Paling. soc., p. <J
2. Esquisse de sa philosophie, terminée en 1847, imprimée seulement en 1850, à cause des événements politiques.
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qui ne connaîtraient pas ce livre à le lire tout entier. Nous ne pouvons ici qu’en donner de courts extraits :
«Peu de créatures savent choisir entre ces deux extrêmes : ou rester on partir, ou la fange ou le ciel. Chacun hésite. La faiblesse commence l’égarement , la passion entraîne dans la mauvaise voie; le vice, qui est une habitude, y embourbe; et l’homme ne fait aucun progrès vers les états meilleurs. Tous les êtres passent une première vie dans la sphère des instincts où ils travaillent à reconnaître l’inutilité des trésors terrestres après s’être donné mille peines pour les amasser. Combien de fois vit-on dans ce premier monde avant d'en sortir préparé pour recommencer d’autres épreuves dans la sphère des abstractions où la pensée s’exerce en de fausses sciences , où l’esprit se lasse enfin de parole humaine ; car la matière épuisée, vient l’esprit. Combien de formes l’être promis au ciel a-t-il usées avant d'en venir à comprendre le prix du silence et de la solitude dont les steppes étoilés sont le parvis des mondes spirituels! Après avoir expérimenté le vide et le néant, les yeux se tournent vers le bon chemin. C’est alors d’autres existences à user pour arriver au sentier où brille la lumière. La mort est le relais de ce voyage. Les expériences se font alors en sens inverse ; il faut souvent toute une vie pour acquérir les vertus qui sont l’opposé des erreurs dans lesquelles l’homme a précédemment vécu. Ainsi vient la vie où l’on souffre, et dont les tortures donnent soif de l’amour. Ensuite la vie où l’on aime et où le dévouement pour la créature apprend le dévouement pour le Créateur, où les vertus de l’amour, ses mille martyres, son angélique espoir, ses joies suivies de douleurs, sa patience, sa résignation, excitent l’appétit des choses divines. Après, vient la vie où l’on cherche dans le silence les traces de la parole, où l’on devient humble et charitable. Puis la vie où l’on désire. Enfin , la vie où l’on prie. Là est l’éternel midi, là sout les fleurs, là est la moisson! Les qualités acquises et qui se développent lentement en nous sont les liens invisibles qui rattachent chacun de nos existers l’un à l’autre, et que l’âme seule se
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rappelle, car la matière ne peut se ressouvenir d’aucune des choses spirituelles. La pensée seule a la tradition de l'antérieur. Ce legs perpétuel du passé au présent et du présent à l'avenir, est le secret des génies humains : les uns ont le don des formes, les autres ont le don des nombres, ceux-ci le don des harmonies. Ce sont des progrès dans le chemin de la lumière. Oui, qui possède un de ces dons touche par un point à l'infini. La parole, de laquelle je vous révèle ici quelques mots, la terre se l’est partagée, l’a réduite en poussière et l’a semée dans ses œuvres, dans ses doctrines, dans ses poésies. Si quelque grain impalpabie en reluit sur son ouvrage, vous dites : « O ci est grand, ceci est vrai, ceci est sublime! » Ce peu de che.,e vibre en vous et y attaque le pressentiment du ciel. Aux n.is la maladie qui nous sépare du monde, aux autres la solitude qui nous rapproche de Dieu; à celui-ci la poésie; enfin, tout ce qui vous replie sur vous- même, vous frappe et vous écrase, vous élève ou vous abaisse, est un retentissement du monde divin. Quand un être a tracé droit son premier sillon , il lui suffit pour assurer les autres; une seule pensée creusée, une voix entendue, une souffrance vive, un seul écho qui rencontre eu vous la parole, change à jamais votre âme. Tout aboutit à Dieu; il est donc bien des chances pour le trouver en allant droit devant soi.
« Quand arrive le jour heureux où vous mettez le pied dans le chemin et que commence votre pèlerinage, la terre n’en sait rien, elle ne vous comprend plus, vous ne vous entendez plus, elle et vous. Les hommes qui arrivent à la connaissance de ces choses, et qui disent quelques mots de la parole vraie, ceux-là ne trouvent nulle part où reposer leur tète, ceux-là sont poursuivis comme bêtes fauves et périssent souvent sur des échafauds à ,1a grande joie des peuples assemblés, tandis que les anges leur ouvrent les portes du ciel. Votre destination sera donc un secret entre vous et Dieu ; comme l’amour est un secret entre deux cœurs , vous serez le trésor enfoui sur lequel passent les hommes afTamés d’or, sans savoir que vous êtes là. Votre existence devient alors incessamment active; chacun de vos actes a un sens qui se
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rapporte à Dieu, comme dans l’amour vos actions et vos pensées sont pleines de la créature aimée; mais l’amour et ses joies, l’amour et ses plaisirs bornés par le sens, est une imparfaite image de l’amour infini qui vous unit au céleste fiancé. Toute joie terrestre est suivie d'angoisses, de mécontentements; pour que l'amour soit sans dégoût, il faut que la mort le termine au plus fort de sa flamme, vous n’en connaissez alors pas les cendres; mais ici Dieu transforme notre misère en délices, la joie se multiplie alors par elic-mème; elle va croissant et n’a pas de limites. Ainsi dans la vie terrestre l'amour passager se termine par des tribulations constantes, tandis que dans la vie spirituelle, les tribulations *1 en jour se terminent par dès joies infinies. Votre âme est incessa ment joyeuse. Vous sentez Dieu près de vous, en vous; il donne à toute chose une saveur sainte, il rayonne dans votre âme, il vous empreint de sa douceur, il vous désintéresse de la terre pour vous-mêmes, et vous y intéresse pour lui-même en vous laissant exercer son pouvoir. Vous faites en son nom les œuvres qu'il inspire : vous séchez les larmes, vous agissez pour lui, vous n’avez plus rien en propre, vous aimez comme lui les créatures d’un inextinguible amour; vous les voudriez toutes en marche vers lui , comme une véritable amante voudrait voir tons les peuples du inonde obéir à son bieu-aimé.
« La dernière vie, celle en qui se résument les autres, où se tendent toutes les forces et dont les mérites doivent ouvrir la porte sainte à l’être parfait, est la vie de la prière. Qui vous fera comprendre la grandeur, les majestés, les forces de la prière?
« Que ma voix tonne dans vos cœurs et qu’elle les change. Soyez tout à coup ce que vous seriez après les épreuves! Il est des créatures privilégiées,, les prophètes, les voyants, les messagers , les martyrs, tous ceux qui souffrirent pour la parole ou qui l’ont proclamée; ces âmes franchissent d’un bond les sphères humaines et s'élèvent tout à coup à la prière. Ainsi de ceux qui sont dévorés par le feu de la foi. »
CONSTANT SAVY