‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 136 sur 181 · et · texte numérisé non relu

et

CONSTANT SAVY

appartient à l'homme. Le sentiment moral, quoique peu développé, l'est assez pour qu'on puisse accueillir des idées plus justes sur la Divinité et sur les rapports de l'homme avec elle. Il faut même reconnaître qu'on en a soif, et une soif ardente. C'est pourquoi on est sans respect pour des formes, des dogmes et des symboles qui, depuis tant de siècles déjà, ont arrêté le progrès de la morale.

« Le dogme qui a fait le plus de mal à la religion est celui des châtiments et des récompenses, faute d'un développement qui commandait le progrès de l'esprit humain dans la connaissance du vrai Dieu.

« On s'appuie sur la liberté accordée à l'homme pour prouver la réalité de la punition et de la récompense que la justice divine réserve à l'homme dans ce monde quelquefois, et dans l'autre toujours. Je ne puis le comprendre. C'est aussi sur cette liberté que je m'appuie pour prouver que c'est là encore une de ces mille erreurs de la vie matérielle des anciens temps. En quoi consiste celte liberté de l'homme, et surtout pourquoi lui a-t-elle été donnée? Voici la pensée de Dieu telle qu'il me l'a révélée f et telle, par conséquent, qu*il l*a révélée à tous les hommes qui font des efforts pour le connaître et Vaimtr :

0 Aucune des vertus qui font mon être ne peut demeurer sans « manifestations. Je ne serais pas, puisque ma vie ne serait pas « entière ; qu'il existe donc un être qui soit mon image en même « temps qu'une pensée de moi-même; pour cela, qu'il ait une « étincelle de mon intelligence unie à un corps, parce que mon « intelligence est unie à l'univers.

« Qu'il ait en partie conscience de la vie, parce que j'ai « conscience parfaite de mon être.

« Qu'il ait aussi une étincelle de ma liberté, parce que je (f suis parfaitement libre.

« Qu'il ait avec la liberté la faculté de vouloir, parce que je « suis la volonté souveraine.

« Que, par ces deux facultés, le feu divin que je mets en lui « vive éternellement de l'aliment qu'il saura choisir; qu'il s'é-

srs

CONSTANT SAVY

« tende de plus en plus par les conquêtes qu'il fera sur mon ir- « telligence infinie répandue dans tout l'univers, et, par ce « moyen, qu'il demeufe lui-môme dans l'éternité, sans se con- « fondre avec les autres intelligences, ni avec moi; que, par son « activité. Il grandisse et se rapproche ainsi du foyer d'où il est « sort.; que, de simple étincelle, il devienne de plus en plu^ « dans la marche des siècles, une lumière éclatante et de plul « en plus une digne manifestation de moi-même.

« Que sa liberté ne puisse jamais le conduire'à la perfection, « parce qu'alors il cesserait d'être lui-même pour rentrer en « moi; et je veux qu'il conserve à jamais le sentiment de son « existence, parce que j'ai le sentiment de ma puissance. Qu'il « soit donc toujours imparfait, et que, pour cela, sa liberté soit « limitée par cette volonté de son Dieu.

« QuMl existe donc un être dont le développement progressif « soit assujetti à mes lois, et dépende en même temps de la li- « berté que je lui donne; que ce développement soit son travail « car 11 ne peut demeurer dans le repos, puisque le mouvemeni « est la vie, parce que ma vie est de créer sans cesse par le mou- « vement continu de la matière et de l'intelligence soumises à « mes lois. Et comme il succombera souvent au mal, et que pour- « tant je veux qu'il marche vers moi, que l'éternité soit à lui pour « pouvoir faire sa vie, réparer ses fautes, se relever de l'état « dans lequel ses écarts, la force de ses semblables ou d'autres « influences l'auront jeté.

« Que, pour l'aider dans ce travail sans fin, il ait le regret et « le remords qui lui feront haïr ses fautes, et qu'il éprouve le « sentiment du bonheur à une bonne action, pour l'encoura-er « au bien. ^

« Qu'il espère toujours en moi, pour qu'il sente qu'il est toujours « temps de revenir à la vertu. S'il n'avait cet espoir, l'énormité « de ses fautes le découragerait, et il s'enfoncerait toujours plus ' « avant dans la voie de l'erreur, quand je veux qu'il n'y ait pour « Ini éternité ni de maux ni de biens sans mélange, puisqu'i*! ccs^ * serait d'être libre; et l'usage de celte liberté ne peut lui être

CÛNSTAIiT SAVY.

a enlevé sans qu'il cesse d'être aussitôt. Qu'il n'y ait donc point « de position, jamais, dans l'éternité, où sa liberté soit enchaînée, « car il cesserait d'agir, d'être l'instrument de sa propre vie, de « s'améliorer, de se développer. Qu'il travaille donc sans cesse « à ce développement, puisque la loi de l'univers est que nul « être ne puisse trouver le repos, parce que le mouvement est c la vie, et la vie le développement de tout ce qui est créé.

a Qu'il existe donc, cet être. »

a Et cet être existe. Dieu créa l'homme.

« Les récompenses et les châtiments, car nous en avons réellement, ne sont donc que le résultat direct et immédiat de l'ensemble de la vie de l'homme, et ne consistcr.t que dans sa marche plus ou moins active vers le perfectionnement avec plus ou moins de douleurs ou de peines. C'est cette conquête qui sera la récompense de nos vies militantes, comme la privation de ce développement de félicité sera le châtiment de nos vies de faiblesse, d'ignorance, d'oisiveté et de débauche; et il sera grand, ce châtiment, il sera douloureux et par les souffrances et par le remords.

« Pour repousser ce qu'il y a de faux dans le dogme ancien, il est une autre raison non moins forte, mais plus facile à comprendre.

« On enseigne (écoutez) que la tombe est le terme de la marche de l'homme dans l'éternité ; que la seconde vie est la dernière, et qu'il sera éternellement heureux ou malheureux l

« S'il en est ainsi, l'homme n'a donc plus de liberté pour profiler des leçons de l'expérience et pour s'améliorer. S'il est éternellement malheureux, il ne peut plus se relever de ses chutes; il est accablé de maux des myriades de fois au-dessus de ses fautes; il est puni d'une éternité de malheurs pour une vie mal employée, il est vrai, mais limitée à quelques secondes, et exposée à des écueils que ses semblables, encore plus que lui, ont semés sous ses pas et rendus inévitables ; et sou châtiment n'est dès lors que la vengeance d'une colère aveugle et insensée; car il est inutile, puisqu'il ne peut plus rien pour son amélioration.

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« Notre âme se soulève à la pensée d'un Dieu de conlrainte, de colère, de vengeance, même de sévérité seulement; elle repousse cette idée comme un mensonge, une impiété, parce qu'elle ne peut saisir Dieu par là ; et elle ne le peut, parce qu'il n'y a en Dieu aucun de ces mauvais sentiments qui ne sont qu'une erreur de l'homme, produite par son ignorance et l'abus de sa liberté : il n'y a en Dieu aucun de ces mauvais sentiments, parce qu'ils ne sont le partage que de la faiblesse, de l'impuissance, de l'imperfection, et que Dieu est tout-puissant; parce qu'il est tout amour, ordre et harmonie. Il a tout prévu, puisqu'il a tout fait, et dès lors tout n'est que tel qu'il l'a voulu. Si l'homme est libre, c'est sa volonté. Si l'homme abuse de la liberté, Dieu l'a permis, parce que l'homme n'aurait pu, sans elle, avoir d'individualité, être immortel ; et Dieu la lui a donnée par conséquent pour toujours, puisqu'il l'a reçue pour son travail éternel de perfectionnement. »

Constant Savy décrit ainsi les conditions de l'immortalité et des vies successives par la réincarnation :

« A mesure que hs vies successives développeront son âme, le corps auquel elle sera unie sera nécessairement supérieur à ceux qu'elle aura usés; autrement il n'y aurait pas harmonie entre ces deux éléments de l'existence humaine; les moyens donnés à l'âme ne seraient pas en rapport avec le développement de sa puissance. Ce corps, doué de sens plus parfaits et plus nombreux, ne saurait être d'égale valeur pour tous. Je ne concevrais pas plus cette société avancée que je ne concevrais celle où je suis, si chaque individu avait même puissance physique et morale. Les inégalités naturelles existent dans tous les mondes comme moyen de rapprochement, d'association. Mais je crois aussi, par l'effet de la loi du développement, que les défectuosites du corps sont et moins grandes et plus rares, comme je crois qu'il aura des sens et plus parfaits et plus nombreux. Cette

Jiugtrentation de sens ne sera point une addition nouvelle; tout se lie, s'enchaîne dans la création; elle ne sera que le développement de germes que nous sentons et que nous apercevons confusément dès ici, quand nous y faisons attention et que nous étudions notre être. Les pressentiments, les intuitions, la sensibilité à l'agent dit magnétisme animal, cette faculté de penser, de pénétrer dans l'avenir quelquefois pendant le sommeil; celle de conserver les impressions reçues depuis longtemps, les choses qu'on croyait oubliées pour toujours, et qui tout à coup se reproduisent avec des traits si ressemblants, si nets, si clairs, si distincts, qu'il nous semble un instant être en présence de l'objet dont l'image fidèle se reproduit ainsi ; image qui se présente en nous comme hors'de nous, dans le sommeil comme dans l'état de veille, et peut-être aussi plusieurs des moyens ou vertus attachés à chacune des facultés de l'âme, surtout' ceux donnés à la faculté d'aimer, tels que l'imagination, enveloppent et cachent ces germes qui renferment le développement des sens et des moyens nouveaux pour nous permettre de marcher en avant, comme la graine contient les germes à l'infini des plantes que développe la terre.

« Au reste, ces inégalités naturelles servent encore le progrès individuel d'une autre manière; les erreurs qui en résultent font découvrir des vérités; les vices montrés à nu sont presque pour tous les hommes une cause de pratique de la vertu, ou du moins un préservatif par l'horreur qu'ils inspirent; l'ignorance des uns réveille datis les autres l'amour de la science; l'oisiveté qui flétrit quelques hommes inspire à "d'autres l'amour du travail.

« Ces inégalités, qui sont inévitables parce qu'elles sont nécessaires, existent donc dans les vies successives que nous traverserons. Elles n'ont rien qui contrarie l'harmonie de l'univers; au contraire, elles sont un moyen de cette harmonie et résultent fatalement de la différence de valeur dans les corps. D'ailleurs, aucun homme ne reste stationnaire; tous marchent plus ou moins vite seulement. La position, l'état individuel ne Bont pas immuables; il n'y a d'immuable en l'homme que la

conscience de son être. Aussi, sur celte terre, les gén(?rations actuelles profitent des efiPorts des générations passées, comme toutes celles que la mort emporte dans l'aveuir profitent du travail de celles qui les ont précédées dans ces mondes

nouveaux.

a II est des vérités qui sont restées longtemps cachées à l'homme, et que son progrès lui a fait découvrir. Les unes sont arrivées à son âme par le secours des sens; les autres, son âme seule, par sa puissance, les a saisies.

« C'est par les yeux du corps et à Taide d'instruments qu*il a pu franchir en partie la distance prodigieuse qui le sépare de quelques-uns de ces corps lumineux que les premiers âges ont crus faits pour notre monde, reconnaître *en eux des globes terrestres, observer leur cours et celui de beaucoup d'autres, l'ordre de leur marche ou leur immobilité, en calculer la distance. Encore quelques siècles, et d'autres découvertes se feront, qui, annoncées aujourd'hui sans autre appui que le raisonnement pour les faire accueillir, seraient repoussées par l'incrédulité de l'ignorance, comme celles d'aujourd'hui l'ont été à leur naissance par l'ignorance des hommes.

« C'est par la force de l'amour et de la compréhension développés peu à peu que l'homme, brisant l'expression des fausses idées de nos pères sur la Divinité, est parvenu à mieux connaître Dieu, par suite à mieux comprendre le but de la création, les desseins de la Providence sur son être. Les sens, les instruments sont sans pouvoir ici. Les vérités de cet ordre n'appartiennent qu'à l'inexplicable puissance de l'être pensant qui, suspendant Tactivité des sens du corps qu'il anime, loin de recourir à leur secours, se replie sur lui-même, semble se dégager des entraves de la matière pour se promener dans le monde moral, invisible comme lui, mais auquel il est lié par une chaîne insaisissable à nos sens et que nous sentons sans pouvoir la comprendre avea certitude. Encore quelques siècles, et Dieu et l'homme seront mieux connus. Bien des vérités entrevues confusément brilleront d'un vif éclat pour les générations à venir, qui, à leur tour^

prépareront des découvertes dans le monde moral aux générations qui viendront après elles. C'est la marche du passé, elle est éternelle.

« C'est donc par cette puissance seule que nous pouvons pressentir, comprendre un peu une partie des merveilles d'une vie qui ne se cache entièrement qu'à l'homme dont l'amour n'a pas assez de force pour le porter en pensée dans ces mondes de l'avenir, en attendant le jour où la mort lui ouvrira ces nouvelles phases de sa vie.

« C'est à l'amour que se font les révélations de l'avenir; car c'est la principale chaîne qui unit les deux mondes. Aucune révélation n'est donc susceptible d'une preuve rigoureuse. Mais comme notre organisation nous tient en rapport avec les deux ordres de choses qui composent la création, nous ne sentons pas le besoin de n'accepter les choses de l'ordre moral qu'autant qu'elles sont éclairées de notre faible raison ; notre foi les accueille. La foi n'est pas celte crédulité qui prouve la faiblesse de notre développement; c'est cette conviction profonde qui est une preuve de l'énergie de notre âme , de celte sève divine, amour et sensibilité, qui soulève aux yeux de l'âme grandie une partie du voile qui enveloppe ces mystères et qui fait marcher l'homme d'un pas ferme et assuré dans l'accomplissement de ses devoirs, qui lui donne une force inconnue aux autres hommes, une force qui soulève les montagnes, qui remue le monde. Celte foi ne trompe jamais; dès qu'elle est née, c'est une lumière. Puisque l'immortalité de l'homme consiste en une marche progressive, et puisque, par cela même, il prépare k vie dans laquelle il entre par celle qu'il laisse, enfin, puisqu'il y a deux mondes nécessairement, l'un matériel et l'autre intellectuel, ces deux mondes, qui composent la vie à venir, doivent avoir des rapports harmoniques avec le nôtre.

« Le travail de l'homme sera donc une continuation de sou travail passé.

« Pour le monde physique, il contribuera à son embellissement, à son amélioration; il lui demandera encore sa vie animale telle qu'elle y sera déterminée.

3^* CONSTANT SAVY

« Pour l'autre, il aidera le développement des sciences et des arts, aussi inséparable de la vie intellectuelle de l'homme que le monde physique l'est de sa vie animale. Nos essais dans ce monde, en astronomie, en physique, etc., sont des connaissances premières que nous étendrons de vie en vie. L'homme travaillera encore à son développement moral; il deviendra un élément social toujours meilleur à chaque période de sa vie; son amour de lui-même, de la créature, de Dieu, et c'est le même amour, répéterai-je- encore, s'augmentera, se fortifiera en s'épurant; lié à Dieu et à la création, il retrouvera pour but de ses efforts les vertus dont sa conscience lui commande la pratique sur cette terre, pour son bonheur et celui de l'humanité; la tolérance, l'amour de l'humanité, en un mot, la charité lui sera encore enseignée par cette conscience, fidèle amie, puissance protectrice qui lui inspirera aussi et toujours la foi et l'espérance qui le lieront aux nouvelles existences d'une même vie éternelle, et il deviendra de cette manière une plus digne manifestation de la Divinité.

« Que nous semble-t-il qu'ait dû faire la Providence pour que la mort, nécessaire à la vie, qui sépare, quant au sens, deux êtres étroitement unis, ne fût pas un obstacle au lien d'amour qui les a unis? Notre raison répond sans hésiter : Qu'ils s'aiment toujours. N'est-ce pas ce qui a lieu ; la mort empêche-t-elle cet amour? Il devient plus fort, au contraire, puisqu'il devient plus pur ; et comme l'âme seule passe la tombe, ils restent unis par l'âme.

« Et pour que celui qui reste sur cette terre puisse aimer toujours cet objet qu'il a chéri si tendrement, quelle puissance devait être opposée à la chair de celui qui survit? Notre raison répond encore sans hésiter : Au milieu des distractions, des soins matériels, et surtout des sollicitations des sens, le souvenir aurait été trop faible, il se serait perdu, et cette place dans le cœur, qui, pour le bonheur des époux, ne doit point être usurpée, aurait été occupée par un autre pour le malheur de plusieurs; il fallait donc plus que le souvenir, il fallait la présence

de l'objet aimé. N'est-ce pas ce qui a lieu ? Il fallait un commerce continuel entre ces deux êtres immatériels, ou du moins d'une matière qui échappe à notre analyse, et à laquelle, à cause de cela, on donne le nom vague et insignifiant de substance; eh bien, ce commerce n'existe-t-il pas? Que signifie cette action de sentiment, cette action de voix, cette action de vision, forme immatérielle, qui s'exercent sur nous en tout temps, éveillés comme dans le sommeil? Jusqu'ici point de difficulté pour le sentiment; mais il est plus difficile de satisfaire maintenant l'autre puissance de notre âme, la compréhension. Comment se reconnaîlront-ils, ces deux êtres, dans la vie nouvelle? Un fait me frappe ; l'êlre pensant existe et se manifeste, indépendamment du corps ; nos visions du sommeil, même celles qui se présentent à nous éveillés, nous prouvent que l'âme n'est pas réduite à ne voir et sentir que par le corps; et de même pour les autres sens, car des sons inouïs nous frappent aussi quelquefois. Cette puissance de l'âme se manifeste sensiblement encore par l'action dite magnétique dans l'état appelé somnambulisme. Il m'est prouvé que l'âme a le pouvoir de saisir, da moins sans le secours des sens qui paraîtraient devoir la servir, les objets d'une certaine nature, et je me dis avec bonheur : L'âme de ma bien-aimée, qui me garde, m'inspire, se fait sentir à moi, me parle, qui se rend sensible à mon âme par son image, à celte âme qui ne vivait et ne vivra encore jamais que pour elle en dépit de la mort, qui accepte mes douleurs, mes privations, mon dévouement, mon amour contre lequel mille morts, des morts à l'infini ne pourraient rien , habite dans mon cœur ou me voit. Or elle ne peut ii:e perdre de vue; et, au jour de la mort, je la verrai comme elle me voit déjà; et tous les deux, soit sous une même forme, soit sous deux formes encore, nous vivrons unis pour notre nouveau travail.

« Je ne saurais jamais croire que notre intelligence, qui dans cette vie commence à se développer, s'arrête aussi imparfaitement grandie, pour ne plus s'exercer, se perfectionner après l'heure du tombeau*

CONSTANT SAVY

« Pour l'autre, il aidera le développement des sciences et des arts, aussi inséparable de la vie intellectuelle de l'homme que le monde physique l'est de sa vie animale. Nos essais dans ce monde» en astronomie, en physique, etc. , sont des connaissances premières que nous étendrons de vie en vie. L'homme travaillera encore à son développement moral; il deviendra un élément social > toujours meilleur à chaque période de sa vie; son amour de lui-même, de la créature, de Dieu, et c'est le même amour, répéterai-je. encore, s'augmentera, se fortifiera en s'épurant; lié à Dieu et à la création, il retrouvera pour but de ses efforts les vertus dont sa conscience lui commande la pratique sur cette terre, pour son bonheur et celui de l'humanité; la tolérance, l'amour de l'humanité, en un mot, la charité lui sera encore enseignée par cette conscience, fidèle amie, puissance protectrice qui lui inspirera aussi et toujours la foi et l'espérance qui le lieront aux nouvelles existences d'une même vie éternelle, et il deviendra de cette manière une plus digne manifestation de la Divinité.

« Que nous semble-t-il qu'ait dû faire la Providence pour que la mort, nécessaire à la vie, qui sépare, quant au sens, deux êtres étroitement unis, ne fût pas un obstacle au lien d'amour qui les a unis? Notre raison répond sans hésiter: Qu'ils s'aiment toujours. N'est-ce pas ce qui a lieu ; la mort empêche-t-elle cet amour? Il devient plus fort, au contraire, puisqu'il devient plus pur ; et comme l'âme seule passe la tombe, ils restent unis par l'âme.

a Et pour que celui qui reste sur cette terre puisse aimer toujours cet objet qu'il a chéri si tendrement, quelle puissance devait être opposée à la chair de celui qui survit? Notre raisou répond encore sans hésiter : Au milieu des distractions, des soins matériels, et surtout des sollicitations des sens, le souvenir aurait été trop faible, il se serait perdu, et cette place dans le cœur, qui, pour le bonheur des époux, ne doit point être usurpée, aurait été occupée par un autre pour le malheur de plusieurs; il fallait donc plus que le souvenir, il fallait la présence

de l'objet aimé. N'est-ce pas ce qui a lieu ? Il fallait un commerce continuel entre ces deux êtres immatériels, ou du moins d'une matière qui échappe à notre analyse, et à laquelle, à cause de cela, on donne le nom vague et insignifiant de substance; eh bien, ce commerce n'existe-t-il pas? Que signifie cette action de sentiment, cette action de voix, cette action de vision, forme immatérielle, qui s'exercent sur nous en tout temps, éveillés comme dans le sommeil? Jusqu'ici point de difficulté pour le sentiment; mais il est plus difficile de sati.^faire maintenant l'autre puissance de notre âme, la compréhension. Comment se reconnaîlront-ils, ces deux êtres, dans la vie nouvelle? Un fait me frappe ; l'èlre pensant existe et se manifeste, indépendamment du corps ; nos visions du sommeil, même celles qui se présentent à nous éveillés, nous prouvent que l'âme n'est pas réduite à ne voir et sentir que par le corps; et de même pour les autres sens, car des sons inouïs nous frappent aussi quelquefois. Cette puissance de l'âme se manifeste sensiblement encore par l'action dite magnétique dans l'état appelé somnambulisme. Il m'est prouvé que l'âme a le pouvoir de saisir, du moins sans le secours des sens qui paraîtraient devoir la servir, les objets d'une certaine nature, et je me dis avec bonheur : L'âme de ma bien-aimée, qui me garde, m'inspire, se fait sentir à moi, me parle, qui se rend sensible à mon âme par son image, à celte âme qui ne vivait et ne vivra encore jamais que pour elle en dépit de la mort, qui accepte mes douleurs, mes privations, mon dévouement, mon amour contre lequel mille morts, des morts à l'infini ne pourraient rien , habite dans mon cœur ou me voit. Or elle ne peut me perdre de vue; et, au jour de la mort, je la verrai comme elle me voit déjà; et tous les deux, soit sous une même forme, soit sous deux formes encore, nous vivrons unis pour notre

nouveau travail.

« Je ne saurais jamais croire que notre intelligence, qui dans cette vie commence à se développer, s'arrête aussi imparfaitement grandie, pour ne plus s'exercer, se perfectionner après l'heure du tombeau.

CONSTANT SAVY

CONSTANT SAVY

« Si, une fois dégagée de la matière par l'alliance de laquelle elle est si imparfaite, elle se trouve sans toutes ses imperfections, et capable d'aimer, d'admirer son auteur aTCC la conscience de sa vie passée, à quoi bon tant de malheurs, tant de passions, tant de combats, auxquels elle était exposée sur cette terre? Ne pouvait-elle pas acquérir une vue distincte de son principe, et trouver la conscience du moi sans toutes ces épreuves, toutes ces chutes dont si peu se relèvent avant de mourir î

« Et puis ce repos, cette station, plus que cela, ce terme de mouvement, de progression, s'accordent-ils avec les notions que Dieu nous permet de prendre de lui et de ses œuvres? La nature marche toujours, toujours elle travaille, parce que Dieu est la Tie et qu'il est étemel, et que la vie est le mouvement progressil vers le souverain bien, qui est Dieu lui-même; et l'homme seul dans la nature, et l'homme, aussi imparfait, aussi vicieux, s'arroterait dans sa marche, soit pour s'anéantir, soit pour se trouver aussi parfait que possible, brusquement, sans progression, et surtout sans sa participation, lui qui est créé libre I Je ne puis le comprendre.

« Non, quand l'heure aura sonné, l'homme n'aura pas une vie inutile ou de pure contemplation; non, il ne se trouvera pas amélioré sans sa participation, sans efforts, sans travail de sa part; non surtout, il ne s'anéantira pas. Le néant est un vain mot. Il aura une vie de travail encore; il contribuera, pour la part que Dieu lui a assignée, aux créations continuelles produites sans cesse par la toute-puissance divine; il aimera en- ^ core, il aimera toujours; toujours il marchera, il marchera éternellement, parce qu'il est à une distance infinie de Dieu. »

Constant Savy décrit un rêve sublime complètement d'accord avec les principes les plus élevés de la philosophie spirituelle. Nous le transcrivons en entier.

« Je me sentais fort malade; je me trouvais sans farce; il me semblait que la vie faisait des efforts pour résister à la mort^

mais en vain, et qu'elle allait s'échapper. Mon âme se détachait peu à peu de la matière répandue dans tout mon corps; je la sentais se retirer de toutes les parties auxquelles elle est si intimement unie, et comme se rassembler sur un seul point, au cœur, et mille pensées sur ma vie future m'occupaient, obscures, nuageuses. Et peu à peu la nature s'effacant devant moi en prenant à mes yeux des formes déréglées et bizarres, je perdis presque la faculté de penser, je n'avais plus guère que celle de sentir. Ce sentiment était tout amour, amour de Dieu et des êtres que j'avais le plus chéris en lui, mais sans pouvoir manifester cet amour; mon âme, retirée sur un seul point de mon corps, avait cessé presque tous rapports avec lai et ne pouvait plus lui commander. Elle éprouvait encore pourtant quelques distractions causées par la douleur de ce corps et par ceux qui m'entouraient; mais ces distractions étaient faibles comme les douleurs et les perceptions qui les causaient; ma vie ne tenait plus à la matière que par un seul des milliers de fils qui l'y avaient rattachée; j'allais expirer.

a Aussitôt, pour marquer sans doute le passage de cette vie àUautre, il se fit comme d'épaisses ténèbres, auxquelles succéda une éclatante lumière. Alors, ô mon Dieu! je vis votre jour, ce jour tant désiré l je vis réunis, pleins de joie et de félicité, les êtres que j'avais tant aimés, qui m'avaient inspiré pendant ma vie de ce monde, après eux, et qui m'avaient semblé habiter dans mon âme ou planer sur moi. Ils m'attendaient; ils m'accueillirent avec bonheur. Il me sembla que je complétais leur vie et qu'ils complétaient la mienne l Mais quelle différence dans mes sensations de bonheur avec celles de la vie que je laissais? Je ne puis les décrire ! Elles étaient pénétrantes sans être impétueuses; elles étaient douces, calmes, pleines, sans mélange, sans vide, sans inquiétude, ravissantes, ineffables, et encore elles se trouvaient unies à l'espérance d'un bonheur plus

grand?... . „ ,, •

a Je ne vous vis pas, ô mou Dieu! Qui peut vous voir? Mais je vous aimais plus que je ne vous avais aimé dans ce monde-

CONSTANT SAVY

CONSTANT SAVY

Je vous comprenais davantage, je vous sentais avec plus de force; vos traces, qui se montrent partout et en tout, m'apparaissaient plus sensibles et plus éclatantes; j'éprouvais une admiration et un étouneracnt inconnus à mon âme jusqu'alors ; je voyais mieux une partie des merveilles de votre création. Les entrailles de la terre n'avaient plus de secrets pour moi; je les voyais dans toutes leurs parties; je voyais les insectes et tous les autres êtres qui les habitent, les carrières qui forment la charpente du globe, les mines connues de l'homme et celles qu'il ignore ; je comptais son âge dans son sein comme on compte celui d'un arbre dans le cœur de son tronc; je voyais tous les conduits i portent à la mer les eaux qui l'entretiennent; je voyais le etour de ces eaux, c'était comme le mouvement du sang dans le corps de l'homme, du cœur aux extrémités, des extrémités au cœur; je voyais le fond des volcans; je comprenais les tremblements du globe, ses rapports avec les astres; et, comme si ce globe se fût tourné en tous les sens pour se montrer à moi et me faire admirer votre grandeur, ô mou Dieu! je voyais tous les. pays avec leurs habitants divers et leurs mœurs diverses; je voyais toutes les variétés de moh espèce, et une voix me disait : Comme toi, tous ces hommes sont l'image du Créateur; comme toi, tous ils marcheront éternellement vers Dieu avec conscience de leurs progrès. L'épaisseur des forêts, la profondeur des mers ne pouvaient rien dérober à mes regards ; je pouvais suffire à tout voir, à tout admirer, et j'étais heureux de mon bonheur, heureux du bonheur des chers objets de mon tendre amour. Nos joies étaient "communes. Nous nous sentions liés et par nos anciennes affections devenues bien plus profondes, et par l'amour de Dieu; nous puisions la môme félicité à la même source; nous ne faisions qu'un, nous jouissions l'un par l'autre et séparément de ce bonheur trop grand pour être exprimé; je me tais pour mieux sentir. »

0 mort ! ajoute Constant Savy, viens quand tu voudras, je ne te crains pas, j'espère.

En résumé, bien que la doctrine de la préexistence soit révoquée en doute par Fauteur, et qu'ainsi il ne puisse expliquer l'origine des maux généraux et des maux particuliers, rinégalilé des intelligences et des penchants de riiomme terrestre, on trouve dans ses pensées, outre la conception très-élevée des peines et des récompenses de l'avenir, une affirmation très-ferme de nos vies futures, des transmigrations diverses de l'unie, et surtout un sentiment très-vif de la sainte communion des morts et des vivants.

PIERRE LEROUX

PIERRE LEROUX

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