‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 174 sur 193 · REJET DE L'ENFER ÉTERNEL · texte numérisé non relu

REJET DE L'ENFER ÉTERNEL

des fleurs, qu’éclate tout à coup dans le moment de la plus folle joie un cri d’horreur et de désespoir, qu’un spectacle affreux apparaisse, que là tout près une maison en feu menace d’engloutir des malheureux qui implorent du secours, soudain la fête se tait, les cœurs se serrent, les plus généreux s’élancent pour disputer la proie à l’incendie; et, soyons-en sûrs, en quittant le bal, il y aura des femmes qui laisseront tomber un de leurs diamants dans la main de ceux qui n’ont plus d’asile.

* Voilà ce que nous faisons encore sur la terre, et ce mouvement est bon en nous, il ne nous égare pas. Que ferez-vous donc à vos élus pour les changer ainsi, pour exalter leur égoïsme jusqu'à la barbarie? Oh! s’il en est ainsi, plutôt que de haïr ceux que j'aime, plutôt que de rester insensible à vos souffrances, ô ma femme, ô mes parents, ô mes amis ; j’aimerais mieux partager votre sort, et je dirais à Dieu : Gardez, gardez, Seigneur, pour d’autres dont je n’envie pas le cœur, les joies éternelles de votre paradis; je veux être avec le malheur et la souffrance; je ne veux pas acheter vos faveurs au prix de mes sentiments, de mon amour, de ma vie. Ces affections que vous m’avez données, je ne puis m'en détacher. Ces êtres si chers que vous avez mis sur mon passage, je ne puis goûter la joie où ils seraient absents; le plus grand mal pour moi serait de ne plus aimer.

« Le croirait-on, pourtant? il y a eu des hommes qui ont enseigné que les élus verraient augmenter leur bonheur par le spectacle du supplice des réprouvés, et n’auraient pour eux aucune compassion *. Impitoyables théologiens! vous l’avez pensé, vous l’avez écrit, et votre plume ne s’est pas brisée d’horreur entre vos doigts, quand vous composiez ces pages, qui vous déshonoreraient si on les imputait à votre cœur, et s’il n’était pas plus vrai de les attribuer à l’égarement de votre foi !

J. Somme théologique de saintThomas, part. IIIe: « Les élus en jouiront, en ce sens, qu’ils sc sentiront exempts de tortures, et que, d’un autre côté, toute compassion sera morte en eux, parce qu’ils admireront la justice divine. » C’est aussi l’opinion de saint Dernard. ( Traité de l’amour de Dieu , ch. XIV, n° 40.)

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