CHAPITRE ITI
Les Oiseaux de Paradis. — Distribution géographique.
— Des espèces d’oiseaux de Paradis actuellement connues, la plupart appartiennent à la Nouvelle-Guinée et aux îles adjacentes; trois sont propres à l’Australie; une seule aux Moluques. | | D'où vient la dénomination de Paradisier apode. — Le Grand Paradisier, connu depuis le milieu du
. xvi° siècle, ne vit que sur les îles Aru, Il n’y a que quelques années que l’on sait les véritables formes et le genre de vie de ces magnifiques oiseaux. Il courait, sur leur compte, les histoires les plus singulières : la légende les représentait * comme venant en droite ligne du Paradis. Ils étaient censés
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vivre de l’air du temps et se nourrir de la rosée du ciel; leur existence tout entière se passait dans les airs, et, quand ils voulaient prendre quelque repos, ils se contentaient de se suspendre aux branches des arbres, au moyen de leur longue queue. De pattes, ils n'avaient nul besoin, puisque, en leur qualité d'êtres supérieurs, de sylphes aériens, ils ne devaient point fouler le sol; aussi passaient-ils pour être sans pieds. En réalité, les dépouilles de ces oiseaux qui étaient parvenues en Europe ne portaient point trace de pattes, et les savants eux-mêmes, d'accord avec le vulgaire, étaient d'avis qu’ils n’en avaient jamais eu. Les voyageurs qui certifiaient avoir vu de vrais Paradisiers se tenir perchés sur de véritables pattes étaient regardés d’un mauvais œil; personne ne les voulait croire. Chacun continua donc de penser que le seul nom qui convint à ces merveilleux volatiles était celui de Paradisier apode, qu’ils ont conservé. Cette erreur, qui dura si longtemps, était due à ce que les Papous qui préparaient les peaux de ces oiseaux les mutilaient, leur arrachaient les pattes et dissimulaient si habilement les traces de cette mutilation qu’il était difficile de s’en apercevoir.
Caractères. — Les oiseaux de Paradis proprement dits sont caractérisés par les faisceaux de plumes longues, filiformes, décomposées, que le mâle porte sur les flancs, et que l'oiseau peut étaler et serrer à volonté ; en outre, les deux rectrices médianes s’allongent chez eux en brins gréles, aplatis ou tordus.
LE PARADISIER APODE. — Le Paradisier apode a 36 centimètres de long. La couleur dominante chez lui est un beau brun châtain; le front est noir velouté, à reflets vert éme raude ; le sommet de la tête et la partie supérieure du cou d’un jaune citron; la gorge est vert doré; la partie antérieure du cou d’un brun violet; les longues plumes des côtés d’un jaune orange vif, marquées de points rouge-pourpre à
LacRoix-DanLiarb, La Plume, 3
leur extrémité. Exposées au soleil ces belles plumes perdent rapidement leur éclat.
La femelle n’a pas de parure aux flancs, ni de brins à la queue ; ses teintes sont ternes; elle a le dos gris fauve brunâtre, la gorge d’un violet grisâtre, et le ventre jaune fauve.
Læ PeTiT ÉMERAUDE où PARADISIER PAPOUAN. — Le Petit Emeraude ou Paradisier papouan (fig. 12) habite la presqu'ile nord--ouest et la région méridionale de la Nouvelle-Guinée, ainsi que les iles Mysore, Salawati et Jobi. Comme on a vu de ses plumes entre les mains des indigènes de la baie de Humboldt, sur la côte septentrionale, il serait possible qu’il fût répandu sur tout le continent de la Nouvelle-Guinée.
Un peu plus petit que l'espèce précédente, le Petit Émeraude n'a que 33 centimètres de long. Son dos est brun chàtain clair ; son ventre brun rouge foncé; il a le sommet de la tête, la partie supérieure du cou, la nuque, les côtés d’un jaune pâle; le front et le bec entourés de plumes noires, à reflets verdâtres ; la gorge d'un vert émeraude. Deux couples de Paradisiers Émeraudes vivants ont été rapportés en France par M. Léon Laglaize, L'un d'eux a été vendu, à l’arrivée de ce voyageur, 5 ou 6000 francs ; l'autre a été exposé, pendant plusieurs mois, au Jardin des Plantes de Paris, où nous avons pu admirer ces oiseaux.
LE PARADISIER ROUGE. — Le Paradisier rouge (fig. 13) se trouve sur la petite ile de Waïgeu et à Battanta; il a, à peu près, la taille du précédent, mais il en diffère, ainsi que
du Paradisier apode, par la présence d’une huppe vert doré
que l’oiseau peut dresser à volonté. Il a le dos d’un jaune fauve grisâtre, une bande de même couleur en travers de la poitrine qui est d’un brun rouge ainsi que les ailes; le pourtour du bec et une tache en arrière de l’œil d’un noir velouté ; la gorge vert émeraude; les touffes de plumes des flancs, dont l'extrémité est tordue, d’un rouge carmin bril-
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Fiac. 12.
lant; deux longs brins de la queue larges, aplatis, recourbés en dehors et d’un rouge brun.
La femelle à la partie antérieure de la tête et la gorge d’un brun velouté ; le dos et le ventre d’un brun rouge; la partie postérieure de la tête, le cou et la poitrine d’un rouge vif. Tous ces vrais Paradisiers vivent par troupes et à l’in-
Fi1G, 13. — Le Paradisier rouge.
térieur du pays, d’où ils émigrent vers la côte pour chercher leur nourriture qui consiste en fruits et en insectes. Ce sont des oiseaux vifs, remuants et prudents à la fois ; ils paraissent pleins d'eux-mêmes et fort coquets.
Chasse, — « Voici, dit Rosenberg, la manière dont les indigènes de la Nouvelle-Guinée chassent les Paradisiers. Vers le milieu de la saison des sécheresses, ils recherchent les arbres où ces oiseaux viennent percher pendant la nuit; ce sont d'ordinaire les plus élevés. Ils s'y construisent parmi
“les branches une petite hutte, avee des feuilles et des ra-
meaux. Une heure environ avant le coucher du soleil, un habile tireur y grimpe, armé d’un arc et de flèches, et attend dans le plus profond silence. Dès que les oiseaux arrivent, il les tire l’un après l’autre, et un de ses compagnons, caché au pied de l’arbre, les ramasse. Les indigènes se servent de flèches très acérées, dont la blessure est mortelle pour l’oiseau ; ces flèches sont, en outre, munies de plusieurs pointes,
en forme de triangles, entre lesquelles le corps de l’oiseau
se trouve comme enchâssé, de telle facon que son plumage ne soit pas abîmé dans sa chute. »
On prend aussi les Paradisiers au moyen de gluaux préparés avec la glu de l'arbre à pin; et on capture souvent le Paradisier rouge avec des collets posés dans les branches des arbres couverts de fruits que fréquentent ces oiseaux. Un des bouts du lacet pend jusqu’à terre, et il est facile d’attirer à soi l'oiseau qui s’y est pris.
Captivité. — «Je puis me rendre cette justice, dit Wallace, que j'ai fait tout mon possible pour conserver ceux de ces oiseaux que je pus me procurer vivants. Je leur construisis de mes propres mains une cage spacieuse, où ils pouvaient se mouvoir à leur aise; je leur donnai la meilleure nourriture qu'il me fut possible de trouver ; malheureusement je ne pus toujours leur procurer, en quantité suffisante, les fruits dont ils faisaient habituellement leur nourriture. Ils mangeaient avec plaisir du riz et des sauterelles ; j’en avais conçu un bon espoir, mais,le second et le troisième jour, ils étaient pris de convulsions, tombaient sur le sol et mouraient. Il en fut ainsi sept ou huit fois de suite, et, à mon grand regret, je ne pus me procurer de jeunes oiseaux, qui auraient sans doute mieux supporté la captivité. »
Wallace n’eut pas toujours de semblables mécomptes, et ce fut lui qui, le premier, apporta en Europe deux oiseaux de Paradis vivants. À Amboine, à Mangkassar, à Batavia,
à Singapore, à Manille, on en a vu s’accommodant de la cap tivité. Un marchand d’Amboine en offrit deux au naturaliste Lesson, au prix de 500 francs la pièce. Ces deux oiseaux avaient déjà six mois de cage. Bennett en aurait vu, en Chine, un qui était depuis neuf ans en cage. On raconte qu’un Chinois ayant dessiné un oiseau de Paradis captif, l'oiseau se reconnut lorsqu'on lui montra ce portrait, qu'il palpa discrètement de son bec. Au même oiseau, on présenta un miroir, et il s’y mira complaisamment. Captif, l’Oiseau de Paradis ne cesse donc pas d’être un oiseau agréable, aimable et fier de sa personne. Son plumage ne se fane point en cage, sa beauté, au contraire, paraît s’y accroître.
LE MANUCODE ou PARADISIER RoYAL. — Le Paradisier Royal ou Manucode (fig. 12) est l’espèce la plus répandue de toutes sur la presqu'ile nord-ouest de la Nouvelle-Guinée, ainsi que dans les îles Aru, Mysore, Salwatti, où elle perche sur les arbres peu élevés de la grève. Wallace l’a trouvée sur des arbustes, dans les parties les plus épaisses des forêts. Elle se nourrit de fruits et a des allures très vives.
Ce superbe oiseau a la taille d’une grive. Le mâle a le dos rouge rubis, le front et le sommet de la tête orangés, la gorge jaune, le ventre d’un blanc grisâtre; l'œil surmonté d'une petite tache noire, la poitrine traversée par une bande verte, à éclat métallique; les plumes des côtés sont grises, marquées de deux bandes transversales, une blanche et une rouge, et d’un vert émeraude à leur extrémité. La femelle a le dos rouge brun, le ventre d’un jaune rouille, rayé de brun, les ailes jaune d'or.
Le Manucode a joué, de tout temps, un rôle considérable dans les croyances superstitieuses des peuples d’origine ma laise; et les fables qui ont été débitées sur le compte de cet oiseau sont encore prises pour article de foi dans certaines contrées. Il est curieux de lire, à notre époque, la facon dont s'exprime (ressner, au sujet de cet oiseau merveilleux.
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«Dans les îles Moluques, situées au-dessous de l'équateur, on ramasse mort sur la terre ou dans l’eau, un oiseau que les gens du pays appellent dans leur langue Manucodiata ; on ne peut pas le voir en vie, parce qu’il n’a pas de pattes, bien qu’Aristote dise qu’on n’a jamais trouvé un oiseau sans pattes. Celui-ci, que j'ai vu trois fois, n’en a pas; car il flotte continuellement dans l’air.
« Son corps et son bec ont la grandeur et la forme de ceux de l’hirondelle, les plumes de ses ailes et de sa queue sur passent en grandeur celles des éperviers, et ressemblent à celles des aigles.
« Tu te feras facilement une idée de la grandeur des plumes, d’après la grandeur et la taille de l'oiseau, Les plumes sont très délicates, et ressemblent à celles de la femelle du paon; on ne peut les comparer à celles du paon mâle, car elles n’ont pas d’yeux.
« Le dos du mâle porte intérieurement un creux et dans ce creux (ce qui échappe à l'intelligence vulgaire) la femelle dépose ses œufs ; parfois aussi la femelle a un creux au ventre où elle peut aussi couver ses œufs, le mâle a à la queue un fil long de trois travers de main, de couleur noire, et d’une forme intermédiaire entre celle d’un cylindre ou d’un prisme à quatre pans; il n’est ni trop gros, ni trop mince; ila, à peu près, la dimension d’une alène de cordonnier ; au moyen de ce fil, la femelle reste attachée au mâle, pendant qu’elle couve ses œufs.
€ Il n’y a rien d'étonnant que cet oiseau soit toujours en l'air; car, lorsqu'il étale ses ailes et sa queue, il n’y a pas de doute qu’il ne se soutienne en l’air sans aucun effort.
« Il ne prend, à ce que je crois, d'autre nourriture que la rosée du ciel, qui est pour lui le boire et le manger; aussi, la nature l’a-t-elle disposé de facon à vivre dans l'air. Quant à ce qu’ilne vive que d’air, cela n’est pas exact, parce que l'air est trop ténu. Il n’est pas possible qu’il mange
d’autres animaux; car il ne vit, ni ne dépose ses petits où il pourrait en rencontrer. On n’en trouve pas de débris dans son estomac, comme dans celui des hirondelles. Il n’en a pas besoin; il ne meurt que de vieillesse, et non des exhalaisons ou des vapeurs de la terre, et il est parfaitement vrai qu'il ne se nourrit que de rosée...
« Tous les savants modernes rapportent cette histoire véritable et certaine. Antonius Pigafetta, seul, avance fallacieusement et à tort que cet oiseau a un long bec et des pattes de la longueur d’un travers de main; j'ai vu deux fois cet oiseau, et j’ai constaté que c'était là une erreur.
« Les rois Marmin des îles Moluques ont commencé, il y a quelques années, à croire que les âmes étaient immortelles, et cela, pour cette seule raison qu'ils avaient remarqué un superbe oiseau, qui ne se perchait jamais, ni sur la terre, ni sur quelque objet que ce soit, mais qui de temps à autre, tombait des airs mort sur le sol. Les mahométans, qui venaient vers eux pour faire le commerce, leur dirent que ces oiseaux venaient du paradis, qui était le lieu où se rendaient les âmes des morts; alors, ces rois se convertirent à la secte de Mahomet, parce que celle-ci leur annonçait et leur promettait mille merveilles de ce paradis. Ils appellent cet oiseau Manucodiata, c’est-à-dire l'oiseau de Dieu, et ils le regardent comme saint et sacré; de sorte qu'avec un de ces oiseaux les rois se croient en sûreté dans leurs guerres, quand, suivant leur coutume, ils se tiennent au premier rang. »
DIPHYLLODES, LOPHORINES, ÉPIMAQUES ET AUTRES PARA- DISIERS. — Le beau Diphyllode est exclusivement propre au continent de la Nouvelle-Guinée, à l’île Mysore et à Jobi.
Le Diphyllode de Wilson, espèce plus rare encore que la précédente, est connu seulement par une dépouille faisant partie du Musée de Philadelphie, et par un exemplaire con-
F1G, 44, — Épimaque superbe,
servé au Musée impérial de Vienne; l’espèce parait confinée dans l’île de Waïgeu et à Battanta.
La Lophorine superbe est également très rare et à été trouvée dans l'intérieur de la presqu’ile de la Nouvelle-Guinée et dans les montagnes de la région septentrionale à une altitude de 600 à 1600 metres.
Il en est de même du Sifilet.
Le Semioptére de Wallace, découvert dans l’île de Batchian et dans celle de Gilolo est le seul Paradisier qui habite les Moluques; il se tient dans les forêts; il est