‹ La pleurésie hémorragique cancéreuseChapitre 8 sur 24 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Nous étudierons successivement le liquide, l'état de la plèvre et celui du poumon.

A. — Liquide. — Son origine est différente suivant les cas. Tantôt il s’agit d’un hémothorax : la plèvre est dépourvue de fausses membranes, le sang provient de la rupture des vaisseaux de la tumeur. Tantôt et le plus souvent le cancer irrite la plèvre qui réagit par la production de fausses membranes.

Il en résulte soit une pleurésie sèche (au sens clinique du mot, car la plèvre contient en général dans ces cas de 50 à 100 grammes de liquide), soit une pleurésie avec épanchement.

Cet épanchement lui-même peut être séro-fébrineux ou hématique (1) ; la plèvre d’ailleurs est très souvent

1. La fréquence des épanchements séro-fébrineux et hémorragiques est encore sujette à discussion.

a). — Pour Trousseau, l’épanchement serait presque toujours de nature hémorragique. Vergely ( De V hématome néoplasique cle la plèvre, thèse de Bordeaux, 1896) donne la proportion suivante :

Epanchement hémorragique . 80

— séro-fibrineux . 12

— nul, graisseux, huileux, chyliforme. 8

h). — D’autres auteurs tels que Beigel, Dieulafoy, Moutard-

cloisonnée, et à côté des poches contenant du liquide hémorragique, il peut y en avoir d’autres renfermant du liquide séreux (Ranglaret). Enfin l'épanchement peu êtrecitrin au moment des premières ponctions et devenir ensuite hémorragique (voir observation III).

Le sang épanché est presque toujours liquide dans la cavité pleurale (ce qui tiendrait à l’absence complète d’air, suivant Vergely), et ne se coagule qu’après l'ouverture de la plèvre. Souvent même il ne se coagule que lentement et imparfaitement après qu’il a été extrait de la cavité pleurale.

Il contient du sang dans la proportion de 1/20 à 1/4, aussi est-il tantôt simplement sanguinolent, tantôt et le plus souvent rouge brunâtre, couleur chocolat, nettement sanglant. Il est toujours très pauvre en fibrine. Le liquide hémorragique des pleurésies cancéreuses, comme d’ailleurs des péritonites cancéreuses, renferme de l’hémoglobine dissoute dans le sérum, ce qu’on fait apparaître après repos ou centrifugation du liquide par les réactions appropriées (Bard) (1). Il renferme parfois

Martin, regardent au contraire l’épanchement séreux comme plus fréquent.

Kierer (De la pleurésie non hémorragique dans le cancer pleuro-pulmonaire (thèse, 1899) donne la statistique suivant * basée sur 53 observations de cancer pleuro-pulmonaire.

Plèvre, saine ou non décrite ... 6 fois

Adhérences, . 17 fois

Exsudât hémorragique . 11 fois

Exsudât séreux . 19 fois

1. Bard. Société de biologie, 16 janvier 1901. Cet auteur a insisté en outre sur ce fait : la propriété hémolysante, apparte-

des cellules cancéreuses polymorphes, coudées ou en

massues (Frænkel, Ehrlich, Quincke...) qui traitées par une solution iodée présentent la réaction glycogénique (voir chapitre cytodiagnostic).

B. — Plèvre. — Le cancer peut y être primitif et dans ce cas les observations très peu nombreuses paraissent se reporter à deux types principaux : l’endothéliome et le sarcome.

a) L’endothéliome dont l’origine cellulaire est encore discutée, les uns le considérant comme une prolifération primitive de I’épithéliome de la surface pleurale, les autres comme une prolifération initiale des endothéliomes lymphatiques.

Quoi qu’il en soit, cet endothéliome se présente comme un épaississement soit diffus, soit circonscrit à une étendue plus ou moins restreinte de la plèvre : cette membrane a une épaisseur de 12 à 15 millimètres, elle est formée d’un tissu blanchâtre, lardacé, à surface irrégulière, parsemée de petits kystes ou de dépressions alvéolaires, et souvent recouvertes de concrétions fibrineuses membraniformes. Le tissu néoplasique est dur à la coupe et donne un liquide laiteux par pression. Le poumon, nettement limité du tissu néoplasique, est le plus souvent atélectasié par compression : il renferme quelquefois des noyaux de cancer secondaire habituellement peu volumineux (Ménétrier).

Au microscope, la lésion se caractérise d’après Eppinger, par une prolifération des endothéliums lymphati-

nant au sérum des pleurésies cancéreuses, manquerait au sérum des pleurésies tuberculeuses.

ques, se montrant à tous degrés de développement, depuis la dilatation simple des conduits jusqu’aux grosses cavités alvéolaires bourrées de cellules.

Frœnkel décrit également une hyperplasie notabl e de tissu conjonctif dont les fentes lymphatiques dilatées sont remplies de cellules épithélioïdes cubiques à gros noyaux vésiculeux, obturant la cavité, ou disposées en couches régulières sur les parois. Dans les ganglions altérés, on trouve un stroma fibreux avec cavités sinueuses pleines de cellules épithélioïdes.

b). — Le sarcome , qui forme des masses volumineuses molles, d’apparence encéphaloïde, soit tapissant toutes les parois de la cavité pleurale, soit entourant complètement le poumon qui se trouve comprimé et atélectasié, au centre de la masse, soit implantées sur la plèvre diaphragmatique ou médiastine et saillantes dans la cavité. D’autres fois, on se trouve en présence d’une tumeur plus dense et plus petite, du volume du poing, d’une pomme, ou encore de granulations blanches, confluentes sur toutes les parois de la cavité, variant, en grosseur, d’un grain de mil à une noisette. Histologiquement, c’est tantôt un sarcome à cellules fusiformes (1) (Bernard, Brunati), tantôt un sarcome à cellules rondes (Begnault) (2). Ces éléments sont accompagnés d’un stroma fibreux plus ou moins développé

1. Bernard. Fibrome embryonnaire de la plèvre. Société anatomique, 1893.

Brunati. Essai sur Vètude clinique du sarcome primitif de la plèvre. Thèse de Paris, 1884

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