LES ARGUS
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F1G. 31, — L'Argus géant,
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droit sombre, il est gai et fait parfois entendre son cri, qui est plus plaintif et moins perçant que celui du paon. Lorsqu'on le met en pleine lumière, il reste immobile. Sa chair a le goût de ceile du Faisan »
Chasse. — Les indigènes prennent cet oiseau avec des collets.
Les Faisans. — Les Faisans (fig. 32) sont des oiseaux exotiques ramenés, jadis, par les Grecs, des bords du Phase, en Colchide. La Colchide d'autrefois est devenue la Mingrélie d'aujourd'hui, et le Phase des anciens le Rion des modernes. La race de ces oiseaux importés (nous parlons ici du Faisan commun) s’étendit de proche en proche et gagna la France où elle vit tanthien que mal, soit qu’on enfavorise la propagation . dans des faisanderies aménagées avec soin, soit qu’on la laisse se perpétuer librement dans les bois. Les forêts de Loches, d’Amboise, de Chinon, certaines parties du Berri, avoisinant la Touraine, les bois du département de Seine-et- Marne sont les contrées de la France où les Faisans se tiennent le plus volontiers.
Mœurs. — Bien qu'ils craignent l'humidité, surtout dans le jeune âge, on les rencontre fréquemment à proximité des mares, dans les lieux bas, en quête des limaçons dont ils sont très friands. Dès l’aube, ils quittent le bois, pour parcourir les chaumes et les terres nouvellement ensemencées. Puis, le gros du repas pris, ils se rapprochent des bordures afin de le parachever en ÿ cucillant la mûre sauvage. Le déjeuner fini, on se poudre, si le temps le permet, par plaisir surtout, et parce qu'on est pulvérateur de naissance; un peu aussi pour se débarasser des parasites qui grouillent dans les plumes. Pendant la journée, surtout par la forte chaleur, les Faisans se tiennent à terre, dans les parties les plus fourrées du taillis; ils y font la sieste à la fraicheur des cépées. L'hiver, ils recherchent les fouillis de ronces, les bruyères épaisses et les touffes de fougères.
Vers le soir, un peu avant le coucher du soleil, le Faisan
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Ë F1G. 32, — Le Faisan commun.
quitte sa retraite et se rend aux gagnages les plus proches; puis, au crépuscule, il réintègre le gaulis, et avise quelque
Lacroix-DaAxrrARD, La Plume. 7
grand chêne pour y passer la nuit. En prenant sa volée pour
gagner ce refuge, il fait entendre, à plusieurs reprises, ce
cri aigu qui le décèle aux maraudeurs.
Les Faisans craignent de se mouiller les pattes, aussi n'est-il pas rare, après les grandes pluies, d’en trouver de perchés, en plein jour.
Caractères. — Ilest bien difficile de décrire par le menu
la manière d’être et le plumage si varié de cet inepte mais
superbe oiseau. Le Faisan, qui est gros comme un coq ordi-
naire, a le bec fort, voûté, tranchant, la face nue, les joues en partie dénuées de plumes. Sa démarche est noble et fière, :
sa course légère et rapide, son vol bruyant, lourd et saccadé. Autour de chaque orbite sont placées deux pièces d'une substance membraneuse et de couleur d’écarlate. Au-dessus des oreilles du mâle pointent deux bouquets de plumes d’un vert doré qui, dans le temps des amours, se relèvent de chaque côté de la tête. La tête elle-même, à son sommet, la gorge et la partie supérieure du cou sont d’un vert doré, susceptible de chatoyer en bleu foncé et en violet éclatant; le reste du cou, la poitrine, le haut du ventre et les flancs sont couverts de plumes d’un marron pourpré. Toutes ces
plumes sont bordées, à leur extrémité, par une bande trans- É
versale, d’un noir de velours, qui se change en violet, suivant
l'incidence de la lumière. Celles du cou sont échancrées en’
cœur par le bout, et leur bordure noire remonte jusque vers l'origine de la plume, en suivant la direction de cette échancrure. Les plumes brunes bordées de marron pourpré et
relevées d’une bande blanchâtre dominent sur le dos. Ajou- .
tons que le Faisan a la queue olivâtre, longue, pendante,
étagée et, des tarses robustes qui, chez le male, sont garnis
d’un éperon. 5 La femelle, un peu plus petite que le mâle, porte un plumage mélangé de brun, de gris, de roux et de noir. Nidification et reproduction. — Les Faisans sont poly-
LES FAISANS ati
games. Dans les «parquets » des faisanderies, un coq a droit à sept poules, c’est le chiffre réglementaire. En liberté, c’est autre chose! Dès l’époque de la pariade, en mars ou avril, chaque mâle fait de son mieux pour garnir son sérail. Par de bruyants battements d’ailes, dont les bois retentissent au loin, les prétendants promulguent la loi de l'offre. En attendant la demande, ils se houspillent d'importance, se pourfendent à grands coup de bec sur la tête, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le vainqueur, souvent fort éprouvé, ne tarde pas à être abandonné par ses femelles qui s’en vont pour faire leur nid et y pondre.
Ce nid est bientôt fait. Il repose à terre. Quelques brins d'herbes et des feuilles mortes, grossièrement agencées, en font les frais, La Faisane s’y accroupit et défile, sur cette couche peu moelleuse, un chapelet de douze à vingt-quatre œufs, de couleur olivâtre clair, marquetés de taches brunes arrangées en zones circulaires. Ces œufs sont moins gros que ceux de la poule et la coquille en est plus mince que celle des œufs de pigeon. Au bout de vingt-sept jours, l’éclosion se fait, et les faisandeaux, dès ce moment, commencent à trotter. Comme les perdreaux, ils sont avides de larves de fourmis et d'insectes. Devenus forts, ils se nourrissent de baies de sureau, de genévrier et de menus fruits ; plus tard, ils enflent leur extensible jabot de graines de toutes sortes, et surtout de sarrasin. À l’époque où le raisin mûrit, ils ne craignent pas de grappiller. Dès qu'ils peuvent se passer de leur mère, les faisandeaux se dispersent et recherchent la solitude. Non seulement les adultes fuient la société des autres oiseaux, ils évitent encore la compagnie de leurs congénères. On ne les rencontre en petites troupes qu’à l’époque des amours, et ce sont là des entrevues passagères et des réunions de frères ennemis.
Nous avons vu tuer sous nos yeux des Faisans dits « coquars »; c'est ainsi que les chasseurs nomment impro-
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prement ces Faisanes, devenues infécondes, qui, vers l’âge de cinq ans, prennent un plumage se rapprochant, chaque année, par degré, de celui du mâle, jusqu’à lui ressembler de tout point. Cette dénomination devrait être réservée aux Faisans bâtards issus de l’accouplement d’un coq Faïsan et d'une poule domestique. Le vertueux Faisan, disons-le à sa louange, ne se prête à ces mésalliances qu'après de longues hésitations. Ce n’est qu’à la suite d'une médication particulièrement énergique et sous l'influence d’un traitement aphrodisiaque qu’il se décide à passer le Rubicon.
Chasse, — Depuis qu’en 1868, au milieu d’un taillis contigu à la forêt de Sénart, nous avons abattu plus d’une douzaine de Faïsans dans un même après-midi d'octobre, nous ne pouvons nous défendre d’un sentiment de mépris à l’égard . de ces imbéciles volailles. Pareille prouesse d’un chasseur, alors novice, ne s'explique, en effet, que par la stupidité naturelle du gibier qu’il poursuit. Cependant la chasse du Faisan au bois passe, à juste raison, pour une chasse difficile. Depuis notre exploit de jeunesse, qu'aujourd'hui plus que jamais nous attribuons à un hasard heureux, nous l'avons appris à nos dépens. On dit qu'il faut tirer le Faisan au coù pour l’attraper en plein corps ; la vérité est qu’on le tire où et comme on peut, sans songer d’ailleurs au dicton : « Si tu le tires en queue, il fait une lieue. »
Habile coureur, le Faisan piète, ruse et croise ses voies devant le chien. Les vieux coqs surtout refusent de se lever, particulièrement dans les bois un peu vastes où l’herbe est haute, abondante et touflue. Par leur mille détours, ils font d'autant mieux perdre leur piste que le Faisan a le pied moins chaud que la caille et que la perdrix. Ils n’est guère que ces excellents griffons français, bêtes actives, opiniâtres, broussailleuses et quétant sous le fusil, pour faire prendre l'essor à ces oiseaux obstinés.
Le Faisan qui sait si bien user de ses jambes, lorsqu'il est
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prévenu du danger, demeure atterré devant l’ennemi qui se montre à l'improviste. Rien n’est plus singulier que l'attitude de ce volatile surpris par le chien qui l’arrête. Il ouvre démésurément les yeux, reste immobile et comme pétrifié à cette apparition subite. Aperçoit-il le chasseur, il cherche de l’œil la branche voisine, la motte la plus proche, la pierre qui se trouve à portée, cache sa tête derrière cet insuffisant abri, et ne voyant plus l’objet de son épouvante, se croit invisible par tout le corps. S’envole-t-il, enfin, il le fait, comme tous les Gallinacés, avec grand fracas, et non sans lourdeur. Mais, à ce départ embarrassé, à cette allure pesante du début, succède bientôt une fuite plus rapide, aussitôt l’aile dégourdie.
La stupidité propre à cet oiseau le fait tomber dans tous les pièges. Il se jette aveuglément dans les trappes et donne facilement dans les collets. S'il s’est écarté par le brouillard, il ne reconnaît pas sa route, cherche, se trompe, et plus d’une fois ce pauvre égaré paye de la vie son incurable indécision. À la tombée de la nuit, après qu'il s’est branché pour dormir, il contemple, du haut de son perchoir, d’un regard hébété, le braconnier qui s’avance. Est-il manqué d’un premier coup, sans broncher, il attend le second.
Classification. — Les Phasianidés font immédiatement suite aux Gallidés et constituent une famille très riche en espèces. Les Euplocomes, qui habitent le versant sud de l'Himalaya, et qui s'étendent, de là, d’un côté jusque dans l’est et le sud de la Chine et à Formose, de l’autre jusqu’à Sumatra et à Bornéo, peuvent être regardés comme établissant le passage des Gallidés aux Phasianidés.
L’EUPLOCOME PRÉLAT, — Nous n’insisterons pas sur les Euplocomes. Disons en passant qu’en raison de la forme des plumes du cou et de la huppe, on les a divisés en Diardigalles et en Euplocomes proprement dits; que les Diardi- : galles sont représentés par une espèce unique, l’Ewplocome
prélat, dont on ne possédait naguère encore qu'un seul échantillon mâle au Muséum de Paris, et que depuis l’on voit vivant dans les jardins zoologiques de France et d’An-
gleterre. Quant aux Euplocomes proprement dits, on en voit, depuis une vingtaine d’années, dans tous les jardins zoologiques de l’Europe. On distingue l’Euplocome Kirrik (fig. 33) ou Kirrik des Indiens, et l’Euplocome à huppe blanche ou Kélistch des Indiens.
Au point de vue de la beauté du plumage, le Faisan argenté (fig. 34) (Nycthémère argenté), le Faisan à collier, le