Saint Paul, première épître aux Corinthiens, ch. XIII
COUPS SPÜUTUEL. 105
la création, et mettre l’arbitraire à la place de la justice. Obligée de choisir, l’Eglise opta pour ce dernier parti, / comme moins compromettant. Saint Augustin tranche résolument la question. Une autre difficulté se présentait encore sur la résurrection de la chair reculée au jour du jugement dernier. Pendant l’intervalle, comment les damnés et les Ames du purgatoire pourraient-ils souffrir des tourments corporels? Quelques-uns n’admirent pour ce temps que les souffrances de l’Ame ; il y en eut d’autres qui attribuèrent à l’Ame une forme nouvelle et transitoire, semblable à celle dont les anciens revêtaient les mènes. Dante ne put composer sa Divine Comédie qu’avec cette hypothèse1. Les corps lui furent aussi nécessaires pour expliquer la jouissance des élus.
Quelque inacceptables que nous paraissent aujourd’hui ces systèmes de l’origine et de la destinée, non pas en euxmêmes, mais tels qu’ils ont été entendus, nous devons
j. Voici l'analyse que présente à ce sujet M. Ozanam dans son bel ouvrage sur le poêle florentin :
« La souffrance physique suppose l’existence des sens qui semblent à l’auteur ne se point concevoir séparés de leurs organes. Ainsi, avant que la résurrection générale ait rendu aux réprouvés la chair en laquelle ils se polluèrent autrefois, des corps provisoires leur sont donnés; ombres si on les compare aux membres vivants qu’ils remplacent, et pourtant réalités visibles; ne déplaçant pas les ohjels étrangers qu’ils rencontrent, et dérobant l'aspect de ceux devant lesquels ils s’interposent ; vanités en eux mêmes, mais donnant prises aux tortures. « (Dante, De lu philosophie catholique au treizième siècle, p. 111.)-
Kn ce qui touche le purgatoire, voilà encore comment s’exprime le même auteur, toujours d’après le poêle :
« Ceux «lui peuplent ccs régions mélancoliques s'y montrent revêtus des corps subtils dont on a déjà expliqué la formation, corps impalpables, échappant à qui les veut embrasser, n’interceptant point la lumière et toutefois organisés pour que la souffrance soit possible au dedans et visible au dehors, h Ouvrage cité, p. I1G )
RÉVÉLATION PROGRESSIVE
croire , puisque Dieu a plus particulièrement inspiré le christianisme, qu’ils étaient dans la nécessité de l’époque où ils ont été émis. Si le Christ n’avait renfermé dans son enseignement la croyance prochaine au jugement deruier et à la résurrection de la chair, la nouvelle religion eûtelie si facilement converti les Gentils? la foi eût-elle été assez ardente pour engendrer le même nombre de martyrs? L’homme à ce moment solennel n’avait-il pas besoin d’être dompté par une crainte présente et aiguillonné par un espoir prochain? Ne sont-ce pas ces promesses et ces menaces, toujours présentes, toujours renouvelées, qui ont contribué à donner aux vierges le courage de la chasteté, aux plus fragiles la force contre les clous brûlants, contre les dents des bêtes féroces? n’ont-elles pas aussi contribué à mettre enfin la charité dans le cœur môme des bourreaux? Que pourrait-on reprocher à la parole divine? un mensonge! Ah ! c’était une désolante vérité. Oui, si le Christ n’était pas venu révéler aux hommes la loi de l’amour, l’enfer devenait une réalité pour la terre; notre séjour inondé de vices et de débauches serait indéfiniment demeuré dans sa fange, et tout habitant qui en sortait à la mort ne pouvait revendiquer qu’une position inférieure dans la création. La révélation est successive, puisqu’elle découle de la faculté médiatrice de Dieu, c’est-à-dire du ministère de ses envoyés et de ses anges; elle s’accommode au temps et progresse avec l’humanité, comme le dit formellement saint Augustin : Ab eo dantur ( prœcepta ) qui solus novit congruentcm suis temporibus generihuma.no exhibere medicinam. « Les préceptes sont donnés par celui-là seul qui sait appliquer au genre humain les remèdes convenables aux diverses époques de son développement »