LES SÉNÉGALIS
tenir une réussite complète, retarder les couvées jusqu’au mois de mai, en séparant les mâles de leurs compagnes ou procurer aux femelles une température un peu supérieure à celle de nos étés. Le ramage flûté et moelleux de cette charmante espèce est d’une faible étendue ; il m’a paru avoir beaucoup d’analogie avec le murmure d’un petit ruisseau entendu à une certaine distance. D’un instinct très social, elle aime en tout temps la compagnie de ses semblables, et vit d’un parfait accord avec les Bengalis. L'amour qui ne se montre parmi d’autres espèces qu'accompagné de la jalousie et de ses fureurs, n’est point pour celle-ci un sujet de discorde. En tout temps, le même tronc d'arbre ou le même boulin sert de retraite nocturne et diurne à huit ou dix de ces oiseaux, et même à un plus grand nombre s’il peut les contenir ; cette manière de vivre, surtout pendant l'hiver, contribue beaucoup à leur faire supporter facilement l’intempérie des saisons. Quatre ou cinq femelles pondent quel-
quefois dans le même nid, vivent ensemble d’un commun accord, couvent alternativement les œufs des unes et des autres, et nourrissent indistinctement tous les petits. En effet, j'ai eu chez moi des nichées, composées de seize à dixhuit œufs, et toujours l’incubation et l'éducation de la jeune famille a été l'ouvrage de plusieurs mères. Néanmoins, il est mieux de séparer ces oiseaux par paire, car il résulte toujours de cette réunion d'œufs pondus à sept ou huit jours de distance, et même plus; que les petits les premiers éclos étouffent ceux qui naissent plus tard, et que les faibles sont privés de nourriture quand les autres en regorgent.
« Tel est le genre de vie de ces oiseaux retenus en captivité et quand ils sont en grand nombre dans une petite volière. Il est très probable qu’en liberté chaque couple se tient isolé à l’époque des amours ; car j'ai remarqué que plus leur prison était vaste, moins grand était le nombre de ceux qui nichaient en commun; mais, dans les temps froids, ils se
réunissent toujours pour passer la nuit et une partie du jour dans le même endroit. Ces oiseaux préfèrent, pour construire leur nid, le coton haché et la bourre. L’alpiste et le millet en grappes sont les aliments auxquels ils donnent la préférence et dont ils nourrissent leurs petits en les dégorgeant comme font les serins. Le mâle et la femelle travaillent l'un et l'autre à la construction du nid et couvent alternativement pendant le jour. La ponte est ordinairement de six ou sept œufs blancs; l’incubation dure quinze jours; les petits naissent couverts d’un léger duvet et sont, dès leur première année, totalement pareils aux vieux. Ils prospèrent très bien en France; j'en ai tiré jusqu’à trois générations successives, et la dernière n’exige pas d’autres soins que les serins, quand elle couve en été. Cette espèce niche en Europe depuis le mois de février jusqu’au mois d'août, époque où elle subit l'unique mue qu’elle éprouve dans l’année. »
LE SÉNÉGALI NAIN. — Le Sénégali nain, qui habite Madagascar, a les parties supérieures d’un brun couleur de terre; la gorge noire; le dessous couleur de litharge, mais très effacée, et les plumes du croupion et les couvertures supérieures de la queue terminées par une zone de couleur olive à reflets bronzés.
Les Bengalis (Æstrelda) (fig. 26). — C'est aussi à Vieillot que nous empruntons au sujet des Bengalis les détails suivants : « Favorisés du rare avantage de réunir à un plumage généralement joli un chant rempli d’agréments, les oiseaux compris sous ce nom sont ceux de la zone torride les plus recherchés en Europe.
Captivité. — « Quoique très sensibles au froid, ils s’acelimatent facilement en France si l’on a la précaution de les tenir chaudement la première année. D'un naturel doux, ils se familiarisent volontiers, et n’exigent, pour multiplier dans nos contrées septentrionales, qu’une température convenable et un arbrisseau touffu où ils puissent se livrer sans inquié-
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