LES ÉGYPTIENS
manquera pas plus dans une autre existence que pendant celle-ci. Si l'enfer, c'est-à-dire la nécessaire conséquence de l'abus des libertés, est dans les lois indéfectibles du monde, comme l'a pressenti le christianisme, que la religion du moins ne nous emj)ôche pas de le regarder comme ne renfermant que des égarements passagers; que la réhabilitation y suive la peine ; et qu'à nos yeux la fin de toute âme soit dans le ciel. C'est principalement sur ce point que la théologie de l'Occident nous paraît aujourd'hui en instance de se redresser. Ce progrès domine en effet tous ceux dont le besoin se fait également sentir et les entraîne avec lui. Aussi nous semble-t-il bien remarquable qu'il nous soit en quelque sorte dicté par la môme tradition dont les inspirations en ont déjà fait accomplir tant d'autres à la théologie de nos pères. C'est pourquoi nous avons cru convenable de nous appliquer à démontrer ici, aussi bien que possible, combien l'esprit de Zoroastre nous a été de tout temps bon conseiller, et comment c'est en réalité à ses secrètes impulsions que l'Europe doit une partie de la prospérité à laquelle elle s'est élevée. »
Telle est l'appréciation pleine de justesse et de vérité à laquelle se livre Jean Reynaud^. Nous laissons de côté les Chinois et les Japonais qui ont eu des idées identiques avec celles des Indiens et des Persans, et nous passons aux Egyptiens, pour arriver ensuite à la Grèce.
C'est Hérodote qui, le premier, fit connaître aux Grecs les Égyptiens, en leur lisant son histoire l'an 455 avant notre ère.
I. Dans son arliclc Zoroastre, de l'Encyclopédie Nouvelle, article que devront consulter tous ceux qui veulent se former une idée complète de la théologie des Perses : nous n'avons fuit ici que l'extraire et le résumer dans la parlie qui se rapporte au sujet de ce livre.
LES lùGYPTIEXS.
LES GRECS
îl nous dit^ que ces peuples sont les premiers qui aient avancé que Tûme de Thomme est immortelle; que, lorsque le corps vient à périr, elle entre toujours dans celui de quelque animal; qu'après avoir ainsi passé successivement dans toutes les espèces d'animaux ^terrestres, aquatiques, volaliies, elle rentre dans un corps d'homme, qui naît alors, et que ces différentes transmigrations se font dans l'espace de trois mille ans^
On voit que, selon cet historien, les Égyptiens n'admettaient pas l'immortalité dans le même sens que nous. Ils croyaient seulement que les ûmes des hommes, après avoir quitté les corps qu'elles animaient», passaient, par une suite de transmigrations, dans ceux de divers animaux, et revenaient, après une période de trois mille ans, animer un corps humain naissant. Cette expression, naissant, est très-remarquable, et prouve que, dans leur système, les Egyptiens n'admettaient pas que l'âme dût jamais reprendre Tancien corps. Ainsi, le motif qu'on attribuait à leurs embaumements n'était point le véritable. Ils ne pouvaient en effet avoir pour but de conserver les corps afin que l'âme pût y rentrer au bout d'un certain temps, puisqu'on la croyait destinée à en animer un nouveau ; mais les Égyptiens supposaient que la transmigration commençait seulement lorsque l'âme s'était séparée du corps * d'abord animé par elle, et comme, suivant leurs prêtres, la séparation n'avait lieu qu'après que le corps était entièrement détruit, ils faisaient tous leurs efforts pour éloigner le moment de cette destruction absolue. Tel était l'unique objet de l'embaumement si soigneux de leurs corps, et
U H,Sro(lote, Wstoire, liv. II, chap. cwnu