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EXPORTATION ET IMPORTATION. — PRINCIPAUX MARCHÉS ET PRIX DE REVIENT

Dans un très remarquable rapport adressé à M. le Ministre de l'instruction publique, à l’occasion du Congrès ornithologique de Vienne (Autriche), en 1884, M. Oustalet, aide-naturaliste au Muséum de Paris, signale, avec l'autorité qui lui est propre, les vides qui se sont faits dans la Faune ornithologique de tous les pays. Il fait ressortir que la destruction en masse de certains oiseaux résulte de l'importance que n’a cessé de prendre, tant en France que dans les autres pays de l’Europe, l’industrie de la plume employée à la parure, ou aux usages domestiques. C’est pour donner satisfaction aux besoins d’un luxe toujours croissant que, ces années dernières encore, nos marchés furent inondés de milliers de dépouilles de Trochilidés, expédiées du Mexique, du Brésil, du Pérou, de l’Équateur et de la Colombie.

Quoique toujours considérables, ces envois ont un peu diminué depuis que les républiques du Sud de l’Amérique ont, sinon prohibé, du moins réglementé la chasse aux oiseaux-mouches sur l’étendue de leurs territoires respectifs. Cependant, chaque semaine, il s’en vend à Londres des

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quantités considérables aux enchères. On en a vu vendre 10.000 en une seule séance, pendant laquelle furent adjugés

25.000 Perroquets, 17.000 Martins-Pêcheurs et 10,000 Aigrettes. C’est l’Aigrette qui fournit les jolies plumes «en aigrettes» dont on orne les chapeaux des dames. On aura

une idée des bénéfices que peut réaliser l’industrie de ce genre quand on saura que le kilogramme d’aigrettes revient, en moyenne, tous frais payés, à 400 ou 450 francs. Or, il.

vaut dans le commerce 2500 francs. En certaines années

même où la mode porte les dames vers cette parure, il atteint

3000 et au delà. Aujourd’hui même la belle aigrette coûte

150 francs l’once, c’est-à-dire près de 5000 franes le kilo=

gramme.

« Dans les mêmes envois, dit M. Oustalet, figurent égale-

ment des centaines de Tangaras, des Sucriers, des Manakins, des Couroucous resplendissants, des Toucansau bec énorme, à la gorge jaune ou à la poitrine ornée d’une large ceinture,

des Perruches multicolores, des Cassiques bronzés ou pour-

prés, des Hérons-aigrettes, des Colombes, des Tinamous, des Colins, et même des Engoulevents aux teintes modestes. »

Comme on le voit par cette énumération rapide et qui peut-être n’est plus complète aujourd’hui, l'Amérique est

un dés pays de production les plus riches, en ce qui con

cerne les oiseaux aux brillants plumages.

D’autres pays nous font des envois à peu près aussi nom= breux et non moins remarquables. L’Asie méridionale et les îles avoisinantes nous fournissent «des Brèves au capuchon noir, aux ailes ornées d’une plaque d'émeraude, à la poitrine verte ou rouge, des Barbus aux couleurs tranchées, des

Loriots jaunes, des Perruches à tête rose, des Paons, des Coucous, des Guépiers, des Martins-Pécheurs. » |

De la Nouvelle-Guinée viennent les Paradisiers, Les marchands indiens leur arrachent les pattes, d’où est venu à

ces oiseaux le nom de Paradisiers apodes. Les espèces les

Là

plus fréquemment utilisées sont le grand et le petit Emeraude, le Paradisier rouge, le Paradisier orangé, le Manucode, le Paradisier superbe, le grand Promerops, la Pie de. paradis, le Multifil, le Promefil, le Sifilet à gorge dorée. La dépouille des Paradisiers est très recherchée ; une belle peau de mâle adulte, payée par la mode parisienne jusqu’à 100 franes, vaut, pour les naturalistes, quand il s’agit de certaines espèces, jusqu’à 400 et 500 francs.

Les navires apportent également les Rolliers, les Cotingas et quantité d’autres petits Passereaux.

On peut estimer, dit M. E. Dubois, à 1.500.000 individus, le nombre de petits oiseaux importés annuellement en France et en Angleterre, et, parmi eux, il y a plus de 250.000 Colibris. L’importation en a surtout augmenté en grande proportion, depuis que les chapeaux des femmes sont garnis d'oiseaux montés. Mais la branche la plus importante de ce commerce est la vente des plumes DrApgEen dites.

L'Allemagne exporte annuellement pour 19 millions de marks de plumes de parure travaillées.

En Angleterre, à Londres, il se tient, chaque mois, des ventes publiques de plumes et de dépouilles d'oiseaux.

En. 1883, les importations en Angleterre montaient à 94.179.000 francs se décomposant ainsi : plumes 50.298.000 francs. Dépouilles : 3.881.000 francs; sur lesquels 25.288.000 francs furent réexportés. L’Inde seule avait envoyé pour 30 millions de francs de plumes et de dépouilles.

De l'Afrique tropicale nous sont expédiés les Soui-Mangas, les Pintades, les Touracos, les Tisserins, les Merles bronzés ; des régions polaires, les Lagopèdes ou Perdrix de neige, les Chouettes blanches, les Goëlands, les Hirondelles de mer et les Sarcelles; du plateau central de l’Asie et de la Chine, les Lophophores et diverses espèces de Faisans.

Chez nous-mêmes, on prend les Mouettes, les Perdrix, les

Pigeons, les Coqs, les Pies, les Geais, les Hibous et même de petits Passereaux. |

« J’ai vu, dit M. Oustalet, chez quelques marchands parisiens, le plancher de vastes magasins littéralement jonché de Pigeons, appartenant à une ou deux espèces seulement, et je sais, de source certaine, qu’un négociant a reçu, en une seule année, plus de cent mille merles bronzés de l'Afrique occidentale. »

Quant aux Pies : «Ce n’est plus par individus ni par paires qu'onles vend, mais par cent, lisait-on, en 1874, dans le Courrier de l'Ain. Le cent d'Agasses vaut 40 franes, la plus grande partie de leurs plumes est expédiée aux modistes de Paris. »

Même guerre acharnée est faite aux Geais à cause des belles plumes bleu céleste qu’ils portent aux ailes, aux Rapaces nocturnes et aux Engoulevents à cause de leur livrée aux teintes harmonieusement fondues. Il n’est pas jusqu'aux Hirondelles, oiseaux autrefois respectés, dont on ne fasse des tueries tellement exagéréees, que, ces années dernières, des ballots entiers de ces malheureux oiseaux ont pourri dans les magasins avant d’avoir pu être employés à orner les chapeaux de nos mondaines. ;

Les oiseaux dont la dépouille est utilisée pour fabriquer des manchons ou pour border des manteaux ne sont pas moins maltraités partout où ils se rencontrent. Les Grêbes,

particulièrement, sont l’objet de constantes poursuites , ‘4

M. Buvry a estimé à 40.000 le nombre des dépouilles de ;. Grèbes huppés et de Grèbes oreillards qui avaient, en 1857,

été exportées de nos possessions africaines, pour étre, en ;

grande partie, expédiées en Russie. Pour le duvet des uns,

pour les belles plumes des autres, on tuait des quantités de

Hérons, de Cygnes, de Canards, d’Oies sauvages sur les bords marécageux du lac Fezzara.

Parmi les oiseaux de mer, les Goëlands, les Mouettes et les

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Sternes sont d'autant moins épargnés qu'on peut les chasser, en tout temps, sur nos côtes. Même fureur de destruction à l'égard des Eiders, du moins dans plusieurs contrées de l’Europe boréale où la chasse n’est pas refrénée par des mesures de protection.

Aux observations qui précédent et dont nous avons tiré la substance du rapport très complet de M. Oustalet, nous joindrons quelques renseignements complémentaires au sujet des pays de provenance et des principaux marchés qui nous procurent les plumes employées à la parure ou au ménage.

Pays de provenance et principaux marchés. — Nous avons déjà parlé de l’Autruche d'Amérique qui nous fournit les plumes dites de Vautour. Elle est cantonnée dans les Pampas de l’Amérique méridionale, et principalement aux abords du fleuve du Parana, jusqu’à la Patagonie inclusivement. Le point central du commerce des plumes de cet oiseau est Buenos-Ayres.

Le Caucase et la Sibérie, l'Inde, le Sénégal et la Guyane nous fournissent les Aigrettes du commerce. La grande Aigrette se trouve, en plus ou moins grande quantité, presque partout dans le monde connu. La petite Aigrette, au contraire, est surtout répandue en Asie; on la voit parfois dans le midi de la France.

Les Eiders nous viennent de Laponie, d'Islande de Norwège, du Spitzberg, du Groenland, du pays des Esquimaux, de Terre-Neuve, du Haut-Canada. Les trois principales espèces sont l’Æider commun, dont la femelle est roussâtre ;

lÆider superbe, plus petit, dont la femelle est brun rouge

clair ; l’Æider de Steller, encore plus petit, qui est d’un brun roux. Les Eiders de Norwège et d'Islande sont protégés par les lois; ceux de Laponie, du Spitzberg et de l’Amérique du Nord sont, au contraire, décimés sans mesure.

Aussi, le duvet du Spitzherg qui s’expédiait jadis par

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quintaux, ne s’envoie plus maintenant que par livres. Du

Groenland, on expédie encore, chaque année, plusieurs mille livres d'édredon. La plus grande quantité de duvet brut qu'on ait exportée, en un an, du sud du Groenland est de 9007 livres. Le nord du Groenland n’en produit environ que la moitié. On compte, en moyenne, douze nids pour faire une livre d’édredon. On a donc ainsi enlevé, en un an, à

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