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CHAPITRE II

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La première objection que l’on adresse à notre système est celle que faisait déjà dans son Théophraste, Énée de Gaza, philosophe chrétien du quatrième et cinquième siècle de notre ère. Elle est tirée de l’absence de souvenir et on la formule ainsi : « Puisque vous enseignez, nous dit-on,

« que la vie humaine est une expiation de fautes anté- « rieures, cette expiation, pour être profitable à l’àme coûte pable, devrait exister avec le souvenir des péchés pour « lesquels on vient ici-bas : celui-là n’est pas puni, en effet,

« qui ne sait pas pourquoi il est puni. »

Nous avons déjà répondu dans le cours de ce travail, par la nature trop grossière de nos corps et la trop grande ma- , térialité de notre globe; allons plus loin et creusons plus profondément la question. Le séjour terrestre est moins une expiation pour les âmes qui ont déjà expié dans le monde spirituel qu’une épreuve nouvelle, ainsi que le dit si carrément Dupont de Nemours, ce prodigieux écrivain qui, au dix-huitième siècle, a devancé toutes les croyances modernes. Or, s’il en est ainsi, ne voit-on pas que le souvenir des vies antérieures, si toutefois il était possible autrement que par révélation avec nos corps pesants, générait extraordinairement les épreuves en leur enlevant la

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plupart de leurs difficultés et partant de leurs mérites, ainsi que de leur spontanéité? Nous vivons dans un monde où le libre arbitre est tout-puissant, loi inviolable de l’avancement et de l’initiation progressive des hommes. Si les existences passées étaient connues, l’âme saurait la signification et la portée des épreuves qui lui sont réservées ici-bas ; indolente et paresseuse, elle se roidirait quelquefois contre les desseins de la Providence et serait paralysée par le désespoir de les surmonter, ou bien, mieux trempée et plus virile, elle les accepterait et les accomplirait à coup sùr. Eb bien I il'ne faut ni l’une ni l’autre de ces positions. Il convient que l’effort soit libre, volontaire, à l’abri des influences du passé; le champ du combat doit être neuf en apparence pour que l’athlète puisse y montrer et y exercer sa vertu. L’expérience qu’il a précédemment acquise, les énergies qu’il a su conquérir lui servent pour la lutte nouvelle, mais d’une manière latente et sans qu’il s’en doute, car l’âme imparfaite vient dans ses réincarnations pour développer ses qualités manifestées déjà antérieurement, pour dépouiller les vices et les défauts qui s’opposent à la loi ascensionnelle. Qu’arriverait-il si tous les hommes se souvenaient de leurs vies antérieures? l’ordre de la terre en serait bouleversé ou du moins il n’est pas présentement fait dans ces conditions. Le Léthé comme le libre arbitre sont les lois du monde actuel.

Soit, nous dira-t-on, mais alors que devient l’identité?

L’identité, pour être momentanément voilée, n’en subsiste pas moins; elle se retrouve avec le corps aromal terrestre (Nephesch) pour tout ce qui s’est passé sur cette terre ; avec le corps virtuel, l’esprit des vies, des existences comme le nomment la Genèse et le Zohar (Rouah) pour tout ce qui s’est accompli ailleurs.

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Nous avons même clairement expliqué à propos de Pierre Leroux et de Fourier quelle était la cause de leurs théories erronées, nous n’y reviendrons pas.

Le souvenir noyé dans la matière pour le temps et le besoin de l’épreuve se retrouve plus tard avec d’autant plus de vivacité et de pureté que les mérites de l’âme sont plus grands et quelle a plus avancé.

Môme pour les missionnaires venus des sphères supérieures, le souvenir est étouffé, il ne peut que leur être révélé, rarement complet, le plus souvent en partie, selon les nécessités de leurs missions. Nous avons dit à propos de Saint-Martin que nous ne pouvions compliquer démesurément notre travail, par nos doctrines à ce sujet, qui trouveront mieux leur place dans un autre traité.

Nous trouvons sur notre chemin d’autres objections, une entre autres qui nous a été faite très-anciennement par saint Jérôme dans sa quarante-unième lettre à Pammaque, citons le texte : «Post multa secula, idipsum fore Gabrielem « quod diabolum, Paulum quod Caipham, virgines quod « proslibulas ; « après beaucoup de siècles Gabriel, sera donc réuni (si votre opinion est véritable.) avec le diable, Paul avec Caiphe et les vierges avec lesprostituôes. Nous allons encore renforcer cette objection, qu’une seule observation fera ensuite écrouler, par ce que nous avons exposé nousmôme à la page 127 et suiv. de notre traité Examen des questions pendantes en philosophie religieuse. Nous y raisonnons ainsi en pesant et discutant cet argument :

« Plaçons-nous pour un instant dans l’hypothèse favorite des spiritualistes modernes, et supposons comme eux plusieurs épreuves succédant à la vie terrestre. Le libre arbitre existe dans toutes les existences de leur aveu; or, le libre arbitre entraîne la possibilité d’un péché perpétuel,

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en d’autres termes, puisque pour certains hommes la présente épreuve a été mal prise, on doit de toute nécessité nous accorder qu’elle pourra l’étre encore dans les vies successives de l’ânie. Donc il faut de toute nécessité encore admettre qu’à l’égard de quelques-uns que nous avouerons, si l’on veut, être en très-petit nombre, la réparation qui leur sera possible sera insuffisante, et qu’ils vivront toujours plus ou moins éloignés de Dieu, à moins que ces philosophes n’aient recours à une grâce venue d’en haut pour incliner les volontés coupables au bien; mai comment useraient-ils d’un pareil moyen, eux qui ne veulent pas reconnaître, même pour la vie présente, l’intervention spéciale et particulière de Dieu? On voit donc que les raisonnements de la philosophie, poussés à leurs dernières conséquences, viennent précisément aboutir àdes résultats identiques qu’elle méconnaît chez elle, et critique à tort daus le christianisme. Cela est, il me semble, décisif, et tend à établir l’union entre la raison et la révélation, puisque loin d’y trouver l’opposition tant de fois signalée, nous sommes obligés d’en confesser la concordance. Plusieurs théologiens ont même donné la raison philosophique de la perpétuité de la peine du dam. Drexelius, dans son traité De Æternitate , dit en propres termes : «Scelerati in locis in- « fernis semper peccant, ideo semper puniunlur.» La persistance de la peine tient donc, selon lui, de la persistance du péché. Il est permis aux chrétiens d’adopter cette interprétation qui n’est aucunement censurée. N’y aurait-il pas, au contraire, dans l’opinion de quelques philosophes qui nient après l’épreuve terrestre l’existence de peines quelconques pour les criminels sans repentir, et qui soutiennent d’une certaine façon le progrès certain et l’ascension bienheureuse de tous les hommes; n’y aurait-il pas, disons-

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nous, dans cette opinion, une contradiction avec la raison?

Quoi! n’y a-t-il pas quelque chose de révoltant à placer côte à côte, dans le môme avancement, les bourreaux et les victimes, les oppresseurs et les opprimés, les tyrans cruels et leurs malheureux sujets, les grands inquisiteurs et les innocents livrés au bûcher; Laïs et Phryné avec Lucrèce, une vierge pudique avec une vile prostituée?

C’est en ce sens que me répondait une des gloires les plus pures de l’Église française, une des plus grandes lumières du christianisme à notre époque. Par une de mes lettres, je lui exposais mes propres doutes ; il m’écrit ce qui suit :

« Vous posez dans votre lettre de très-redoutables et très- « profondes questions. Elles indiquent un homme de cœur « qui cherche à creuser. Croyez énormément à la beauté,

« à la bonté infinie de Dieu. Voilà le côté clair du dogme.

« L’autre côté est tout enveloppé d’obscurités ; pourtant,

« considérez ceci : Gilles de Retz, au quinzième siècle, a « volé aux paysans des environs de son repaire, jusqu’à a cent vingt-cinq enfants et les afait mourir en de cruels sup- « plices pendant des orgies sodomiques, et afin d’honorer « Satan. Or, je vous dis que j’espère ne jamais rencontrer « Gilles de Retz. Mais, d’ailleurs, ayez confiance, cher « Monsieur, Dieu est amour, voilà qui est certain. »

Nous répondons par un simple mot à cet échafaudage de raisons. Nous disons avec le vénérable ecclésiastique qui nous a honoré de cette réponse : non, comme vous, nous espérons bien ne jamais rencontrer Gilles de Retz, mais nous rencontrerons peut-être le héros d’autres incarnations méritantes et pénibles, que ce coupable aura subies, dans lesquelles il se sera racheté et le premier rachat sera l’elfacement de son nom exécrable que nul ne saura au royaume des deux. Motif nouveau et tout-puissant, si nous ne nous

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trompons, pour faire admettre la vérité des réincarnations.

« Si tous doivent arriver, à quoi bon réformer sa vie? à quoi bon s’inquiéter? »

Vous me demandez à quoi bon? Est-ce qu’un seul instant où vous ne jouissez pas de la vie des cieux, un seul retard dans l'entrée de la maison du père de famille, ne doit pas éveiller en vous-mêmes les regrets les plus amers? Et puis, tous doivent arriver, dites-vous, cela est vrai. La carrière est ouverte à tous, l’épreuve n’est en aucun temps fermée; quelle que soit l’expiation due au crime ou à la faute, le repentir est toujours possible, le retour au bien toujours praticable; mais il faut le vouloir, il faut que le libre arbitre du coupable et de l’égaré corresponde au mouvement divin qui le prévient et l’attire ; il faut au moins faire un pas vers Dieu pour qu’il en fasse mille vers vous. Si vous croupissez éternellement dans votre fange adonné à vos mauvais penchants, à vos passions charnelles, jamais, entendez-le bien, vous ne remonterez, jamais vous ne vous élèverez ; l’état perpétuellement dégradé d’un esprit entraîne de toutè nécessité son perpétuel stationnement; voilà la vraie doctrine philosophique, qui ne ferme jamais l’accès au mieux, il est vrai, mais à la condition du libre vouloir. Donc, loin d’émousser les efforts de la volonté libératrice, le spiritualisme bien compris lui donne une impulsion d’autant plus salutaire qu’elle n’est plus comprimée par le désespoir. Allan Ivardec, qui jouit à bon droit d’une éminente autorité parmi les spirites, a dit à la vérité quelque part : qu’une àme, pendant l’indéfinie évolution des siècles, trouvait toujours une épreuve bien prise pour la sauver. Nous nous associons pleinement à cette- consolante pensée, mais nous répétons à tous : « Encore faut-il le vou loir ! »

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Passons à la quatrième difficulté : le progrès indéfini ne répond pas suffisamment aux aspirations de nos âmes.

Bien avant nos doctrines, une philosophie haute et divine enseignait déjà que le fini ne pouvait jamais atteindre l’infini, mais seulement y tendre progressivement; que la mobilité était le perpétuel attribut de la créature, que l’essence de Dieu était incommunicable. Notre philosophie, par sa théorie de la vie future, est venue confirmer cette assertion depuis longtemps aperçue et formulée, seulement elle l’a fixée et expliquée d’une manière incontestable et à l’abri de toute contradiction.

Lorsqu’elle a dépassé le cercle des voyages et des épreuves , l’âme qui entre dans le cercle du bonheur a une pleine possession de la lumière, de la vérité, de la vie, elle est au service du Père des pères. Cette possession, môme aux derniers degrés, est déjà un ineffable bonheur, incompréhensible ici-bas. Voilà le but et le terme. Maintenant, même arrivé à ce point d’où il ne saurait déchoir, l’esprit ne demeure pas immobile et dans un état absolu; il avance toujours de plus en plus vers un surcroît progressif, qui, au lieu d’ôtre une peine, est une immense joie, au lieu d’étre un découragement, est un mobile de plus; tout ce qui s’ajoute à la félicité complète de l’âme s’y ajoute continûment et persévêremment; les mérites s’accroissent indéfiniment avec les services; l’amour s’étend d’une façon incommensurable et y produit des prodiges de dévouement dont nous ne pouvons nous faire une idée sur la terre. Insistons encore :

L’homme, nous dit-on, môme si vous lui concédez une éternité de progrès, ne parviendra, dans aucun instant donne, à la réalisation pleine et entière de l’idéal auquel il aspire avec tout son cœur. La contradiction irrémé-

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diable entre ses vœux qui poursuivent l’infini, et sa perfection toujours capable d’accroissement, est un mal inhérent à sa nature même : jamais il ne deviendra parfait, jamais complètement heureux. Plus nous marchons vers notre terme, plus ce terme s’éloigne et nous évite. Notre ûme est un gouffre qui s’agrandit de tout ce qu’on y jette pour le combler; plus on accorde à nos désirs, moins on les remplit, jamais pour eux ce n’est assez. Toutes nos conquêtes ne font que reculer les limites de nos espoirs insatiables; chaque progrès acquis nous en découvre un plus grand qui fuit sans cesse devant nos regards. La foi de la personnalité de Dieu et l’amour de Dieu peuvent seuls résoudre le grand problème de la vie et satisfaire les désirs immenses de notre cœur. L’immortalité même ne nous suffit pas, car les bornes du fini s’opposent et s’opposeront à jamais à ce que nous restions en possession de notre idéal. Oui, mais nous en approchons tous les jours davantage, si nous sommes attachés au vrai, si nous avons aimé le beau, et surtout pratiqué le bien. A travers nos longs pèlerinages à la poursuite de cet absolu qui nous fuit et recule à chaque instant devant nous, nous pouvons du moins puiser le bonheur suprême dans l’amour de Dieu, de cette personnalité qui rassemble toutes les perfections portées à leur plus haute puissance. Si nous donnons à. Dieu notre intelligence, notre volonté, notre cœur, il nous donne en retour ce qu’il possède : il se communique à nous, autant que possible, tout entier, il ne retient à lui que ce qui anéantirait notre personnalité dans la sienne et serait incompatible avec notre qualité d’êtres finis, car tout , se partage entre ceux qui s’aiment. Nous pourrons donc jouir en Dieu de la plénitude du bien et nous l’assimiler en quelque manière. Arriver à sa ressemblance, voilà le but constant sur lequel nos regards doivent être éternel-

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lement fixés; mais si nous désirons nous unir à lui, il ne faut pas désirer nous y confondre, car ce serait nous perdre. Or, l’amour ne peut légitimement aspirer à s’anéantir lui-même. L’amour implique nécessairement deux termes pour exister : la personne qui aime et celle qui est aimée. Désirer l’union, la communauté la plus parfaite entre elles, c’est la sagesse et le droit de l’amour. Rêver l’identification, c’est folie; et trop souvent les mystiques ont glissé sur cette pente; mais une psychologie sévére doit nous y retenir et signaler l’écueil, et c’est précisément pour maintenir intacte notre personnalité, pour ne pas la voir disparaître en Dieu, qu’il convient de se rattacher philosophiquement à cette belle doctrine de la pluralité des existences qui sauve l’identité des âmes et maintient leur responsabilité de tous les actes de leurs vies successives, comme elle les couronne de toutes leurs œuvres.

Croirait-on que des gens qui se disent de notre école philosophique et partager les idées nouvelles se soient montrés opposés à la pluralité des existences? Mais ils sont d’une inconséquence, d’un illogisme tellement évidents, qu’il nous suffira de peu de mots pour les réduire à merci.

Leur grand cheval de bataille est qu’on peut parfaitement expier, au monde spirituel, toutes les fautes commises ici-bas. Ils excipent de celte belle pensée de Saint- Martin, qu’il faut régler ses comptes avant de se remettre en route. C’est vrai, mais il faut se remettre en route, selon lui et avoir des chevaux pour un nouveau relais , à savoir, s’incarner dans un corps pour subir une autre épreuve.

Admettons, en effet, que l’âme, au sortir de cette vie, puisse payer ce qu’elle doit dans le monde des esprits. La voilà, imparfaite et coupable qu’elle était, relevée de ses fautes et de ses manquements, c’est-à-dire remise au même état

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qu’avant sa venue ici-bas. Mais pourra-t-elle continuer sa route et s’élever vers Dieu, son suprême but? Ne resterat-elle pas éternellement stationnaire, lavée, si l’on veut, de ses souillures de l’existence passée, mais sans mérites nouveaux, et sans raison suffisante d’avancement quelconque? Cela est logiquement certain , et il faudrait être aveugle pour nier cette conséquence indubitable. Donc, il faut de toute nécessité que, par des œuvres nouvelles de sa vie postérieure, elle se rende digne de l’élévation à un rang progressif et supérieur. Nos adversaires ne se tiennent pas pour battus et persistent dans leurs faux raisonnements. C’est vrai, avouent-ils, mais dans le monde purement spirituel, on peut faire des œuvres louables et méritantes; nous ne le nions pas, cependant examinons. Il est évident que Dieu a non-seulement des humanités spirituelles à élaborer, mais qu’il a surtout des humanités matérielles à former et quelquefois à redresser. Si la pluralité des existences n’était pas vraie pour les âmes pécheresses, il suivrait de là que la Providence ne pourrait employer à ce dernier office que des âmes neuves; voit-on les inconvénients, disons le mot, l’absurdité d’une pareille supposition? Des âmes neuves, lorsqu’il faudrait des âmes exercées par leurs précédents labeurs, endurés dans les mondes de môme degré, inférieurs ou supérieurs, et dont l’expérience acquise se retrouverait, quoique latente, dans les nouveaux actes exigés d’elles. Puis, quelle injustice ! Ce serait ceux qui, par leurs fautes passées, mériteraient de traverser les plus douloureuses épreuves qui en seraient affranchis. Tout est donc subverti et bouleversé par la fausseté de ce point de vue : et la distribution providentielle des âmes et l’équité qui doit y présider.

Y songe-t-on bien, d’ailleurs! Si les âmes ne doivent

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pas se réincarner et faire oublier leurs noms criminels, ainsi que nous l’avons dit, par ceux de leurs existences postérieures, Néron restera Néron, Lais restera Lais, Gilles de Retz restera Gilles de Retz, De là une répulsion parmi les habitants des mondes radieux d’appeler frères ces êtres entachés d’infamie. En vain Néron aura-t-il fait au monde des esprits les œuvres les plus difficiles et les plus louables, dès qu’il n’aura pas changé de nom, dès qu’une ou plusieurs appellations nouvelles n’auront pas passé sur sa personne, jusqu’à effacer la trace de son nom exécrable, il ne peut parvenir au cercle du bonheur, et logiquement nos adversaires, qui nient cependant l’éteruité des châtiments, sont obligés de l’admettre pour certains coupables. Ils rentrent donc dans J 'opinion grossière de l’enfer qu’ils avaient précisément pour but d’écarter.

De deux choses l’une, ou nos adversaires reconnaissent la préexistence, ou ils ne la reconnaissent pas; s’ils la reconnaissent, tout est dit, car le passé dit assez ce qu’est l’avenir, surtout quand le changement d’état, pris à l’arrivée et ensuite au départ, est presque insignifiant ou même quand il y a détérioration, et ils font preuve d’une souveraine inconséquence à ne pas admettre la réincarnation postérieure , lorsqu’ils ont avoué la réincarnation ici-bas. Ou ils nient la préexistence, et alors ils n’expliquent ni les inégalités intellectuelles et morales, ni les maux de notre planète, et pôrdent tout l’avantage qu’ils croyaient avoir à rejeter la damnation éternelle; en résumé, il n’y a que deux partis à prendre : ou retourner aux doctrines enfantines de l’enfer et du paradis absolus, ou confesser résolûment la pluralité des existences, tout au moins pour le plus grand nombre des âmes imparfaites ou souillées qui sortent de la vie terrestre.

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Allons plus avant, et prouvons à ceux qui seraient tentés de nier la préexistence, pour se mettre en accord logique avec la négation des réincarnations, qu’ils sont complètement dans l’erreur.

Il faut naturellement qu’ils admettent que les hommes sont tous au même grade intellectuel et moral, puisque les âmes qui viennent s’incarner ici-bas sont neuves et vierges de tout développement antérieur. Or, il y aurait encore à expliquer dans ce système pourquoi les hommes sont à un degré si différent et soumis à des épreuves si diverses. Si le progrès, au sortir de ce monde, devait s’accomplir dans le monde spirituel seulement, pourquoi tous sur la terre n’auraient-ils pas le môme avancement, car il résulterait du contraire que les uns arriveraient dans le monde spirituel plus perfectionnés que les autres, et que partout, soit à la venue comme au départ, on pourrait accuser la justice de Dieu.

CONCLUSION

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