‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 174 sur 181 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

GQNGLUSION

Bossuet, dans le Discours sur l'histoire universelle^ a conçu en partie le plan providentiel de l'éducation de l'iiumanité ; mais il ne s'est attaché, et encore sur un seul peuple, qu'à la venue du Messie, et n'a pas poursuivi cette philosophie de l'histoire pour tous les développements successifs du Verbe divin parmi nous. C'est cette lacune que nous avons cherché et chercherons dans d'autres ouvrages à combler. La révélation de Dieu, par une éternelle condescendance, ainsi que le dit le grand Ballanche, s'approprie à l'état des esprits et se manifeste, selon les ûges, à chacune des périodes de l'histoire : période embryonnaire, enfance, puberté, maturité.

Dieu montrant de loin aux hommes le Messie libérateur, et, pour préparer sa venue, dirigeant les événements, les chutes et les grandeurs des empires, la raison philosophique des sages ou la raison inspirée des prophètes, voilà ce qui remplit, ce qui résume l'histoire de la race humaine pendant les premiers siècles de son existence.

Dieu envoyant au temps marqué le Messie promis, le constituant chef de la grande famille de ses enfants, voilà

CONCLUSION

Tavénement prodigieux qui a ouvert l'enfance de l'humanité..

Dieu, tout en laissant développer la doctrine enfantine dans le sens où elle a.été enseignée par quelques-uns, et préparant, soit par dès envoyés, soit par désincarnés plus avancés, les enseignements pubères de VEsprit^yoWt l'histoire de l'humanité telle qu'elle s'est déroulée jusqu'à nos jours et qu'elle continuera à le faire jusqu'à la maturité parfaite et à la consommation finale, ayant toujours en vue les progrès futurs d'un âge supérieur, et la transfiguration glorieuse des habitants de la terre, fin dernière de notre humble planète.

Nous l'avons vu, pendant que la gentilité enseignait le polythéisme et une lîPôtempsycose grossière, les Mystères apprenaient aux hommes plus spirituels l'unité de Dieu, la pluralité des mondes et la pluralité des vies.

Tandis que Moïse menaçait encore les méchants de châtiments terribles et temporels de la part de Jéhovah irrité et jaloux; que le Christ, faisant violence à l'esprit de sa morale d'amour et de pardon, parlait encore du feu éternel de l'enfer, une doctrine secrète se répandait oralement chez les Juifs capables de la porter, elle était recueillie par plusieurs chrétiens, notamment par le grand Origène. Qu'annonçait-elle ? Encore la pluralité des mondes et la pluralité des existences, vérités pubères que V Esprit, lors de

son avènement collectif et général, devait apprendre aux

hommes.

Pendant le moyen âge, c'est-à-dire pendant le développement outré de la doctrine du Christ, l'idée sommeille et s'éclipse momentanément; mais elle n'est pas étouffée, elle germe toujours à petit bruit, et il ne nous serait pas difficile de nommer ceux des élus qui se la sont perpétuellement

CONCLUSION

transmise de siècle en siècle*. Enfin, dans l'âge moderne, la doctrine de la pluralité des mondes est vulgarisée.

Peu à peu celle de h pluralité des existences se dégage, de plus en plus claire, précise, lumineuse; elle brille à notre époque comme un resplendissant soleil. Les temps sont venus. Voilà ce que nous dit l'histoire.

A présent, que nous dit la philosophie? car si nous n'avons pas fait abstraction de la révélation comme point de vue et comme enchaînement, nous ne nous sommes adressé dans nos citations qu'à la raison seule de l'homme. Voici les propositions qui sont maintenant démontrées :

1" L'enfer absolu et éternel est une erreur, puisqu'il est contraire à la fois à la nature de Dieu et à celle de l'homme.

C'est un blasphème, puisqu'il tend à détrôner Dieu et à mettre à sa place la personnification du mal, nommée Ahrimann ouSatan,

Avec cette notion téméraire, il faut renoncer à tous les principes. Tout est bouleversé.

Nous avons fait la preuve de cela d'une façon irréfragable.

2° Sans la croyance aux vies antérieures et à la préexistence rien ne s'explique, ni la venue d'une âme neuve dans ce mauvais monde de la terre, ni les infirmités parfois irrémédiables du corps, ni les maux qui l'affligent, ni la répartition disproportionnée des richesses, ni l'inégalité des intelligences et de la moralité. La justice de Dieu disparaît dans le monstrueux fantôme du hasard. On ne comprend ni ce qu'est l'homme, ni d'où il vient, ni où il va; le péché originel ne rend pas compte du sort particulier des individus, étant le même pour tous. Il laisse subsister, grossiôre-

1. Lisez «urtoiit, pour la partie hislorique, le chap. m du liv, !•% le chap. II du liv. Il, el les Prolégomènes du Uv. III,

CONCLUSION

ment entendu, toutes les difficultés en y ajoutant une iniquité révoltante ^ Admettez, au contraire, la préexistence, et le dogme du péché originel brille de tout son éclat, ce péché devenant le résultat de fautes personnelles dont l'âme coupable doit se purifier.

3° La préexistence, admise dans le passé, entraîne logiquement la pluralité des existences successives dans l'avenir pour toutes les âmes qui ne sont pas arrivées au but et ont encore des souillures à laver, des imperfections à effacer. Pour entrer dans le cercle du bonheur et quitter le cercle des voyages, il faut être pur.

Nous avons combattu l'erreur, affirmé la vérité, et nous persistons à croire que nos dogmes de la préexistence et de la pluralité des vies sont véritables.

Ces dogmes sont de plus en parfaite conformité avec l'état présent des connaissances humaines comme avec les besoins réels des sociétés modernes. Nous avons dit, en effet, dans le cours de notre travail, que les découvertes de Galilée en astronomie devaient avoir leur contre-coup dans le monde moral et amener une compréhension plus parfaite de la destinée future ; et quant aux besoins réels des sociétés modernes, nous croyons que ce qu'il faut à l'humanité d'aujourd'hui, comme à celle d'hier, comme à celle de demain, c'est une foi vive en Dieu et une certitude inébranlable de ses destinées. Dans le système que nous adoptons, on est tranquille et résigné, la Providence est substituée au destin; l'humanité marche d'un pas assuré, confiante en son céleste guide. L'homme accepte les biens et les maux

1. Voir nolammenl sur ce point le chap. ix du liv. III, la dis>erlafion de Cli. d'Orient sur l'opinion de saint Augustin concernant les cnranls morts sans baptCrae. Voir aussi ce que nous disons au liv. IV, chap. 1".

CONCLUSION

comme une dispensalioii de la volonté divine. Il sait que sa prière est entendue, que ses efforts ne sont pas perdus, qu'une mission, si petite qu'elle puisse être, lui a été confiée sur la terre, que ses travaux doivent concourir à l'ensemble, que toutes ses actions lui sont comptées par un juge souverainement équitable; il échappe enfin à l'inexorable étreinte de la fatalité antique : la Providence respecte essentiellement la liberté humaine.

Les hommes sont plus portés à croire à un Dieu tel que nous le représentons qu'à un Dieu cruel et barbare damnant sans nécessité plus de la moitié du genre humain. Nos descendants auront de la peine à s'imaginer que des opinions aussi inadmissibles à tous aient eu cours si longtemps sur la Divinité : si nos livres n'étaient là pour l'attester, ils n'y croiraient même pas, tant le dogme de Tenfer éternel Sti trouve éloigné de l'esprit moderne et du mouvement imprimé par Dieu à la révélation actuelle, car Dieu se révèle à l'homme dans tous les temps et dans tous les lieux par sa faculté médiatrice, c'est-à-dire par ses anges et ses missionnaires.

De même, si le dogme de la préexistence était admis, qui ne voit qu'il offrirait à la société une défense formidable contre les utopistes de nos jours? Ce dogme contient, en effet, l'explication du mal en général et du mal en particulier. Nous sommes entré là-dessus dans d'assez longs développements pour n'y plus revenir. Et d'un autre côté, ce dogme ne ferait pas obstacle aux améliorations progressives, car si nous croyons à Tintervenlion de Dieu dans la distribution des âmes, ne devons-nous pas aider l'action de la Providence? La Providence se combine avec la liberté de l'homme, et, sans le concours de celle-ci, elle ne peut rien. Nous avons besoin de correspondre à la grûce, d'acceplcr

CONCLUSION

volontairement la révélation; de même, en ce qui touche la constitution des sociétés, il doit y avoir la part de Dieu et la part' de l'homme:

Le problème est donc de baser la société sur la justice, de placer chacun à son rang, de ne rien laisser à l'arbitraire ni au hasard, de reconnaître l'égalité de nature de tous les hommes, et de permettre à chacun de développer son innéité de la manière la plus favorable. Car, si tout individu venant eu ce monde est également protégé, s'il a pu librement montrer ce qu'il est, s'il obtient la place où ses dispo^ sitions le poussent, il est clair que nul n'aura plus droit de se plaindre, que tous marcheront de concert au même but du perfectionnement, et que, la charité se combinant avec la justice, l'humanité marchera d'un pas ferme à ses destinées. La justice, d'autre part, veut être fondée sur la solidarité et sur l'amour; notre époque a soif de croyances, non point nouvelles, mais qui, par des développements nouveaux, soient en plein rapport avec le progrès moderne et où elle puisse retremper sa foi.

Terminons notre ouvrage par la citation de la conclusion finale du traité de Deew, V homme ^ l'humanité et ses progrès^ qui avait un but dogmatiquement identique.

« Trouvant en mon esprit l'idée du monde et de Dieu, « j'ai cherché leurs rapports, je me suis posé le problème « de l'origine et de la destinée. ^

« En vain j'avais fouillé dans tous les livres des sages, « en vain j'avais interrogé toutes les cosmogonies , une « obscurité de plus en plus profonde se répandait autour « de moi.

< Les uns me peignaient Dieu regardant le monde avec « indifférence, retiré dans la solitude de son éternité, sans « aucun souci pour l'œuvre de ses mains.

CONCLUSION

CONCLUSION

« Les autres avaient fait de Dieu une force mécanique et «fatale, se manifestant nécessairement dans l'univers, « contenant dans son éternelle émanation le bien et le mal, (i devenus alors des chimères, de pures illusions de notre « esprit.

« Ceux-là me représentaient Dieu produisant deux parts « distinctes de créatures, l'une pour l'absolu de la béati- « tude, l'autre pour l'absolu des supplices, assez inintel- « ligent dans son œuvre pour avoir accordé au mal un « triomphe définitif, n'ayant point placé la réparation à côté « de la faute.

« Et j'ai dit aux uns et aux autres : Votre Dieu n'est point \i mon Dieu.

« Mon Dieu, c'est celui qui a envoyé son Fils s'incarner « dans l'humanité pour réaliser l'idéal à nos yeux, celui à « qui le Christ, dans sa prière suprême, demanda que la « société fût couronnée dans l'unité, celui qui gouverne les « individus par sa grâce et les nations par sa providence, « celui qui nous a tous appelés au bonheur par le mérite « et la vertu, celui qui a voulu le triomphe final du bien « et l'harmonie universelle de la création.

« Dieu ineffable, vous avez abaissé vos regards miséri- « cordieux sur mon néant, vous m'avez inspiré de conso- « lantes et bonnes pensées , afin qu'en vous connaissant (i j'apprisse à vous aimer, et qu'en vous faisant connaître « aux autres ils pussent vous aimer comme je vous aime. « Ah! ne laissez pas votre ouvrage imparfait et inachevé; «faites, ô mon Dieu! que je communique à mes frères « l'ardente charité par laquelle mon cœur embrasse le « monde, afin que tout ce qui pense et qui vit sur la terre « et dans le ciel s'unisse à vous d'action, d'intelligence et « d'amour; afin que la créature, sans atteindre votre être

« incommunicable, sans être absorbée en lui, soit cepen- « dant une en vous; afin que l'esprit dans sa liberté exécute « aussi bien vos lois que l'insensible matière; qu'il n'y ait « pas dans l'univers un seul désir, une seule pensée, un «seul sentiment qui n'aboutisse à l'harmonie, afin que « votre sainte volonté s'accomplisse dans toutes les parties « des cieux !

« Et vous, ô Christ, ô Sauveur, ô médiateur! faites que « la société humaine soit bientôt digne de participer à « l'unité ! »

Tels étaient les vœux raisonnes par lesquels nous terminions notre précédent ouvrage; tels sont ceux que nous formulons de nouveau en achevant celui-ci. Un jour, nous n'en doutons pas, tous les hommes de progrès, les uns conduits par la raison ou la science, les autres parla croyance ou la foi, se rencontreront sur ce terrain pour proclamer la pluralité des existences et reconnaître ensemble la religion de Tavenir. L*époque présente nous paraît plus que jamais propice à* la réalisation de ces vœux, et nos espérances sont autorisées par le mouvement significatif qui s'opère, autour de nous dans les pensées humaines. De nouveaux horizons viennent de s'ouvrir; le véritable ciel se développe devant nos regards dans sa grandeur et dans sa majesté : nos âmes le contemplent et saluent avec amour leur éternelle patrie.

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