L'un tombe, au même instant un autre le remplace
j(VinciLB, Enéide, chant VI.)
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a Gardons-nous d'imaginer qu'au-dessus de riiomme soient l'inertie, l'indolence, une immobilité slupide. C'est ce qu'on trouverait dans les fables religieuses de la plupart des peuples; dans les fables philosophiques d'Épicure et d'une école moderne qui sut écrire et sut très-peu penser; c'est ce qui, dans la réalité, ne saurait être. Nous voyons une partie de la sagesse éternelle; empruntons-lui des ailes pour approcher de l'autre ; efforçonsnous d'en deviner les secrets, d'entrevoir comment elle peut répandre à torrents progressifs la bienfaisance, la justice, la raison, la moralité depuis la monade jusqu'à Dieu; si nous rêvons, du moins rêvons en philosophes, rêvons en enfants d'un très-bon créateur. Quand notre intelligence a la pieuse audace d'interroger la sienne, qui sait si elle n'en sera point éclairée?
« Il paraît que les êtres intelligents créés éprouvent le besoin d'animer des corps, et cela est très-naturel ; car, formés au sein de la matière, ils furent faits pour des corps, et peut-être avec une espèce de corps extrêmement léger et subtil, unissible à ceux que nous appelons organisés, comme l'alcool l'est à l'eau, doué d'une expansibilité volontaire et spontanée qui imprime aux corps organisés auquel il est uni un mouvement en apparence contraire aux lois de la mécanique, comme l'expansibilité de l'air emprisonné dans le nitre, excité tout à coup par l'incendie du soufre et du charbon, lance un boulet de canon d'une manière qui parait, à ceux qui n'en connaissent pas la théorie, contrarier beaucoup les lois de h pesanteur.
« Si, comme je le crois, l'être intelligent survit à son enveloppe, il demeure dans l'état de monade. Mais comme il ne peut pas perdre son intelligence, car, pour lui, ce serait mourir, il doit, dans cet état même de privation de ses organes extérieurs, conserver le sens interne, la mémoire, le remords de ses fautes, l'espoir dans ce qu'il a fait de bien, le désir véhément de gouverner encore quelque chose, d'administrer un corps quelconque, l ambition d'obtenir une existence plus heureuse que celle qu'il vient de quitter, la faculté d'inyoquor mentalement ses jugçs, ses
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supérieurs, ou le juge suprême de toutes les actions et de toutes les pensées, le supérieur général de tous les êtres, pour qu'ils le renvoient le plus tôt possible à la vie, aux jouissances, aux moyens d'agir, de couvrir ses torts par une meilleure conduite, de mériter son avancement.
« Jusqu'à ce qu'il soit jugé, cet état d'atfenfe, qui peut être prolongé plus ou moins, est déjà pour lui une expiation, "un purgatoire, une grande occasion de réflexions et de bonnes réflexions, un perfectionnement de son être. Qu'il soit possible à l'cire intelligent, sous la forme rétrécieet condensée de monade, d'éprouver tout ce que je viens de peindre dans l'atome aérien ou igné qui la renferme, et que cette monade n'ait pas besoin de la présence des objets pour se les rappeler fortement, c'est ce dont notre état de songe nous donne un fréquent exemple. Qu'un même principe inlclligentpuisseanimer successivement diverses formes, recevoir sous une figure et une séité (raanite d'êlre) la recompense du travail qu'il fit sous une autre, jouir de plusieurs vies, c'est ce que nous voyons par les insectes, d'abord reptiles ou poissons, puis chrysalides, enfin oiseaux.
« Le souvenir de la vie précédente serait un puissant secours pour celle qui la suit; quelques êtres supérieurs à l'homme lorsqu'ils sont en marche graduelle de perfection et d'un avancement non interrompu, ont peut-être cet avantage comme récompense de leur vertu passée, car tout bien produit un bien. Il ne doit pas sans doute être accordé à ceux qui, ayant mérité la dégradation, ou n'étant point encore parvenus au rang des êtres dont la moralité peut s'élever jusqu'à Dieu, sont éprouvés parla justice ou la bienfaisance divine, d'après leurs seules forces, en commençant, ou recommençant entièrement à neuf cette carrière, initiative de la haute moralité,
0 Tel parait l'état de l'homme placé aux limites de deux règnes; le premier des êtres animés visibles par ses yeux, palpables par sa main ; le dernier de ceux dont la morale s'étend audessous d'eux pour proléger, au-dessus d'eux pour s'instruire,
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Jlont la raison peut atteindre jasqu'aux sciences qui embrassent le monde entier, jusqu'à l'idée d'une cause première et d'un bienfaiteur universel. On a pu dire à son intelligence, si elle a ele punie : « Ta peine est terminée; le passé est oublié, on t'ac- « corde de ne plus gémir et de l'oublier aussi. Bois du Léthé il « sag.t à présent de savoir si tu seras bon par toi-même, par « amour de la verlu et de ses conséquences immédiates, sans es- « poir assuré pour l'avenir, sans crainte mémorative de ce que tu « as souffert. Pars, essaie du destin de l'homme; il t'est permis «d animer un fœtus. » L'épreuve nouvelle alors est proportionnée aux fautes de la vie antérieure.
« Vo.Ia un enfer proportionné aux délits et à leur intensité, Bon éternel pour des erreurs qui ne durèrent qu'un moment non cruel et sans pitié comme celui d'un diable capricieux, implacable et féroce, mais équitable et indulgent comme les cliâti-' ments d'un père; on n'y entend point de hurlements, on n'y voit m grincements de dents, ni pleurs. C'est la main d'un Dieu de miséricorde, qui pardonne môme en punissant, qui met à portée de revenir à lui, de se corriger, de se perfectionner, de mériter encore ses bienfaits, qui ne cesse pas d'en répandre quelques-uns sur ceux môme qui ont des fautes à expier, comme un gouvernemcnt sage et humain s'occupe à procurer aux prisonniers de la 01 un a.r puret salubre, une nourriture abondante et saine, un travail utile et améliorateur. Dieu n'est pas le Dieu du mal; et il n y a de mal dans le monde que celui qui vient des propriétés essentielles de la matière et de l'abus que les ôtres intelligents, créés et fabriqués de matière, peuvent faire et font quelquefois de leur liberté. Toute cruauté est horrible aux yeux de celui qui mit son bonheur, sa puissance et sa gloire à produire la vie la raison et l'amour. Rien de méchant ne peut, dans son élre ni dans ses actions, trouver aucune place auprès de son infinie bonté, ^es punitions môme, toujours justes et inévitables, mais toujours «âges et modérées, ne sont pas précisément un mal ; elles ne sont
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que la privation de quelque bien. Elles sont, dans cette vie, la privation de la paix intérieure, celle de la considération, de l'estime, de l'amitié, du moral, de l'amour, et de toutes les douceurs, de toutes les jouissances, de tous les secours qui en sont la suite. Elle sont, après cette vie, les remords, l'attente et la dégradation; mais elles laissent toujours la porte ouverte au Repentir et à l'Espérance, déités secourables, chargées de ramener plus tôt ou plus tard tous les êtres intelligents aux louables pensées, aux résolutions vertueuses, r.ux actions bienfaisantes, à la consolation, au bonheur!
ce Si c'est ainsi que punit le Dieu des mondes, oli! combien sait-il récompenser!
« Ne croyez pas que, pour être monté au rang d'une créature surhumaine et avoir atteint un état supérieur de récompense, on soit susceptible d'un autre genre de félicité. Celle dont vous avez fait l'épreuve s'étend jusqu'à l'empyrée. On peut seulement la pomper par des sensations plus multipliées et plus diverses ; elle pénètre plus avant dans des âmes encore plus pures, plus ' développées, plus énergiques.
« Tel est toujours l'effet d'une organisation plus riche et d'une plus grande intelligence qui emploie mieux sou organisation. Parmi les hommes môme, vous voyez différents degrés, plusieurs échelons possibles de punitionet.de ricompense. Quelques-uns sont méchants , d'autres sont presque bruts ; mais s'ils sont sans vices et s'ils ont de la bonté, ils peuvent, dans une seconde vie, passer à l'état complet d'homme, à cet état moyen qui semble le type de l'humanité, où l'on travaille avec assez d'intelligence, comme on l'apprit de ses instructeurs et de ses ancêtres^ sans se perfectionner beaucoup; où l'on ne fait point de mal, où l'on fait le bien qu'un esprit ordinaire peut concevoir.
<( C'est quand on a rempli cette sage et bonne carrière de bien, qu'on peut, si elle a été mêlée de fautes sérieuses qui retardent l'avancement, en recommencer une pareille, ou, si les fautes n'ont été que légères, parvenir à me troisième station sous la figure et les orgaues humains et s'approcher des esprits supé-
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rieurs el même des anges en s'éleyant de la probité à la verlu, de Taffection à l'amour, et du bon sens au génie.
« Arrivé à cette honorable frontière des deux règnes, si l'on n'y abuse point de ses talents, si l'on n'y corrompt pas son cœur, il faut ensuite revêtir des ailes, des ailes qui seront plus grandes, plus fortes, plus belles et plus brillantes en proportion de ce qu'elles auront été plus méritées. La vertu suffisante ne monte que d'un grade, l'éminente n'en connaît point; dans le noble élan qu'elle donne à Tintelligence et à la moralité, elle peut leur en faire franchir plusieurs.
« A chaque promotion elle acquiert des sens qu'elle ignorait, des organes plus nombreux, plus puissants, plus flexibles, de plus grands moyens de rechercher et de connaître la vérité, de déployer la bienfaisance, de ressentir l'amitié, d'inspirer, d'éprouver l'amour; car tous les êtres intelligents qui ont reçu la vie, étant par leur nature soumis à la mort, tous en sont dédommagés par l'amour, nécessairement plus vif, plus doux, plus enflammé, plus parfait, à mesure que l'être qui en est pénétré devient plus céleste.
« C'est ainsi que s'augmente la douce et pure volupté des âmes invisibles; c'est ainsi que les êtres intelligents, qui emploient chacune de leurs vies à étendre leur intelligence par le travail, à cultiver leur moralité par l'exercice continu des bonnes actions, chacune de leurs morts à se préparer à une vie encore plus louable, sont toujours assurés de recevoir cette existence plus noble, plus animée, plus heureuse, plut vie,
« Ainsi les principes intelligents sont accidentellement sujets à l'indisposition qui retarde leur avancement par leur faute ; à l'affaiblissement, l'enlaidissement, la dégradation par le vice, à la mort prématurée par le crime. C4hacun de ces résultats de leur mauvaise conduite est précédé par un état de souffrance et de véritable maladie, qu'ils essuient dans leur chrysalide d'intelligence, dans leur monade : souffrance et maladie plus ou moins pénibles selon la crise plus ou moins fâcheuse à laquelle ils se sont exposes et qui doit se déterminer plus tôt ou plus tard. Ces
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phénomènes ont beaucoup de rapport avec ceux qu'éprouvent les êtres organisés qui, par l'intempérance et les excès, ont altéré ou détruit leur santé ; la santé des principes intelligents, c'est la vertu bienfaisante et laborieuse.
« Leur vie est composée de plusieurs vies qui leur sont communes avec les êtres organisés Qu'ils animent successivement et de plusieurs repos forcés sous l'état de monade dans les intervalles qui séparent ces vies particulières. Chacun d'eux est immortel par rapport au? corps organisés annuels il prête une