Contemplation de la nature, part. I, ch. m
î. E$sai analytique, § 1 23 ; Paîing., part. XII, p. 9, 10.
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CHARLES BONNET
sez, je ne fais que bégayer; les termes me manquent; je voudrais emprunter la kngue des anges. S'il était possible qu'une intelligence finie épuisât jamais l'univers, elle puiserait encore d'éternité en éternité dans la contemplation de son auteur de nouveaux trésors de vérités, et, après mille myriades de siècles consumés dans cette méditation, elle n'aurait qu'effleuré celte science, dont la plus élevée des intelligences ne possède peut-être que les premiers rudiments. Il n'y a de vraie réalité que dans celui qui est; car tout ce qui est est par lui; avant que d'être hors de lui il n'y a qu'une seule existence, parce qu'il n'y a qu'un seul être dont l'essence soit d'exister, et que tout ce qui porte le nom impropre d'être était resté renfermé dans l'existence nécessaire comme la conséquence dans son principe.
€ Combien notre faculté d'aimer est-elle actuellement bornée, imparfaite, aveugle, grossièrement intéressée! Combien toutes nos affections participent-elles à la chair et au sang! Combien notre cœur est-il étroit! Combien a-t-il de peine à s'élargir et à embrasser la totalité des hommes! Combien, encore une fois, le physique de notre constitution s'oppose-t-il à l'épurement et à l'exaltation de notre faculté d'aimer! Combien lui est-il difficile de se concentrer un peu fortement dans l'Être souverainement aimable !
t Telle est sur la terre notre faculté d'aimer; telles sont ses limites, ses imperfections, ses taches. Mais cette puissance excellente, cette puissance impulsive, si féconde en effets divers, si expansible, embarrassée à présent dans les liens de la chair, en sera un jour dégagée, et Celui qui nous a faits pour l'aimer et pour aimer nos semblables saura ennoblir, épurer, sublimiser tous nos désirs, et faire converger toutes nos affections vers la plus grande et la plus noble fin.
« Lorsque nous aurons été revêtus de ce corps spirituel et glorieux que la foi espère, notre volonté perfectionnée dans son rapport à notre connaissance n'aura plus que des désirs assortis à la haute élévation de notre nouvel être. Elle tendra sans cesse à
CHARLES BONNET
tout bien, au vrai bien, au plus grand bien. Toutes ses détcrminations auront un but, et le meilleur but'. »
Et ailleurs :
« L'ordre sera la règle immuable de ses désirs (ceux de l'éme), et TAuleur de l'ordre le centre de toutes ses affections. Comme elle sera fort réfléchie, parce que la connaissance sera fort distincte et fort étendue, ses inclinations se proportionneront constamment à la nature des choses, et elle aimera dans un rapport direct à la perfection de chaque être. La connaissance assignera à chaque être son juste prix; elle dressera l'échelle exacte des valeurs relatives; et la volonté éclairée par la connaissance ne se méprendra plus sur le prix des choses et ne confondra plus le bien apparent avec le bien réel. •
«Dépouillés pourlonjours delà partie corrnptiblede notre être, revêtus de l'incorriilptibilité, unis à la lumière», nos sens ne dégraderont plus nos affections, notre imagination ne corrompra plus notre cœur; les grandes et magnifiques images qu'elle lui offrira sans cesse vivifieront et échaufferont tous les sentiments: notre puissance d'aimer s'exaltera et se déploit^ra de plus on plus, et la sphère de son activité, s*agrandissant à l'infini, embrassera les intelligences de tous les ordres et se concentrera dans l'Être souverainement bienfaisant. Notre bonheur s'accroîtra par le sentiment vif et pur du bonheur de nos semblables et de celui de tous les êtres sentants et de tous les êtres intelligents. Il recevra un plus grand accroissement encore par le sentiment délicieux et toujours présent de l'approbation et de l'amour de Celui qui sera tout en tous. Notre cœur brûlera éternellement du beau feu de la charité, de cette charité céleste qui.
1. Palmfjénésie, part. XV , pages 116, 117, 120, 121. Édiliori cilée.
2. Dans mon hypothèse, le corps spirituel don» parle la Révélation sera formé d'une matière semblable et analogue à celle de l'élher ou de la lumière. (Note de Ch. Bonnet.)
CHAULES BONNET.
après avoir jeté sur la terre quelques étincelles, éclatera de toutes parts dans le séjour de l'innocence et de la paix. La charité ne finira jamais.
« La force, comme la portée de nos organes, est ici-bas trtslimitée. Nous ne saurions les exercer pendant un temps un peu long sans éprouver bientôt ce sentiment incommode et pénible que nous exprimons par le terme de fatigue. Nous avons à surmonter une résistance continuelle pour nous transporter, ou plutôt pour ramper d'un lieu dans un autre. Notre attention, celte belle faculté qui décide de tout dans la vie intellectuelle, notre attention s'affaiblit eu se partageant et se consume en se concentrant. Notre mémoire ne retient qu'avec effort ce que nous lui confions; elle souffre des déperditions journalières; l'âge et mille accidents la menacent, l'altèrent, la détruisent. Que dirai-je encore I notre machine entière, cette machine qui nous est si chère et où brille un art si prodigieux, est toujours près de succomber sous le poids et par l'action continuée de ses ressorts. Elle ne subsiste que par des secours étrangers et par une sorte d'ar-. tifice. Le principe de la vie est précisément le principe de la mort, et ce qui iwus fait vivre est réellement ce qui nous fuit mourir.
« Le corps spirituel, formé probablement d'éléments semblables ou analogues à ceux de la lumière, n'exigera point ces réparations journalières qui conservent et détruisent le corps animal. Ce corps glorieux, que nous devons revêtir, subsistera sans doute par la seule énergie de ses principes et de la profonde mécanique qui aura présidé à sa construction. Il y a bien de V^\yparence encore que ce corps éthéré ne sera pas soumis à l'action de la pesanteur comme les corps grossiers que nous connaissons. Il obéira avec une facilité et une promptitude étonnantes ù toutes les volontés de notre âme, et nous nous transporterons <l'un monde dans un autre avec une célérité peut-être égale ù celle de la lumière. Sous cette économie de gloire, nous exercerons sans fatigue toutes nos facultés; parce que les nouveaux organes sur lesquels notre âme déploiera sa force motrice
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seront mieux proportionnés à l'énergie de cette force, et qn*ils ne seront point assujettis à Tinfluence de ces causes perturbatrices qui conspirent sans cesse contre notre économie actuelle.
« Notre mémoire s'enrichira à l'infini : elle s'incorporera des mondes entiers et retracera à notre esprit sans altération et sans confusion Timmense nomenclature de ces mondes, celle de leurs révolutions, de leur population, de leur législation , etc. , etc. Kt comme les organes sont toujours en rapport avec les objets dont ils doivent transmettre à l'âme les impressions, il est à présumer que la connaissance d'un nombre si prodigieux d'objets, et d'objets si différents entre eux, dépendra d'un assortiment supérieur à celui qui estrelalif à notre économie présente. Les signes de nos idées se multiplieront, se diversifieront, se combineront dans un rapport déterminé aux objets dont ils seront les représentations symboliques, et la langue ou les langues que nous posséderons alors auront une expression, une fécondité, une ricliesse dont les langues que nous connaissons ne sauraient nous donner que de très-faibles images*.
« Précisément parce que nous verrons les choses d'une manière incomparablement plus parfaite, nous les exprimerons aussi d'une manière incomparablement plus parfaite. Nous observons ici-bas que la perfection des langues correspond à celle de l'esprit, et que plus l'esprit connaît, mieux il exprime; nous observons encore que le langage perfectionne à son tour la connaissance, et la langue savante des géomètres, cette belle langue où réside à un si haut point l'expression symbolique, peut nous aidera concevoir la possibilité d'une langue vraiment universelle que nous posséderons un jour, et qui est apparemment celle des
intelligences supérieures.
« Le corps animal renferme quantité de choses qui n'ont de rapports directs qu'à la conservation de l'individu ou à celle de l'es-
t. Essai anaïijtique, ch. VII, XXII; Contemplation de la nature^ part. V, ch. Vl; ÀKot'jsc abrégée^ Vil, Viîf, IX, X, XI, etc. *
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pèce. Le corps spirituel ne contiendra que des choses relatives ù l'accroissement de notre perfection intellectnelle et morale; il sera en quelque sorte un organe universel de connaissance et de sentiment. 11 sera encore un instrument universel au moyen doquel nous exécuterons une infinité de choses dont nous ne saurions nous faire à présent que des idées très-vagues et très* confuses.
« Si ce corps animal et terrestre que la mort détruit renferme de si grandes beautés, si la moindre de ses parties peut consumer toute l'intelligence et toute la sagacité du plus habile anatomiste, quelles ne seront point les beautés de ce corps spirituel et céleste qui succédera au corps périssable! Quelle anatomie que celle qui s'occupera de l'économie de ce corps glorieux, qui pénétrera la mécanique, le jeu et la fin de toutes ces parties, qui saisira les rapports physiques de la nouvelle économie avec l'ancienne et les rapports bien plus nombreux et bien plus compliqués des nouveaux organes aux objets de la vie à venir!
« 11 y a sur la terre, parmi les hommes, une diversité presque infinie de dons, de talents, de connaissances, d'inclinations, etc.
« L'échelle de l'humanité s'élève par une suite innombrable d'échelons de l'homme brut à l'homme pensante Cette progression continuera sans doute dans la vie à venir, et y conservera les mêmes rapports essentiels; je veux dire que les progrès que nous aurons faits ici bas dans la connaissance et dans la vertu détermineront le point d'où nous commencerons à partir dans L'autre vie et la place que nous y occuperons. Quel puissant motif pour nous exciter à accroître sans cesse notre connaissance et notre vertu !
tt Tous les moments de notre existence individuelle sont indissolublement liés les uns aux autres. Nous ne passons point d'un état à un autre état sans une raison suffisante. Il n'y a jamais de
1. Vo}eï ce que Bonnet a dit des gradations de l'humanité dans la Conlrmplalion de la nature, part. IV, ch. x.
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CHARLES BONNET
saut proprement dit. L'état subséquent a toujours sa raison suffisante dans l'état qui l'a précédé immédiatement*. La mort n'est point une lacune dans cette chaîne : elle est le chaînon qui lie les deux Yies ou les deux parties de la chaîne. Le jugement que le souverain Juge portera de nous aura son fondement dans le degré de perfection intellectuelle et morale^ue nous aurons acquis sur la terre, ou, ce qui revient au même, dans l'emploi que nous aurons su faire de nos facultés et des talents qui nous auront été confiés. A celui à qui il aura beaucoup été donné, il sera beaucoup redemandé, et on donnera à celui qui aura. Ce qui est est : la volonté divine ne change point la nature des choses, et, dans le plan qu'elle a réalisé, le vice ne pouvait obtenir les avantages de la vertu*. Il ^it donc de ces principes de la raison que le degré de perfection acquise déterminera dans la vie à venir le degré de bonheur ou de gloire dont jouira chaque individu. La révélation donne encore la sanction à ces principes si philosophiques. Elle établit expressément cette échelle de bonheur ou de gloire que la philosophie ne se lasse point de contempler. 11 y a des corps célestes et des corps terrestres; mais il y a de la différence entre l'éclat des corps célestes et celui des corps terrestres ; autre est l'éclat du soleil, autre est celui de la lune, et autre celui des étoiles ; l'éclat môme d'une étoile est différent de l'éclat d'une autre étoile. 11 en sera de môme de la résurrection. Et si l'on voulait que ces paroles remarquables ne fussent pas susceptibles de l'interprétation que je leur donne, cette déclaration si formelle et si répétée de l'Écriture, que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres, ne suffirait-elle pas pour prouver que les degrés du bonheur à venir seront aussi variés que l'auront été les degrés de la vertu. Or, combien les degrés de la vertu diffèrent-ils sur la terre ! Combien la vertu du môme individu s'accrolt-elle par de nouveaux efforts ou par des actes réitérés fréquemment! La vertu est une habitude ; elle est l'habitude au bien.
« 11 y aura donc mw Jlux perpétuel de tous les individus de Vhu-