CHAPITRE V
BALLANGHE, LESSING, SGHLEGEL, SAINT-MARTIN
Nous trouvons, au début de notre dix-neuvième siècle, le grand et profond initiateur BalIanChe, mystographe pour lequel Tantiquité profane ou sacrée n'avait point de secrets. Seulement il n'a point eu de vulgarisation; ses écrits sont peu connus, précisément à cause des questions qu'il touchait et qui n'étaient point encore à leur maturité, comme elles le sont aujourd'hui.
En commençant, nous citerons quelques pensées détachées de cet auteur en le rapprochant de quelques autres de ses contemporains, puis nous ferons l'analyse raisonnée de ses œuvres.
(( Il suflit d'admettre qu'en sortant de cette vie nous « n'entrons pas dans un état définitif. Toute créature doit « parvenir à sa fin, et tant qu'une destinée humaine a « quelque chose à accomplir, c'est-à-dire un progrès à « faire, rien n'est fini pour elle. Or, pour elle l'accomplisse- « ment c'est la perfection, comme pour tous les ouvrages « du Créateur; car, dès le commencement, Dieu a trouvé « que ses ouvrages étaient bons, parce qu'en effet chacun « contient en soi la cause et le moyen de son développe- « ment. Seulement c'est à l'homme, en raison de sa liLvrlé,
n à parvenir à la perfection; car, encore une fois, il faut (; que l'intelligence mérite. Voilà ce qui rend impossible « que tout finisse avec cette vie; voilà ce qui rend impos- (( sible aussi que, sitôt après cette vie, il ne se trouve pas <( un autre état de liberté où l'homme puisse continuer de « graviter vers sa perfection relative, jusqu'à ce qu'il y « soit parvenu ^ » Un pas de plus, et le sublime, mais trop timide Ballanche trouvait la loi de la destinée telle que nous la proclamons. Il l'a pressentie, toutefois, et en a exposé dans plusieurs passages le principe et la nécessité, sans en déterminer les conditions. Nous allons le montrer par diverses citations: «Les hommes de la Providence ne sépa- « rent jamais les destinées dont nous jouissons dans cette « vie de celles qui nous sont assurées dans une autre vie, (( assurées par toutes nos croyances primitives et iradi- « tiounelles, assurées par notre nature mêine de créature « intelligente et morale. C'est là qu'après une nouvelle « série d'épreuves et d'expiations, car il ne doit entrer (( rien que de parfait dans le royaume immuable de Dieu, « c'est là que se trouve enfin le dernier terme de toute « palingônésie; c'est là seulement que s'accomplissent noe « destinées définitives^...»
« Dieu est bon et juste. Dieu est hou: il a voulu le « bonheur de ses créatures; Dieu est juste : il a voulu que « ses créatures méritassent d'être heureuses. 11 a voulu (( être glorifié par des créatures glorifiées elfes-mêmes. « L'apparition de Thomme sur la terre n'est qu'une phase « de son existence; le reste nous est caché. Nous savons « seulement qu'une créature intelligente et morale nç « peut avoir que de grandes et nobles destinées ^. »
1 . Palingénésîe iociale, p. 1 1 9. — 2. ïbid,^ p.'30 et 3 1 . — 'iAbid, , p. 38.
13ALLANCHE.