CHAPITRE PREMIER
Les Vautours. — Distribution géographique. — Les Vautours, qui sont les plus grands des oiseaux jouissant de la faculté du vol, habitent toutes les contrées de la terre. Ils se tiennent cependant plus volontiers dans les régions du sud que dans celles du nord. Ils sont surtout nombreux en Asie et en Afrique, et ceux qui vivent dans les pays septentrionaux gagnent, au moment de l’hiver, les climats moins froids. Les espèces que l’on voit en France se rencontrent, du printemps à l'hiver, dans les Alpes et dans les Pyrénées.
Caractères. — Bien que se distinguant par une envergure qui atteint parfois trois mètres, les Vautours paraissent éprouver de là difficulté à prendre leur essor. Lorsqu'ils cherchent à s'élever de terre, ils procèdent par quelques
sauts pesants à droite et à gauche, les ailes mi-ouvertes, comme s'ils voulaient y emmagasiner une provision d’air pour se mieux pousser. Cet exercice préliminaire terminé, ils prennent leur volée avec des battements d’ailes lents et saccadés, et gagnent alors quelquefois de si grandes hauteurs, que l'œil a de la peine à les distinguer.
Le bec de ces oiseaux est robuste et crochu; leurs sens sont très aiguisés; celui de la vue surtout est d’une finesse exquise: il leur permet d’apercevoir leur proie à d'énormes distances. C'est plutôt, en effet, par leur vue perçante que par léur odorat, dont on a trop souvent exagéré la subtilité, que les Vautours sont guidés dans la recherche de leur nourriture.
Des yeux petits et à fleur de tête, un corps massif, épais, oblong, une tête le plus ordinairement petite relativement à la masse du corps; un cou grêle et long; le col et la tête plus ou moins dénués de plumes et revétus d’un duvet court et lanugineux; une tenue négligée, des ailes et une queue trainant à terre, soit dans le repos, soit dans la marche, sont autant de caractères qui distinguent les Vautours des autres rapaces diurnes (fig. 1).
Mœurs et habitudes. — La voracité de ces oiseaux est devenue proverbiale ; cependant, c’est à tort qu’on les croit plus friands de viande corrompue que de chair fraîche. Ils se nourrissent, sans doute, le plus souvent, de cadavres dans un état de décomposition avancé, mais ils ne se livrent à ces débauches de charogne que faute de mieux, et, lorsqu'ils ont
le choix, ils donnent la préférence aux bêtes nouvellement:
abattues. Il est d’ailleurs constaté qu'il s’attaquent aux mammifères vivants, surtout aux jeunes et aux faibles; que certains poursuivent les cerfs, les vigognes, les guanacos, les génisses même ; et qu'enfin, dans la province de Quito, les Vautours font au bétail, surtout aux troupeaux de vaches, un mal considérable,
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Considérés par les Européens comme des êtres inutiles ou nuisibles, les Vautours jouissent d’une grande considération auprès des peuples de l'Orient. Aux yeux des Mahométans, en effet, le Vautour est un oiseau quasi sacré; c’est lui qui écarte les maladies épidémiques et contagieuses, en
FiG. 1. — Le Vautour.
balayant les rues, pour ainsi dire, et eh les purgeant des immondices et des matières animales que les habitants, avec une rare incurie, laissent pourrir autour des habitations. C'est lui, le principal agent de l'hygiène et de la salubrité. Aussi le Vautour bénéficie-t-il de la protection des lois, et ceux qui le tourmentent ou qui le tuent sont passibles d’amendes et de peines plus ou moins graves.
Les Vautours nichent sur des arbres élevés ou sur des
10 LA PLUME DES OISEAUX (RUN rochers inaccessibles; ils y construisent un grand nid plat, composé extérieurement d’un lacis de branches et de brin- dilles, et intérieurement de matériaux plus moelleux, des-
tinés à recevoir et à tenir chauds, en février, un ou deux | œufs. L'incubation est d’une longue durée. Les poussins, qui naissent couverts d’un duvet cendré, sont longtemps nourris dans le nid par les parents. Ceux-ci dégorgent devant leurs petits une nourriture toute triturée, qu'ils apportent emma- gasinée dans leur jabot.
Quand les poussins ont atteint l’âge de quatre mois, ils prennent leur vol et viennent s’abattre dans les pays où __paissent de nombreux troupeaux. Ils y ont bientôt débarrassé le terrain des animaux qui, trop faibles ou malades, ont succombé dès le début. À Il paraît que, pris jeunes, les Vautours s’apprivoisent facilement et qu’ils perdent toute envie de s'échapper, mal-gré la liberté complète qui leur est laissée. M. Nordmann raconte « qu'une dame résidant à Taganrog possédait un Vautour fauve qui, chaque matin, quittait son gîte, établi dans une cour, pour se rendre au bazar où l’on vend de la \ viande fraîche et où il était habituellement nourri. Dans le cas où on lui refusait sa pitance, il savait fort bien se la procurer par la ruse; puis, avec son larcin, il se sauvait sur la toiture de quelque maison voisine, pour le manger en paix et hors de toute atteinte. Souvent, il traversait la mer d’Azow, pour se rendre dans la ville de ce nom, située visà-vis de Taganrog, et, après avoir passé toute la journée dehors, il s’en revenait coucher à la maison. » Chasse. — On chasse les Vautours à l'affût. On les attire Fe: au moyen d'un appât fait d'une chèvre ou d’un mouton morts. L’affûteur se cache dans une fosse profonde de 50 centimètres, longue de 2 mètres et large de 70 centi- :
mètres. Ila pris soin de répandre au loin la terre de déblai,
de recouvrir le dessus de la fosse d’une sorte de toit de
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branches et de pierres, au travers duquel il a ménagé des meurtrières destinées à donner passage au canon du fusil. Les Vautours ne tardent pas à accourir, à se poser sur la proie qu’ils se disputent à grands coups d’ailes et de bec : c'est le moment que choisit le chasseur pour tirer à mitraille. Il ne doit employer que le plus gros plomb; le numéro 4 même, dont le grain est de la grosseur d’une graine de chènevis, vient s’amortir sur les rémiges et ne pénètre pas jusqu'aux œuvres vives. Les premiers jours de cette chasse sont aussi les plus fructueux, car, lorsque les Vautours ont entendu plusieurs fois le plomb siffler, ils deviennent réservés, font taire leur gloutonnerie naturelle et ne s’approchent plus qu'avec circonspection.
Usages. — Du temps du naturaliste Belon, on employait, en Égypte et dans les îles de l’Archipel grec, le duvet des Vautours pour faire des garnitures d'habits ou d’autres objets d'usage domestique pour lesquels on utilise aujourd'hui l’édredon et le cygne. Dans l’île de Crète et en Arabie, on vendait jadis les peaux de Vautours aux pelletiers, pour en faire des fourrures de prix ; il ne semble pas que ce genre de commerce se soit perpétué jusqu’à nos jours.
Classification. — Les naturalistes distinguent les Vautours : 1° en Vautours proprement dits ; 2° en Sarcoramphes ; 3° en Percnoptères.
Les Vautours proprement dits ont la tête et le cou sans
| plumes, et recouverts d'un duvet très court. Toutes les
espèces de cette division appartiennent à l’ancien monde.
Dans les Alpes et les Pyrénées, en Turquie, dans l’Archipel grec, dans les montagnes de la Silésie et du Tyrol, à Gibraltar, en Égypte et dans une grande partie de l'Afrique, se rencontre en abondance le Vautour arrian.
Sur les hautes montagnes et dans les vastes forêts de la Hongrie, du Tyrol, de la Suisse, des Pyrénées, du midi de l'Espagne et de l'Italie, habite le Vautour fauve.
sont les représentants des espèces étrangeres de la catégorie qui nous occupe.
FiG. 2. — Le Sarcoramphe papa.
Les Sarcoramphes ont la tête et le cou nus ou garnis seulement de poils très rares. Ils appartiennent exclusivement au nouveau monde. Deux espèces composent ce genre, ce sont le Sarcoramphe condor, et le Sarcoramphe papa ou roi des Vautours (fig. 2). Le premier, qui se fait remarquer par un collier d'épais duvet d'un blanc pur tranchant sur le poir bleu du plumage, habite les sommets du Chimborazo ét
Au nord de l'Afrique, le Vautour Egyptien, en Afrique, dans l'Inde et à Java, le Vautour de Kolbe, à Pondichéry, 5 le Vautour royal, dans l'Inde, le Vautour moine, en’ Afrique, le Vautour occipital et le Vautour d’'Angola,
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du Pichincha; le second, dont le collier est bleu ardoisé, se rencontre au Brésil, à la Guyane, au Paraguay, au Mexique et au Pérou.
Le type des Percnoptères est le Neophron percenoptére, commun dans un grand nombre de contrées d'Afrique et d'Asie, et, en Europe, dans la Norvège, en Espagne, en Grèce, en Sardaigne, en Italie, en Suisse et dans le midi de la France.