‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 101 sur 193 · SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN

connaîtrons aussi bien que nous sommes connus de lui 1. Le christianisme recula épouvanté devant les deux extrêmes de l’enfer et du paradis. Combien peu, au sortir de la terre, seraient assez purs pour le ciel! Ah! que la foule des damnés serait grande encore ! L’Eglise adopta le dogme du purgatoire, dont l’Évangile ne parle pas. Mais l’existence du purgatoire est passagère; à un moment solennel dans la création et appelé le jugement dernier, Dieu prononcera une sentence définitive; il n’y aura plus alors que deux absolus immuables : l’enfer, le ciel. D’après Moïse et toutes les cosmogonies, tous les astres ont ôté faits pour la terre; en dehors de la terre, il n’y a rien que Dieu et les anges doués d’une nature immatérielle. Donc, après la vie de la terre tout est fini pour le mérite et la liberté. Une fois l’épreuve parcourue, il n’y a plus d’espérance si on a choisi le mal. Et les enfants morts au berceau ou avant l’âge de discernement, que deviennent-ils? S’ils sont morts sans baptême, ils portent la tache ineffaçable du péché originel; selon quelques théologiens ils brûlent éternellement; selon d’autres, ils sont affranchis de la peine des damnés, mais privés à jamais du bonheur; le baptême dépendait-il donc de leur volonté ? S’ils sont morts baptisés, ils sont heureux avec les élus; pourquoi? La difficulté ici n’était pas moins grande. Dire qu’ils obtenaient le ciel en vue des mérites qu’ils auraient conquis en vivant sur la terre, c’était singulièrement établir la domination de la prescience divine sur le libre arbitre de l’homme, c’était fournir aux fatalistes un redoutable argument. D’un autre côté, dire qu’ils étaient heureux parce que Dieu voulait les sauver indépendamment de leurs mérites; c’était détruire la loi générale de

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