GALILÉE
que Ton s'était faite des proportions du monde. Ces cieux étroits s'ouvraient subitement; ils laissaient découvrir une perspective, une étendue incommensurable. On s'était accoutumé à un univers limité; soudainement cet horizon, par le génie d'un homme, s'accroit, recule, s'étend à l'infini. L'Église romaine, dès le premier moment, ne se sent pas l'âme assez vaste pour remplir le nouvel univers. Imaginez la stupeur lorsqu'un homme vient annoncer que l'immortalité, l'incorruptibilité des cieux est un rêve de l'antiquité, que tout est soumis dans ces régions à des changements, à des transformations semblables à celles que l'on voit sur notre globe, que ces espaces ne ?out pas régis par des lois particulières, et en quelque sorte privilégiées ; en un mot, que des mondes nouveaux s'y engendrent, naissent, s'accroissent, se corrompent ou déclinent éternellement*? Quel abîme ne s'ouvrait pas dès lors à la pensée! Il fallait ne plus s'arrêter aux mondes passagers comme le nôtre ; Il fallait aller plus loin, s'élever plus haut. Mais Tàme de l'Église était lasse de monter; elle refusait de suivre la science par-delà les horizons visibles. Que dire aussi de la condition nouvelle de la terre dans le système du monde'? »
La terre n'est plus le centre autour duquel s'exerce le mouvement des cieux; comme les autres planètes, ses sœurs, dont la plupart la dépassent en grandeur et en éclat, elle accomplit sa révolution autour du soleil, qui l'emporte sans gloire dans ses rayons de feu, au milieu d'un cortège indéterminable d'étoiles, centres à leur tour de systèmes planétaires que Dieu seul peut compter.
Ne voit-on pas qu'après cette découverte tout est changé? Ne voit-on pas que de ce jour seulement l'homme a pu comprendre l'ensemble de la création?
1. FlammaHon, la Pluralité des mondes habiles, liv. IV. î. Edgar Quinet, yUliramontauismc et la société moderne, p. 91 et suiv. , passim»