‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 66 sur 193 · COSMOLOGIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

COSMOLOGIE CHRÉTIENNE

(Évangile selon saint Jean, chap. XIII). Origène commente ce passage : «Le Seigneur, dans l’Évangile, a fait allusion « aux stations différentes que les âmes doivent occuper « après qu’elles ont été dépouillées de leur corps actuel et « qu’elles en ont revêtu de nouveaux ; » lorsqu’il a dit : « Il « y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père,» ce sont les stations nombreuses qui mènent au Père, et dans ces habitations diverses quel secours, quel appui, quel enseignement, quelle lumière l’àme reçoit-elle? C’est ce que connaît seul le Seigneur, quand il a dit de lui-même : « Je suis la voie, la vérité, et nul n’arrivera au Père que « par moi. » C'est le Seigneur, qui, dans'chacune de ces stations, est la voie par laquelle l’âme passe; c’est par lui que l’on entre, que l’on sort, que l’on est nourri, que l’on est transporté à une autre demeure, et de là encore à une autre, jusqu'à ce que l’on arrive enfin au Père lui-même.» [Homélies, 27).

Tous les théologiens qui ont discuté la question de la vie future ont pris texte du discours de Jésus-Christ rapporté par saint Jean l’Évangéliste, pour établir la diversité des récompenses et l’ordre de' la hiéraichie céleste. Il y a en outre un passage de l’Évangile de saint Jean qui n’a pas été remarqué, et dont, ce me semble, le sens n’a pas été compris dans toute sa profondeur; un sénateur juif, un pharisien, Nicodèmc, demande à Jésus des explications sur le dogme de la vie future; Jésus répond : « En vérité, en vé- « rité, je vous le dis, personne ue peut voir le royaume de « Dieu s’il ne naît de nouveau. » Nicodème est bouleversé de çette réponse, parce qu’il la prend dans son sens grossier. « Comment, dit-il, peut renaître un homme qui est « déjà vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère pour « renaître une seconde fois? » JésuS* reprend : « En vérité,

LE CHRIST ET NICODÈME. lit

« en vérité, je vous le dis, si un homme ne renaît pas de « l’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de « Dieu; ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit,' qu’il «faut que vous naissiez de nouveau; l’Esprit souille où il « veut, et vous entendez sa voix; mais vous ne savez d’où il « vient, ni où il va. »

C’est une prévision de ce qui devait arriver aux apôtres, une vue lointaine de l’avénement actuel, et une admirable exposition de la manière dont la grâce de Dieu agit en nous. Cependant ces choses paraissent nouvelles à un pharisien, à un docteur de la loi; il s’étonne moins, mais il s’étonne encore : «Comment cela peut-il se faire? » Jésus lui dit : «Quoi ! vous êtes maître en Israël, et vous ignorez celai « mais si vous ne me croyez pas lorsque je vous parle des « choses de la terre, comment me croiriez-vous, si je vous « parlais des choses du ciel?» C’est-à-dire, je vous parle aujourd’hui de ce qui se passe icKbas; non, vous ne serez pas perpétuellement attaché à la terre, l’homme ne tourne pas dans un cercle perpétuel ; si donc vous ne me croyez pas, vous me croiriez bien moins si je vous parlais des choses du ciel. De quelles choses du ciel? Logiquement, et selon l'ordre des pensées, des choses du ciel en ce qui touche la renaissance dans les divers mondes, Jésus ne va pas plus loin. Son auditeur n’est pas préparé, puisqu’il n’a pas même compris de suite la parole du Maître. Jésus ne s’explique pas sûr la question, seulement il la fait pressentir et la pose en quelque sorte.

Cela nous confirme dans l’opinion émise par saint Augustin : « Christus sicut magister alla doiuit , a lia non docuit. Le Christ, comme un bon n ailre, a enseigné cei laines choses, il a gardé le silence sur d’autres. La parole de Dieu a dû prendre les limites du fini, et devenir successive.

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