‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 137 sur 181 · PIERRE LEROUX. - FOURIER · texte numérisé non relu

PIERRE LEROUX. - FOURIER

Pierre Leroux, dans son livre de V Humanité^ soutient que rame est perpétuellement attachée à la terre. Son système nous paraît vicieux sous deux rapports : 1** L'ùme, à chacune de ses existences, à la millième, si l'on veut, n'est pas plus avancée qu'à la première. A la dissolution de son corps, elle rentre en simple état de puissance sans amélioration, sans progrès. Le progrès, d'après ce système, gît dans Tespèce et non dans Tindividu, tandis qu'il y a deux progrès hien distincts: celui de l'homme, celui de l'humanité. 2° Si l'on place nos existences futures exclusivement sur cette terre, sans épuration possihle de matière, sans changement important, l'àme n*a jamais le souvenir de ses modifications antérieures; ce n'est pas, à vrai dire, le mémo être, puisque rien ne relie son présent à l'avenir. Ce système blesse nos espérances les plus précieuses, nos affections les plus chères.

Quoi! Dieu aurait placé en nous de tendres sentiments; il nous aurait donné l'amour de la famille, il aurait entretenu parmi les hommes les doux liens de frères, de parents, d'époux, et ils ne devraient jamais se reconnaître, jamais se rejoindre après de longs voyages, jamais confondre leurs

souffrances et leurs joies; la mort serait la séparation éternelle, c'est-à-dire le néant!

Si, dans son existence nouvelle, l'âme n'a aucun souvenir de ses existences antérieures; si, du moins, quoiquc.ce souvenir soit pour un temps impossible aux yeux de quelques-uns, elle ne conserve pas quelque chose qui lui sauve sa mémoire dans Tavcnir, il n'y a plus identité, ce n'est plus la môme personne. Où est la sanction de la morale? La récompense ou la punition implique le souvenir du passé.

Qu'on y réfléchisse bien ! Le système de Pierre Leroux entraine les mêmes conséquences que le matérialisme. La privation de la mémoire, c'est l'anéantissement de l'âme; autant vaudrait croire que notre être tout entier est poussière et retournera en poussière. Qu'importe que l'essence , qui animera la forme future soit la môme que celle d'aujourd'hui, si rien ne relie le passé à l'avenir? Le Lèlhé perpétuel est plus impossible encore qu'une complète dissolution. Quoi! sans cesse, dans tous les âges, dans tous les siècles, dans toute l'immortalité, chacun de nous passera des langes de l'enfance aux égarements de la jeunesse, des inquiétudes de l'âge mûr à la décrépitude de la vieiliesse, et tout cela pourquoi faire? Pour recommencer sans fin, sans repos. Quoi! nous heurterons sans les connaître nos fils, nos femmes, nos pères et nos mères, que les circonstances nouvelles nous porteront à haïr peut-être ! Nous serons comme cet histrion de nos théâtres qui devient tour à tour l'amant de la première ou de la seconde amoureuse, suivant les exigences de son rôle, et change chaque soir, à la clarté du lustre, de haine ou d'amitié. Le croire serait dégrader l'homme, insulter à la Providence divine !

Pourvu qu'il soit possible de conceroir qu'un jour le souvenir sera entier, la Providence est justmée, l'espoir de

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riiomme n'est pas une ironie. II ne sent plus peser sur son immortelle essence le froid linceul de Toubli. Allez dire au jeune amant qui a perdu sa fiancée, au père qui a perdu son enfant chéri, que la séparation est éternelle, ils vous répondront comme un de nos grands poètes, Lamartine, qui pleure encore, qui pleurera toujours sur la tombe de sa Julia :

Si je ne devais plus revoir, toucher, entendre Elle l Elle, qu'en esprit j'entends, je sens, je vois; A son regard d'amour encore me suspendre.

Frissonner encore à sa voix...

Si les hommes, si Dieu me le disait lui-même. Lui, le maitre, le Dieu, je ne le croirais pas. Ou je lui répondrais par l'éternel blasphème,

Seule réponse du trépas î

{Recueillements poétiques, à M. Vopp, poêle hollandais.}

On conçoit parfaitement dans les autres systèmes que le principe vital, fluide mystérieux, lien du corps et de l'àme, persistant après la mort, suivant l'ùme dans toutes ses transformations, pénétrant les différentes matières qu'elle ira revêtir, lui procurera, quand il sera pur et dégagé, la mémoire complète de tous ses états. On se retrouvera, on se reconnaîtra, on s'aimera dans Timmortalité, et c'est ce que n'admet pas notre auteur avec son système de métempsycose purement terrestre. S'il avait dit que l'âme imparfaite et coupable revenait parfois et même trop souvent sur la terre, il aurait exprimé une incontestable vérité, mais en voulant nous parquer éternellement dans notre infime humanité, il n'a rien compris à la grandeur de l'àme et aux destinées glorieuses de l'homme citoyen de l'univers.

Pierre Leroux fait du reste très-bien concevoir que labsence du souvenir ne détruit en rien le dogme de la préexistence, puisque même sur cette terre la mémoire nous fait

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défaut très-souvent et que nous sommes obligés de l'arracher par lambeaux.

Pierre Leroux, dont nous avons réfuté le système, mais qui a Tincontestaîble mérite d'avoir entrevu le dogme palingénésique, s'exprime ainsi sur la question du mal moral et du mal physique : « Si Dieu, après avoir fait a émaner de son sein le monde et chaque créature, les « abandonnait ensuite et ne les conduisait pas de vie en « vie, de progrès en progrès, jusqu'à un terme où elles (i fussent véritablement heureuses. Dieu serait injuste. « Saint Paul a beau dire : Le pot demandera-t-il au potier: « Pourquoi m'as-tu fait ainsi? Il y a une voix intérieure, « partie sans doute de Dieu lui-môme, qui nous dit que « Dieu ne peut pas faire le mal, ni créer pour faire souffrir. « Or, c'est ce qui iarriverait certainement si Dieu abandon- (« nait ses créatures après une vie imparfaite et véritable- « ment malheureuse. Mais si, au contraire, nous concevons « le monde comme une série de vies successives pour « chaque créature, nous comprenons très-bien comment « Dieu, pour qui il n'y a ni temps ni espace, et qui voit le « but final de toute chose, permet le mal et la souffrance « comme des phases nécessaires par où les créatures doi- « vent passer pour arriver à un état de bonheur que la « créature ne voit pas, et dont par conséquent elle ne jouit « pas, en tant que créature, mais que Dieu voit, et dont « par conséquent la créature jouit en lui virtuellement, « parce qu'elle en jouira un jour^ » Ce passage est très-solidement pensé, et je m'étonne que Pierre Leroux n'ait pas compris le vice de son système : si Dieu avait continuellement attaché l'homaie à la terre ; si, sans tin, chacun de

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