‹ La plume des oiseauxChapitre 40 sur 110 · APRES · texte numérisé non relu

APRES

s’exposer à la lame redoutable qui prolonge son orteil. Les plumes sont arrachées ou coupées. Chaque aile en fournit d'ordinaire vingt-cinq grandes et la queue une dizaine, sans compter un certain nombre de petites. Une espèce de mite qui vit sur les Autruches attaquerait les plumes si on les emmagasinait immédiatement ; aussi les expose-t-on pendant une semaine aux rayons ardents du soleil qui font périr l'insecte.

A la colonie du Cap, l'époque reconnue la plus favorable pour l’enlèvement des plumes est le mois d'août et de septembre, correspondant avec les mois de février et mars en France; et l’on ne fait pas l'extraction avant l’âge de dixhuit mois des animaux ni avant leur accouplement. Ces deux mois d’août et de septembre précèdent l’époque des couvées, et passé cette saison, les plumes perdent les qualités requises pour une bonne vente. Les plumes ne doivent être enlevées que lorsqu'elles sont arrivées à maturité, ce qui se reconnaît quand elles viennent aisément à la main, sans être accompagnées de sang ni de chair.

« Récolte, tirage et triage des plumes’. — La récolte des plumes est une opération qui nécessite chez le fermier une certaine expérience, expérience qu'il acquerra rapidement avec un peu d'observation. Il faut que les plumes ne soient pas arrachées trop tôt, autrement l'oiseau en soufirirait, et la plume n’aurait pas toute sa beauté. Il faut, en un mot, qu’elle soit arrivée à maturité, ce que le fermier reconnaîtra facilement, car l'extraction d’une plume mûre ne doit jamais faire saigner l’Autruche.

On récolte les plumes au moment de la mue, c’est-à-dire vers le mois de juin ou de juillet, suivant que l'hiver a été plus ou moins rigoureux, et que, pour les reproducteurs, la

1 Notes sur l'élevage et le fermage des Autruches en Algérie et

aw Sénégal, brochure publiée par les soins de la Chambre syndicale des fleurs, plumes et modes de Paris.

couvée a été plus ou moins longue. Si l’on arrachait la plume

avant cette époque, sur la peau irritée de l'Autruche apparaîtrait une sorte gale qui la fatiguerait inutilement. Différents procédés de tirage des plumes. — Les procédés de tirage des plumes employés jusqu’à ce jour offrent tous de graves inconvénients que nous allons examiner. Voici comment on procède généralement au Cap : un gardien attire à l’écart l’Autruche en lui jetant du grain. Pendant que l’animal baisse la tête, le gardien la saisit par le

cou. En même temps quelques hommes vigoureux se jettent … sur la bête, se cramponnent aux pattes, aux ailes et la forcent

à s’accroupir. Maintenue dans cet état, on lui arrache les plumes des ailes et de la queue. Ce procédé barbare est

souvent fatal à l'Autruche qui, en se défendant, peut se briser | une jambe, et à ses bourreaux à qui elle n’épargne pas de

vigoureux coups de pied lancés en avant.

Un autre procédé moins brutal consiste à occuper l’Autruche avec des friandises. Pendant ce temps, au moyen d’un couteau à lame très tranchante, on coupe les plumes au ras de la peau. Quelques semaines plus tard, on détache les douilles qui ne sont pas tombées d’elles-mêmes.

Ce système, très préconisé, offre de nombreux inconvénients. L'oiseau, il est vrai, ne souffre pas pendant la récolte, mais celles des douilles qui ne sont pas tombées naturelle-

ment devront être extraites, si l’on veut que la plume repousse

à leur place. Par quel moyen? Il faudra donc en revenir au

système précédent, terrasser l’animal et avec des pinces

extraire les douilles! Autant valait tout de suite employer le premier procédé dont le second n’est que la complication.

Ajoutons que le tirage brutal et non raisonné des plumes déforme l’alvéole et est la cause que la plume de la pousse

suivante est inférieure et déformée ne se trouvant plus dans

des conditions normales de développement.

Le système qu'emploie M. Rivière, au jardin d’essai d’AI-

ger, nous paraît de beaucoup préférable en ce qu’il ne soumet pas la bête à un traitement barbare, préserve les hommes de redoutables coups de pied, et permet de faire le tirage des plumes dans de meilleures conditions pour la santé de l'oiseau.

On construit un box d'environ 1,50 à 2 mètres de haut, sur 2 mètres de long et 1 mètre de large, semblable à ceux

dont on se sert pour embarquer les chevaux sur les navires.

Il est garni sur ses quatre faces de planches mobiles qui

peuvent s’enlever à volonté. Devant et derrière se trouve une porte dont les planches sont aussi indépendantes et mobiles.

On cerne alors l’Autruche et on la contraint d’entrer dans ce box étroit, où on l’enferme. Aussitôt entrée, on lui passe des courroies sous le ventre et sur le dos, qui la rendent immobile, Les planches de côté et de derrière pouvant s’enlever, on retire celles qui sont à la hauteur des ailes et de la queue, et par les ouvertures on tire les plumes à l’abri des coups de pieds. L'opération terminée, on retire les courroies, on ouvre le box par devant, et l’Autruche reprend sa liberté, trop heureuse de pouvoir retourner au milieu du troupeau sans avoir été maltraitée.

Pour tirer une plume, il faut la prendre le plus près possible de la peau, et, en appuyant légèrement comme pour l'enfoncer dans les chairs, on lui fait faire un demi-tour. Ce double mouvement détache de son alvéole la plume qui vient facilement sans blesser ni faire souffrir la bête. Il faut une certaine souplesse de main pour cette opération que l’on arrive à faire très rapidement. Nous recommandons les femmes pour ce genre de travail.

On n’opère le tirage que sur les plumes de la queue et des ailes; les plumes du dos et du ventre tombent naturellement à l’époque de la mue. Les gardiens devront les ramasser tous les jours et les mettre en paquets.

Triage des plumes. — Généralement les fermiers ont la

mauvaise habitude de vouloir classer eux-mêmes leurs produits en lots de différentes valeurs. C’est une erreur qui leur cause de fréquentes déceptions au moment de la vente et qui leur est plus préjudiciable que favorable. Pour faire un triage judicieux de plumes, il faut l'expérience que donne une longue manipulation de cette marchandise. Aussi nous recommandons aux fermiers de laisser de côté toute idée de triage et de classer leurs produits dans l’ordre naturel suivant :

MALE FEMELLES Plumes de queue. Plumes de queue unies.

Plumes d'ailes. Plumes d'ailes unies.

Plumes du dos et du ventre. Plumes de queue mouchetees.

Plumes d'ailes mouchetées.

Plumes du dos et du ventre.

Les plumes trop défectueuses pourront être mises à part.

Cette classification est la plus simple et la meilleure. »

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