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CHAPITRE PREMIER

A quelque usage qu’elles soient réservées, les plumes doivent subir, avant d’être employées, une préparation particulière. Nous examinerons séparément la préparation des plumes destinées à la parure et à l’ornement; celle des plumes et duvets employés pour la literie, enfin la préparation des plumes à écrire.

C’est à Paris que se préparent et se façonnent les plumes de parure. Les différentes manutentions qu’elles subissent consistent dans l’apprêt, le blanchiment et la teinture des dépouilles de l’Autruche, du Marabout, du Héron, du Vautour, et de beaucoup d’autres oiseaux.

Dans cette spécialité, la France est restée longtemps sans concurrents ; il n’en est plus ainsi aujourd’hui, et bien qu’elle tienne encore la première place, et qu’elle conserve, pour la beauté et le fini des pièces qu’elle livre au commerce, la supériorité qu’elle a toujours eue, elle voit son monopole lui échapper. Les Anglais, en effet, favorisés par une consom-

mation intérieure importante et secondés par d’habiles ouvriers parisiens, ont fait de rapides progrès dans la préparation et

la teinture des plumes. On en peut dire autant des Allemands dont les produits, en ce genre, sont connus non seulement sur les marchés étrangers, mais encore chez nous, particulièrement dans nos contrées de l'Est. |

Aussi, pour lutter avec plus de chances de succès, nos fabricants ont-ils dû étendre le cercle de leur industrie, négliger le panache de qualité supérieure, dont la vogue paraissait diminuer, pour porter leur activité sur de nouveaux produits, faits avec le plumage du Colibri, du Paon, du Lophophore, du Faisan et d’autres oiseaux exotiques et indigènes. La confection de ces objets, d’un goût parfois merveilleux, a beaucoup d’analogie avec celle des fleurs, mais dans la fabrication des plumes, la matière a souvent une grande valeur.

Bien que le commerce des plumes apprêtées et faconnées soit moins prospère qu’autrefois, les opérations commerciales en plumes brutes sont toujours importantes en France, en raison des transactions multiples qui se font entre les marchés de Londres, de Livourne et de Paris.

Procédé de décoloration de MM. Viol, Duflot et Roetzel. —— Des progrès qui ne sont pas sans valeur ont d’ailleurs été réalisés, depuis 1862, dans cette spécialité. On est parvenu, à l’aide de réactifs puissants, à décolorer les petites plumes noires et grises de l’Autruche, et à faire avec ces plumes, jusqu'alors délaissées, des panaches pour la parure quise teignent en toutes nuances et qui se vendent à des prix avantageux. Les plumes noires et les plumes grises sont décolorées et rendues d’un blanc sale au moyen d’un procédé découvert en 1871 par MM. Vial, Duflot et Roetzel de Paris. Cette préparation leur permet de prendre parfaitement la teinture. Letuyau restantnoir, elles peuvent, malgré leur décoloration, être facilement distinguées des autres.

Purification des plumes. — Les plumes d’Autruche, lorsqu'elles sont livrées aux fabricants, sont encore sales et grasses, parfois maculées de sang, et chargées de terre ; il faut, avant tout, les purifier. A cet effet, elles sont immergées dans un bain d’eau de savon tiède, renouvelé, pendant un certain temps, tous les matins, après que les plumes ont été frottées avec soin. Le savon qui s’y est attaché est, à son tour, enlevé par des lavages à l’eau chaude au nombre de douze ou quinze. Cela fait, les plumes sont passées, pendant un quart d'heure, dans de l’eau bouillante, tenant en sus pension du blanc de Meudon ou de l'amidon cru, pour les blanchir ; essorées et battues dans des étuves chauffées à 40 ou 45 degrés, pour faire gonfler le duvet et évincer l'amidon. L'opération finale consiste à laisser séjourner la plume vingt-quatre heures dans l’étuve pour permettre à la côte de se dessécher. ;

Dans la plupart des pays producteurs, on fait subir aux plumes de luxe et de parure, à quelque catégorie d'oiseaux qu'appartiennent ces plumes, une légère préparation, avant de les expédier au loin. Rien n'est plus simple, ordinairement, que ce genre de travail qui s'exécute dans des ateliers primitifs, contenant deux ou trois fours en briques installés sous de vastes hangars. Le matériel se compose de claies et de rotins pour le battage et de paniers en joncs, en feuilles ou en toute autre matière, pour l'emballage. Les plumes et le duvet sont séparés par catégories, séchés au soleil, battus légèrement pour les assouplir et en enlever une partie des scories et corps étrangers qui les gâtent, ensuite passés dans un four chauffé au degré suffisant. Au sortir du four, les plumes sont exposées à l’ombre afin qu’elles reprennent leur souplesse ; elles sont battues une dernière fois, emballées et expédiées.

Préparation des plumes de Paradisiers par les Papous. — Rosenberg décrit la préparation que les Papous

font subir aux oiseaux splendides dont les plumes sont employées pour la parure, et notamment aux Paradisiers. « Les Papous, dit-il, tuent à coups de flèches les mâles, et quelquefois les femelles, puis dépouillent l'oiseau, après avoir fait une incision circulaire comprenant la peau du dos et celle du ventre. Ils jettent les pattes et la peau du bas ventre, arrachent les pennes des ailes, et étendent ensuite la peau sur un petit bâton arrondi, à l’extrémité antérieure duquel ils attachent le bec. Cela fait, ils frottent la dépouille de cendre, puis la suspendent dans leurs huttes, au-dessus

de la cheminée, pour la fumer et la sécher. C'est en cela que

consiste le procédé de conservation. Les indigènes de Meisol n’enlèvent ni les pattes, ni les pennes des ailes ; ceux d’Arui ont remarqué que les peaux entières étaient plus recherchées et mieux payées que les autres, aussi perdent--ils peu à peu leurs anciennes habitudes, et l’on recoit maintenant de cette provenance de très bonnes dépouilles. Les marchands de Mangkassar, de Ternate, et de la partie Orientale de Séram achètent cette marchandise, pour l'envoyer soit directement en Europe, soit à Singapore, d’où on l’expédie en

Europe et en Chine. D'après eux, les plus belles peaux

viendraient de la côte nord de la Nouvelle-Guinée et du fond de la baie de Gilwik. Le sultan de Tidor, vassal du gouvernement hollandais, prélève, comme impôt, un certain nombre de ces peaux qui valent sur place de 25 cents à 1 florin (monnaie de Hollande). »

Teinture des plumes. — En ce qui concerne les plumes d’Autruche, beaucoup autrefois devaient nécessairement être teintes en couleurs foncées; c'était le cas de toutes celles qu’on n’avait pu, au nettoyage, débarrasser complètement des taches de sang ou des scories qui les déparaient. Depuis que, par divers procédés, notamment au moyen de l’eau

oxygénée, on est arrivé à décolorer complètement, et les

plumes tachées, et les plumes pures, mais foncées, et à les

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et RARE

rendre absolument blanches, elles prennent à la teinture les tons les plus tendres et l'on parvient à leur donner les nuances maïs, bleu pâle, rose qui permettent de les assortir avec la couleur de tous les rubans et de toutes les étoffes. Ce résultat autrefois ne pouvait être atteint que pour les plumes les plus pures.

Les teintes claires sont exclusivement obtenues par les couleurs d’aniline; les teintes foncées sont données par l'indigo, le curcuma et l’orseille, couleurs végétales; le noir, au moyen des sels de fer et de campéche.

Les bains de teinture sont préparés dans des bassines de cuivre, et amenés à la température voulue, soit au gaz, soit à la vapeur. La température du bain, pour les pièces qui doivent être teintes en nuances claires, varie entre 25 ou 30 degrés; le bain est porté à l’ébullition pour les teintes foncées, et maintenu au-dessous de 80 degrés pour les plumes noires. A la teinture succède le rinçage et le séchage. Puis, onassortit les plumes, on les pare, on les coud, on les passe à la vapeur, et, enfin on les frise et on les courbe pour leur donner l'aspect et la forme qu'elles doivent définitivement conserver.

Dénominations diverses appliquées aux plumes du commerce. — Les plumes simples, c'est ainsi que l’on nomme les plumes sans défaut, sont, pour la plupart des usages auxquels on les destine, un peu trop raides, aussi leur donne-t-on la souplesse qui leur manque en les dépouillant de l’intérieur de la côte. Cela fait, elles sont frisées à l’aide d’un couteau émoussé et passées sur un tuyau de vapeur sèche,

Lorsque la mode est aux plumes épaisses, on ne fabrique guère que ce qu'on appelle les plumes doublées. Ce sont deux plumes jointes ensemble et accolées l’une à l’autre. Pour obtenir ce résultat, on enlève à l’une de ces plumes la surface extérieure de la côte, à l’autre la surface intérieure; les

deux plumes sont ensuite réunies par une couture, faite en dessous, en point de chaînette allongé. On leur fait d’ail-

FiG. 5. — Plumes à panachei.

leurs subir ultérieurement le même traitement qu'aux piumes simples, frisure et passage à la vapeur. Bien que

1 Les figures 15 et 76 sont empruntées au Dictionnaire de l'in: dustrie de Lami,

F1G, 76. — Amazone.

286 LA PLUME DES OISEAUX plus lourdes, elles n’ont jamais la valeur des plumes. simples.

Après qu’elles ont subi leurs diverses préparations, les plumes d’Autruche prennent, suivant leur destination, des

noms différents. On distingue les plumes longues ou amazo-

nes (fig. 76), des plumes à panache (fig. 75) et des tours ou bandes.

Le panache est formé de trois plumes montées sur fil de fer ; les tours ou bandes sont composés de plumes ajoutées

les unes aux autres et agencées de facon à servir de garniture aux robes et aux manteaux.

Autrefois on distinguait le duvet et les poils clairsemés

que l’Autruche porte au cou et à la tête, en deux catégories :

le fin et le gros. Le gros d’Autruche se filait.

Emploi de la plume à la fabrication des étoffes. — Aujourd’hui on ne file plus la plume, car elle perdrait tout son duvet. Cependant les plumes sont quelquefois employées à fabriquer un genre spécial d’étoffe. Dans ce tissu qui se fait assez souvent avec l’armure taffetas, la plume ne doit jamais paraître que par effet de trame; la chaine, toujours imperceptible, est ordinairement de matière textile ordinaire. La plume n'étant employée que comme trame partielle ne saurait donner au tissu une grande solidité. Aussi, après chaque posée de plume, on passe un coup de trame filée, laquelle est comme la chaîne, recouverte entièrement par les plumes.

On emploie le plus ordinairement les plumes d’Oie dont on

choisit les plus fines et les plus égales, et que, bien souvent, on donne pour plumes de Cygne. L’Oie domestique se recommande, en effet, par ses nombreux produits. Les grandes plumes des ailes fournissent d'excellentes plumes pour écrire; elle donne chaque année un duvet abondant et la peau, vendue comme peau de Cygne, s'utilise comme fourrure fine et élégante. Pour obtenir les peaux dites de Cygne, on enlève

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d’abord avec soin la plume, puis on écorche l’Oie en fendant la peau par le dos; cette dernière n’est pas livrable au commerce en cet état; elle doit auparavant subir une préparation spéciale. Ces plumes sont quelquefois frisées au moyen d’un apprét. On emploie aussi le duvet réuni en petits mouchets. Ces sortes de tissus sont recherchés pour les garnitures de ‘robes, palatines, manchons, boas, pour diverses fourrures et différents articles de mode; elles conservent parfaitement les couleurs qu’elles ont pu recevoir.

Duvet de literie. — Quant au duvet dont on se sert pour les objets de literie, il est arraché à l'animal vivant, à des époques déterminées, plus particulièrement dans le temps qui précède immédiatement la mue. Dans certains pays, dans les campagnes du Nivernais, notamment, Oies et Canards sont soumis, tous les deux mois, à peu près, à l’arrachage des plumes; on ne laisse leur duvet à ces oiseaux qu’à l’approche des froids pour que ces volatiles puissent affronter plus gaillardement les rigueurs de l'hiver. La plume une fois récoltée est exposée à la chaleur d’un four dont on vient de retirer le pain. Elle s’y débarrasse des mites qu’elle contient et de l’odeur nauséabonde qu’elle conserverait plus longtemps si elle n’était soumise à ce procédé d'épuration. La plupart du temps la plume est simplement mise en sac ou en caisse, sans être pressée, en un lieu bien sec, jusqu’à ce qu'on en ait trouvé l’emploi. Il est prudent, si l'on doit la garder pendant une assez longue durée avant de la mettre en œuvre, de l’exposer de temps à autre à l’air et au soleil, de la remuer et de la battre.

Nous trouvons, dans le volume de M. le baron d'Hamonville {, la description du procédé employé en Norvège pour la préparation du duvet de l’Eider.

1 Baron d'Hamonville, La Vie des oiseaux, scènes d’après nature, Paris, 1890, 3.-B. Bailliére (Bibliothèque scientifique contemporaine):

RE 2 dre AT PVO A ET PT PTE 2 1 ONCE RTE TO ET PR OMAN REIN

En Norvège, dit en substance cet auteur, lorsque le ñe duvet d'Eider est rapporté à la maison, après la récolte,

il est d’abord placé, sur un feu doux, dans une grande chau-

dière, où on l’agite continuellement. Cette opération a pour but de le débarrasser des insectes et d’une partie des impu-

retés qu’il renferme. Par l'effet de la chaleur, les scories

tombent au fond du vase. On nettoye ensuite ces plumes à .

la main et c’est seulement alors qu’elles sont livrées au commerce.

Plumes à écrire. — Enfin, pour ce qui est des plumes à.

écrire, on les passe pendant quelques instants dans un bain de cendres ou de sable fin, chauffé à 60 degrés environ ;

après quoi on les frotte énergiquement avec une étoffe de

laine. Ces plumes prennent en vieillissant une couleur jaune qu’on leur donne artificiellement en les plongeant dans un bain d’acide hydro-chlorique faible.

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