MADAME DE GASPARIN
Mieux vaut regretter toujours que d’être ainsi consolé. » L'amerment d es larmes , quand c’est un racheté qu’on pleure, la voilà presque tout entière; perdu pour moi, le fût-il dans la sérénité des cieux, je pleurerai. Si vous voulez relever mon âme, dites-moi qu’il vit, que c’est bien lui, que je le reverrai; que je l'aimerai d'un amour entièrement soumis à Dieu, tirant de lui toutes sés flammes (aucun autre ne me satisferait); dites-moi que mon individualité ne meurt pas, ni ma mémoire; dites-moi que la mort c’est la vie, que ce n’est pas la catalepsie, que ce n’est pas l’anéantissement ; alors mon front se tourne vers les cieux alors mes jointures se raffermissent; alors je poursuivrai mon pèlerinage. Mais annihilé, mais réduit à l’état de zéro flamboyant, si vous me dites cela, je reste foudroyé. »
« Debout, frère chéri, donnons-nous la main, c’est vers le ciel que nous marcltons. Otez-moi l’cternité désaffections, donnez-moi des enfants, une femme, un père à aimer, avec la condition que c’est pour le temps; prouvez-moi que le cercueil se ferme sur nos tendresses, comme il se ferme sur nos corps, à cette différence près que la terre me rendra le corps, et ne me rendra pas les tendresses, je vous déclare que je les aimerai en égoïste, en matérialiste, rien de plus. Oui, il y a des familles là-haut, unies d’un lien indissoluble, aimant d’un plus solide amour que ne le connut jamais la terre. »
Vient ensuite la grande et difficile question de la résurrection du corps. Écoutez la réponse :
c 11 y a des gens qui font bon marché du corps; je ne suis pas de ceux-là.
« Résignation facile tant qu’il s’agit de nous-mêmes; douleur amère, quand il s’agit d’un être chéri.
« Vous nous appelez matérialistes. — La chair! murmurent vos lèvres dédaigneuses. Ces restes, que suit notre cœur, vous les rendez à la poussière sans regret; point de place pour eux dans votre ciel où vont errant des ombres impalpables, « Qu’an-