MADAME DE GASPARIN
un. S’absorber dans l'unité, ou pâlir jusqu’à l’anéantissement, ce m’est tout un.
« Rester impassible, l'ensemble de mes facultés dans une seule; l’adoration, identique chez tous; cela est si contraire à ce que j’ai connu, si opposé à ce que Dieu met en moi, que mon être entier s’en trouve révolté, attristé, je subis pourtant ce ciel-là. »
Après avoir exhalé ces plaintes coatre le paradis imaginé * par les hommes, le sage, le poète, le croyant se réveille et s’écrie :
« Béni soit mon Dieu, il a compris l’esprit autrement. Son paradis, j’en connais les bords; et de ces bords émergent tant de clartés ardentes, que mon cœur brûle en moi. Son paradis, je m’y retrouve, perfectionné, sanctifié, avec mon âme, avec mes affections, avec mes souvenirs. Son paradis, oh! qu’il est plus simple et plus splendide, à la fois plus grand et plus voisin de moi. La vie dans le définitif, l’individualité dans l’harmonie! C’est mon pays, ce n’est pas une terre étrangère; c’est la maison de mon père, ce n’est pas le temple d’une divinité indifférente. Je n’y vois pas errer des fantômes uniformes, j’y rencontre mes frères, mes bien-aimés. Ah ! voilà le bonheur qu’il me fallait. Je veux émigrer vers cette contrée; l’apercevoir de loin me doune du courage; là, je me reposerai, comme on se repose dans le logis du père, en le servant ; aller dans votre ciel me donne le frisson; y voir aller mes proches m’accable de tristesse; ce n’est ' un bonheur ni pour eux ni pour moi ; je 11e parviens pas à me consoler. « La superstition, hôte des âmes crédules comme des esprits timorés, crée aussi son paradis; elle y transporte volontiers les passions de la terre. Le ciel légendaire a ses côtés burlesques; il a ses profondeurs effrayantes; il a des joies d’un éclat blafard... » Imaginations désolantes, désolées, non, vous n’ètes pas le ciel de mon Dieu.... « Que sont les déchirements de la séparation, au prix des joies mensongères de son paradis?