HISTORIQUE
Bien que la pleurésie à liquide hémorragique fut connue depuis fort longtemps, son étiologie et sa pathogénie étaient restées dans l'obscurité jusqu’aux travaux de ces dernières années. Les premières constatations anatomiques furent en faveur du cancer de la plèvre; et qu’il
fut primitif ou secondaire on admit qu'il était la seule cause de la pleurésie hémorragique : c’était encore l’opinion de Trousseau et de Barth. Mais peu à peu, au fur et à mesure que la tuberculose du poumon fut mieux connue dans ses multiples modalités, elle apparutcomme une cause non moins importante de l'hémorragie de. la plèvre.
Ces notions sont devenues classiques, et l’on admet aujourd’hui que le cancer pleuro-pulmonaire et la tuberculose se partagent le plus grand nombre des cas de pleurésie à liquide hémorragique : c’est toujours l’une ou l’autre de ces deux grandes causes que l’on invoque lorsque la ponction du thorax fait constater la présence d’un épanchement de sang dans la plèvre. Elles ne sont pas les seules cependant: c’est ainsi que même sans parler des cas où cet épanchement de sang résulte d’un traumatisme (fracture de côte, plaie pénétrante de poi-
trine) (J), de la rupture d’un anévrysme aortique ou d’une aorte athéromateuse, dans la plèvre, ou encore de l’aspiration énergique et trop prolongée d’un épanchement séro-fibrineux (ce qui serait susceptible de faire pleuvoir le sang dans la plèvre, soit par rupture des néo-membranes, soit par déchirure de leurs vaisseaux, à la suite du déplissement trop prompt du poumon) (2), il existe encore un certain nombre de faits disparates, dont quelques-uns ne reposent que sur des observations isolées, où la pleurésie hémorragique a été constatée.
C’est ainsi qu’elle peut se produire à titre d’épiphénomène dans toutes les maladies à processus hémorragique (scorhut, variole, fièvres éruptives, fièvre puerpérale...) ; quelques observations tendent à prouver qu’elle peut également se rencontrer au cours du mal de Brigli et à celui de la cirrhose atrophique de Laënnec (3) ; mais peut-être dans ce dernier cas s’agit il simplement de tuberculose pulmonaire, dont on sait la fréquence dans cette affection. On lui a encore assigné comme cause le rhumatisme articulaire aigu (Thiroloix-Stark) la pneumonie, la broncho-pneumonie (Israël), les infarctus infectieux (Ehrlich), la syphilis (Balzer-Dieulafoy). Enfin, il faut faire un cadre spécial pour ces faits de plus en plus rares où la recherche la plus minutieuse
1. Ch. Nélaton. Des épanchements de sang dans les plèvres , consécutifs au traumatisme. (Thèse de doctorat. Paris, 1880).