SCÈNE II
ANSELME entre parla gauche; VICTORINE, nn journal i ta innln. vient de la
droite.
VICTOlilNE, regardant les deLris du baromètre
Ah! ali! ah!
ANSELME
Quel dommage! un si beau baromètre! Il avait bien coûté cinquante écusà feu M. le baron.
VICTORINE, à Âatilxi .
Mais enlevez ça!
ANSXLME, à Victorine qui l'est mise à lire le journb!.
Est-ce que vous ne feriez pas mieux de m'aider à ramasser les morceaux de ce baromètre? C'est donc bien intéressant, ce que vous lisez là.
VICTORINE
Je le crois bien. Mirandon a été arrêté.
ANSELME
Pas possible!
VICTORINE, lisant.
« Enfin, la gendarmerie a mis la main sur le trop Célèbre « voleur de grand chemin qui désolait depuis un an tout l'ar- « rondissement de Saumur. Mirandon est pris. »
ANSELME
Ça du moins, il ne l'a pas volé. Et dit-on où on l'a arrêté?
vicroniNE.
A Saint -Marcel des Vignes.
ANSELME
Si près d'ici!
VICTORINE
Oui, presque à la porte de notre château. (eh« Ht») « Tipliaine « Mirandon est bien l'homme étrange que quelques personnes « dépouillées par lui ont dépeint : regards terribles mais pleins « d'intelligence; bouche agréable mais tordue par une atroce « ironie; front sombre et menaçant mais voilé d'une chevelure « magnifique, esprit dépravé mais orné des [dus rares facultés « de l'imagination. Impitoyable pour les hommes, Mirandon « est d'une courtoisie chevaleresque pour les femmes, qu'il « ne dépouillait Jamais de leurs bagues sans leur baiser lente dremenl la main, se montrant par là le digne continuateur v de Fra-Diavolo, avec l'amabilité française do [dus. »
A NSI
C'ebt très-bien, et Dieu soit loué pour nous avoir débarrassés ou voisinage de cet insigne enquin. Mais venez maintenant
m'aider a ramasser ces (ragments de verre : madame la baronne va sans doiito re\enir, et si elle aperçoit encore ces témoignages de srs emportement!, sa colère pourrait la rcoreodie.
ET LE BEAU TEMPS. :î
VI CTO TUNE.
Tiens! madame la baronne de Contran n'avait qu'à ne pas briser son baromètre. Ces belles darnes ont des mouvements nerveux... Est-ce sa faute à cette pauvre machi ne-là si elle marque depuis six mois: pluie, grande pluie, tempête?
ANSK'-ME.
11 faut pourtant convenir, mademoiselle Victorinc, que c'est bien ennuyeux aussi, et qu'il y a de quoi se mettre en colère d'avoir toujours de la pluie quand on est venu à la campagne pour respirer, se promener, se visiter de château à château.
VICTORINE
Daniel l'argent ne donne pas tout; les riches seraient, ma foi! trop heureux. Il ne manquerait plus qu'ils ae: aussi le beau temps : il n'y aurait de soleil que pour eu\. Après ça, tant mieux s'il fait' laid, nous nous en irons plus lot d'ici. Et pourquoi, je me le demande, ne pas s'en aller tout de suite? Quand on est mal dans un endroit, on le quitte; et c'est si Facile à madame la baronne de s'en aller ! Veuve, elle est maltresse de ses volontés; riche, elle n'a qu'à faire un signe pour que ses malles soient au même Instant remportées à Paris, où l'attend son bel hôtel de la rue Saint-Dominique. A sa place, moi, je n'en ferais ni une ni deux, je monterais en wagon, et crac!
ANSELME
Cracl c'cstbienlôt dit : crac! Et le monde?
VICTOIUNE.
Quoi, le monde?
ANSELME
Est-ce qu'il est permis de rentrer à Paris avant le mois de décembre quand on a un château? Ab ! oui, ce serait d'un bel effet. Tiens! dirait on dans la rue Saint-Dominique, est-ce que le l'eu a brûlé le château de madame de Contran? Est-ce que madame la baronne a vendu son château, qu'elle rentre si tôt à Paris î
VlCTe
En sorte que coûte que coûte il faut rester huit muit à la Campagne*
ANSELME
Oui, le monde t
VICTOIUNE.
Dût-on y tomber malade?
ANSELME
Oui, le monde 1
VICTORINE
Y périr de langueur?
ANSELME
Le monde! le monde! Mademoiselle Victorine, le monde!
VICTORINE
01»! alors, moi j'en suis du monde, et du meilleur encore! car c'est ce que je fais, je me meurs d'ennui.
ANSELME
Les champs ne vous disent donc rien à vous non plus?
VICTORINE
Absolument rien.
ANSELME
Mais les arbres?
VICTORINE
Je ne trouve rien de bute comme un arbre.
ANSELME
Et le ciel?
VICTORINE
Est-ce qu'il n'y en a pas un à Paris?
ANSELME
Vous n'avez donc jamais ouvert ce beau volume de poésies7
VICTORINE
Non...
ANSELME
Eh bien, éCOUtCZ. (il s'assied à gauche, prend un volume sur la table, l'ouirr» «i lit »tec emphase.)
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes; 11 serpente et s'enfonce en un lointain obscurj Là, le lac immobile étend re* eaux dormantes Où l'étoile du soir se lève dans l'azur. Au sommet de ces monts
VICTORINE, interrompant sèchement.
Assez! parlons d'autre chose, si ça vous est égal.
ANSELME
Alors je vais vous dire en prose que la famille Roberval arrive aujourd'hui à midi, et que sa présence calmera entièrement les nerfs de madame la baronne el les vôtres, mademoiselle VictOfine. Les Roberval resteront ici tout le mois d'octobre et de novembre, et comme nous ne nous en irons guépc d'ici ira'en décembre, madame et vous aurez deux grands inois |ioui \ nus consoler des terribles ennuis des muis passés, \oici madame.