I VJ
LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS il.
— J'entends : il n'a plus soif.
— C'est cela. Et voilà pourquoi dans un air saturé de vapeur d'eau la transpiration ne s'évapore plus : ce qui augmente pour nous la sensation de la chaleur et le malaise qui l'accompagne. Je poursuis. Le point de saturation varie avec la température. Notez cela, Madame, je vous prie. En d'autres termes, plus l'air s'échauffe, plus est grande la quantité de vapeur qu'il peut absorber ; et réciproquement cette quantité diminue à mesure que la température s'abaisse. Je me borne à vous indiquer ce principe élémentaire , sur lequel repose toute la théorie de la formation des brouillards, des nuages, de la pluie, de la neige, de la rosée. C'est la chaleur du soleil qui provoque incessamment la formation des vapeurs; c'est la chaleur qui maintient ces vapeurs en dissolution dans l'air jusqu'à ce qu'il soit saturé. C'est la diminution de la chaleur ou, pour parler plus correctement, c'est l'abaissement de la température qui amène la condensation et la précipitation des vapeurs. Vous voyez déjà que le soleil est l'agent principal et presque unique de ces phénomènes. Nous retrouverons bientôt sa toute-puissante intervention dans les mouvements de l'air; nous verrons se • justifier pleinement l'heureuse expression de feu Babinet, qui appelait le soleil « le grand agitateur
des masses aériennes » , et nous reconnaîtrons que sur notre globe, comme aussi probablement sur les autres planètes de son cortège , c'est bien le soleil qui « fait la pluie et le beau temps » .
— Oh! la lune y est bien aussi pour quelque chose?
— Nous examinerons un peu plus tard cette question , et vous pouvez vous préparer , Madame , à perdre bien des illusions à l'égard de l'aimable Phébé. Il est vrai qu'en lui ôtant les mérites qu'on lui prête, j'aurai à la disculper des méfaits dont on l'accuse. Mais n'anticipons pas et revenons à l'humidité de l'air. J'ai à peine besoin maintenant de vous expliquer ce qu'il faut entendre par là. L'air est humide lorsqu'il est très près de son point de saturation ; lorsqu'il en est très loin , on dit qu'il est sec. L'air est saturé à 0 degré avec 5 centigrammes par litre, à 10 degrés avec 9 centigrammes, à 20 degrés avec 18 centigrammes, à 30 degrés avec 33 centigrammes , à 40 degrés avec 58 centigrammes. Pour mesurer le degré de la saturation de l'atmosphère d'un lieu on se sert d'instruments appelés hygromètres oupsychromètres. L'hygromètre, le thermomètre et le baromètre, tels sont les instruments les plus indispensables aux observations météorologiques ordinaires. Pour les observations plus complètes et
plus scientifiques on emploie encore les anémomètres, qui servent à mesurer la vitesse du vent; les pluviomètres , qui servent à mesurer la quantité de pluie tombée dans un endroit et pendant un temps donné. On doit encore, dans certains cas, consulter l' électromètre, le magnétomètre , la boussole d'inclinaison et la boussole de déclinaison. Mais il ne s'agit pour nous que des observations élémentaires auxquelles chacun peut se livrer sans sortir de son appartement.
— Il me semble que, parmi les instruments d'observation ordinaire, vous en avez oublié un qui a bien sa valeur.
— Lequel, Madame?
— La girouette. Mon mari, qui n'était pas un ignorant et qui s'occupait un peu des phénomènes de l'atmosphère, savait bien me dire le matin, d'après la direction du vent, le temps qu'il ferait jusqu'à la fin de la journée, et rarement il se trompait.
— Il est très vrai, Madame, que la direction du vent est, avec la hauteur du mercure dans le baromètre, un des meilleurs signes du temps prochain. Mais les girouettes, malgré leur réputation proverbiale , sont loin d'avoir toujours la mobilité nécessaire pour indiquer à chaque ins-
tant, avec exactitude, cette direction, qui peut d'ailleurs être modifiée par les obstacles environnants. D'ailleurs le courant aérien qui agit sur les girouettes , même lorsque celles-ci sont placées au faîte d'édifices élevés , n'est jamais qu'un courant de surface. Il y a très souvent, à de plus grandes hauteurs, d'autres courants, et c'est, en général, de ces derniers surtout que dépend le beau ou le mauvais temps. L'observateur doit donc regarder plus haut que le toit de son voisin , plus haut même que le clocher de son église ; et, une fois qu'il sait bien s'orienter, c'est la marche des nuages qu'il doit examiner de préférence.
— Et quand il n'y a pas de nuages?
— Alors , faute de mieux , il consulte la girouette ou, mieux, la fumée qui s'échappe des cheminées du voisinage.
— Je prends note de ces renseignements, mais il me tarde d'apprendre comment il se fait que le vent exerce sur le temps une si grande influence.
— On peut dire , Madame , que le vent est le temps même. Nous savons déjà que ce sont les changements de température qui déterminent alternativement la formation et la précipitation des vapeurs. Si l'atmosphère était toujours également
chaude ou froide dans toutes ses parties, elle conserverait toujours la même humidité ; elle se serait saturée de vapeurs une fois pour toutes , et son état hygrométrique ne varierait plus ; il ne se formerait plus de nouvelles vapeurs. Celles qu'on produirait artificiellement se condenseraient aussitôt sur place ; mais elles ne pourraient s'accumuler en assez grandes masses pour donner naissance à des nuages , à des brouillards ou à de la pluie. Il n'y aurait pas non plus de vent : car le vent n'est dû qu'aux inégalités et aux changements de la température à la surface du globe. Un éminent physicien, M. le professeur Jamin, a dit, dans un article de la Revue des Deux Mondes , que , « si elle était immobile et comme attachée au sol , l'atmosphère serait toujours saturée sur la mer, où il pleuvrait à chaque refroidissement ; qu'elle serait toujours sèche au-dessus des continents, qui ignoreraient la pluie. » Mais, dans cette hypothèse , il n'y aurait pas de refroidissement, ou alors il y aurait du vent : l'un est la conséquence fatale de l'autre.
Tout changement, toute inégalité de température dans une région quelconque se traduit par une dilatation ou par une contraction de l'air dans cette région ; l'équilibre ainsi rompu tend immédiatement à se rétablir, et cela par le déplace-
ment de l'air, c'est-à-dire par le vent, qui n'est, en résumé, autre chose que de l'air en mouvement. L'air, étant un corps inerte, ne se meut pas spontanément; il faut pour le mouvoir l'intervention d'une cause physique ou mécanique. Cette cause, je le répète, c'est la chaleur. Or, la chaleur d'où nous vient-elle? Du soleil. Il luit pour tous, ce bon et bel astre; mais il ne luit pas pour tous à la fois; ses révolutions apparentes, qui, en réalité, sont celles de notre planète, lui font répandre tour à tour, avec des inégalités périodiques, sa lumière et sa chaleur sur les diverses zones de la sphère terrestre. De là le jour et la nuit, de là les saisons, de là de continuels changements de température, des alternatives d'échauffement et de refroidissement; de là les vents et les tempêtes ; de là la pluie et la sécheresse ; de là le beau et le mauvais temps. Vous voyez donc, Madame, que Babinet a eu raison d'appeler le soleil le grand agitateur des masses aériennes. Ce que le soleil laisse faire aux autres agents modificateurs de l'état de l'atmosphère se réduit à bien peu de chose, et nous pouvons le négliger, au moins pour le moment.
C'est avec non moins de raison que M. Jamin dit , dans un langage pittoresque et familier : « Le vent fait le métier de porteur d'eau. » Le vent,
en effet, va puiser l'eau aux mers des zones tropicales; il nous l'apporte, à nous, habitants de la zone tempérée, et nous la verse le plus souvent sous [forme de pluie. Aux habitants de la zone glaciale, il ne la donne guère qu'à l'état de neige. La distribution faite, il retourne vers l'équateur renouveler sa provision, revient à nous avec ses outres pleines, qu'il vide çà et là sur son chemin , et ainsi de suite.
— Allons 1 interrompit Mme X***, suspendons la séance... Votre voix faiblit, et vous devez trouver que la météorologie est « salée en diable » , comme les fagots de l'honnête Sganarelle. Voici justement qu'on apporte le thé. Je vous rendrai la parole dans une demi-heure , lorsque vous vous serez reposé, désaltéré et restauré. »
Encore le soleil. — Les voyages du vent. — L'équateur et le pôle dans un salon. — Expérience de Franklin. — La circulation atmosphérique. — Les zones et les climats. — Les districts sans pluie. — Mécanisme des grands courants. — Les alizés et les contre-alizés. — Les grands fleuves atmosphériques. — Le cloud-ring. — La zone des calmes équatoriaux... et des tempêtes. — Les tourbillons ou cyclones. — Les neuf zones.
— Les vents secs et les vents humides. — Le Gulf-Stream. — La rotation des vents. — Les vents périodiques. — Moussons.
— Le livre de M. Marié-Davy : les Mouvements de l'atmosphère et des mers. — Vents élésiens. — Brises journalières.
— Le chaud et le froid. — La prévision du temps. — Opinion de Biot. — Feu M. Mathieu (de la Drôme) et feu M. Coulvier- Gravier. — La lune et les étoiles filantes.
Le thé fut silencieux. Je mis à profit ce temps pour rassembler mes idées et les souvenirs de mes lectures météorologiques. Mmo X*** respecta discrètement ma méditation, et ce ne fut qu'en me voyant repousser ma tasse deux fois vide, tousser légèrement et témoigner par mon attitude
que j'étais prêt à continuer mon discours, qu'elle sonna pour faire enlever le plateau.
« Madame, lui dis-je, je suis à vos ordres.
— Ce que vous m'avez dit, cher maître, m'a paru fort simple et fort satisfaisant. Si les Auvergnats qui venaient jadis chaque matin remplir nos fontaines vous avaient entendu, ils eussent été charmés et fiers d'apprendre que le vent était un des leurs et qu'ils avaient, eux et lui, le soleil pour patron commun; mais il me reste à comprendre en vertu de quel mécanisme s'accomplissent ces continuels voyages.
— Vous savez, Madame, n'est-ce pas, qu'il fait très chaud à l'équateur et très froid aux pôles?
— Oh! oui, je sais cela.
— Et savez-vous aussi ce que c'est que le tirage de votre cheminée?
— Oui... c'est-à-dire j'en ai une idée vague... Mais quel rapport y a-t-il entre l'équateur et ma cheminée?
— Il y a une ressemblance parfaite. Votre cheminée est, comme l'équateur, un foyer de chaleur. Elle tire bien, puisqu'elle ne fume pas. Or, qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que
l'air de votre salon, qui s'est échauffé en traversant votre foyer pour alimenter la combustion du bois, se dilate considérablement, devient spécifiquement très léger, monte , par conséquent , dans le conduit et s'en va au dehors. C'est autant d'air de moins dans votre salon; en d'autres termes, le tirage de votre cheminée produit ici un vide partiel qui doit être aussitôt comblé, et qui l'est, en effet, par l'air du dehors. Mettez votre main aux jointures de la porte, vous y sentez un vent froid, n'est-ce pas? Eh bien, Madame, votre cheminée représente l'équateur; votre porte est l'image du pôle. Voulez-vous, maintenant , me permettre de répéter devant vous une expérience extrêmement simple imaginée par le célèbre Franklin?
— Voyons l'expérience.
— J'ouvre la porte, — pour un instant seu lement, rassurez-vous. Je pose sur le parquet cette bougie allumée, et je tiens en l'air, au bout de mon bras, cette autre bougie. Que voyez-vous?
— La flamme de la bougie qui est sur le plancher est chassée vers l'intérieur de la chambre : cela, je m'y attendais. Mais la flamme de celle que vous tenez est chassée vers le dehors. C'est singulier!
— C'est, au contraire, très naturel. L'air qui s'est échauffé ici au feu de la cheminée monte au plafond, puisqu'il est plus léger. On le sent rien qu'en élevant la main; mais le phénomène est plus sensible dans une salle de spectacle , par
L'expérience de Franklin.
exemple, où il fait sous les cintres une chaleur étouffante, tandis que les spectateurs du parterre ont à peine assez chaud; ce qui fait dire vulgairement que « la chaleur monte ». Ce n'est pas la chaleur qui monte, c'est l'air chaud. Donc ici l'air chaud s'est étendu en nappe sous le pla-
fond; il est refoulé par l'air froid auquel j'ai ouvert la porte, et qui entre par en bas, parce qu'il est plus lourd, tandis que l'air chaud sort par en haut, parce qu'il est plus léger.
— Votre expérience, ou plutôt celle de Franklin, est aussi ingénieuse qu'instructive; mais, de grâce, fermez la porte. Il vient par là un vent qui vous glace.
— Ne l'en blâmez pas, Madame, puisque, dans la petite comédie météorologique que je viens d'avoir l'honneur dev représenter devant vous, ce vent de la porte joue le personnage du courant polaire. L'autre, que nous pouvons appeler le vent de la cheminée, représente le courant équatorial; et cette expérience est, en très petit, la répétition exacte de ce qui se passe sur le globe terrestre entre les pôles et l'équateur.
— En êtes-vous bien sûr? Il me semble , à moi , pauvre ignorante, qu'il doit y avoir des différences assez sérieuses entre le petit phénomène de feu M. Franklin et le grand phénomène de la nature. Autrement, l'échange d'air froid et d'air chaud entre la zone torride et la zone glaciale s'accomplissant toujours avec une régularité parfaite, le temps n'aurait pas de ces caprices qui mettent si bien en défaut la perspicacité des savants.
— Vous parlez de cela , Madame , en vrai Parisienne qui se persuade que tout l'univers est renfermé dans l'enceinte du mur d'octroi augmentée des limites du bois de Boulogne. Vous avez raison, du reste, de croire qu'entre le phénomène minuscule dont votre salon est le théâtre et l'immense circulation de l'atmosphère , il y a des différences de détail qui ne nous paraissent considérables que parce qu'elles se produisent sur une vaste échelle. Au voisinage de l'équateur les mouvements de l'atmosphère ont une régularité parfaite; les saisons se répètent avec la précision d'un mécanisme d'horlogerie. Les grands ouragans, les cyclones, viennent seuls, de temps à autre, troubler momentanément cette régularité; et encore ces violentes perturbations sont-elles soumises elles-mêmes à des lois qu'on a pu déterminer dans une certaine mesure.
Si nous ne jouissons pas en France d'un ordre aussi constant, c'est d'abord que nous nous trouvons au beau milieu du chemin suivi par les courants opposés; c'est que nous sommes à une latitude où l'un s'étant déjà refroidi, l'autre s'étant échauffé , ils hésitent tous deux , se mêlent, s'entrecoupent, deviennent plus sensibles aux influences secondaires qui constituent les différents climats, et qui font du nôtre le plus capricieux, le plus
changeant, le plus insaisissable qui se puisse voir. Des influences de même espèce se font sentir, mais d'une manière bien plus tranchée , dans certaines contrées. Vous avez peut-être entendu dire qu'en Egypte , par exemple , il ne pleut pas une fois en quarante ans. L'Egypte fait partie d'un des rainless districts des Anglais, — en français : districts sans pluie, — qui sont, en Afrique, la région saharienne, et dans l'Asie australe, le grand désert de Gobi.
La sécheresse de l'atmosphère dans ces déserts de sable s'explique par la sécheresse du sol et par la chaleur qui y règne. L'air, déjà sec, qui arrive là n'y trouve point de vapeurs à absorber, et l'air humide ne peut que s'y dessécher. L'Amérique tropicale a aussi son district sans pluie, mais beaucoup moins vaste. Au Pérou, à côté des contrées où il pleut presque toute l'année, il y en a d'autres où il ne pleut jamais, et qui, néanmoins, ne laissent pas de nourrir une luxuriante végétation, parce qu'il y règne pendant une partie de l'année (de juillet à novembre) un brouillard continuel qui mouille la terre à la manière de la rosée.
Mais je ne vous ai fait connaître jusqu'ici, Madame , que la cause génératrice des grands mouvements de l'atmosphère : c'est réchauffement
permanent de l'air à l'équaleur. Si cette cause existait seule , les courants principaux , le courant équatorial et le courant polaire , auraient une direction constante du sud au nord et du nord au sud (je ne considère ici, pour plus de simplicité, que l'hémisphère boréal). Mais une cause mécanique puissante vient modifier cette direction. Le nouvel élément mécanique dont je veux parler, c'est la rotation terrestre , qui s'exécute, vous le savez, de l'ouest à l'est, avec une rapidité croissante du pôle, où la vitesse est nulle, jusqu'à l'équateur, où elle atteint son maximum. En vertu de cette rotation, à laquelle l'atmosphère participe comme tous les corps placés à la surface du globe et soumis à son attraction , l'air froid de la région polaire est à la fois appelé du nord au sud par le tirage du foyer équatorial et entraîné d'occident en orient par le mouvement de la terre. Si ces deux mouvements étaient égaux et constants le courant s'établirait, en vertu de la loi de la résultante des forces , dans une direction intermédiaire et avec une vitesse moyenne. Mais la vitesse de rotation qu'il possède à son départ de la région polaire est faible, et elle n'augmente pas en chemin, tandis que l'appel à l'équateur devient de plus en plus énergique. Donc en s'avançant vers le sud le courant polaire atteint bientôt un point où la vitesse de rotation de la
terre est supérieure à la sienne. Ce n'est plus
alors du nord à l'ouest qu'il se dirige : c'est du
nord-est au sud-ouest, et finalement de l'est à l'ouest.
Un phénomène opposé a lieu pour le courant équatorial qui, à son point de départ, est animé d'une vitesse considérable, et qui, dans son trajet du sud au nord, conserve une grande partie de cette vitesse, tandis que celle de la masse terrestre va se ralentissant. Pour ce second courant la déviation est telle, que sa direction finale est du sud-ouest vers le nord-est... Je ne sais, chère Madame, si je me fais bien comprendre...
— Il me semble que je comprends.
— En tout cas, vous me comprendrez mieux avec le secours d'une figure que je vais dessiner sur ce morceau de papier. Tenez : ce cercle représente la terre. N est le pôle nord, OE l'équateur, S le pôle sud. Le globe tourne de 0 en E. Le courant polaire vient originairement de N vers OE; mais en approchant de l'équateur il prend la direction DO (NE — SO). Le courant équatorial va d'abord de OE en N ; mais il prend en approchant du pôle la direction OD (SO — NE). Le premier courant est un courant de surface : on le désigne sous le nom d'alizé du nord-est ; le se-
cond est un courant supérieur : on l'appelle contrealizé du sud-ouest.
Ainsi les alizés soufflent dans l'hémisphère boréal du nord- est au sud-ouest, et dans l'hémisphère austral du sud-est au nord-ouest; les
Carte des courants aériens.
contre-alizés sont dirigés du sud-ouest au nord-est de notre côté de l'équateur, et du nord-ouest au sud-est de l'autre côté. Ce sont là les quatre vents généraux, les quatre grands fleuves ou, pour mieux dire, les nappes mouvantes qui parcourent notre atmosphère. Mais leurs mouvements
ne présentent une régularité parfaite qu'au voisinage de la ligne équinoxiale. C'est encore à peu près, Madame, ce qui se passe dans votre salon quand vous y faites du feu. Placez alors une bougie allumée sur le parquet, devant votre cheminée : vous verrez la flamme constamment inclinée vers le foyer ; mais transportez le flambeau dans une autre partie quelconque de la chambre : la flamme restera immobile, ou bien elle vacillera en sens divers sous l'impulsion de courants accidentels.
Donc les seuls vents vraiment réguliers, ceux qui toute l'année soufflent dans la même direction et avec la même énergie, ce sont les alizés; et encore n'est-ce que sur la mer qu'ils ont une allure aussi constante. Sur les continents ils subissent l'influence des reliefs du sol et d'autres causes perturbatrices. Je ne dois pas oublier d'ajouter qu'ils se déplacent périodiquement suivant les saisons ainsi que la zone d'aspiration qui les sépare. Celle-ci forme autour du globe une ceinture sinueuse qui pendant l'été s'avance vers le nord et pendant l'hiver recule vers le sud, mais qui, sur l'Atlantique et par rapport à nous, se maintient toujours en deçà de l'équateur. Cette zone est celle des calmes équatoriaux. Pour l'habitant d'une planète voisine qui examinerait
la terre avec un bon télescope, elle se dessinerait très nettement en une bande nuageuse que les marins anglais appellent le cloud-ring.
A vrai dire , le nom de zone des calmes donné à la région inter-alizéenne est fort impropre; celui de zone des tempêtes conviendrait beaucoup mieux. En effet , le calme relatif qui y règne résulte de l'absence de courants horizontaux déterminés et du mouvement ascensionnel que prennent les masses d'air venues des deux côtés de l'équateur. Or, d'une part, ces masses d'air saturées d'humidité, à mesure qu'elles s'élèvent et se refroidissent, se chargent de nuées épaisses qui vomissent à chaque instant des torrents de pluie mêlés d'explosions électriques. Les orages sont là en permanence , — et des orages auprès desquels ceux que nous connaissons ne paraîtraient que d'aimables divertissements! D'autre part, comme les vents alizés qui se rencontrent sur cette sorte de terrain neutre sont animés de vitesses inégales , il arrive fréquemment qu'ils se prennent, pour ainsi dire, corps à corps et produisent des tourbillons analogues à ceux que vous voyez se former dans la Seine en aval des ponts. Ces tourbillons , que le courant le plus rapide entraîne ensuite dans sa marche, ce sont les fameuses tempêtes tournantes que l'on connaît sous
les noms divers de tornados, de typhons, ftouragans, de cyclones, qui rendent si dangereuse la navigation dans les mers tropicales, et qui, sur les côtes et dans les îles baignées par ces mers, occasionnent, vous le savez, d'épouvantables désastres.
Deux autres zones de calmes , mais de calmes plus réels, s'étendent au-dessus des tropiques, là où les alizés et les contre-alizés, se trouvant à peu près en équilibre de température, commencent à se croiser et à se mêler, et où leurs vitesses contraires se retranchent et se neutralisent. Au debà , vers le pôle , c'est le courant équatorial ou contre-alizé qui domine et, par conséquent, sur notre hémisphère , le vent de sud-ouest qui souffle le plus fréquemment.
Enfin aux pôles aucun courant ne se fait sentir, ce qui donne encore deux zones extrêmes de calme. La surface du globe peut donc être divisée, au point de vue de la grande circulation atmosphérique, en neuf régions ou zones, savoir : au milieu, la zone des calmes équatoriaux; au nord et au sud de cette zone, les deux zones des vents alizés; puis les deux zones étroites des calmes du Cancer et du Capricorne; puis, en continuant vers les pôles , les deux zones plus larges des contre-alizés du sud-ouest et du nord-ouest;
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Un ouragan aux Antilles.
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puis, en dernier lieu, les deux zones extrêmes des calmes polaires.
— Puis-je vous adresser une question?
— Ne vous ai-je pas priée, dès le début, de m'interroger le plus souvent possible?
— Voici ma question : A laquelle des neuf zones que vous venez d'énumérer avons-nous l'honneur d'appartenir?
— Nous devons, si je ne me trompe, Madame, nous trouver dans celle des contre-alizés du sudouest, traversée assez fréquemment par des fdets dérivés du courant polaire. Vous savez, en effet, que les vents les plus fréquents , chez nous , sont ceux du sud-ouest et du nord-est : le premier surtout.
— Est-ce donc pour cela qu'il pleut si souvent à Paris?
— A Paris, et bien plus encore sur nos côtes atlantiques , où le vent du sud-ouest arrive chargé de toute l'humidité qu'il a puisée à l'Océan. Le fait est que pour nous autres habitants de l'Europe occidentale le vent du sud-ouest est le vent pluvieux par excellence; et, comme ce vent souffle très fréquemment et, en général, avec beaucoup de persistance, nous avons souvent de la pluie.
C'est tout simple. Ce vent est chaud à son lieu de départ, qui est la zone équatoriale ; il traverse, avant de nous arriver, d'immenses étendues d'eau ; chez nous il se refroidit au contact des masses d'air venues des régions polaires; une grande partie de sa vapeur d'eau doit donc se condenser en nuages et en pluie.
Au contraire, le vent du nord-est est relativement froid , mais il est presque toujours sec ; avec lui le ciel est ordinairement pur et la pluie n'est pas à craindre , à moins que ce vent ne rencontre, dans les régions supérieures, l'alizé du sud-ouest, dont il condense les vapeurs en le refroidissant. Pour son compte à lui, il vient de la région polaire , il ne passe que sur des continents : il ne trouve donc pas de vapeurs à pomper sur son trajet; en arrivant dans notre climat tempéré il s'échauffe plus ou moins et, par conséquent, s'éloigne de son point de saturation. Le vent du nord direct est à peu près dans les mêmes conditions; cependant, et contrairement à ce qu'on pourrait supposer à priori, il n'est pas toujours, pour nous , aussi froid ni aussi sec que son voisin de gauche.
— Cependant ne vient-il pas directement du pôle?
— Oui; mais il traverse, pour arriver à nous, des contrées humides, des mers; et l'une de ces mers, celle qui baigne la côte occidentale de la presqu'île Scandinave, est visitée par le Gulf- Stream.
— Qu'est-ce que le Gulf-Stream? le mot est anglais.
— Vous l'avez dit; et, comme cette langue vous est familière, il n'eût tenu qu'à vous d'ajouter qu'il signifie « courant du golfe ».
— Oui , mais ces mots ne représentent absolument rien à mon esprit.
— Le Gulf-Stream, Madame, est le grand courant d'eau chaude qui part du golfe du Mexique et se rend au pôle nord en traversant l'Atlantique du sud-ouest au nord-est : car l'Océan a, comme l'atmosphère, sa circulation, ses grands courants généraux et réguliers, engendrés toujours par la même cause , à savoir par la chaleur du soleil. 11 s'y fait, d'une région à l'autre, un perpétuel échange d'eau froide et d'eau chaude, de même qu'il y a dans l'atmosphère un perpétuel va-et-vient d'air froid et chaud, et les deux circulations ne sont pas, vous le pensez bien, sans influer l'une sur l'autre. Permettez-moi, cependant, de ne pas m'arrêter, ce soir, aux mou-
vements des eaux : c'est un sujet trop vaste pour être traité incidemment.
Si je vous ai parlé du Gulf-Stream, c'est que cet immense fleuve d'eau tiède joue un rôle important et, je dois ajouter, très bienfaisant dans l'économie de nos climats, qu'il tempère notablement. Sans le Gulf-Stream, l'Angleterre et une partie de la France seraient condamnées à des hivers aussi froids que ceux du Labrador; tandis que la Grande- Bretagne et l'Irlande ont un climat humide et brumeux , il est vrai , mais relativement doux ; et quant aux côtes occidentales de la France , elles jouissent d'une remarquable égalité de température.
Grâce à réchauffement des eaux de l'Atlantique par le Gulf-Stream , les vents du nord-ouest et de l'ouest sont pour nous des vents peu rigoureux. Le nord-ouest est déjà sensiblement plus humide que le nord, et l'ouest direct plus humide encore que le nord-ouest. Ces vents , au surplus , ne tiennent jamais longtemps; le nord-ouest et l'ouest ne soufflent guère qu'en bourrasque, et tantôt retombent au sud-ouest, tantôt se relèvent jusqu'au nord-est. C'est de là que le vent revient au sud-ouest, en continuant son circuit et en passant par l'est, le sud-est et le sud : encore trois aires de transition où il ne tient guère.
Remarquez, Madame, que le vent ne se déplace ni ne se fixe au hasard : il obéit à une loi de rotation. Il a ses foyers ordinaires en deux points opposés de l'horizon; dans notre climat, ces foyers sont au sud-ouest et au nord-est, c'està-dire que les directions de nos deux vents dominants sont exactement celles des contre-alizés et des alizés. De l'une à l'autre, le vent passe en parcourant l'horizon dans le même sens que les aiguilles d'une horloge parcourent leur cadran : le nord correspondant à midi et le sud à six heures. C'est là du moins la règle : les mouvements rétrogrades et ce qu'on nomme les sautes de vent ne sont que l'exception.
Cela posé, il suffit de se rappeler que le vent du sud-ouest est chaud, humide et pluvieux; le nord-est, sec et froid ; le nord, un peu moins froid et moins aigre que le nord-est ; le nord-ouest, passablement froid et humide; l'ouest, humide et tempéré; l'est, sec et tempéré; le sud-est, sec et chaud ; le sud , chaud et orageux , — pour tirer de la marche des nuages des pronostics très sûrs , pourvu qu'on ne veuille pas leur attribuer plus de portée qu'ils n'en ont. Il convient, d'ailleurs, de contrôler ces pronostics par l'examen du baromètre qui, en général, monte par les temps secs et baisse par les temps humides, et du thermo-
mètre qui, en général aussi, monte quand le baromètre baisse et descend quand le baromètre monte. Je reviendrai sur cette question des pronostics, dont la solution est ce qui préoccupe et passionne le plus les esprits. Auparavant je dois achever ce que j'ai entrepris de vous enseigner touchant les mouvements de l'atmosphère.
La cause qui produit les vents alizés donne aussi naissance aux autres vents réguliers, aux vents périodiques, tels que les moussons de la mer des Indes, les vents étésiens de la Méditerranée et les brises diurnes qu'on observe sur les bords de la mer et au pied des montagnes. Cette cause, c'est toujours l'inégalité des températures; c'est toujours l'air s'échauffant en un lieu, devenant plus léger, s'élevant et aspirant l'air des régions voisines, et celui-ci affluant avec plus ou moins de force vers le foyer d'appel pour refouler en arrière le fluide dilaté dont il prend la place. Seulement, dans le nouvel ordre de phénomènes que nous considérons , la cause dont je parle s'exerce tour à tour sur des localités déterminées, entre lesquelles elle établit un échange d'air froid et chaud, sec et humide; échange qui correspond soit à l'alternance des saisons , soit à celle du jour et de la nuit, et dont la périodicité varie selon les climats.
Examinons, par exemple, le mécanisme des moussons de l'Inde. Pendant l'hiver de l'hémisphère boréal, l'été règne dans l'hémisphère austral. La température alors s'abaisse sur le continent asiatique , tandis que le soleil inonde de ses rayons ardents les contrées situées au sud de l'équateur : l'Afrique méridionale et l'Australie. Il s'établit, en conséquence, un courant de surface qui va des régions les plus froides vers les régions les plus chaudes, c'est-à-dire du sud au nord, et qui, dévié par la rotation de la terre, prend la direction du nord-est au sud-ouest. C'est la mousson d'hiver, qui se confond avec l'alizé du nord-est. Pendant l'été de notre hémisphère le phénomène se renverse : c'est l'Asie méridionale qui devient le foyer d'aspiration; la mousson se confond d'abord avec l'alizé du sud-est, qui se prolonge jusqu'au dixième parallèle, puis, en s'avançant vers l'équateur, se rapproche graduellement de la direction du méridien, et enfin, lorsqu'il a franchi la ligne , se transforme successivement en vent du sud, du sud-est et du sudouest.
M. Marié-Davy, l'un de nos maîtres en météorologie, remarque très justement, dans son beau livre sur les Mouvements de Vatmosphère et des mers, qu'en prenant le mot dans son acception
la plus large , on peut trouver des moussons dans presque toutes les parties du globe, parce que les variations annuelles de la température modifient annuellement aussi les détails de la circulation générale de l'atmosphère. Les vents étésiens de la Méditerranée ne sont, en effet, autre chose que de véritables moussons. Seulement ils n'ont ni les proportions ni la constance des moussons de l'Inde , parce que la Méditerranée appartient déjà à la zone des vents variables, et ce n'est qu'au milieu d'accidents multiples qu'on y distingue l'action d'un puissant foyer de chaleur. Ce foyer, c'est le Sahara. Pendant l'été, l'air s'échauffe fortement au-dessus de cette vaste plaine de sable ; il monte en une immense colonne et produit un tirage qui se fait surtout sentir à l'est, à l'ouest et au nord , c'est-à-dire sur les contrées dont la température est le plus au-dessous de celle du Sahara. « A l'est et à l'ouest, dit M. Marié-Davy, l'aspiration a pour effet de dévier vers le continent les moussons et les alizés. Au nord son influence est souvent masquée par les perturbations de l'atmosphère à nos latitudes ; mais on peut constater fréquemment que ces perturbations , dans leur marche progressive à travers l'Europe, sont attirées presque invinciblement pendant l'été vers le continent d'Afrique, par-dessus la Méditerranée. » Pendant l'hiver la température s'abaisse même
au Sahara, la chaîne de l'Atlas se refroidit notablement, le foyer d'aspiration s'éteint et la Méditerranée rentre sous l'influence des vents généraux. Il n'y a donc ici, en réalité, qu'une demimousson, puisque l'action du Sahara n'a pas et ne peut pas avoir sa contre-partie sur notre continent.
J'arrive aux brises journalières, qui sont encore des moussons , mais à courte période et sur une petite échelle. Ces brises sont dues à l'inégal échauffement de la terre et de la mer pendant le jour et la nuit. Le matin, au lever du soleil, la température est sensiblement égale de part et d'autre ; mais dès que le soleil monte sur l'horizon, la terre s'échauffe rapidement; il en résulte une brise de surface qui souffle de la mer vers la côte et une contre-brise supérieure qu'on reconnaît à la marche des nuages élevés. Au moment de la plus grande chaleur du jour, c'est-à-dire vers deux heures de l'après-midi, la brise de mer atteint son maximum d'énergie ; puis elle tombe peu à peu jusqu'au soir où, l'air s'étant refroidi au-dessus de la terre , il règne un calme de quelques heures. Pendant la nuit la terre continue de se refroidir, tandis que la mer conserve encore la chaleur qu'elle a absorbée pendant le
alors s'élève une brise de terre qui balaye la
jour.
sur-
face des flots, tandis que l'air de la mer, relativement plus chaud, s'élève et revient vers la côte. M. Fournet, professeur à la faculté des sciences de Lyon, a constaté qu'il existe dans les pays montagneux des brises de jour et de nuit tout à fait semblables aux brises de mer. Le matin il s'établit le long des flancs des montagnes un courant ascendant qui persiste pendant la plus grande partie de la journée , mais qui le soir est remplacé par un courant descendant. M. Fournet explique le premier par l'action calorifique du soleil levant sur les versants et les cimes des montagnes, et le second par réchauffement de la plaine, beaucoup plus considérable pendant le jour que pendant la nuit.
Si je me suis suffisamment expliqué, Madame, la théorie des mouvements de l'atmosphère ne doit plus laisser dans votre esprit aucune obscurité ; elle peut se résumer en deux mots : le chaud et le froid, — ou même en un seul : la chaleur, — puisque le froid n'est, en réalité, qu'un mot qui exprime tantôt une sensation produite sur nos organes, tantôt l'état relatif d'un corps qui a moins de chaleur qu'un autre. Et ce que je vous ai dit des mouvements réguliers et périodiques s'applique également , de la manière la plus évidente , aux mouvements irréguliers , aux change-
ments brusques ou lents, à tout ce qu'il y a d'inégal et de capricieux dans le régime de notre climat; pourvu que l'on tienne compte des causes perturbatrices accidentelles qui viennent déranger fréquemment la marcbe normale des phénomènes, et qui ont fait dire à M. Jamin que, si la pluie se prépare au loin dans les mers équatoriales, ce sont les accidents locaux qui en déterminent la chute , et les configurations locales qui occasionnent l'irrégularité de sa distribution. « C'est, ajoute le savant professeur, une question de géographie physique ; c'est presque une question de cadastre. » Donc tout se réduit à des élévations et à des abaissements de température, à des absorptions et à des précipitations de vapeurs. Seulement ces phénomènes, modifiables déjà parla nature et la configuration du sol, par l'abondance ou la rareté des eaux, par la présence ou l'absence de montagnes ou de forêts, réagissent en outre continuellement les uns sur les autres et deviennent tour à tour causes et effets, ce qui complique terriblement le grand problème de la prévision du temps. Est-ce à dire que ce problème doive être relégué au rang de ceux que la science a condamnés sans retour, tels que le mouvement perpétuel et la quadrature du cercle? Non certes; mais pour le résoudre il faut s'y prendre tout autrement que iront fait
jusqu'ici nos prophètes. Et d'abord il faut savoir attendre : non en se croisant les bras, mais en réunissant avec soin et patience tous les matériaux du travail à venir, et surtout en ne perdant pas un instant de vue les véritables données du problème : car vous conviendrez avec moi que la première condition pour trouver une chose, c'est de la chercher où elle est.
Biot, il y a un quart de siècle, déclarait stériles toutes les recherches relatives aux lois météorologiques , parce que , disait-il , on prenait les observations par en bas au lieu de les prendre par en haut. Cette parole, passablement obscure, a été souvent invoquée depuis à l'appui des thèses les plus opposées, chacun l'interprétant à sa façon et voulant se faire de la haute autorité de Biot une arme contre ses adversaires. Le fait est que l'aphorisme de l'illustre physicien ne peut rien prouver, et qu'avant de s'en servir en guise d'argument, il faudrait pouvoir demander à celui qui l'a formulé « ce qu'il entendait par ces paroles ». Évidemment feu M. Mathieu (de la Drôme) aurait pu dire, avec quelque raison, qu'il suivait le précepte du maître, et qu'il prenait sa base d'opération assez haut, puisqu'il la prenait dans la lune. On aurait pu lui répondre, il est vrai, que ce n'était pas assez haut encore et qu'il
fallait aller jusqu'au soleil. Cependant Biot parle d'observations; or, bien que le soleil soit dûment reconnu pour le seul promoteur du beau temps de la pluie, du vent et des tempêtes, comme ce n'est point la cause des phénomènes qu'il s'agit d'observer, mais les phénomènes eux-mêmes, et que ceux-ci s'accomplissent à la surface de nôtre planète, c'est bien sur la terre, c'est-à-dire en bas, que notre attention doit se fixer; et ceux qui s'obstinent à regarder la lune, comme M Mathieu (de la Drôme), ou les étoiles filantes comme M. Coulvier-Gravier, s'exposent fort à tomber dans quelque puits où ils ne trouveront pas la vérité.
tf
Un mot d'Hippocrate. — L'expérience et l'empirisme. — Les marées océaniques et les marées atmosphériques. — Le bilan de la lune. — Expérience de Melloni . — Observations et calculs de M. Park-Harrison. — La lune mangeuse de nuages. — Le rayonnement nocturne. — La lune rousse. — Jugement et acquittement de la lune. — Ses témoignages. — Différentes espèces de nuages. — Les cirrus, les cumulus, les stratus, les nimbus et leurs dérivés. — La pluie, la neige, le grésil et la grêle. — Le verglas. — Derniers mots sur la prévision du temps. — Le réseau météorologique. — Le » commandant Maury. — L'amiral Fitz-Roy. — Espérances et déceptions. — A quoi se réduisent les prédictions. — L'arbre et le fruit. — Conclusion.
— Pourtant, Monsieur, interrompit Mmo X***, êtes-vous bien sûr que la lune ne soit pour rien dans les changements de temps? Je vous avoue que, malgré mon profond respect pour les arrêts de la science moderne, je ne puis refuser toute créance à tant de témoignages qui, depuis des siècles et encore de nos jours, s'accordent à rap-
porter aux phases de la lune la plupart des alternatives de pluie et de beau temps. Les agriculteurs, les marins, sont unanimes sur ce point, et vous ne pouvez nier qu'ils aient pour eux l'expérience.
— Ars longa, experientia fallax, chère Madame.
— Cher Monsieur, je ne sais pas plus le latin que le grec. Je crois entendre cependant que vous dites : l'art long, l'expérience trompeuse?...
— Ce n'est pas moi qui le dis , Madame , c'est Hippocrate , et vous le traduisez fidèlement. Oui, l'expérience est trompeuse lorsqu'elle ne s'appuie' pas sur le raisonnement : elle s'appelle alors empirisme; elle confond la règle avec l'exception, l'accident avec la loi ; elle généralise avant d'analyser; elle prend de simples coïncidences pour des rapports de cause à effet. Cette fausse expérience est la source de toutes les erreurs, de tous les préjugés où s'encroûte le vulgaire.
— Là! tout doux! ne vous fâchez pas! je ne vous parlerai plus de la lune.
— Madame, vous me faites injure. Croyez-vous par hasard que votre lune me fasse peur? Je vous ai annoncé que je vous ôterais des illusions relativement à cet astre et que je le réduirais à sa juste valeur. Le moment est venu de procéder à
cette exécution. Veuillez me dire, s'il vous plaît, de quelle façon vous imaginez que la lune puisse influer sur l'atmosphère?
— Mais de la même façon qu'elle agit sur la mer. N'est-ce pas la lune qui produit les marées? Et si elle a assez de force pour déplacer, par son attraction, les eaux de l'Océan, pourquoi ne déplacerait-elle pas de même l'air, qui est beaucoup plus léger?
— En d'autres termes, vous demandez, Madame; pourquoi il n'y aurait pas des marées atmosphériques?
— Vous l'avez dit.
— Eh bien, Madame, il y a, en effet, des marées atmosphériques. Mais d'abord ces marées ne sauraient avoir aucun rapport avec la tenue du temps pendant toute une lunaison ; les attractions combinées de la lune et du soleil, qui produisent les marées océaniques, agissent d'une façon périodique et régulière. A ce compte, le temps devrait changer avec la même régularité ; ce qui n'a point lieu. En outre, on se fait une idée très exagérée de l'importance de ces marées. En ce qui concerne l'Océan, elles ne se traduisent que par des oscillations imperceptibles. Celles que nous appelons grandes marées, et qui ont heu au moment de la pleine lune d'équinoxe, ne se font
sentir avec force que sur certains points, à Saint- Malo, par exemple, où, elles sont favorisées par la configuration des côtes et souvent aussi par le vent. Or savez-vous quelle hauteur elles atteignent? Sept mètres au plus au-dessus du niveau moyen. Cela suffit pour nous donner, à nous chélifs, un spectacle imposant, grandiose, et qui peut devenir tragique. C'est ainsi qu'en 1634 une haute mer d'automne, grossie par une tempête, dévasta l'île de Nordstrand, sur la côte du Danemark. Mais qu'est-ce qu'un gonflement local de sept mètres relativement à l'immensité de l'Océan? Bien peu de chose, convenez-en. Transportons maintenant cet effet minuscule à l'océan atmosphérique, qui a huit cents fois moins de densité que la mer : il devient tout à fait imperceptible; il n'affecte que les couches superficielles de la masse gazeuse; et, quant aux couches moyennes et aux couches inférieures, elles s'en ressentent si peu, que le baromètre n'en accuse rien, absolument rien. Le baromètre est sujet à des oscillations diurnes que l'analogie a fait attribuer à des marées atmosphériques; mais celles-ci n'ont absolument rien de commun avec les marées océaniques : elles sont dues, comme tous les mouvements de l'air, à des changements de température. Lisez à ce sujet, Madame, le livre de M. Marié-Davy, que j'ai déjà cité et que je ne saurais trop vous recomman-
der. C'est au paragraphe 7 du chapitre h que ce savant astronome et physicien traite des Marées de V Océan et de l'atmosphère. Je sais presque ce paragraphe par cœur. Je me rappelle notamment le passage que voici :
« Les marées océaniques, produites surtout par l'action lunaire, obéissent dans leur apparition au mouvement de notre satellite ; et, comme le passage de cet astre au méridien retarde chaque jour de cinquante minutes et demie, les marées retardent en moyenne de la même quantité d'un jour à l'autre ; elles arrivent donc successivement à toutes les heures du jour et de la nuit. L'oscillation barométrique s'effectue, au contraire, toujours à la même heure moyenne... L'oscillation de la surface des mers prend naissance dans les régions voisines de l'équafeur et se propage successivement vers les pôles , elle met un jour et demi pour parvenir jusqu'à nos côtes : l'heure de son apparition est conséquemment très variable selon les latitudes. Les oscillations du baromètre dépendent surtout des heures du jour et se produisent à peu près aux mêmes instants sur toute la longueur du méridien. »
Donc, évidemment, il n'y a rien de commun entre les deux phénomènes. M. Marié-Davy pouvait s'en tenir à ces preuves. Il a fait mieux : il a
reproduit les courbes des pressions barométriques moyennes, à neuf heures du matin et à trois heures du soir, calculées par Bouvard d'après douze années d'observations. Or, il ressort de l'inspection de ces courbes : premièrement, que la pression barométrique à neuf heures est toujours plus considérable qu'à trois heures, quelle que soit d'ailleurs l'heure de la marée ; deuxièmement, que l'écart barométrique qu'on pourrait attribuer à l'influence lunaire (ce qui n'est nullement démontré) ne dépasserait pas cinq ou six dixièmes de millimètre; tandis que nous voyons souvent, quand le temps change, le baromètre monter ou baisser, en vingt-quatre ou quarantehuit heures, de un ou deux centimètres. « On concevra dès lors , conclut M. Marié-Davy, combien sont illusoires les théories d'après lesquelles les variations du temps seraient réglées par les phases de la lune. »
Il serait superflu maintenant d'examiner et de réfuter le système de prédictions imaginé par feu M. Mathieu (de la Drôme) et de vous mettre en garde contre les oracles de fantaisie qu'un continuateur et homonyme du défunt prophète, M. Mathieu (de la Nièvre), consigne chaque année dans son almanach. Je préfère, pendant que j'y suis, régler définitivement vis-à-vis de vous le compte
de notre satellite. Ce serait aller trop loin que de lui dénier toute influence sur l'état du ciel. Cette influence est très faible, mais enfin elle existe. La lune, vous le savez, Madame, n'est point lumineuse par elle-même;. La lumière que nous recevons d'elle n'est qu'un reflet de celle du soleil. On s'est demandé longtemps si en nous renvoyant la lumière du soleil elle ne nous renvoyait pas aussi un peu de sa chaleur. Pour s'en assurer, le physicien italien Melloni eut l'idée de concentrer les rayons lunaires sur la boule d'un thermomètre au moyen d'une forte lentille. Le thermomètre ne parut pas sensiblement impressionné. Plus récemment un physicien anglais, M. Park- Harrison, compulsa plus de seize mille observations de température recueillies à Greenwich, de 1814 à 1856. Il construisit les courbes de la marche des températures. Il résulte de ses calculs que la température moyenne s'abaisse légèrement, — de quelques dixièmes de degré, — un peu avant la pleine lune et quelques jours avant le dernier quartier, et que, réciproquement, il y a une élévation à peu près constante de température depuis la nouvelle jusqu'à la pleine lune, — exclusivement. En outre, le temps serait plus souvent couvert ou pluvieux pendant la première moitié de la lunaison que pendant la seconde. Arago avait déjà cru remarquer qu'il tombe plus
de pluie à la nouvelle lune qu'à la pleine lune. Enfin, et c'est là un fait d'observation populaire que l'observation scientifique n'a pas démenti, la lune paraît jouir de la singulière propriété de dissiper les nuages, — de les manger, disent les bonnes gens; — ce qu'elle ne peut faire qu'en échauffant au moins les couches supérieures de l'atmosphère. Cet effet semble contredire le résultat négatif de l'expérience de Melloni. Mais sir John Herschel a montré que les deux choses n'étaient nullement inconciliables. En effet, le peu de chaleur que nous envoie la lune est de la chaleur obscure que les corps diaphanes interceptent, et qui, n'arrivant pas jusqu'à la terre, ne peut être décelée par le thermomètre. Au contraire cette chaleur produit à la surface du sol un refroidissement assez marqué, précisément parce qu'en dissipant les nuages elle favorise le rayonnement nocturne. D'où vient que...
— Pardon, mon cher maître, si je vous arrête encore au beau milieu d'une phrase. Vous me parlez du rayonnement nocturne : daignez au moins me dire ce que c'est; et puis après vous aurez la bonté de me dire votre sentiment sur la lune rousse. Puisque vous êtes en train de régler, comme vous dites, le compte de l'astre des nuits, voilà un chapitre que vous ne sauriez esquiver...
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— A mon tour, Madame, de vous interrompre en vous demandant humblement pardon de la liberté grande. Il peut m'arriver d'omettre quelque point important, et en ce cas je vous serai reconnaissant de me le rappeler, mais ne craignez pas que je veuille rien esquiver. J'allais précisément vous parler de la lune rousse, dont les prétendus effets dépendent précisément du rayonnement nocturne ou, pour parler un langage plus intelligible, du refroidissement de la surface du sol pendant la nuit. Ce refroidissement est plus rapide par un temps clair que par un temps couvert, les nuages formant à la terre un véritable manteau qui lui conserve sa chaleur. Rien n'est plus aisé à comprendre. Or, la lune d'avril, qu'on appelle rousse, — non qu'elle soit plus rousse à cette époque de l'année qu'à toute autre, mais parce qu'on l'accuse de griller et de roussir les jeunes pousses et les bourgeons qui commencent alors à éclore, — la lune rousse donc coïncide fréquemment avec le retour du vent de nord-est, qui chaque année succède pendant quelques semaines aux premiers souffles tièdes et humides du printemps. Avec ce vent, le temps est beau et assez chaud pendant le jour ; mais durant la nuit, qui est encore longue, la terre se refroidit très souvent assez pour que le thermomètre descende à zéro ou même un peu au-dessous; les jeunes
LA PLUIE ET LE BEAU TEiMPS
plantes sont non pas grillées, mais gelées ; leurs tissus meurent, se désorganisent et prennent une teinte jaunâtre ou rousse. Et cela a lieu, Madame, à la faveur du beau temps, de la sérénité du ciel, où la lune brille de son plus pur éclat. Il n'en faut pas davantage pour que le public rende la pauvre Phébé responsable d'un fait dont elle, n'est que le témoin. Heureusement le préjugé commun n'entraîne pas, dans ce cas, des conséquences fâcheuses. Au contraire les cultivateurs, craignant l'influence funeste de cette lune scélérate, croient en préserver leurs légumes en les couvrant avec des nattes de paille : précaution excellente, non contre la lune, mais contre le froid.
Avez-vous, Madame, encore quelque chose à dire à la charge ou à la décharge de l'accusée ?
— Non, Monsieur.
— Nous pouvons donc déclarer : que la lune n'intervient en aucune manière dans la production ou la cessation du beau et du mauvais temps ; qu'elle n'est pas plus rousse au printemps qu'en toute autre saison ; qu'elle est innocente du grillage des bourgeons et des jeunes pousses ; qu'eD résumé il n'y a lieu ni de lui imputer les phénomènes atmosphériques que nous tenons pour nuisibles ou fâcheux, ni de lui faire honneur de ceux
qui nous sont agréables ou utiles. Mais nous ajoutons que si l'astre susdit doit être mis hors de cause, comme dégagé de toute participation appréciable aux faits dont le soleil est reconnu le seul auteur, il pourra et devra être appelé comme témoin desdits faits lorsqu'il y aura lieu. Cet arrêt vous semble-t-il équitable et convenablement formulé?
— Je n'y trouve rien à reprendre, au moins quant à la première partie ; mais je ne puis rien dire de la seconde, ne sachant point quelle sorte de témoignages on doit demander à la lune.
— Je m'explique. L'aspect de la lune varie suivant l'état du milieu interposé entre elle et nous, et peut, par conséquent, fournir sur le temps prochain des indices qui ne sont pas sans valeur. La lumière qu'elle nous envoie éprouve en traversant un air humide ou agité des modifications que la météorologie rationnelle permet d'interpréter avec assez de certitude. Si le disque ou la portion de disque que la lune nous montre brille de cet éclat argenté si cher aux poètes et aux amoureux, il y a lieu de compter pour le lendemain sur une belle journée. Mais si la lune présente une teinte rougeâtre ; si sa face est terne et blafarde ; si ses contours sont indécis et comme tremblants; si elle apparaît entourée d'un large
cercle bleuâtre, — c'est que l'air des régions supérieures est agité ou surchargé de vapeurs diffuses. Il faut alors s'attendre à du vent, à des bourrasques, à de la pluie, en un mot, à du mauvais temps. Ces apparences lumineuses, qui correspondent à des phénomènes parfaitement déterminés, ne sont pas les seuls signes dont on puisse tirer des présages. Nous avons déjà constaté l'importance très grande de la direction du vent, telle surtout qu'elle est indiquée par les nuages. Il faut tenir compte, en outre, de la vitesse dont ceux-ci sont animés. N'augurez rien de bon du temps et, si vous avez à sortir à pied pour des courses un peu longues, munissez-vous d'un parapluie et d'un water-proof, quand vous voyez les nuages rapidement chassés du sud, du sud-ouest ou de l'ouest, ou se croisant dans le ciel à diverses hauteurs. Examinez aussi la forme, le faciès des nuages. On les a classés en plusieurs espèces désignées par les noms latins de cirrus, cumulus, stratus et nimbus.
Les cirrus ressemblent tantôt à des boucles de cheveux blancs frisés, tantôt à des réseaux déliés ou à des faisceaux de longs filaments. Ils sont d'un blanc d'argent régulièrement ombré ou bien diaphanes et blanchâtres. Leur hauteur est toujours très grande et leur marche lente,
et lorsqu ils s'abaissent et se mettent à courir, ce n'est qu'en changeant de forme et de caractère. Ce sont eux qui souvent font ce ciel pommelé dont on dit vulgairement « qu'il n'est pas de longue durée ». En effet, ces nuages annoncent d'ordinaire une modification du temps, soit en beau, soit en laid. En moins de mots, ils suivent la pluie ou la précèdent.
Les cumulus (balles de coton des marins) apparaissent en masses irrégulières, épaisses, arrondies, mamelonnées, et sont très nets et d'un blanc brillant, tandis que le milieu est d'un gris quelquefois très foncé. Ils planent ou marchent audessous des cirrus et se réunissent volontiers en troupes nombreuses qui s'échelonnent et s'alignent en bon ordre sur le champ d'azur du ciel. Leur marche est tantôt lente, tantôt rapide.
Les stratus (ce mot signifie couche) forment à l'horizon des bandes longues et de largeur variable. Ils sont naturellement gris; mais, comme ils se produisent surtout à l'horizon le matin et le soir, les feux du soleil levant et plus encore du soleil couchant les colorent magnifiquement en pourpre, en rose, en orangé.
Enfin les nimbus sont de grands nuages sombres frangés ou déchiquetés sur les bords; leurs masses épaisses voilent le ciel sur de vastes éten-
dues, et souvent paraissent vouloir s'abaisser presque jusqu'à terre. Ils semblent résulter de la fusion de tous les autres nuages qui se réunissent pour nous inonder. C'est pourquoi Howard les appelait un peu trop longuement cirrocumulo-stratus. Ce sont les nuages de mauvais temps.
Aux trois formes fondamentales des cirrus, des cumulus et des stratus se rattachent les formes mixtes que les météorologistes désignent sous les noms de cirro-cumulus, cirro-stratus , cumulo-stratus, strato-cumulus. Les cirro-cumulus se produisent lorsque les cirrus restent stationnaires ; ils sont fréquents en été, rares en hiver. Selon Kaemtz, ils annoncent la chaleur. Les cirro-stratus, au contraire, précèdent le vent et la pluie. Ils se voient fréquemment dans l'intervalle des orages. Les cumulo-stratus prennent naissance lorsque les cumulus, devenus plus épais, se rejoignent et s'étendent sur le ciel. Ils ne tardent guère à se changer en nimbus.
L'abondance des nuages varie comme celle des vapeurs, mais dans des conditions différentes, selon l'heure du jour, la saison, la direction du vent, l'état électrique de l'atmosphère. Ces circonstances se combinent et se contrarient en cent manières; elles influent non seulement sur la
forme, sur la quantité, sur l'espèce des nuages, mais sur leur position et sur leurs produits. Ces produits sont la pluie, la neige, le grésil, la
grêle.
11 ne pleut que lorsque la température de l'atmosphère est supérieure à zéro de quelques degrés au moins. Vers trois ou quatre degrés et, à plus forte raison, au-dessous de zéro, les vapeurs vésiculaires, au lieu de se condenser en pluie, se précipitent en particules glacées qui, réunies en légers flocons, forment la neige. Le grésil résulte probablement de ce que les flocons de neige, passant par des couches moins froides que celles où ils ont pris naissance, éprouvent un commencement de fusion, puis se congèlent de nouveau par suite de l'évaporation qui se produit et du mouvement rapide que le vent leur imprime. C'est surtout à l'époque des giboulées que le grésil tombe mêlé à de la pluie. Ce mode de précipitation est vulgairement désigné sous le nom de neige fondite. Il ne faut pas confondre le grésil avec la grêle qui accompagne exclusivement les orages. Les grêlons sont de petites masses de glace dont la grosseur varie depuis celle d'un grain de chènevis jusqu'à celle d'une noisette ou même d'une grosse noix. Ils sont, en général, arrondis ou pinformes ; ou en voit aussi
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d'aplatis, d'autres anguleux ou hérissés d'aspérités. Ils paraissent formés, pour la plupart, de couches concentriques, les unes opaques, les autres diaphanes, enveloppant un noyau central assez semblable à un grain de grésil, et qui semble être l'embryon du grêlon. Quelques-uns offrent une structure rayonnée. Leur origine est encore un problème qui embarrasse d'autant plus les physiciens, que ces glaçons aériens ne se forment qu'en été dans les violents orages qui éclatent le plus souvent par de fortes chaleurs... Je reviens à l'hiver pour vous dire, pendant que j'y pense, quelques mots du verglas. J'ai eu souvent occasion de rectifier les idées de beaucoup de personnes relativement aux circonstances où survient ce désagréable et dangereux phénomène.
— Dangereux, en effet, dit Mm6 X***, et, pour nous autres femmes, ridiculement dangereux. On vient de passer la soirée chez des amis ; on y est arrivée par un joli froid sec; lorsqu'on en veut sortir, le pavé est comme un miroir sur lequel bêtes ni gens ne peuvent faire un pas sans risquer de se rompre les os.
— Pour marcher sur le verglas, Madame, il faut simplement s'envelopper les pieds avec des chiffons; mais on n'a pas d'ordinaire dans sa poche des chiffons tout prêts pour cet usage. Le