LESSING
Sans doute ces destinées nous sont cachées dans leurs détails, mais le principe est évident. La loi est ainsi faite : avancement ou retard dans l'initiation suivant le mérite ou 1 e démérite, et de là les autres conséquences que nous avons déduites. Aussi Ballanche dit-il encore : « Il y a des hommes « en avant du siècle; il en est même qui sont en avant de « l'existence actuelle et qui participent déjà "de l'existence « future. Les initiations sont successives. L'homme en qui « existe cette faculté de l'avenir est introduit plus tôt dans « le siècle futur, ou même dans la vie à venir. Toutes les « destinées humaines sont analogues entre elles. Chaque « homme a un but à atteindre, selon que chacun est plus «ou moins élevé dans le grade de l'initiation; chacun a « un but différent... Sur cette terre, et dès à présent, il est « évident qu'il y a une hiérarchie d'esprits humains, qui « se prolonge au delà de celte vie, mais tous arrivant les « uns plus tôt, les autres plus tard. Nous sommes tous « appelés au même héritage ^ »
Empruntons-lui encore quelques autres pensées isolées. « Nul ne peut franchir sans travail et sans mérite un « grade dans l'initiation humaine. L'homme arrive dans « l'autre vie avec les perfectionnements qu'il a obtenus « dans celle-ci, tel qu'il s'est fait par les moyens que Dieu « lui a donnés. L'homme a son rang parmi les hiérarchies (( sans fin. Un jour il jouira de l'univers comme il jouit de « ce monde. Les lois qu'il nous est déjà donné de connaître, « et qui s'appliquent à toute la création, nous disent que « notre planète n'est pas isolée *. » On voit par toutes ces citations que Ballanche admet une série d'existences futures après celte vie, dans lesquelles la liberté de l'àme aura son
plein exercice; mais, chez lui, cette croyance est partout/ un peu trop vaguement exprimée et ne forme pas un corps de doctrine. Elle se rencontre çà et là sans unité de vue,' sans insistance suffisante. Le défaut de Ballanche est de n'avoir pas été assez explicite dans ses opinions.
Ballanche n'est pas le seul philosophe qui ait enseigné une continuation d'existences successives.
Lessing a écrit :
« Qui empêche que chaque homme ait existé plusieurs fois dans le monde? Cette hypothèse est-elle si ridicule pour être la plus ancienne, et parce que l'esprit humain l'a rencontrée tout d'abord, lorsqu'il n'était pas encore faussé et affaibli par les sophismes de l'école? Pourquoi n'aurais-je pas fait dans le monde tous les pas successifs vers mon perfectionnement, qui seuls peuvent constituer pour l'homme des récompenses et des punitions temporelles? Pourquoi ne ferais-je pas plus tard tous ceux qui restent à faire , avec le secours si puissant de la contemplation des récompenses éternelles? — Mais je perdrais trop de temps, me dit-on. — - Perdre du temps? Qu'est-ce qui peut me presser? Toute l'éternité n'est-elle pas à moi '. »
Frédéric Schlegel, tout en combattant les erreurs de la métempsycose indienne, dit à son tour :
« Son bon côté et l'élément de vérité qu'elle renferme consiste dans ce sentiment si naturel au cœur de l'homme, qu'une fois séparés de Dieu et loin de lui nous avons à gravir un ehemin long, ennuyeux et pénible, et de rudes épreuves à soutenir, afin de nous rapprocher de l'unique source de tout bien. Il faut y joiudre celte forte conviction et cette intime certitude que rien de défectueux, d'impur et de souillé par les choses de la terre ne