‹ La plume des oiseauxChapitre 8 sur 110 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Les Perroquets. — Caractères. — Beaucoup de naturalistes ont assigné comme caractère générique aux Perroquets

F1G. 3. — Patte de Perroquet.

d’avoir quatre doigts aux pieds, dont deux devant et deux derrière (fig. 3); ces oiseaux cependant, partagent cette parti-

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cularité avec beaucoup d’autres grimpeurs, les pics, les coud ?

cous, les toucans, les couroucous, les barbus, les jacamars, par exemple. Il faut donc chercherailleursle caractère spécial qui distingue les Perroquets des autres oiseaux. Nous trouyons ce caractère dans le bec de notre volatile. Le bec des Perroquets est très crochu et épais, la partie inférieure est ronde, tranchante et beaucoup plus courte que la supérieure, qui est terminée en bec de plume à écrire; et, ce qui est remarquable et unique chez ces oiseaux, c’est qu'ils ont le

dessus du bec mobile et le dessous immobile. Ce bec leur

sert, comme de troisième jambe, pour marcher ou pour se pendre aux branches des arbres, y monter, ou en descendre.

Dans le plumage, le vert domine. Il existe cependant des Perroquets bleu hyacinthe, pourpre, jaune d’or et gris. « La distribution des couleurs dans le plumage des Perroquets, est très particulière, dit Brehm; il faut noter ce que nous pourrions appeler des champs de coloration, la présence de couleurs complémentaires aux deux faces du corps,

et même de la même plume : bleu violet, bleu foncé, bleu

clair, vert, à la face supérieure : jaune clair, jaune orange,

rouge, pourpre, à la face inférieure. Non moins remarquable

est ce que l’on observe chez certains cacatoès, par exemple,

où la couleur rouge ou jaune vif de la base des plumes est complètement masquée par la couleur blanche du reste du plumage. »

. Les Perroquets ont la langue épaisse, charnue, conique et

obtuse, «faite comme une graine de calebasse », dit Valmont

de Bomare, «ce qui leur donne, ajoute ce naturaliste, beaucoup de facilité pour parler, chanter des chansons, siffler,

contrefaire des animaux ou le bruit du tambour, etc.». Que cela tienne, comme il est possible, à la conformation de leur

langue ou à toute autre cause, il est hors de doute que les Perroquets (certaines espèces surtout), saisissent une idée, retiennent le mot, et le répètent avec l’intonation propre à

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F1G. 4, — Le Perroquet cendré ou Jaco.

la voix humaine. Les Perroquets cendrés ou jacos ont une aptitude merveilleuse à se souvenir de longues phrases, et à

les dire avec à propos. On en cite un qui, lorsque l’on frappait à la porte, criait d’une voix d'homme : « Entrez, je suis votre serviteur ; j'ai plaisir à vous voir ; j’ai l'honneur de vous saluer»; un autre, que nous avons eu à Vichy, lorsqu'il voyait passer un fantassin en pantalon rouge, commandait : «Garde à vous; portez armes, présentez armes; ran plan plan, plan » ; un troisième, qui, simulant la colère. disait à un passant: QOh! pardonnez-moi, Monsieur, je croyais que vous étiez un oiseau » (fig. 4).

Intelligence des Perroquets. — Pour donner une idée de l'intelligence des Perroquets, Le Vaillant fait men-

tion de l'éducation soignée de Carl, Perroquet distingué, qui

lui fut présenté chez un marchand d'Amsterdam. «Carl, dit-il, parlait aussi bien que Cicéron. Je pourrais remplir tout un livre des discours qu’il prononçait, et qu'il me répéta sans en oublier une syllabe. Ohéissant au commandement, il apportait le bonnet de nuit et les pantoufles de son maître, appelait la servante quand on avait besoin d'elle. Sa résidence favorite était la boutique où il était très utile. Quelqu'un entrait-il en l’absence de son maître, il eriait jusqu'à ce que l’on arrivât. Il avait une excellente mémoire, et savait des phrases tout entières en hollandais. Ce ne fut qu'après soixante ans de captivité que sa mémoire commença à baisser, et, chaque jour, il oubliait quelque chose de ce qu'il savait. Il ne disait plus que la moitié d’une phrase, iransposait les mots, mélait les phrases les unes avec les autres. »

Par ce que nous venons de citer, il est facile de voir que les Perroquets sont doués d’une mémoire extrêmement te- . nace, d’une grande facilité d’assimilation, d’une intelligence incontestable et surtout d'une extraordinaire longévité. Ajoutez à cela qu'ils se distinguent des autres animaux de la

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même classe par le développement uniforme de leurs sens dont aucun ne s’affine au détriment des autres. Les Perroquets, en effet, voyent, sentent, entendent, goûtent et touchent également bien. Si on les prend dans leur manière d'être, dans leur caractère, ils sont, comme les singes, capricieux et inconstants, gais et agréables à certains moments, à d’autres, moroses, colères, insupportables ; d’ailleurs, prudents, rusés, en même temps que fiers et courageux, enclins à la rancune envers ceux qui les ont maltraités, portés à l’affection à l'égard des personnes qui leur ont témoigné de la bonté, et même capables de se montrer fidèles jusqu’à la mort. D'autre part, on les voit méchants et cruels avec les faibles, quoique, parfois, ils aient donné des marques d’extrême sensibilité.

Le Perroquet père adoptif. — L'épisode suivant, rapporté par Wood, en fournit la preuve :

€ Un de mes amis avait un Perroquet gris qui était devenu le parent le plus tendre pour les créatures délaissées. Dans le jardin de son maitre était un bouquet de rosiers, entouré d'une palissade, et entremélé de plantes grimpantes. Un couple de pinsons y avait fait son nid, et les gens de la maison les nourrissaient. Ce manège n’échappa pas à Polly (c'était le nom du Perroquet); il résolut de suivre ce, bon exemple. Comme il était libre, il quitta sa cage, imita à S'y méprendre le cri d'appel du pinson, et se mit à remplir le bec des jeunes de nourriture. Mais ces témoignages d'amitié étaient trop bruyants pour les parents. Effrayés par ce grand oiseau qu’ils ne connaissaient pas, ils disparurent, abandonnant leur progéniture aux tendres soins de Polly. Celui-ci rentra moins souvent dans sa cage; il restait, jour et nuit, auprès de ses enfants adoptifs, et eut la joie de les élever. Une fois qu’ils purent voler, ils se perchaient sur la tête et sur le cou de leur père nourricier, qui se promenait grave ment, tout fier de cette charge. Ses soins cependant furent

payés de bien peu de reconnaissance. Lorsque leurs ailes furent assez fortes, les pinsons s’envolèrent et disparurent. Le pauvre Polly en fut tout triste ; mais, bientôt, il se consola ; il avait trouvé de jeunes fauvettes orphelines; il s’en

chargea, les apporta l’une après l’autre dans sa cage, et

vécut avec elles en fort bonne harmonie, »

Distribution géographique. — Les Perroquets se trou-

vent partout, excepté en Europe, mais plus particulièrement dans les zones tropicales. Tous sont agiles, en réalité ; les gandes espèces ne volent lourdement qu’en apparence. Quant aux petites, elles circulent dans l’air avec une légèreté remarquable. À terre, au contraire, les Perroquets semblent mal à leur aise; ils y sautillent plutôt qu’ils n’y marchent; cependant, quelques rares espèces, plus favorisées, y ont une allure aussi vive que celle des Échassiers.

Bien qu’on en rencontre quelquefois dans les steppes et dans les plaines dépourvues d’arbres, ces oiseaux, en général, habitent les forêts qu’ils remplissent de leurs cris.

Mœurs. — Hors la saison des amours, ils vivent en bandes

nombreuses, se cantonnent en un endroit d’où ils partent, chaque matin, pour aller au pillage, et qu’ils regagnent fidèlement, chaque soir, leurs déprédations commises. Pendant le temps qu’ils maraudent, ils se font garder par de vigilantes sentinelles, chargées d’avertir du danger le reste de la troupe.

Au milieu des arbres touffus, ils cherchent moins un abri

contre le mauvais temps qu’une cachette sûre ; on les voit, en effet, immobiles et criards, affronter ces abondantes ondées tropicales qui les mouillent jusqu'aux os, sans souci de se trouver un refuge dans l'épaisseur du feuillage, Ils s’y blottissent, au contraire, pour échapper aux ardeurs du soleil, ou pour se soustraire à quelque danger. Une fois là, ils reprennent leurs conversations, sauf à les interrompre subitement, si, le péril devenu plus grave, ils croient prudent de

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