‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 74 sur 193 · Manifestations historiques des esprits, 4* vol · texte numérisé non relu

Manifestations historiques des esprits, 4* vol

COSMOLOGIE

« connue des vérités primordiales, livre vraiment singulier,

« que le docteur Sepp regarde avec raison comme destiné « à la solution future de bien des énigmes, et que notre ami « M. Drach, qui a bien voulu en traduire pour nous quel- « ques fragments, appelle un livre « éminemment chrétien,

« ou plutôt le recueil des traditions juives les plus pures et « les plus anciennes1. » , *

« Voici donc que dans le Zohar (3e partie, fol. 4, col. 1 4), « il est longuement raconté (dit M.. Drach), que la terre «< roule sur elle-même dans un cercle, en raison de ce mou- « vement particulier à tous les corps sphériques. Patmi ses « habitants, les uns se trouvent donc en bas et les autres «en haut, tous marchant debout. C’est pourquoi le point « des uns est éclairé, pendant que le point des autres est « dans l’obscurité. Ceux-ci ont le jour, ceux-là la nuit, et « jl y a un point (le pôle) qui est tout jour, où la nuit ne « dure qu’un temps très-court, et ce qui est dit dans les « livres des anciens est conforme à ceci, et ce mystère a ôté « confié aux maîtres de la sagesse, mais pas aux géogra- « phes, parce que c’est un mystère profond de la loi. »

Passons maintenant à la seconde partie des révélations spirituelles : la pluralité des existences.

1. Jusqu’ici le Zoliar n’axait pas échappé à l’accusation ordinaire et puérile de mudrrnilé; mais noire traducteur, avpc. celte grand.* aulo* rité d’hébraïsant qu’il doit à son ancienne dignité de rabbin, établit l'impossibilité, en raison de l'extrême purelé de son style s\ ro jérusalémilç, de reporter le Zoliar à une date moins ancienne que celte de la dernière ruine de Jérusalem, dernière époque à laquelle ce style fut encore familier aux Juifs. Celle réflexion ne regarde que la rédaction et la forme, le fond des traditions rapportées dexanl remonter, selon lui, à une antiquité indéfinie. Celle rédaction a été faile vers l’an 121 de notre ère. par K. Simon-ben-Jocbai, et continuée par ses diseiples. On y retrouveles traditions les plus reculées .et jusqu'aux mystères les plus redoutables de la foi.

PSYCHOLOGIE

Le Zohar nous entretient de notre origine, de nos doctrines futures et de nos rapports avec l’Etre divin. «L’homme, dit-il, est à la fois le résumé et le terme le « plus élevé de la création; c’est pour cela qu’il n’a été « formé que le sixième jour. Sitôt que l’homme parut, tout « était achevé, et le monde supérieur et le monde inférieur, « car tout se résume dans l’homme; il réunit toutes les « formes. Mais il n’est pas seulement l’image du monde, « de l’universalité des êtres, en y comprenant l’Être ab- « solu : il -est aussi, il est surtout l’image de Dieu consi- « déré seulement dans l’ensemble de ses attributs in- « finis. »

Le voici d’abord représenté sous le premier de ces deux aspects, c’est-à-dire comiqg microcosme. «Ne va pas croire « que l’homme soit seulement de là chair, une peau, des « ossements et des veines, » loin de là! ce qui fait réelie- « ment l’homme, c’est son àme, et les choses dont nous « venons de parler, la peau, la chair, les ossements, les « veines, ne sont pour nous qu’un vêlement, une campace, « un tégument, mais elles ne sont pas l’homme et ne sau- « raient le constituer. Quand l’homme s’en va de cette « terre misérable, il se dépouille peu à peu de tous les « vices qui le couvrent. » Nous verrons bientôt, et à la fin de ce chapitre, de quels éléments il se compose; l’un passager et transitoire approprié à la vie d’ici-bas, les deux autres immortels, l’un changeant et devenant plus élhéié à mesure que l’âme monte, l’autre, L’étincelle divine, l’ûme, le moi durant au milieu de toutes les transformations, tantôt avec le souvenir de son passé, tantôt piivée de toute mémoire antérieure, en raison des nécessités de l’épieuve et des liens grossiers qu’elle a dû contracter; mais paitout et toujours l’union intime persiste de la Ntchema (âme)

PSYCHOLOGIE

avec le Houah, esprit supérieur de tous les voyages, son inséparable compagnon. Quant à l’alliance momentanée de ces deux principes élevés avec celui des sens , c’està-dire, quanta la vie elle-même par laquelle ils sont enchaînés à la terre, elle n’est point représentée comme un mal. On ne veut pas, à l’exemple d’Origène et de l’école gnostique, fa faire passer pour une chute ou pour un exil, mais pour un manque d’éducation et une salutaire épreuve. Aux yeux des kabbalistes? c’est une nécessité pour l’àme, une nécessité inhérente à sa nature finie, de jouer un rôle dans l’univers, de contempler le spectacle que lui offre la création pour avoir la conscience d’elle'-même et de Son origine, pour rentrer, sans se confondre absolument avec . elle, dans cette source inépuisable de lumière et de vie qu’on appelle la pensée divine. D’ailleurs, l’esprit ne peut pas descendre, sans élever en même temps les deux principes inférieurs, et jusqu’à la matière, qui se trouve placée encore plus'bas; la vie humaine, quand elle a été complète, est donc une sorte de réconciliation entre les deux termes extrêmes de l’existence considérée dans son universalité, entre l’idéal et le réel, entre la forme et la matière, où, comme dit l’original, entre le roi et la reine. L’Adam céleste étant le résultat d’un principe mâle et d’un principe femelle, il a fallu qu’il en fût de même de l’homme terrestre, et celte distinction ne s’applique pas seulement au corps, mais aussi, mais surtout à l’àme, dût-on la considérer dans son élément le plus pur. '« Toute forme, dit le « Zohar, dans laquelle on ne trouve pas le principe mâle et « le principe femelle, n’est pas une forme supérieure et « complète. Le Saint, béni soit-il, n’établit pas sa demeure « dans un lieu où ces deux principes ne sont pas parfaite- « ment unis; les bénédictions ne descendent que là où cette

PSYCHOLOGIE

« union existe, comme nous l’apprenons par ces paroles : « il les bénit, et il appela leur nom Adam le jour où il les « créa; car même le( nom d’homme ne peut se donner qu’à « un homme et à une femme unis comme un seul être. » De même que l’àme tout entière était d’abord confondue avec l’intelligence suprême, ainsi ces deux moitiés de l’être humain, dont chacune, du reste, comprend tous les éléments de notre nature spirituelle, se trouvaient unies entre elles avant de venir dans ce monde, où elles n’ont été envoyées que pour se reconnaître et s’unir de nouveau dansle-sein de Dieu. Celte idée n’est exprimée nulle part aussi nettement'que dans le fragment qu’on va lire : « Avant de venir « dans ce monde, chaque âme et chaque esprit se compose « d’un homme et d’une femme réunis en un seul être; en « descendant sur la terre, ces deux moitiés se séparent, et « vont animer des corps différents. Quand le temps du ma- « riage est arrivé, le Saint, béni soit-il, qui connaît toutes «. les âmes et tous les esprits, les unit comme auparavant, « et alors ils forment, comme auparavant, un seul corps et « une seule âme... Mais ce lien est conforme aux œuvres de « l’homme et aux voies dans lesquelles il a marché. Si « l’homme est pur et s’il agit pieusement, il jouira d’une « union tout à fait semblable à celle qui a précédé sa nais- « sance. » *

Nous trouvons dans le passage suivant la doctrine de la réminiscence : «De même qu’avant la création, toutes les « choses de .ce monde étaient présentes à la pensée divine, « sous les formes qui leur sont propres; ainsi toutes les « âmes humaines, avant de descendre dans ce monde, « existaient devant Dieu, dans le ciel, sous la forme qu’elles « ont conservée ici-bas; et tout ce qu’elles apprennent sur « la terre, elles le savaient avant d’y arriver. » On regret-

PLURALITÉ DES ÉPREUVES

tera peut-être avec nous, dit M. Frank1, qu’un principe de cette importance ne soit pas suivi de quelques développements, et ne tienne pas plus de place- dans l’ensemble du système; mais on sera forcé de convenir qu’il ne peut pas être formulé d’une manière plus catégorique. « Tous ceux « qui font le mal, dans ce monde, ont déjà commencé dans « l’univers à s’éloigner du Saint, dont le nom soit béni ; ils « se sont précipités à l’entrée de l’abîme, et ont devancé le « temps où ils devaient descendre sur la terre. Telles furent « les âmes avant de venir parmi nous. »

C’est précisément pour concilier la liberté avec la destinée de l’âme, c’est pour laisser à l’homme la faculté d’expier ses fautes, sans le bannir pour toujours du sein de Dieu, que les kabbalistes ont adopté, mais en l’ennoblissant, le dogme pythagoricien de la métempsycose. Il faut que les âmes, comme toutes les existences particulières de ce inonde , rentrent dans la substance absolue dont elles sont sorties. Mais pour cela, il faut qu'elles aient développé toutes les perfections dont le germe indestructible est en elles; il faut qu'elles aient acquis, par une multitude d’épreuves, la conscience d’elles-mémes et de leur origine. Si elles n’ont pas accepté celle condition dans une première vie, elles en commencent une autre, et après celle-ci ^îne troisième, en passant toujours dans une condition nouvelle, où il dépend entièrement d’elles d’acquérir les veitus qui leur ont manqué auparavant. Cet exil cesse quand nous le voulons; rien non plus ne nous empêche de le faire durer toujours... « Toutes les âmes, dit le- texte, sont soumises aux épreuves « de la transmigration, et les hommes ne savent pas quelles « sont, à leur égard, les voies du Très-Haut; ils ne savent

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