REJET DE L'ENFER ÉTERNEL
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loin de s’effacer, peu à peu, une existence aussi positive, aussi immanente que le bien.
« Comment nous a-t-il aimés, s’il nous a soumis à des épreuves dont le grand nombre ne triompherait jamais? Pour ceux-ci, la création n’est pas une œuvre d’amour, elle est une œuvre de colère.
« Enfin, nous avons reconnu en Dieu l’existence d’une faculté médiatrice et vivante, par laquelle il a des rapports avec sa création, par laquelle il conçoit le temps et l'espace et sort de son absolu pour agir dans le relatif. Dieu intervient par les miracles dans le monde physique, par la grâce dans le monde de la volonté, par la révélation dans le monde de l'intelligence. La combinaison de ces moyens constitue la Providence, c’est-à-dire le gouvernement divin des innombrables sociétés que le créateur a placées sur les astres dont il a fait leur domaine. Dieu, agissant ainsi dans le temps par rapport à ses créatures, le péché n’a jamais rien d’immuable, n’a jamais de valeur infinie à ses yeux, puisqu’il peut être effacé par l’expiation et le repentir.
« Chimérique absolu de la béatitude, absolu plus chimérique encore de la damnation, disparaissez donc à jamais et ne souillez plus de votre imposture la théologie de l’avenir ’.
« Je rejette aussi sans hésiter la métempsycose enseignée dans l’Inde et dans l’école de Pythagore. L’animal n’a pas une véritable liberté; or, sans liberté, la personnalité s’évanouit. Pour l’animal, il n’y a ni mérite ni démérite; le passage de l’âme dans des corps de bêtes serait donc une expiation sans but*.
« Je rejette de la même manière tout système de métempsycose terrestre, qui lierait éternellement l'âme à des corps humains,
1 . Consultez aussi sur eette question nos traités De l’origitie du mal, n01 l 4 , 15, 10; De la destinée de l'homme, 02, 93, 94, 95, 9G, 97, 98, 99, 100; l 'Essai sur Origine, p, 101, 102, 103 de l'Exposé d'un nouveau système, etc.
2. Lisez la réfutation de ce système dans l'Essai sur le dogme de la métempsycose, nos 5 et ü, p. 111, 112 et 1 1 4 de l’Exposé d’un nouveau système, etc,
DE LA VIE FUTURE
sans cesse renouvelés. Car, dans ce système aussi la personnalité disparaît avec l’absence du souvenir. Le sentiment de l’identité s'efface, puisqu'il y aurait à chaque fois anéantissement de l'ôtrc ancien et formation d’un être nouveau, l’essence, quoique identique, n’ayant pas conscience de cette identité. D’un autre côté, celte hypothèse n’ouvre pas un champ assez indéfini aux châtiments et aux récompenses. Enfin, toutes nos affections sont détruites par la mort, dès que nous ne devons jamais reconnaître ceux que nous avons aimés L
« Nous avons détruit, il faut édifier. Nous avons nié l’erreur, affirmons la vérité.
« L’ètre fini, par opposition avec l'être infini, est perpétuellement soumis au changement. L’instant actuel résulte de celui qui précède, et l’instant qui suivra se déduira du présent. Ainsi, la vie terrestre, si on adopte l’hypothèse de la préexistence, a sa raison d'être dans l'existence précédente, et la vie future sera la conséquence de l’existence actuelle. Or, sous le rapport de la morale et de la sanction, les états de l'âme, en quittant une terre quelconque, peuvent être de trois sortes. Le bien a triomphé, le mal a prévalu, ou enfin le bien et le mal se sont tenus pour ainsi dire en balance égale. Si le bien a vaincu, l’âme reçoit une récompense proportionnelle à ses mérites. Sa volonté devient plus forte et plus indépendante de3 influences matérielles, son intelligence s’agrandit, son amour trouve plus de satisfactions; ses rapports avec le monde physique sont meilleurs, soit que la matière pèse moins sur elle, soit que cet organisme lui-même acquière des sens nouveaux ou mieux perfectionnés *. « A. chaque progrès, l’âme a une vue plus nette, plus distincte de Dieu ; elle
1 . Ce système formulé par Pierre Leroux dans son livre de l'Humanité a été combattu dans le traité De la destinée de l'homme , nos G5 à 78, p. 35 à 42, 8G, 87 et 1G8 de l 'Exposé d'un nouveau système, etc.
2. Consultez noire traité De la nature et de ta destination des astres. Nous y exposons nos idées sur la vie future et la progression des mondes, p. 145 et suiv, de l’Exposé d'un nouveau système, etc.
DE LA VIE FUTURE
s'approche de la céleste attraction qui l’entratne sûrement au bien , sans toutefois la nécessiter. Plus l’âme connaît Dieu , plus elle l’aime; elle s’élève toujours à lui par un choix volontaire, par un libre mouvement, sans que la déchéance soit possible. Mais, dans cette ascension progressive, Pâme n’atteint jamais l’absolu; ses mouvements varient du moins au plus, le temps ne cesse pas pour elle; il y a entre le Uni et l’infini assez de distance pour que les siècles des siècles ne puissent parvenir à la combler. En se dégageant peu à peu des liens matériels qni obscurcissent l’esprit, l’âme retrouve son passé par le souvenir complet de ses modifications, et ce n’est pas la moindre de ses joies de se rappeler ses épreuves, ses triomphes, ses chutes, dont elle s'est relevée, et les influences quelle a eues sur les destinées des mondes qu’elle a successivement parcourus. Quel bonheur de reconnaître dans la vie future ceux qu’on a tant aimés, avec lesquels on a marché dans les diverses stations du ciel, de ne plus se quitter désormais, de s’avancer ensemble et de concert avec Dieu, unis de volonté, d’intelligence et d'amour. Le mérite est constant, la liberté est maintenue, l’identité persiste, le progrès est assuré, la créature conserve la mobilité et la vie n’est pas absorbée en Dieu dans une trompeuse béatitude.
« Si le mal a prévalu, le changement a lieu en sens inverse. L’âme est amoindrie dans toutes ses puissances , punie dans toutes ses facultés. Soumise à des liens matériels plus lourds, à des milieux moins harmoniques avec son organisme, elle voit en même temps s’obscurcir les lumières de sa raison. Sa volonté est plus faible et plus fragile, aisément dominée par les influences du dehors; son intelligence est le plus souvent en proie à l’erreur; son sentiment, oubliant de plus en plus l’unité, laisse diminuer peu à peu la charité et la sympathie, et se renferme dans son égoïsme. L’âme, en allant habiter ce monde inférieur, y porte la marque non équivoque de sa dégradation ; elle y revêt une nature déchue, elle prend place dans une espèce corrompue; dans ce monde, elle perd le souvenir, si déjà elle l avait conquis, et cependant elle doit encore avoir le sentiment vague
DE LA VIE FÜTURE
et obscur de sa déchéance. Peut-être, dans cette malheureuse société, les traditions et les cosmogonies de tous les peuples contiendront-elles une trace confuse du péché d'origine qui souille chaque nouveau venu? Peut-être auront-elles un mythe pour exprimer la corruption de toute âme et de toute chair? Mais, perdus au milieu du ciel, avant laissé échapper de leurs mains le fil conducteur qui unissait leurs vies successives, ces tristes habitants se croiront tombés pour la première fois des nues à ce point précis du temps et de l’espace, et placeront le dogme de la déchéance sur le globe, qui est leur domaine, et à l'origine de leur histoire. Venus dans des milieux hostiles à leur organisation physique, ils s’imagineront qu’avant la faute de leur premier père, leurs corps devaient être immortels, et qu’un éternel printemps aurait régné sur leur globe. Les habitants de ce monde déshérité, si Dieu ne les prenait en pitié et ne les soutenait par sa grâce, seraient impuissants à faire le bien, parce que leur volonté est trop enchaînée aux plaisirs des sens; il est possible que cette société, trop éloignée de Dieu dont elle reçoit l’influence sans la sentir, commence par adorer tout, hormis le Créateur, déifiant le monde, les astres, la matière ou la bête, multipliant les dieux pour ne par en manquer. Dieu ne l'abandonnera pas. 11 lui révélera d’abord, sous le mythe obscur dont nous avons parlé, le péché de son origine, la dégradation ‘de sa nature; afin de la prémunir contre les tentations et les dangers, plus tard il fera retentir à ses oreilles des promesses d’immortalité. Il choisira spécialement un peuple dont il sera l’instituteur; puis un jour, au milieu de ce peuple, éclatera un miracle d’amour, la parole de Dieu se sera faite vivante parmi eux, et ce ne sera pas trop d’un grand et admirable sacrifice pour régénérer le globe déchu. Peu à peu ce globe se relèvera, et les signes de cette réhabilitation seront certains quand la société qui l’habite aura pris conscience de la place qu’elle occupe dans l’universelle harmonie; aura dégagé l’esprit de la lettre, compris le sens des mythes religieux, et possédera une théologie assez vaste pour reposer sa pensée.
DE LA VIE FUTURE
« Si je viens de tracer l’histoire de la terre, hélas! ne devonsnous pas frémir? Notre rang est bien inférieur. Notre planète a peu d'éclat dans la splendeur des mondes; tout nous démontre que notre nature est dégradée , et ce n’est pas en vain que les traditions de tous les peuples nous crient cette désolante vérité. Que d’efforts ne devons-nous pas faire! Combien ne devons-nous pas veiller sur les déterminations de notre volonté! La douleur, le mal moral, nous enveloppent de toutes parts. Si nous tombons, où irons-nous? Déjà si malheureux sur cette terre, tristes au moindre chagrin, accablés de la plus légère douleur, comment supporterons-nous des destins plus durs? Que ne nous faudrat-il pas souffrir avant de remonter? 11 y a des châtiments proportionnés à toutes les fautes, et dont l’intensité dépasse peut-être notre imagination; nous voudrions en vain le nier. Je ne chercherais pas à effrayer les autres, si je ne craiguais rien moimème. J’affirme hardiment, il est vrai, que cet enfer n’est pas étemel, que notre liberté y a toujours prise, ou ne peut descendre si bas qu’il n’y ait plus d’accès au repentir. J'affirme qu'il est impossible, môme à Dieu, de constituer pour l'homme l’absolu des tourments. Mais , quoique tout espoir ne soit pas ôté aux coupables, ne songeons pas sans effroi à notre fragilité d'icibas. Si le bien nous est actuellement si difficile, imaginonsnous quels incroyables efforts nécessitera notre réhabilitation dans les mondes inférieurs. La liberté entraîne le pouvoir d'un péché perpétuel; notre pensée ne doit-elle pas frémir de cette redoutable possibilité?
« J’aimfc mieux écarter cette idée et croire que là où le péché abondera, la grâce sera surabondante; et que, dans cette indéfinie évolution des siècles, le mal finira par disparaître de la création. Toutefois, môme en ne supposant pour quelques-uns qu’une réhabilitation partielle où le péché régnerait encore, les tourments des coupables ne seraient point éternels et infinis; il y aurait, comme sur la terre, qui est aussi le séjour de l’expiation, alternative de misère et de bonheur imparfait; et peutêtre, pour ces âmes, l’existence vaudrait toujours mieux que le