'en hommes civilisés.
Les injustices retombent généralement sur ceux qui les commettent ou qui les tolèrent. Après le départ de don Nunès, une nouvelle élection eut lieu. Don Domingo de lrala, qui, tout en restant en dehors des complots tramés contre Padelantado , les avait autorisés par son silence , réunit encore le plus grand nombre de suffrages , et fut une seconde fois proclamé gouverneur de la colonie. Mais le respect pour son autorité s'était ingulièrement affaibli : les hommes qui l'appelaient au pouvoir
ne voyaient plus en lui, comme la première fois, un chef capable de les tirer de la position précaire et périlleuse où ils se trouvaient; ils donnaient leurs voix à un complice qui devait fermer les yeux sur leurs mœurs dissolues et se montrer sourd aux plaintes des Indiens.
La condescendance forcée d'Irala enhardit de plus en plus ses administrés, qui n'obéissaient plus à ses ordres que quand bon leur semblait. L'insubordination remplaça la discipline sévère que don Alvar s'était efforcé d'établir. Ces dispositions obligèrent le gouverneur à se montrer quelquefois sévère jusqu'à la cruauté, si bien que, trois ou quatre mois après le départ de l'adelantado, Irala avait autant d'ennemis que Nunès.
Les Indiens, voyant la mésintelligence dans laquelle vivaient leurs maîtres, crurent pouvoir en profiter. Un des anciens caciques Linguas organisa, avec toute l'astuce indienne, un vaste complot qui avait pour but d'égorger en un même jour tous les étrangers. Heureusement pour les Espagnols, une Indienne dévoila ce complot à son amant.
Le danger commun groupa tous les colons autour du vieil Irala, et celui-ci retrouva toute son énergie. Les Indiens, surpris au moment où ils commençaient à se réunir , payèrent chèrement leurs aspirations vers la liberté , et furent soumis à un esclavage plus dur.
Le péril auquel on venait d'échapper et la décision qu'Irala montra dans cette circonstance retrempèrent son autorité , et la petite colonie ne tarda pas à recouvrer son ancienne tranquillité.
Vers le milieu de I54£, un des soldats d'Ayolas restés chez les Chiriguanos depuis 1537 arriva à l'Àsuncion. Irala sut par lui qu'il était possible d'atteindre le Pérou par les montagnes aujourd'hui connues sons le nom de Santa- Cruz de la Sierra. Cette perspective enflamma l'imagination de l'intrépide capitaine. S'il parvenait à frayer cette route, en vain cherchée
depuis si longtemps , ce lui serait un titre dont il pourrait efficacement s'appuyer pour obtenir de la couronne d'Espagne sa confirmation dans le poste qu'il devait à l'élection. Aussi se détermina-t-il à tenter immédiatement l'aventure.
Il partit de l'Asuncion avec cent cinquante Espagnols et cinq cents Indiens, débarqua à l'endroit où se trouve aujourd'hui Albuquerque, et, marchant par les sierras, il arriva au lieu où plus tard fut bâtie la mission de Santa-Cruz. Là il apprit la guerre que Gasca, représentant de la couronne, faisait aux Pizarre révoltés. N'osant prendre parti ni pour les uns ni pour les autres , parce qu'il prévoyait bien qu'en dernier ressort le bon droit serait du côté de la victoire, il s'arrêta à Santa-Cruz, et envoya des émissaires qui devaient solliciter du vainqueur sa confirmation dans le gouvernement du Paraguay.
Ses envoyés tardant à revenir, il crut prudent de rebrousser chemin vers Albuquerque; mais, en route, ses soldats se révoltèrent , disant qu'ils ne voulaient plus retourner dans une contrée dénuée de tout, quand ils étaient si près du pays des richesses. Irala, ne pouvant les contraindre à le suivre, délia les Espagnols de l'obéissance qu'ils lui devaient , laissant à chacun la liberté de faire ce que bon lui semblerait, et reprit le chemin de l'Asuncion suivi des Indiens, qui formaient le gros de la petite armée.
La plupart des émeutiers, craignant de s'aventurer sans chef dans un pays totalement inconnu , le rejoignirent bientôt, et s'embarquèrent à Albuquerque pour retourner à l'Asuncion. En y arrivant, ils trouvèrent leurs maisons occupées par leurs compatriotes , qui en avaient pris possession pendant leur longue absence , et ils durent les reconquérir par la force.
Il serait sans intérêt de suivre pas à pas l'histoire de la petite colonie. Chaque échec ébranlait l'autorité du gouverneur. Après le retour de Santa-Cruz de la Sierra, l'anarchie recommença. Sans communication avec la mère-patrie, les Espagnols
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vivaient au bord des rivières à peu près comme les anciens Indiens. Les désordres de toute nature» les violences, les meurtres, menaçaient la colonie d'une ruine complète, quand , en 1555, il lui arriva d'Espagne un renfort inespéré.
Gasca , qui est sans contredit l'homme le plus remarquable que l'Espagne ait envoyé en Amérique, avait triomphé des Pizarre. Il avait retenu auprès de lui les émissaires d'Irala, et s'était informé avec soin de l'état de la colonisation sur les côtes de l'Atlantique, et de la nature du pays. Convaincu, d'après tout ce qu'il apprit, qu'Irala était l'homme le plus capable de faire prospérer les établissements espagnols de la Plata, il obtint de la cour d'Espagne qu'on le confirmât dans ses fonctions d'adelantado et qu'on lui envoyât des renforts. Six cents colons partirent pour les rivières du sud-est, aux ordres d'un moine franciscain, don Pedro La Torre, à qui on donna le titre pompeux d'évêque du Paraguay.
Nous n'avons pas besoin de dire avec quels transports furent reçus des secours venant si à propos. Le nouvel évêque, objet de la part de tous d'un profond respect, prêcha la concorde, l'obéissance au roi , et fit reconnaître Irala comme le représentant de la couronne.
Dès lors , le capitaine basque exerça son autorité sans entrave ; il mit en vigueur les règlements qu'il avait faits lors de sa première administration, et la colonisation se développa et s'affermit. Une chose à remarquer, c'est que les établissements espagnols grandirent plus par l'accession des Indiens, que les colons s'assimilaient petit à petit, que par les faibles renforts qui leur arrivaient de loin en loin de la métropole: car les communications avec l'Espagne étaient toujours difficiles, et les efforts tentés pour arriver au Pérou par les rivières qu'avait découvertes Gabotto ne servirent qu'à peupler les pays intermédiaires.
Irala mourut en 1557, âgé de soixante-douze ans, après avoir désigné pour lui succéder son beau-fils, don Gonzalo Mendoza.
Gonzalo Mcndoza. — Vcrgara. — Zarate. — Torrès de Véra. — Saavedra. L'évêque Torrès Garay. — Fondation de Santiago del Estero, de Tucnman ,
de Santa-Fé, de Cordova, etc.
Depuis que les Pizarre avaient conquis le Pérou, l'Amérique méridionale était devenue le théâtre des plus extravagantes entreprises. Le système d'adelantados qu'on nommait en Espagne, le plus souvent sans se préoccuper de savoir si les contrées qu'ils s'offraient à soumettre à la couronne n'étaient pas déjà occupées , faisait souvent que deux aventuriers réclamaient à la fois le même pays.
Les adelantados , de leur côté , en agissaient de même dans leurs domaines inconnus et fort mal limités; ils rétrocédaient à leurs amis , ou bien encore aux plus offrants, les terres qu'ils pourraient conquérir, et dont il arrivait souvent que d'autres étaient déjà en possession. Mais le pays était si grand que tous pouvaient trouver un coin libre où s'établir en maîtres.
Outre les métaux précieux entassés dans les temples du Pérou , les Espagnols avaient trouvé un inépuisable élément de richesse dans les indigènes. Les Indiens à crâne bombé, naturellement dociles et timides, se pliaient facilement à toute espèce de service, et cela sans jamais réclamer de salaire. Le moindre aventurier qui , en Espagne , eût été obligé de travailler de ses mains pour vivre, s'érigeait, avec un peu d'audace, en une sorte de seigneur féodal qui n'avait qu'à commander pour être servi. C'est ce qui explique la rapidité avec laquelle les Espagnols, dès leur arrivée dans l'Amérique méridionale, s'éparpillèrent sur une immense superficie. Avec l'aide des Indiens, les uns fouillèrent les mines, d'autres défrichèrent la terre, d'autres encore se livrèrent à l'élève du bétail. Peu faisaient fortune ; mais, libres de toute entrave, ils régnaient tous sur leurs petits domaines en maîtres absolus.
Aussi, pendant que les colons de la Plata tentaient de se frayer une roale vers le Pérou , ceux du Pérou venaient chercher aventure sur les bords des grands fleuves du sud-est.
Une expédition commandée par Rojas arriva, en 1542, jusqu'au tort de Santi-Espiritu , qu'elle trouva abandonné. Rojas, étant tombé sous les coups des Indiens , fut remplacé par un de ses capitaines, Hérédia, qui fut lui-môme, bientôt après, tué par un de ses soldats. Les aventuriers alors , se voyant sans chefs, retournèrent au Pérou, où ils prirent du service dans l'armée de Gonzalve Pizarre , qui s'était insurgé contre le roi d'Espagne.
Gasca, dont nous avons déjà parlé, ayant écrasé l'insurrection à Jaqui-Xaguaria , distribua des gouvernements aux hommes qui l'avaient aidé à raffermir l'autorité royale , ébranlée par le soulèvement des premiers conquérants. Un de ceux-là, Prado, demanda pour lui les pays que Rojas avait parcourus, et Gasca, sans se préoccuper des précédentes concessions faites par le gouvernement espagnol à Mendoza d'abord , puis à don Nunôs Cabézade Vaca, et plus tard par lui-même à Pedro Valdivia, qui occupait le Chili, l'autorisa à prendre possession des pays du sud.
Prado , au lieu de suivre l'itinéraire de Rojas , prit la route des anciens mititnaes de HuaynaCapac, et fonda, au pays de Calchaqui, la ville de Tucuman. Mais, vers 1532, Pedro Valdivia, qui considérait ce pays comme faisant partie de sa concession, envoya un de ses capitaines, Âguirre, qui obligea Prado à abandonner son entreprise, et se substitua à son lieu et place. Mais, ne trouvant pas que l'emplacement choisi par celuici pour établir une nouvelle ville réunit les conditions désirables, il descendit plus au sud, avec les colons qui occupaient Tucuman, jusque sur les bords du Rio Dulce, et y bâtit une ville à laquelle il donna le nom de Santiago del Estero.
Ces expéditions, quoique sans plan, sans système préconçu,
profitaient cependant aux Espagnols. Parcourant le pays en tous sens, battant les Indiens partout où ils faisaient mine de résister, ils avaient fait du nom espagnol comme un épouvantail devant lequel toute résistance tombait , et en même temps ils acquéraient la connaissance de l'immense continent qui leur était ouvert. La colonisation se faisait à la fois par le nord et par les côtes de l'Atlantique; des intérêts se créaient partout, et, cinquante ans après l'arrivée de Colomb à Haïti , l'Espagne s'était tellement engagée dans l'Amérique méridionale, qu'il n'eût plus été possible d'arrêter le flot de l'émigration.
Mais si les Espagnols se trouvaient partout , des bords du Parana aux forêts de l'Atrato, l'administration espagnole n'était nulle part. Ce n'était pas, en effet, le Gouvernement qui avait conquis ce nouveau monde; c'étaient les enfants perdus de l'Espagne. Mais le Gouvernement devait évidemment profiter des efforts isolés de ses sujets : aussi voyons-nous, même après la mort d'Irala , le système organisé par Mendoza persister à l'Asuncion, qui était encore le principal établissement espagnol dans le sud-est.
Gonzalo Mendoza, désigné par Irala comme son successeur, n'occupa pas longtemps son poste. Il mourut en 1558, laissant sans chef cette population de seigneurs, aussi pauvre et aussi déguenillée qu'elle était turbulente et orgueilleuse.
Le suffrage universel, auquel on avait eu recours après la mort d'Ayolas , avait donné des résultats qu'on n'avait point oubliés. L'évéque Torrès, un des hommes les plus influents de la colonie, proposa d'y recourir comme au meilleur moyen d'établir un gouvernement respecté par tous. Les colons accueillirent favorablement cette idée, et Vergara, un autre beau-fils d'Irala , fut nommé à une grande majorité.
Chacun de ces interrègnes était signalé par un soulèvement général des Indiens, et cette fois encore il en avait été comme de coutume. Aussi , une des premières mesures prises par Ver-
gara fut-elle Porganisation de petits corps qui poursuivirent les révoltés, les battirent, et leur firent reprendre leur position auprès de leurs maîtres.
Quand tout fut rentré dans Tordre , le nouveau gouverneur songea à faire légaliser son titre. Le gouvernement espagnol avait été définitivement assis au Pérou par Gasca. L'ancien empire des Incas obéissait à un vice-roi , qui avait plein pouvoir pour agir au nom du roi dans toutes les colonies de l'Amérique méridionale. Ce fut donc au vice-roi du Pérou que Vergara crut devoir s'adresser pour obtenir la confirmation du titre d'adelantado, qu'il tenait du libre suffrage des colons. L'évêque Torrès s'offrit à l'accompagner, et , suivis de trois cents soldats, ils prirent la route qui avait conduit Irala jusqu'à Santa-Cruz de la Sierra. Ils arrivèrent sans accident à Lima; mais le viceroi , faisant peu de cas de droits qui n'émanaient pas de l'autorité royale, refusa d'approuver l'élection , et nomma adelantado du Paraguay un de ses officiers, don Juan Ortiz de Zarate , qui ne devait pourtant prendre possession de son gouvernement qu'après avoir obtenu l'approbation de la couronne.
Zarate partit dans ce but pour Panama, où il s'embarqua, après avoir délégué son autorité, pour le temps de son absence, à un de ses amis, Cacérès , qui se trouvait à l'Asuncion.
L'arrivée de ces nouvelles jeta le plus grand désordre dans la colonie. On vit recommencer les luttes du temps d'Irala et de Cabéza de Vaca; les hostilités éclatèrent dans la ville et sévissaient de maison à maison. L'évêque Torrès , qui était de retour, se mit à la tête des amis de Vergara; les officiers, qui espéraient de l'avancement du vice-roi du Pérou, soutenaient Cacérès.
Le dimanche était généralement un jour de trêve; mais l'évêque , qui pouvait absoudre ceux qui manquaient à leurs devoirs comme catholiques , choisit précisément l'heure de la messe pour frapper un grand coup. Il fit cacher dans la sacristie les principaux partisans de Vergara , et , à un certain
signal , les portes de l'église ayant été fermées, ils se précipitèrent sur Cacérès, qui, n'osant tirer l'épée devant l'autel , fut garrotté et conduit à bord d'un bâtiment que l'évéque tenait prêt dans la rivière.
La séquestration de Cacérès mitûn aux querelles, et les partisans de Vergara curent le champ libre. L'évéque Torrès s'offrit à conduire le prisonnier en Espagne et à aller justiûer les colons. Il laissa le gouvernement à une junte de capitaines.
C'était exactement ce qu'on avait fait avec don Alvar, et ce nouveau coup d'État produisit les mêmes désordres que le premier; mais la colonje, déjà plus nombreuse, n'avait plus à craindre les attaques des Indiens, et les maîtres furent les seuls à souffrir de l'anarchie qui suivit le départ de Cacérès et de l'évéque.
La junte , craignant sans doute que Cacérès ne parvint à 6'échapper, malgré la présence de l'évéque, avait chargé un de ses membres, don Juan Garay , d'accompagner le prisonnier jusqu'à la mer. Garay remplit sa mission ; mais , au lieu de revenir à l'Asuncion, il s'arrêta à l'endroit où est aujourd'hui Santa-Fé et y établit un fort. II pensait échapper ainsi à la nécessité de prendre parti dans des luttes inutiles, qui ne pourraient qu'être blâmées par le nouvel adelantado que l'Espagne nommerait sans doute aussitôt qu'arriveraient Cacérès et Torrès. Santa-Fé, par sa position sur la route que devaient suivre les vaisseaux espagnols, lui offrait un autre avantage. Il s'y trouvait placé de manière à se rendre nécessaire à la première autorité légale qui viendrait d'Espagne, et il comptait se mettre dans ses bonnes grâces en faisant valoir son abstention dans les troubles qui agitaient le pays. Mais il ne jouit pas longtemps de la tranquillité qu'il espérait. Pendant qu'il s'installait à Santa-Fé , un officier de l'armée du Pérou , Cabrera , qui avait obtenu du vice-roi les pays situés au sud de Chaquisaca, s'était établi à Cordova. Ses soldats arrivèrent jusqu'au fort de Saoti-Espiritu. Garay s'opposa à ce qu'ils y restassent, préten-
dant que ces terrains appartenaient à l'adelantado de la Piata. Cabrera vint lui-même à Santa-Fé; il représenta à Garay qu'il avait besoin d'un port sur les rivières, pour la facilité de ses communications avec la mère-patrie. Les deux capitaines ne purent s'entendre, chacun protestant de son côté contre les prétentions de l'autre; ils convinrent enfin de se soumettre à l'arrêt qu'ils solliciteraient du gouvernement espagnol.
L'arrivée de Zarate , l'adelantado nommé par le vice-roi du Pérou, et qui avait obtenu en Espagne la confirmation de son titre, mit fin à cette querelle. Zarate arrivait avec des pleins pouvoirs. Il s'était engagé à introduire dans la colonie deux cents familles , trois cents hommes d'armes , quatre mille vaches, quatre mille brebis, trois cents chèvres et trois cents juments. En récompense, il aurait le gouvernement des pays découverts par Gabotto, avec le droit de désigner son successeur; il en distribuerait les terres à son gré ou confirmerait les concessions qui en avaient déjà été faites.
Zarate maintint Cabrera dans son gouvernement de Cordova, lui permettant en outre d'user du port de Santa-Fé pour ses communications avec l'Espagne, et il emmena Garay avec lui àl'Asuncion.Ce n'était pas sans quelque inquiétude qu'on y attendait son arrivée ; mais il rassura les esprits en approuvant tout ce qu'on avait fait, y compris l'exil de son représentant Cacérès.
Malgré la mansuétude du nouveau gouverneur, les colons étaient toujours mécontents, et il aurait probablement eu le sort de Cabéza de Vaca, si sa mort, arrivée en 1575, n'avait prévenu une explosion. 11 avait, avant de mourir, désigné pour son successeur celui qui épouserait une fille, âgée de vingt ans, qu'il avait laissée à Chuquisaca, au Pérou.
Garay fut chargé de l'exécution de cette clause étrange. Il partit en conséquence pour le Pérou, afin de donner avis à l'heureuse jeune fille de l'héritage qui lui échéait, et qui allait lui créer, comme par enchantement, des adorateurs. La dot
était en effet trop engageante pour que les prétendants ne fussent pas nombreux. Ce fut un des juges du tribunal de Charias, don Juan Torrès de Véra y Aragon, qui fut le préféré.
Parmi les conditions imposées à Zarate était, comme nous l'avons vu, celle d'introduire dans la colonie une certaine quantité de bétail. Cette condition n'avait point encore été remplie, Zarate ayant pensé qu'il lui serait plus facile de tirer ce bétail du Pérou que de l'emmener d'Espagne. Véra ne voulut point aller prendre possession de son commandement sans avoir fait ce que son prédécesseur n'avait pu faire. Il délégua donc jusquelà son autorité à Garay, qu'il nomma lieutenant-gouverneur et capitaine général du Rio de la Plata, poste dont celui-ci prit possession aussitôt son retour à l'Asuncion, en 1576.
Les Indiens, trop souvent battus pour qu'ils pussent encore se flatter d'expulser les colons, n'inspiraient plus de craintes sérieuses. Libre de soucis de ce côté, Garay mit sa politique à faire occuper tout le pays par de petites colonies composées de quelques Espagnols et d'un plus ou moins grand nombre d'Indiens qu'ils faisaient travailler. Parmi ces colonies était Villa- Rica, sur les frontières actuelles du Brésil.
Comprenant l'importance d'un port à l'entrée de la Plata, il descendit la rivière en 1580 , et établit soixante soldats à l'endroit même où Mendoza avait été si longtemps bloqué par les Quérandies. Garay put les surprendre à peu de distance du fort, et leur tua tant de monde qu'ils disparurent à l'ouest, laissant les Espagnols maîtres du terrain où s'élève aujourd'hui la ville de Buénos-Ayres, qui plus tard devait donner son nom à tout le pays. Les terres des alentours, offrant de bons pâturages, permirent aux colons d'élever quelques bestiaux, et la ville, qui présentait aux embarcations arrivant d'Europe un premier point de relâche, ne tarda pas à prospérer. Quatre ans après, elle était devenue le principal établissement espagnol au Rio de la Plata, après l'Asuncion. Malheureusement pour l'avenir de la nouvelle ville , Garay, qui se rendait à Santa-Fé, vers la fin de 1584,
fut surpris, sur la côte de l'Entrerios, par les Indiens Minuanes, qui regorgèrent ainsi que trente-quatre colons qui raccompagnaient. Les rives de la Plata continuaient à être fatales à ceux qui essayaient d'y porter la civilisation.
La colonie retomba alors dans l'anarchie qui suivait d'ordinaire la mort du gouverneur : chaque alcade prétendait à l'indépendance et refusait d'obéir aux ordres de ceux qui se disaient investis du commandement ; mais la conquête n'en marchait pas moins. Les colons se répandaient par petits groupes dans tout le pays, s'établissant là où le site leur plaisait, là surtout où ils trouvaient des tribus disposées à leur fournir des femmes et des ouvriers. L'idée de faire une fortune rapide n'était plus aussi dominante; on s'habituait à la solitude, aux charmes de l'existence sans contrôle; on vivait sans grandes espérances , mais sans peine ; on était heureux , mais , si l'on peut ainsi dire, d'un bonheur négatif.
Aguirre, après avoir fondé Santiago del Estero, en 1 553, avait envoyé vers le nord un de ses lieutenants, qui avait fondé, en 1565, San Miguel deTucuman; Cordova, où Cabr,ra s'étai t établi en 1573, prospérait; Salta avait été fondée par Lerma en 1582, etJujuypar Vélasco, en 1592. La colonisation s'échelonna ainsi de l'extrémité sud du Pérou jusqu'à Santa-Fé. Les villes de Cordova, Santiago del Estero, Tucuman et Jujuy, jalonnèrent la route du Pérou à la Plata, de l'Atlantique au Paciûque. Une route plus directe, par Buénos-Ayres, Mendoza et Santiago du Chili, fut ouverte plus tard.
En 1587, le nouveau gouverneur propriétaire, nous voulons dire le mari de la fille de Zarate, qui avait hérité de ce gouvernement comme, de nos jours, on hérite d'une ferme, arriva avec le bétail que Zarate s'était obligé à introduire. Véra trouva la colonie plongée dans l'anarchie ; mais son courage n'en fut point ébranlé. Il parvint à force de patience à rétablir l'ordre, fit quelques incursions sur les terres indiennes pour se procu-
rer des travailleurs , y envoya des missionnaires pour prêcher l'Évangile, et réussit à convertir plusieurs tribus guaranies. C'est lui qui fonda la ville de Corrientes „ au confluent du Parana et du Paraguay. Enfin il avait réussi à mettre la colonie sur un excellent pied , quand , en 1591 , fatigué d'un fardeau qui ne laissait pas d'être pesant, il se résolut à le déposer et partit pour l'Espagne.
Abandonnés à eux-mêmes, les colons du Paraguay eurent de nouveau recours à l'élection , et choisirent pour leur gouverneur Hermando Arias de Saavedra, fils d'un des officiers de don Alvar Nunès, et né à l'Asuncion. C'était le premier Américain qui arrivait à occuper un poste important. Son élection fut confirmée par la couronne, et il put gouverner sans opposition. Comme ses prédécesseurs , il guerroya contre les Indiens , et quelques détachements de soldats envoyés du côté du Chaco soumirent tout ce pays jusqu'à Santa-Cruz de la Sierra. Luimôme, partant avec deux cent cinquante hommes de Buénos- Ayres, où il séjournait de temps à autre, pénétra jusqu'au bord du Colorado ; mais il ne fonda dans ces parages aucun établissement nouveau.
Deux actes ont surtout marqué la longue administration de Saavedra. C'est lui qui appela les pères Maseta et Cataldini, jésuites italiens , auxquels est due la fondation des célèbres missions du Paraguay, dont nous aurons à parler. Ce fut lui encore qui provoqua la division du territoire de la Plata en deux provinces, comprenant, l'une le haut de la rivière, l'autre le sud. Les plans qu'il proposa à cet effet furent adoptés parle gouvernement central, et, à sa mort, arrivée en 1620, l'administration des pays du sud-est fut partagée entre deux gouverneurs, dont l'un résida à l'Asuncion, et l'autre à Buénos-Ayres, qui, grâce à sa position à l'entrée de la rivière, prenait chaque jour plus d'importance. C'est à partir de cette époque seulement que l'autorité de l'Espagne sur ce pays commença à s'exercer d'une façon quelque peu régulière.
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