rialcii, Ciahjlc, ~ 2. Ch r.uuir.c ccrcilc de thokétoînc
BALLANCHE
science phrénologique. Quel philosophe admettrait aujourd'hui l'opinion d'Helvétius *?
Ballanche, en enseignant la préexistence, est donc loin d'avoir émis une idée déraisonnable.
Si, sur la question de l'origine, nous avons eu besoin de réunir des textes çà et là par lambeaux, afin de saisir la véritable pensée de Ballanche, en ce qui regarde la destinée ses solutions sont claires, explicites, incontestables.
L'homme^ selon lui, a son rang parmi les hiérarchies sans fin : les lois qu'il nous est déjà donné de connaître, et qui s'appliquent à toute la création, nous disent que notre planète n'est pas isolée ^ Chaque homme, en arrivant dans Ja vie future, y arrivera avec les perfectionnements auxquels il aura été conduit par les épreuves '. L'homme, au sortir de cette vie et de cette planète, sera pourvu de qualités plus étendues, se trouvera placé dans un autre milieu et verra changer les proportions de ses nouveaux organes
1. Cette opinion est un paradoxe insoutenable. « Quel est l'homme, en effet, chargé d'instruire l'enfance ou la jeunesse, qui ne remarque tout d'abord, entre les esprils qui lui sont confiés, des différences considérables? Et qu'on ne dise pas que ces différences viennent de la famille et des ciivonslances extérieures; car le père qui a plusieurs enfants, qui leur donne à tous la même éducation, les voit se distinguer les uns des autres par des vocations diverses et des facultés inégales. D'un autre côté, nous voyons constamment des esprits très-médiocres rester tels malgré les secours de l'éducation la plus complète et la mieux dirigée, et, au contraire, des intelligences précoces devancer ces secours, comme Pascal qu devine Euclide. C'est que toutes les intelligences ne sont pas égales. » (Diction, des sciences philos., au mot Helvét.) Voyez, sur le problème de l'origine, mon Exposé d'un nouveau système (Destinée de l'homme), et mon traité intitulé Dieu, l'homme, etc., liv. m. ch. VIII.
2. Paling. soc, t. III, p. 3.«i5, Réflexions diverses. — 3. Orphée, I. IV, p. 425.
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avec les objets nouveaux qui se manifesteront à lui, qui seront Toccasion de ses pensées ^ Il y a peut-être, dans le monde, des esprits qui ont déjà, si l'on peut parler ainsi, un pied dans le monde futur. Gela ferait comprendre l'ascension progressive des êtres intelligents d'une sphère dans une sphère plus élevée. Les hommes, en passant d'une vie à l'autre, conservent leur individualité^ Cette vie esi uneépreuve à laquelle succéderont d'autres épreuves, selon les besoins de chacun ; car il faut que toute créature parvienne à la perfection qui lui est propre, à laquelle elle adroit par son essence môme; et alors, mais seulement alors, elle entie dans la plénitude de son état définitif. La durée des épreuves successives prend plus ou moins de temps; mais le temps nous importe peu quand il s'agit des plans de Dieu, puisque Dieu a les trésors de l'éternité ^
Ainsi, d'après Ballanche, l'homme arrive dans l'autre vieavec les perfectionnements qu'il a obtenus ici-bas, tel qu'il s'est fait en un mot. Voilà la sanction de la loi morale. Mais faut-il dire qu'après l'épreuve de la terre il n'y a plus^ place au mérite et à la liberté? Est-il vrai que l'homme, parvenu à un certain degré du mal, ne puisse plus se repentir ni se relever.
Parmi les théologiens \ dit Ballanche, ceux qui ont soutenu l'éternité des peines, et qui ont été moralistes en même temps, ont dit que les réprouvés méritaient incessamment la réprobation *. Ils ont jugé avec raison que, si ce n'était pas ainsi, la perpétuité du supplice serait une chose injuste. Un jour sans doute, et il faut désirer que ce
1. Taling, soc, t. III, p. 123. — 2. Ibid,, p. 124. — 3. Ibid., p. 111. •— 4. Ibid., p. 319.— 6. « Sunt qui dicant, nec displicet responsum : Scelerali in locis infernis semper peccant, Ideo semper puniuntur. » (Drexelius, de JEiernitate, lib. II, c. xv.)
BALLANCHE
jour ne soit pas éloigné, un jour, tous les théologiens seront d'accord sur ce point. Ils comprendront que les êtres intelligents ne peuvent se passer de liberté, même les êtres intelligents déchus. D'autres épreuves leur seront accordées pour que tous parviennent à accomplir la loi définitive de leur être. La touchante inspiration qui a produit Abbadona attendrira la rigueur du dogme; les véritables poëtes ont quelque chose de prophétique. Nul ne doute de la religion de Klopstock. Quoique ce grand hymnographe ait appartenu à une communion qui a repoussé le purgatoire et adopté la prédestination, il s'est rendu l'interprète du christianisme de ce temps de tolérance, comme Dante fut l'interprète du terrible chistianisme du moyen âge. Le système des purifications, dogme primitif et universel, ne saurait admettre un état définitif bon ou mauvais, selon que l'être aurait résisté ou cédé à la purification. Il viendrait donc un moment où il n'y aurait plus lieu ni à mériter ni a démériter. Ballanche se croit complètement autorisé à penser que la substance intelligente finira par être bonne, mais d'une bonté acquise par elle-même, car le bonheur auquel elle est appelée, il faut qu'elle le mérite ^
Ainsi, en aucun temps, quelle que soit la chute, l'àmc n'est privée de liberté. La liberté, c'est la personne, c'est la vie. La fatalité, c'est l'absorption de l'âme, c'est la mort.
Mais si la liberté persiste, n'entraîne-t-ellc pas le pouvoir d'un péché perpétuel? le mal nedurera-t-il pas indéfiniment?
Ballanche répond en affirmant :
Le bien, nécessaire et absolu;
Le mal, conditionnel et contingent;
Laliberté de l'être intelligent, capacité dubien et du mal;
!• Palimj, soc, lome III, p, 111,
BALLANCUE.
Le mal, contraire à la nature de l'ôtre intelligent.
Donc l'être intelligent rentre dans sa nature primitive, en rentrant dans le bien lorsqu'il s'en est écarté;
Donc l'ôtre intelligent est tenu de se perfectionner; donc le mal, conditionnel et contingent, doit cesser.
Donc le bien, nécessaire et absolu, devant finir par régner\ toutes les substances intellectuelles finiront par être bonnes, car il est dans la nature delà substance intellectuelle d'être bonne; sans cette croyance, il serait trop facile de retomber dans le manichéisme, dans l'erreur déplorable de deux causes premières et rivales *.
Ces arguments, comme je l'ai dit ailleurs', sont toutpuissants. Ballanche en ajoute un autre qui n'est pas moins formel et irrésistible. Il est impossible, même à Dieu, de constituer pour la créature l'absolu du bonheur ou de la souffrance, et pourquoi? par le motif que j'ai aussi développé \
L'absolu n'appartient qu*à Dieu, le relatif est de l'homme \
Mais comment concilier alors ces solutions avec l'enseignement du Christ, et les prédictions apocalyptiques du jugement dernier?
Ballanche émet à cet égard une réponse aussi juste que profonde. Après s'être posé la question, il ajoute : « Cette « conciliation ne serait pas difficile, si ces traditions « étaient bien étudiées. N'oublions jamais que l'homme « fait le destin de la terre. Les peintures apocalyptiques « sont donc des menaces et non des prophéties, et les pro-
1. Béjlexions diverses, tome 111 des OEuvres, p. 411. — 2. Ibid., p, 187. — 3, Exposé d'un nouveau syslème, p. 101 et 102, et le second liailé, p. 115 et 127. — 4. Dieu, Vhomme^ctc, ; p. 112, liaelsuiv^ — 5. Palinfj. soc, tome 111, p. 412.
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« phétics elles-mêmes ne sont vraies qu'à la condition de « la liberté de l'homme ^ »
Ballanche n'a pas assez insisté sur cette réponse; il n'a pas fait voir par quelle progression avait passé la révélation divine sur la vie future. Pour compléter la pensée de ce philosophe, lisez ce que j'ai écrit dans mes deux précédents traités ^ J'y reviendrai d'ailleurs dans la suite de cet ouvrage.
On a dit que Ballanche s'était verbalement rétracté. Cela est impossible. Otez en effet l'idée des vies successives, de la liberté toujours persistante, du dogme de la réhabilitation identique au dogrne de la déchéance, de la loi de grâce succédant à la loi de rigueur, et les écrits de Ballanche ne sont plus rien, leur base est par là même détruite.
Ballanche, d'ailleurs, sur la question de la révélation, s'est formellement prononcé pour la théorie du progrès religieux, et ce qu'il dit à ce sujet éclairera suffisamment ce qui précède.
La religion faite pour l'homme dans le temps est sujette à la loi du progrès et de la succession. Elle se manifeste donc aussi successivement. Lorsque Dieu a parlé dans le temps, il a parlé la langue du temps et de l'homme. Les hommes religieux qui voulurent continuer de nier à Galilée le véritable système du monde auraient compromis la religion, si elle eût pu être compromise. Ceux qui voudraient continuer de croire aujourd'hui que les jours cosmogoniques de la Genèse doivent être entendus de cet espace de temps qui se mesure d'un soleil à l'autre, ceux-là compromettraient encore la religion. L'humanité a fait des progrès dont il faut tenir compte. La religion a aidé à ces
I. Paling. soc, p. 18C. — 2. Erposé d'un nouveau système, p. 46 cl àuiv.j Dieu,l'/w:nmc, elc, p. 25 et sulv., 174 et suiv.
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progrès; que les hommes religieux ne les repoussent pas, càY alors on serait disposé à croire qu'ils sont étrangers à la :oligion\ Le christianisme est une loi d'affranchissement •jt d'émancipation. Si l'on veut en faire autre chose, si Ton veut le rcMulre incompalihlc avec toutes les idées généreuses, on repousse dans les ahîmes de l'incrédulité une vénération nouvelle que le doute fatigue, à qui Tincréduiité est en horreur'.
Ce qu'il faut que le genre humain connaisse de la vérité, selon les temps et les lieux , se révèle toujours selon les temps et les lieux; la vérité nécessaire' au genre humain a toujours été et sera toujours dans le genre humain^. C'est pourquoi , à de certaines époques, certaines idées, mûries à Tinsu des hammos, se répandent de toutes parts sur la société*.
Selon BiUanche, la révélation est essentiellement progressive. Dieu l'accommode aux temps, aux lieux et au développement des intelligences.
La révélation divine n'a-t-clle éclairé que les juifs d'a- Lord, et ensuite les chrétiens, ou hien au contraire s'eslellc répandue partout et a-t-elle inspiré les divers fondateurs de religions?
Je transcris ici tout entier un admirahle passage que je recommande aux méditations du lecteur.
« Les destinées humaines n'auraient-elles une direction (( que chez le peuple hébreu? Le reste des nations aurait-il « été abandonné à l'incertitude de la pensée humaine dé- « pouillée à la fois de toute révélation et de toute tradi- « tion'*? Tous les documents de l'histoire, tous les témoi-
1. Vuling. soc, y tome 111, p. 312. — 2. l^iti., R«5flexions diverses, tome 111, p. 400. — 3. Orphée, tome IV, p. 419. — 4. Essai sitr les Institutions sociahsy tome 11, p. 126. — 5. « H serait lémécalre d« soutenir, ai-je dit ailleurs, que dans les anciens dogmes aucune rcvé-
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n gnages des siècles seraient-ils menteurs en ce point? « Ceux à qui fut attribuée l'éminente fonction de civiliser a les hommes, voulez-vous les faire descendre de la sphère « élevée où ils dominent, pour les changer, de votre pro- <( pre autorité, en de vils et d'heureux imposteurs? Vou- « lez-vous que votre dédain aille ensuite des jongleurs au « genre humain lui-même, qui toujours se laisserait abu- « ser? Voulez-vous enfin substituer les aveugles contin- « gences du hasard au gouvernement régulier, à la con- « duite initiatrice de la Providence? (Cet argument est « irréfutable.) Voulez-vous encore donner un démenti for- <( mel à la plupart des premiers Pères de l'Eglise, qui n'ont « pas hésité à reconnaître des missions dans la gentilité? « Et surtout n'est-il pas écrit, dans les Actes des Apôtres, « que Dieu ne s'est jamais laissé sans témoignage? N'est-ce « pas en cela que consistent les traditions générales du « genre humain, traduites dans toutes les langues, accli- « matées chez tous les peuples, selon le génie dqs peuples « et des langues, transformées dans tous les cultes, selon « les temps et les lieux? N'est-il pas écrit, dans ces mômes <( Actes des Apôtres, que Moïse s'était instruit dans toute « la science des Egyptiens? Or la science des Egyptiens « entrait donc au moins dans les voies préparatoires pour « nos propres traditions ^. »
Aussi Ballanche dit-il ailleurs : « J'entends la foi dans a un sens étendu, planant au-dessus de toutes les religions « pour ne s'appliquer qu'à ce que ['appelle les traditions « générales, la religion universelle du genre humain^. »
lalion d'en liaut n'était intervenue pour les diriger, La notion d'un Dieu un, éternel, existait même sous les formes grossières du culte, et liès-certainemcnt elle était enseignée aux initiés. » {DieUj Vhomme, etc., cil. XIII, p. 1G5.)