A USAGE DES PLUMES DE NANDOU
une ceinture de plumes blanches pendant à l'avant et à l'arnère.
Les bâtons ornés de plumes des naturels des îles Pomotou.— Dans l'archipel des Pomotou, lorsque Beechey aborda à l’ilot de Queen-Charlotte, en 1826, il put faire quelques échanges avec les naturels. Pour quelques morceaux de fer, les sauvages lui auraient donné toute leur île, à l'exception pourtant de quelques bâtons surmontés d’une
* touffe de plumes, objet qui semblait avoir pour eux un inestimable prix.
Les tentes des Ouled-Sidi-Chik. — Les plumes noires du dos de l’Autruche, réunies en paquets, servent aux Ouled-Sidi-Chik, Cheraga et Gharaba, à distinguer leurs tentes de celles de leurs serviteurs religieux. Un Arabe qui n'appartient pas à cette grande famille ne peut se permettre cette distinction.
Ornementatian des palais des Incas. — En Amérique, dans les temps les plus reculés, les habitants des lisières des forêts apportaient aux Incas des plumes d’Aras pour orner leur palais, et les anciens historiens du Pérou nous apprennent que ce fut la recherche de ces plumes et du coca qui firent pénétrer les hommes dans les terribles forêts vierges.
Parasols en plumes d’'Autruchies. — Burchell raconte que, dans quelques tribus du sud de l’Afrique, on trouve des parasols faits en plumes d’Autruches, qui sont quelquefois très utiles aux indigènes quand ils chassent des animaux dangereux ; ils emploient ces parasols pour attirer l'attention de l'animal et le détourner du chasseur.
Usage des plumes de Nandou. — Quant aux plumes du Nandou, les tiges en étant très flexibles, les jeunes
garçons les dépouillent de leurs barbes et en font des collets pour prendre certains oiseaux ; elles entrent aussi dans diverses pièces de harnachement; enfin on les tisse pour
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faire des tapis, et, des plus petites, on fabrique des balais. Les habitants du Paraguay teignent en incarnat et en bleu les tuyaux de ces plumes, impropres à servir de plumes à écrire, et les découpent en petites bandelettes pour en faire des fouets. Les indiens d'Amérique en font des houssoirs et des ornements pour leurs charrettes. Pendant l'Exposition | universelle de 1889, on a pu voir, au Kampong javanais, l'usage que font de la plume les habitants de l'ile pour la décoration de leurs instruments de musique. Chacune des hampes de ces curieux instruments était, en effet, ornée de: petits bouquets de plumes multicolores.
Chasse-mouches en plumes. — I] y a un siècle, au Cap, on ne faisait d’autre usage des plumes d’Autruche que dé s’en servir à chasser les mouches. Les Hottentots en fabriquaient de larges balais au moyen desquels un ou deux esclaves écartaient les mouches de la table à laquelle la. famille était assise.
Hamacs ornés de plumes. — Au Brésil et, en général, dans l'Amérique du Sud, les plumes brillantes des oiseaux servent à orner ces lits suspendus ou hamacs qui sont des meubles indispensables en ces contrées. On sait que trois choses frappèrent de surprise Christophe Colomb à son arrivée au nouveau monde : ce furent le tabac ou pétun, le maïs et les hamacs. Au x1x° siècle, la fabrication de hamacs somptueux appartient presque exclusivement au Brésil. La courbe gracieuse de ces meubles, dit M. Ferdinand Denis”, se prête à toutes les combinaisons de l'artiste, et les guirlandes de couleurs variées à l'infini permettent d'établir sur les deux revers du lit, soit le chiffre du possesseur, soit les armes de l'empire brésilien exécutées en plumes, vraies mosaïques où brille l’habileté indienne. L'auteur, dans sa
1 Ferdinand Denis, De arte plumaria. Les plumes, leurs usages, ete. Paris, 1875.
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collection, en possède un qui est aux armes de l’empire du
Brésil, et qui dénote, à ce qu'il nous apprend, une habileté singulière de la part de celui dont la main a exécuté ces
rosaces si brillamment colorées. Il est certains de ces meubles
dont la confection a exigé plusieurs années de travail.
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Fig. 87. — Éventails en plumes de Paon.
Fie. 88. — Éventail en mosaique,
Quelques-uns dépassent, il est vrai, les proportions ordinaires, et pourraient recevoir huit guerriers. Ces lits monstrueux sont fort rares, chaque ménage portant d'ordinaire avec soi son hamac roulé dans une élégante corbeille.
Éventails. — Dans l'extrême Orient, les plumes des
oiseaux rares servent à fabriquer des éventails et ceux de plumes de Paon (fig. 87), réunies en touffe ou travaillées en
mosaïque (fig. 88) jouent un rôle essentiel dans les poésies
primitives de l'Inde. Les auteurs chinois sont unanimes à vanter les dais en plumes, ainsi que les écrans en plumes de faisan « doublées et serrées ». Aujourd’hui, les dais employés dans nos cérémonies religieuses sont aussi ornés de panaches en
plumes d’Autruches, et les dépouilles de ces oiseaux servent
à la décoration des autels, aussi bien qu’à l’ornementation
des corbillards et des chevaux d’attelage, dans les convois …
funèbres. Sur la question des éventails, sur l’origine et le rôle de ces objets dans les différents pays et aux différentes époques, M. Blondel nous fournit, dans un intéressant volume, des détails extrêmement curieux. Nous lui en empruntons quelques-uns.
D'après les recherches faites par M. Blondel!, l'invention des éventails, en Chine, remonterait à l’empereur Won- Wang, fondateur de la dynastie des Tcheou, 1134 avant Jésus-Christ. Les premiers furent d’abord faits de feuilles de bambou et de plumes ; on en fit ensuite de soie blanche unie et de tissus de soie brodés, car selon Haïi-tsée, cité par les missionnaires dans leur mémoire sur la soie, «après qu'on eut épuisé tout ce que le génie et l’industrie pouvaient imaginer de plus approchant de la peinture dans les différentes fleurs qu’on fit successivement entrer dans les soieries, on en vint à y introduire des plumes d'oiseaux d’un coloris aussi brillant et aussi changeant que l’arc-en-ciel, et des perles assez petites pour se prêter au tissu le plus délicat » (fig. 89).
Après avoir employé le bambou, les feuilles de palmier et les plumes de Paon dans la confection des éventails, les Chinois adoptèrent les plumes de Faisan. Voici à quelle occasion: « L'empereur Kao-tsong (650-683 après Jésus-Christ), ayant
entendu le cri de bon augure d’un Faisan, fit faire des
écrans ayant la forme de la queue du faisan », dit un ancien
1 Blondel, Histoire des éventails chez tous les peuples et à toutes
les époques, Paris, 1875. Les figures 87,88 et 89 sont empruntées à cet
ouvrage.
auteur chinois. Ces écrans garnis de manche d'ivoire, ajoute M. Blondel, étaient ceux que l’on agitait aux côtés des souverains. Un poète chinois les mentionne en ces termes : «Je vois encore s’agiter les éventails en plumes de Faisan, pareils à de légers nuages, »