CALLET
existe, on ne comprend plus rien en l’autre monde que les blasphèmes des damnés.
« Mais s’il existe, cet enfer, à quoi bon le purgatoire? Est-ce que les protestants n'ont pas sagement fait de l’abolir? Pour qui peut croire à cet enfer, qu’est-ce que cent ans, mille ans, mille siècles de purgatoire? cela finit et l’enfer ne finit pas. On ne compte donc plus les siècles et les milliards de siècles de pénitence; on les oublie. A la vue de cet enfer sinistre, où la miséricorde est inconnue, la souffrance inutile, la justice une énigme, le purgatoire devient presque un paradis; on voudrait être sûr d’y aller; les châtiments qu’on y subit, tout longs qu’ils soient, tout rigoureux qu’ils soient, on ne les redoute plus; on les convoitise. De sorte que la punition la plus terrible que l’on puisse concevoir demeure sans effet sur les âmes perverties par l’image d’une punition sans raison ni justice apparentes. Ces pauvres âmes effarées, ahuries, stupéfiées, sont entraînées sans le vouloir à offenser Dieu de deux manières : premièrement, en craignant sa vengeance; secondement, en ne craignant pas sa justice. L’idée des châtiments inefficaces et des douleurs sans fruit, toute monstrueuse, toute haineuse, toute fausse qu’elle soit, à en juger humainement, rend inutile l’idée des châtiments puissants et des salutaires douleurs, toute belle, toute claire, toute naturelle et toute divine qu’elle soit.
« Dieu est justice et miséricorde tout ensemble, et indivisiblement. 11 y a toujours un fonds de miséricorde dans les actes de sa justice, et un fonds de justice dans les actes où n’apparaît que sa miséricorde.
« On ne peut dire, sans l’offenser, qu’il soit, à l’égard des uns, miséricordieux sans justice, et, à l’égard des autres, juste sans miséricorde. Cela n’est vrai ni dans le temps, ni hors du temps. Dieu est juste envers les élus, lorsqu’il les couronne, car si leur salut était gratuit, et l’effet d’une complaisance particulière, une faveur, non une récompense, la punition des pécheurs serait inique. Il y a donc dans la gloire des bienheureux autant de justice que de miséricorde.